Jean Lebeuf

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Jean Lebeuf, né le 6 mars 1687 à Auxerre, mort le 10 avril 1760, est un prêtre, historien et érudit français.

Biographie[modifier | modifier le code]

Lebeuf, après avoir fait de bonnes études classiques, embrassa le sacerdoce et exerça le ministère sacré dans sa ville natale. Il fut nommé, jeune encore, chanoine honoraire de la cathédrale d'Auxerre. Entraîné par une vocation décidée pour les recherches historiques, il s’attacha d’abord à éclairer les antiquités de son pays et fit paraître, en 1716, la Vie de Saint Pèlerin, premier évêque d’Auxerre (Auxerre, in-12). Il donna en 1722 l'Histoire de la vie de Saint Vigile, évêque d’Auxerre (Auxerre, in-12). L’année suivante parut son Histoire de la prise d’Auxerre par les huguenots (Auxerre, in-8°), sur le titre de laquelle il ne jugea pas à propos de mettre son nom. Ces travaux n’étaient qu’une préparation à l’Histoire ecclésiastique et civile d’Auxerre qu’il publia vingt ans plus tard (1743, 2 vol. in-4°).

Mais quoique Lebeuf ait traité avec plus de prédilection les questions qui touchent aux antiquités de sa patrie, il aborda bien d’autres sujets. C’est dans les concours ouverts par l’Académie de Soissons et par celle des inscriptions et belles-lettres, qu’il se fit connaître du monde érudit.

En 1734, il était couronné par la seconde de ces académies, pour son Discours sur l’état des sciences dans l’étendue de la monarchie française, depuis la mort de Charlemagne jusqu’à celle de Robert, dissertation qui a paru d’abord dans le Mercure de France de juin et juillet 1734 et a été réimprimée dans l’ouvrage de Lebeuf, intitulé Recueil de divers écrits pour servir d’éclaircissements à l’histoire de France et de supplément à la notice des Gaules (Paris, 1738, vol. in-12). Dans ce recueil on retrouve plusieurs mémoires qui avaient paru séparément.

En 1735, Lebeuf obtenait une couronne à l’académie de Soissons pour une Dissertation sur l’état des anciens habitants du Soissonnais avant la conquête des Gaules (Paris, in-12). Lebeuf y émettait, sur la position de la ville de Noviodunum, mentionnée par César, une opinion nouvelle. Il s’ensuivit, entre lui et le bénédictin Toussaint Duplessis, une discussion scientifique qui est consignée dans le Mercure. La réplique de Lebeuf parut en 1736, in-12.

L’année suivante, la même Académie de Soissons lui donna le prix pour un mémoire traitant de l’époque de rétablissement de la religion chrétienne dans le Soissonnais et de ses progrès jusqu’à la fin du IVe siècle. Ce mémoire a été imprimé avec ceux de Duperret et Rochefort sur la même question (Paris, in-12). Deux autres dissertations, l’une sur l’origine de l’église de Soissons (Paris, in-12), l’autre sur plusieurs circonstances du règne de Clovis et en particulier sur l’Antiquité des monnaies de nos rois et de celles qui portent le nom de Soissons (Paris, 1738, in-12), furent également couronnées par l’académie de cette ville.

En 1740, Lebeuf reçut une double couronne, la première de la même académie de Soissons, pour sa Dissertation dans laquelle on recherche depuis quel temps le nom de France a été en usage (in-12) ; l’autre de l’Académie des inscriptions, pour une Dissertation sur l’état des sciences en France depuis la mort du roi Robert jusqu’à celle de Philippe le Bel, imprimée depuis au tome 14 des Mémoires de cette académie et qui lui valut son entrée dans la docte compagnie. Il fut élu, en 1740, à la place de Lancelot. Lebeuf devint dès lors un des membres les plus actifs de l’Académie, dont le recueil renferme quarante-six de ses dissertations.

