Marcel Gili

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Marcel Gili en 1955

Marcel Gili, né le 12 février 1914 à Thuir (Pyrénées-Orientales) et mort le 10 décembre 1993 à Paris, est un sculpteur, peintre et professeur à l'École nationale supérieure des beaux-arts de Paris.

Biographie[modifier | modifier le code]

Marcel, Justin, Gili, fils de Isidore Gili et de Raymonde Rière d'Altariva, est cadet d'une famille de treize enfants. Son père possède une entreprise familiale de maçonnerie et par ailleurs est musicien et compositeur de sardanes. Son frère aîné est chef de cobla (la Coble des Combo-Gili, fondée en 1913). Travaillant avec son père sur les chantiers, il abandonne rapidement le violoncelle pour se consacrer au rugby à XV et commencer à tailler des blocs de ciment.

Trouvant ces œuvres intéressantes, son neveu François, plus âgé, premier violon au Capitole de Toulouse fait rencontrer à Marcel Gili le sculpteur Gustave Violet qui vient de Perpignan voir son travail à Thuir et convainc son père de le laisser entrer dans son atelier, qu'il fréquentera pendant deux ans. Six mois plus tard, à 16 ans, Marcel Gili réalise avec lui une sculpture de 17 mètres de long avec 32 personnages de 3 mètres de haut, commande pour la piscine Nakach de Toulouse. Puis Aristide Maillol l'invite à Banyuls-sur-Mer et l'initie au croquis sur le vif. Louis Noguères, avocat, maire de Thuir et futur président de la Haute cour de Justice de Paris, lui commande en 1930 son buste et lui offre en échange un voyage à Paris où il séjourne quelques semaines.

Après avoir exposé à Perpignan à la galerie Campistro en 1932, Marcel Gili revient à Paris en 1933 et rend visite à Marly-le-Roi à Maillol qui lui fait monter certaines figures. Ayant fait la connaissance du peintre Samuel Saint-Maur (1906-1979), fondateur de l'Association de l'Art mural, il participe en 1935 à l’organisation de son premier Salon, auprès de Robert Delaunay, Fernand Léger, Albert Gleizes, Amédée Ozenfant et Jean Cassou. Il est ainsi proche de plusieurs des membres du groupe Abstraction-Création. Il rencontre également lors d'une exposition de leurs œuvres au Petit Palais Henri Laurens, dont il reconnaîtra avoir traversé un moment l'influence « fortifiante », Ossip Zadkine et Jacques Lipchitz. De 1936 à 1938 il expose ses sculptures, notamment sur le thème des « Athlètes » à la galerie Jeanne Castel à Paris puis quitte Paris, gardant des contacts avec Gaston Diehl et rencontrant régulièrement Charles Despiau, Auguste Perret, Raoul Dufy à Perpignann, Max Jacob, ami du père de sa femme, à Céret, mais aussi Joseph-Sébastien Pons ou le jeune acteur Alain Cuny.

Premier Salon de Mai

Prisonnier évadé en 1940 sur le Rhin, Marcel Gili est en 1943 membre fondateur du Salon de Mai dirigé par Gaston Diehl[Note 1], auquel il participe régulièrement. Il est également en 1948 membre fondateur du Salon de la jeune sculpture et expose au Salon des Réalités Nouvelles. À partir de 1947 il enseigne la sculpture à l'école des beaux-arts de Bourges.

À partir de 1948 Marcel Gili présente des expositions personnelles, en 1954 au Musée des Arts Décoratifs. Il participe à de nombreuses expositions collectives, notamment à Rio de Janeiro (Art français contemporain), à la Biennale de Venise, au Salon de l’Art Français à Tokyo en 1951, à celui de la Sculpture Française à Bruxelles en 1952, à la Biennale de la Sculpture de plein air à Anvers en 1953 et 1955, à la Triennale de Milan en 1954, puis en France (Paris, Céret, Caen, Bourges, Orléans, Collioure, Perpignan, Montpellier, Toulouse, Mulhouse, Brest, Besançon, Clermont-Ferrand, Vannes), en Autriche (1955), en Suède (1955), aux Pays-Bas (1958 et 1959), au Japon ( 1962 et 1963), en Allemagne (1964), à Cuba (1967), en URSS (1979), en Grèce et en Italie (1979).

