Jean Decoux

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Jean Decoux
Decoux en 1919
Decoux en 1919

Naissance
à Bordeaux
Décès (à 79 ans)
à Paris
Origine Français
Allégeance Drapeau français France
Régime de Vichy
Arme Pavillon de la marine française Marine nationale française
Grade Vice-amiral d'escadre
Années de service 1901 – 1945
Conflits Seconde Guerre mondiale
Commandement Commandant en chef des forces navales en Extrême-Orient
Gouverneur général de l'Indochine française
Distinctions Grand officier de la Légion d'honneur

Liste des gouverneurs d'Indochine

Jean Decoux, né à Bordeaux le et mort à Paris le , est un officier de marine français. Vice-amiral d'escadre au début de la Seconde Guerre mondiale il est Commandant en chef des forces navales en Extrême-Orient et Gouverneur général de l'Indochine française du 25 juin 1940 au 9 mars 1945.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jean Decoux naît à Bordeaux le dans une famille originaire de Haute-Savoie. Fils de Michel Decoux et d'Alice Mathéron, il est le puîné de trois enfants. Entré très jeune à l'École navale en 1901, Decoux est promu aspirant de deuxième classe en 1903 puis de première classe l'année suivante, enseigne de vaisseau en 1906, lieutenant de vaisseau en 1913, capitaine de corvette en 1920, capitaine de frégate en 1923, capitaine de vaisseau en 1929 et contre-amiral en 1935. Il est également bientôt nommé à des postes importants, notamment au Secteur de Défense de Toulon en 1938. Il est promu vice-amiral, puis vice-amiral d'escadre en 1939[1].

Nommé commandant en chef des forces navales en Extrême-Orient, le , par le Président de la République Albert Lebrun, il hisse sa marque de commandement à bord du croiseur La Motte-Picquet[n 1] le à Saïgon.

Il est nommé gouverneur général de l'Indochine française, en remplacement du général Georges Catroux, par décret du Président du conseil des ministres[n 2], en date du . Il ne prend ses fonctions que le 20 juillet lorsque le régime de Vichy est en place[n 3]. Decoux devient alors, selon les mots de l'historien Jean-Baptiste Duroselle, « sous le regard des Japonais et face à 24 millions d'Indochinois, le chef d'une petite France lointaine ».

L'Indochine française sous le gouvernement général de l'amiral Decoux.

Ce choix est déterminé principalement par une politique orientée contre toute collaboration avec les forces japonaises. Le général Catroux avait déjà ébauché quelques accords de principe afin d'éviter un conflit immédiat avec le Japon. Les réalités militaires et politiques de la région forcèrent l'amiral Decoux à prendre le même chemin : le , l'invasion japonaise de l'Indochine et la chute de Lạng Sơn, poste frontalier du Tonkin et « verrou de la Chine », l’obligent à laisser les troupes japonaises circuler librement en Indochine.

Cependant, au-delà du statu quo ainsi créé pour maintenir la présence française en Indochine, il devra accepter d'autres exigences japonaises, telles que l'augmentation du nombre de soldats Nippons dans la péninsule ou des accords plus avantageux sur les produits exportés (nourriture et minerais).

En 1941, la Thaïlande (ancien Siam), désireuse de reconquérir les anciennes provinces cambodgiennes qu'elle possédait au XVIe siècle, se livre à une série d'agressions le long de la frontière mitoyenne avec l'Indochine). Pour y mettre fin, Decoux décide de frapper la Thaïlande au moyen d'une offensive et charge l'amiral Jules Terraux et le capitaine de vaisseau Régis Bérenger de cette mission. La victoire navale de Koh Chang, le , la seule remportée par la France, sans le concours de ses alliés, au cours de la Seconde Guerre mondiale, signalera la fin des agressions thaïlandaises. Le Japon intervient, en « médiateur », pour faire signer un armistice aux belligérants, puis un traité. À la suite de négociations de paix ouvertes à Tokyo le , la France doit céder à la Thaïlande les provinces cambodgiennes de Battambang, Sisophon et Siem Reap et les provinces laotiennes de la rive droite du Mékong (Sayabouri et Champassak). Ce faisant, le Japon s'assure de la collaboration militaire de la Thaïlande.

Sous son autorité se développe le culte du Maréchal et la lutte contre toute forme, même discrète, de relations avec la France libre[2]. La circulaire n° 57 CAB du organise la chasse aux « dissidents », avant d'être durcie par celle du (no 49/S CAB). 110 internements administratifs sont décidés sans jugement ni l'énoncé d'aucune accusation, 197 fonctionnaires français sont radiés, et même 167 Indochinois à la date du . De même, d'après Decoux, repris le par l'agence de presse ARIP, 132 sanctions disciplinaires ont été prononcées par les seuls services généraux et ceux relevant du gouverneur général. Par ailleurs, les tribunaux militaires prononcent des condamnations sur instruction secrète de Decoux lui-même, et il intervient à plusieurs reprises pour durcir les conditions d'interrogation ou d'internement d'un prisonnier, empêcher son hospitalisation, etc. Le statut des Juifs, décidé par Vichy le est également appliqué en Indochine par une circulaire du 6 novembre suivant, prenant effet le 20 décembre[3]. On ne trouve que seize juifs dans toute l'Indochine dont les fonctionnaires sont renvoyés de l'administration[4]. C'est surtout vis-à-vis des fonctionnaires francs-maçons - relativement nombreux dans l'enseignement - et vis-à-vis des gaullistes que son attitude sera la plus discriminatoire: renvoi immédiat de leurs postes et parfois prison[5].