Géographie de la Gaule et de la France au Moyen Âge, archéologie gallo-romaine, numismatique, histoire de nos rois, histoire de nos villes, diplomatique, histoire littéraire, critique des sources, hagiographie, histoire des mœurs et coutumes des Français, Lebeuf embrasse tout et traite tout avec une égale érudition, un grand sens et une parfaite entente du sujet. Il s’attache plus généralement aux détails, et on ne trouve pas en lui une grande hauteur d’aperçus, mais il saisit habilement et expose avec clarté la marche des événements. On peut le considérer comme un des fondateurs de l’étude et de la géographie nationale aux époques mérovingienne et carolingienne.

Toutefois, entraîné par une imagination pleine de ressources, il se laisse, en certains cas, aller au désir de proposer des attributions nouvelles, et plusieurs de ses opinions géographiques n’ont pas reçu la sanction de la critique. Pour connaître Lebeuf tout entier, il faut joindre ses Dissertations pour servir à l’histoire de France aux mémoires qu’il a publiés dans le recueil de l’Académie des inscriptions.

Esprit sagace et pénétrant, Lebeuf excelle à discuter un texte ancien, comme on en peut juger dans ses notices sur les grandes chroniques de Saint-Denis (Acad. des insc., t. 16), sur les annales de Saint-Bertin (ibid., t. 48), par. son examen des trois histoires fabuleuses dont Charlemagne est le sujet (ibid., t!), par sa notice sur les Annales Vedastines (ibid., t. 24).

Quoiqu’au XVIIIe siècle on n’eût encore que fort imparfaitement exploré les antiquités recelées par le sol, Lebeuf sait déjà beaucoup sur les monuments, comme en témoignent son Traité sur les anciennes sépultures à l’occasion des tombeaux de Civaux en Poitou, et sa Dissertation sur l’Ascia sépulcrale des anciens (imprimés dans son recueil de dissertations).

Les Antiquités de Paris et de ses environs firent l’objet plus habituel des derniers travaux de Lebeuf ; il avait déjà donné en 1739 une Dissertation sur l’histoire ecclésiastique et civile de Paris ; mais il reprit complètement ce sujet dans un grand ouvrage qui parut de 1754 à 1758 (15 vol. in-12), sous le titre d’Histoire de la ville et de tout le diocèse de Paris, véritable monument de la plus vaste érudition, recueil d’une incomparable richesse dans laquelle ont puisé et puisent encore tous ceux qui s’occupent de la géographie et des antiquités de l’Île-de-France.

Il faut joindre à cet ouvrage son Histoire de la banlieue ecclésiastique de Paris (Paris, in-12), qui en forme le complément.

Nous citerons encore de Lebeuf : Traité historique et pratique sur le chant ecclésiastique, avec le directoire qui en contient les principes et les règles, etc. (Paris, in-12). La bibliothèque des auteurs de Bourgogne, imprimée dix-huit ans avant la mort de Lebeuf, donne l’indication de cent soixante ouvrages ou opuscules publiés par cet écrivain et contenus, la plupart, soit dans le Mercure, soit dans les Mémoires de Desmolets.

Lebeuf a pris part à la nouvelle édition du Glossaire de Du Cange et à la nouvelle édition du Dictionnaire géographique de La Martinière entrepris à Dijon en 1740.

On lui attribue l’ouvrage anonyme intitulé Essai historique, critique et philosophique sur les lanternes. Lebeuf a été l’éditeur de l'Histoire de la ville de Verdun, de Roussel (1745, in-4°), à laquelle il a ajouté des notes. Il a fourni au Journal de Verdun vingt-cinq dissertations ou lettres remplies d’érudition, indépendamment de plusieurs autres qu’il n’a pas signées. Enfin l’on trouvera dans Fontette (tables, p. 588-390), le détail de tout ce que l’abbé Lebeuf a écrit sur l’histoire de France, formant 173 pièces.