En 1962 Marcel Gili achète, près de Vingrau, le « Mas Génégals », construit sur les ruines d'une maison romaine, dans lequel il passe ses congés. Passionné par l'astrophysique, il réalise une série de « Météorites ». De 1969 à 1981 il enseigne à l'École nationale supérieure des beaux-arts de Paris. La fin de sa vie est partagée entre Paris et sa Catalogne natale. En 1989 une rétrospective de son œuvre est présentée à l'École Nationale Supérieur des Beaux-Arts de Paris. Marcel Gili décède brusquement en 1993 de complications postopératoires.

Des expositions de ses œuvres sont présentées à Paris en 2003, à Narbonne en 2005. Elles sont exposées de façon permanente par l'association des Ami-e-s de Marcel Gili et par Geneviève Gili au Mas Génégals (Vingrau).

Entrée de l'atelier de Marcel Gili au Mas Génégals près de Vingrau

L' œuvre[modifier | modifier le code]

Quand Marcel Gili réalise L’Éveil au début des années 1950, œuvre monumentale conçue pour l’extérieur, il pratique encore la taille directe, à même le bloc de pierre, mais il s’est éloigné de la tradition naturaliste de Maillol et de ses prédécesseurs. Il s’exprime dans un modernisme mesuré, atténuant les rondeurs et les courbes féminines par un jeu de lignes angulaires : des bras levés de chaque côté de la tête légèrement penchée, des jambes repliées sous la jupe qui forme un plan triangulaire accrochant la lumière. Le geste des bras levés pour soutenir la masse des cheveux suggère en effet l’éveil, l’arrachement au statisme.

Les recherches de Marcel Gili le mènent toujours davantage vers la matière originelle d’où s’extraient des figures humaines en devenir, ne touchant l’abstraction qu’en apparence. De la taille directe il passe au modelage, au bronze, enfin au métal martelé, cuivre, aluminium ou acier inox qui s’adaptent aux exigences de l’architecture contemporaine.

Pour Marcel Gili l'art ne se confond pas avec l'image : « L'arme la plus insidieuse, la plus déloyale, est celle qui consiste à identifier le figuratif avec cette production de statues qui avancent un pied, brandissent des fusils ou déversent des amphores ». Il insiste sur la distance qui sépare l'image narrative de la véritable création artistique, les statues de la sculpture : « Il n'y a pas d'Art mineur, c'est vrai, mais acheminé vers l'art, il y a ce qui reste à la porte. L'Art commence où finit l'image. ». Selon Gili, plus précisément, l'art figuratif, qui n'est pas copie des apparences, « commence où s'arrête l'abstrait », premier « palier » que doit franchir l'artiste au début de son travail, celui de la composition. « Sur le canevas abstrait de la composition, il faut intégrer toutes les dispositions poétiques qui vont enrichir la composition pour que ces éléments se répondent à l'infini en un tout cohérent global ». Au-delà il s'agit pour l'artiste de faire vivre « un cheval, un homme, une femme, en un mot les formes, les couleurs que nous reconnaissons simplement par une sorte de tendresse intuitive », qui passent alors « du temporel à l'éternel[1] »

« L'abstraction chez lui n'est jamais totale et garde sans cesse le souvenir de la forme humaine, minérale ou végétale à partie de laquelle elle s'est lointainement élaborée », analyse Claude Delmas[2]. Les thèmes de ses dernières sculptures sont les Germinations, les Racines et les Météorites.

Vie personnelle[modifier | modifier le code]

Marcel Gili est le père de quatre enfants. Avec Madeleine Prévost (peintre), sa première épouse, de Raymond Gili, architecte (1941), père de quatre enfants, d'Alain Gili (1946), écrivain, animateur et créateur de festivals (Fifai, Festival international du film d'Afrique et des Îles - La Réunion), et d'Inès Gili, enseignante au Canada, mère de deux enfants. Avec Geneviève Gili (peintre), sa seconde épouse d'Estève Gili (1968), directeur artistique et designer graphique, père de trois enfants.