En , il monte une expédition pour reconquérir la Nouvelle-Calédonie qui avait opté en septembre pour la France libre après que le gouvernement de Vichy a signé un accord avec le gouvernement japonais autorisant l'envoi de 30 000 « travailleurs japonais avec encadrement de matériel », officiellement pour y extraire les minerais nécessaires à l'industrie japonaise. Il envoie l’Amiral Charner, qui embarque une compagnie d'infanterie coloniale, mais le capitaine Graille, membre de la résistance en Indochine, transmet à Singapour l'information et l'aviso colonial, seulement armé de trois pièces de 138, doit rebrousser chemin quand il aperçoit le croiseur australien Canberra envoyé en travers de sa route au détroit de la Sonde[6]. Peu de temps avant l'arrivée des forces américaines dans ce territoire en , l'amiral Decoux et le contre-amiral Bérenger, commandant de la Marine à Saïgon conçoivent le plan d'une opération destinée à en reprendre le contrôle, en collaboration avec les forces aéronavales japonaises[7],[2]. Après un premier câble de Bérenger à Vichy en date du [n 4], Decoux télégraphie à son tour au gouvernement le , deux semaines avant la chute de Singapour: « J'estime, avec le Commandant de la Marine que malgré risques de guerre considérablement accrus par une insuffisance de moyens, opération doit être tentée dès que la zone d'action du Japon se rapprochera de Nouvelle-Calédonie », à quoi il lui est répondu: « Nous serions de ce fait considérés comme des belligérants ». Le 28 janvier suivant, il propose de « constituer dès le 1er février une division navale d'Indochine qui serait à [sa] disposition en tant que Haut Commissaire de la France dans le Pacifique », avant de préciser, le 3 février: « Nous ne pouvons en effet espérer y envoyer et maintenir nos seules forces avant qu'une couverture protège les communications et qu'un appui indirect ne leur soit assuré par les forces japonaises »[8].

En 1943, Decoux prend contact avec le Comité français de la Libération nationale d'Alger mais, son pétainisme le disqualifiant, il n'est pas envisagé comme chef des réseaux de résistance contre les Japonais : de Gaulle lui préfère le chef de l'armée française en Indochine, le général Mordant. Après la chute du régime de Vichy en Europe, Decoux prend les pleins pouvoirs, comme il le prévoyait « en cas de rupture des communications avec la métropole ». Il reconnaît l'autorité du Gouvernement provisoire de la République française (GPRF), et envoie des messages conseillant la prudence, qui ne reçoivent pas de réponse. En octobre 1944, Decoux découvre le rôle de Mordant comme émissaire clandestin du GPRF et menace de démissionner si les pleins pouvoirs ne lui sont pas confirmés. François de Langlade, émissaire du GPRF en Inde, est parachuté en Indochine, et ordonne à Decoux de demeurer à son poste et de nommer Mordant inspecteur général afin de fournir une couverture à ses activités. L'Indochine vit alors, durant quelques mois, sous un système bicéphale de fait, Mordant tenant Decoux en défiance et se considérant comme le vrai patron du territoire[9].

Par crainte d'un retournement de situation en leur défaveur, les troupes japonaises mettent fin à l'autorité française le 9 mars 1945 par un coup de force sans véritable ultimatum. Seul un « aide-mémoire », émanant du commandement des forces impériales japonaises, est présenté à l'amiral par l'ambassadeur Matsumoto à 19 h pour être rendu, signé ou non, à 21 h. Ce document demande l'accord du gouverneur général Decoux pour que l'ensemble de l'administration de l'Indochine passe sous l'autorité unique de l'armée Japonaise. L'amiral, jugeant ces conditions inacceptables, refuse de donner son accord. Une décision qui lui vaut d'être interné à Loc Ninh en Cochinchine, avec une vingtaine de personnes de son entourage, jusqu'à la capitulation nipponne de [10].

Le général de Gaulle reproche à Decoux d'avoir collaboré avec les Japonais. Decoux tente en vain de négocier avec Jean Cédile, envoyé du GPRF, pour continuer d'assurer l'intérim en Indochine mais, le 1er octobre, il est ramené en France[11], pour y être traduit devant la Haute Cour de justice. Il est gardé à vue pendant plusieurs mois au Val-de-Grâce. Les diverses accusations portées contre lui ayant toutes été reconnues comme sans objet, il bénéficie finalement d'un non-lieu en 1949.