Entièrement absorbé dans ses travaux, Lebeuf vécut sans ambition et de la manière la plus modeste. Le pape Benoît XIV, qui avait été frappé des mérites de Lebeuf, voulut l’attirer à Rome ; mais la mauvaise santé du savant ecclésiastique l’empêcha d’accepter cette proposition. Bien que n’ayant qu’un revenu restreint, il trouva le moyen de faire des legs pieux à divers établissements publics de sa ville natale, et il fonda sur ses épargnes un lit à l’hôpital des incurables de Paris. Lebeuf mourut le 10 avril 1760. Son éloge a été prononcé par Lebeau[1]. La Société des sciences historiques et naturelles de l'Yonne a entrepris au XIXe siècle la publication de la correspondance de l’abbé Lebeuf[2].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Histoire de l’Académie royale des inscriptions et belles lettres avec les Mémoires de littérature tirés des registres de cette académie, XXIX, 1764, p. 372-382 (éloge funèbre de l’abbé Lebeuf prononcé lors de la séance de l’Académie Royale des Inscriptions et Belles-Lettres le jour de la saint Martin 1760).
  • « Jean Lebeuf », dans Louis-Gabriel Michaud, Biographie universelle ancienne et moderne : histoire par ordre alphabétique de la vie publique et privée de tous les hommes avec la collaboration de plus de 300 savants et littérateurs français ou étrangers, 2e édition,‎ 1843-1865 [détail de l’édition]
  • L. de Bastard, « Lettres de l’abbé Lebeuf », Bulletin de la Société des Sciences Historiques et Naturelles de l’Yonne, 11, 1857, p. 538-559.
  • L. de Bastard, « Lettre de l’abbé Lebeuf », Bulletin de la Société des Sciences Historiques et Naturelles de l’Yonne, 13, 1859, p. 100-105.
  • Maximilien Quantin et Aimé Chérest, Lettres de l’abbé Lebeuf, publiées par la Société des Sciences de l'Yonne, I, 1866, LXXXII-439 p. ; II, 1867, XXXVI-588 p. ; Table analytique, 1868, 68 p. (412 lettres, 1708-1753).
  • E. Petit, « Correspondance de l’abbé Lebeuf et du président Bouhier », Bulletin de la Société des Sciences Historiques et Naturelles de l’Yonne, 39, 1885, p. 151-225.
  • Gustave Julliot, « Inscriptions romaines trouvées à Sens en 1735 et 1736. Correspondance entre l’abbé Jean-Basile-Paschal Fenel, chanoine de Sens et l’abbé Jean Lebeuf, chanoine d’Auxerre », Bulletin de la Société archéologique de Sens, XXIII, 1908, p. 1-48.
  • Jean Nicolle, « La correspondance Lebeuf-Fenel et l’archéologie sénonaise », in : L’abbé Lebeuf. Le Jansénisme. Actes du 31e congrès de l’Association bourguignonne des sociétés savantes. Auxerre, 20, 21, et 22 mai 1960, 1961, p. 217-225.
  • H. Moreau, « L’abbé Lebeuf et les antiquités gallo-romaines », Bulletin de la Société des fouilles archéologiques et des monuments historiques de l’Yonne, 4, 1987, p. 48-56.
  • Paul-Camille Dugenne, Dictionnaire biographique, généalogique et historique du département de l’Yonne, III, L-N, 1997, p. 751-754.
  • Hippolyte Cocheris, Lebeuf, sa vie et ses œuvres, A. Durand, 1863.

Hommages[modifier | modifier le code]

Accès aux œuvres[modifier | modifier le code]

Histoire de la ville et de tout le diocèse de Paris en 5 volumes

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Histoire de l’Académie royale des inscriptions et belles lettres avec les Mémoires de littérature tirés des registres de cette académie, XXIX, 1764, p. 372-382.
  2. Voir en particulier : Maximilien Quantin et Aimé Chérest, Lettres de l’abbé Lebeuf, I, 1866 ; II, 1867. Voir également : L. de Bastard, « Lettres de l’abbé Lebeuf », Bulletin de la Société des sciences historiques et naturelles de l’Yonne, 11, 1857, p. 538-559 ; L. de Bastard, « Lettre de l’abbé Lebeuf », Bulletin de la Société des sciences historiques et naturelles de l’Yonne, 13, 1859, p. 100-105 ; E. Petit, « Correspondance de l’abbé Lebeuf et du président Bouhier », Bulletin de la Société des sciences historiques et naturelles de l’Yonne, 39, 1885, p. 151-225.