Jugements[modifier | modifier le code]

« Dans tout l'oeuvre de Marcel Gili, deux grandes forces, deux forces premières commandent: d'une part l'élan d'une joie sensuelle qui anime les formes, les rend rayonnantes (formes de la femme, formes du couple, formes du cosmos), d'autre part l'emprise du tragique qui déchire ou tourmente les formes, les rend signes de douleur, de destruction, de mort. (...) Il est sûr que tout l'oeuvre de Marcel Gili, qu'il soit dessin, peinture ou sculpture, se réfère, tantôt secrètement, tantôt de façon plus délibérée, à une dimension cosmique de notre être. Par là, il constitue, hors de tout dogme, une expérience originale du sacré. »

Georges-Emmanuel Clancier[3]

« D'où lui est venue cette attention au vivant dans sa présence non pas unique, mais multiple? Peut-être n'avait-il pas oublié les masses mouvantes des troupeaux, le vrombissement des essaims, le scintillement des bancs de poissons. Il a reconnu cette abondance dans le grouillement de vie que révèle le microscope. Et il a ainsi construit des tremblements de vie qui auraient pu être sans fin s'il ne les avait tranchés comme on découpe au couteau dans la masse un échantillon pour faire prendre conscience de ce que c'est que la force vitale. Avant lui, la sculpture n'avait pas encore montré cela. »

Pierre Descargues

Collections publiques[modifier | modifier le code]

  • L'athlète, Thuir
  • L'athlète maîtrisant la brute, Monument à la Résistance, 1954-1970, près du palais des Congrès, à l'entrée du square Bir-Hakeim, Perpignan
  • L'homme accroupi, Musée Rigaud, Perpignan

Œuvres[modifier | modifier le code]

Parmi les œuvres reproduites[4]:

  • Le Couple, pierre
  • La Femme enceinte
  • Hommage à ma mère
  • Danaïde
  • Moutons, bronze
  • Gangue
  • Sardane, bronze
  • L'Enlèvement des Sabines, bronze
  • Ange
  • Femme assise se levant
  • Portrait d'une inconnue
  • Les Fournis, la mort et la mer
  • Les Poissons
  • Homme et constellation
  • Couple en marche, bronze
  • La Sardane
  • Coupla allongé, bronze
  • Chants solaires
  • Anges
  • Méditerranée, bronze
  • Robe de Maria, bronze
  • Météorite, terre cuite patinée
  • Les Martyrs

Illustration[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : source utilisée pour la rédaction de cet article

  • Marcel Gili: 200 œuvres récentes, peintures, sculptures, dessins, estampages, textes de Georges Pillement et Jean Goldman, Maison de la culture de Bourges, 14 mars - 22 avril 1969.
  • Marcel Gili, textes de Sylvie Poujade, Antonio Alvaro, Antonio Cayrol et Georges-Emmanuel Clancier, Musée d'art Moderne, Céret, 1977
  • Marcel Gili, École nationale supérieure des beaux-arts, Paris, 1988.
  • Marcel Gili, Mas Génégals, préface de Claude Delmas, textes de Marcel Gili (« L'abstrait, introduction à l'art figuratif ? », « L'art, facteur de possession du monde », « Image d'Epinal de mon enfance », « Je suis un solitaire », « Écrits sur l'art »), Vingrau, 2003, 56 p. Document utilisé pour la rédaction de l’article

Filmographie[modifier | modifier le code]

  • Stephan Oriach, Marcel Gili, 1990.

Distinctions[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Marcel Gili, « L'abstrait, introduction à l'art figuratif ? », dans Marcel Gili, Mas Génégals, Vingrau, 2003, p.11, 12 et 13
  2. Marcel Gili, Mas Génégals, préface de Claude Delmas, Vingrau, 2003, p. 5
  3. Marcel Gili, Musée d'art Moderne, Céret, 1977.
  4. Marcel Gili, Mas Génégals, Vingrau, 2003

Lien externe[modifier | modifier le code]