Jean Decoux avait été élevé à la dignité de Grand-officier de la Légion d'honneur par arrêté du 5 septembre 1941[12].

Il décède à Paris en 1963 et enterré à Annecy.

Hommages et postérité[modifier | modifier le code]

  • Une rue à Bétheny, dans la Marne, honore la mémoire de l'amiral Decoux dans un quartier aux noms de marins illustres.
  • Les marins français avaient surnommé l'amiral Decoux, « pan pan » (deux coups).

Publications[modifier | modifier le code]

Jean Decoux est l'auteur de plusieurs ouvrages et articles :

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Le croiseur Lamotte-Picquet est alors le vaisseau amiral des FNEO.
  2. La présidence du conseil est assuré par Philippe Pétain alors que le général Weygand est ministre de la Défense nationale, l'amiral Darlan ministre de la Marine et Albert Rivière ministre des Colonies.
  3. Le régime de Vichy est en place le à la suite du vote de l'Assemblée nationale (Chambre des députés et Sénat), qui accepte la révision de la Constitution permettant d'attribuer les pleins pouvoirs au maréchal Pétain, président du Conseil.
  4. Dans son télégramme, Bérenger écrit: « Je me permets d'attirer votre attention sur les possibilités véritables qui ne peuvent d'ailleurs être envisagées qu'après accord et appui du gouvernement japonais ». Dans sa réponse du 30 décembre, l'Amirauté approuve d'abord, « l'opération étant menée par les Français seuls » et la « couverture générale maritime étant assurée indirectement par Japonais ».

Références[modifier | modifier le code]

  1. Huguier 2007, p. 289-290
  2. a et b Jean Clauzel, La France d'outre-mer (1930-1960): Témoignages d'administrateurs et de magistrats, Karthala, coll. Hommes et sociétés, 2003, 878 pages, p. 479 (ISBN 2-84586-423-X).
  3. Poujade 2007, p. 45-50.
  4. Daniel Guilmet, Vietnam, un pays presque mien, éd. de Fallois, Paris, 2011, p. 24
  5. Daniel Guilmet, op. cité
  6. Poujade 2007, p. 38-39.
  7. Paul-Jean Stahl, 1942-1945 Les Américains en Nouvelle-Calédonie, 1994
  8. Télégrammes cités par René Poujade, Marines d'Indochine 1940-1945, plaquette, Fédération des réseaux de la Résistance en Indochine FFL-FFC 1940-1945, 2006
  9. Jacques Dalloz, La Guerre d'Indochine, Seuil, 1987, pages 56-59
  10. Faits cités par Jean Decoux dans son article « Le coup de force du 9 mars » publié dans La Revue des Deux Mondes du 15 juillet 1949.
  11. Jacques Dalloz, La Guerre d'Indochine, Seuil, 1987, p. 88.
  12. « Notice no 19800035/0139/17572 », base Léonore, ministère français de la Culture

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sources et bibliographie[modifier | modifier le code]

Ouvrages 
  • Jacques de Folin, Indochine 1940-1955 : la fin d'un rêve, Paris, Librairie académique Perrin,‎ 1993
  • Philippe Franchini, Les mensonges de la guerre d'Indochine, Paris, Librairie académique Perrin,‎ 2005 (ISBN 2-262-02345-X)
  • Jean-Baptiste Duroselle, Politique extérieure de la France. L'Abîme, 1939-1945, Paris, Imprimerie nationale,‎ 1981
  • Jean Le Bourgeois, Saïgon sans la France, Paris, éditions Plon,‎ 1949
  • Paul Romé, Les Oubliés du bout du monde : Journal d'un marin d'Indochine de 1939 à 1946, Dinard, Éditions Danclau,‎ 1998
  • Michel Huguier, L'amiral Decoux. Sur toutes les mers du monde. De l'École Navale (1901) au gouvernement de l'Indochine (1940-1945), L'Harmattan,‎ 2007, 299 p. (ISBN 2296042287, lire en ligne)
  • Philippe Grandjean, L'Indochine face au Japon 1940-1945 : Decoux-de Gaulle, un malentendu fatal, Paris, L'Harmattan,‎ 2004 (ISBN 9782296368217, lire en ligne)
  • René Poujade, Cours martiales, Indochine, 1940-1945 : les évasions de résistants dans l'Indochine occupée par les Japonais, La Bruyère,‎ 1997, 252 p. (ISBN 2840143836)
    René Poujade est secrétaire général de la Fédération des réseaux de la résistance en Indochine FFL-FFC de 1940 à 1945.
  • René Poujade, L'Indochine dans la sphère de coprospérité japonaise de 1940 à 1945 : témoignages et documents, Paris, L'Harmattan, coll. « Mémoires asiatiques »,‎ 2007, 228 p. (ISBN 978-2-296-04349-7)
Archives 
  • Ministère des Affaires étrangères : Archives de la France d'Outre-mer (FOM).
  • Ministère des Affaires étrangères : Fonds Decoux.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]