Indifférence religieuse

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L'indifférence religieuse est une indifférence vis-à-vis des religions quelles qu'elles soient. Il s'agit d'une forme de neutralité spécifique aux questions religieuses. Néanmoins, dans les faits, elle est utilisée comme synonyme d'indifférence spirituelle, ce qui constitue une approche réductrice puisque les philosophies irréligieuses sont loin d'être étrangères à toute préoccupation spirituelle.

Dans les sociétés occidentales[modifier | modifier le code]

Selon une enquête menée par le secrétariat pour les non-croyants du Vatican, « l'indifférence religieuse est le résultat et le succès à long terme de l'athéisme théorique. C'est une attitude post-athée, un climat existentiel et un style de comportement d'où Dieu est absent. Une absence non ressentie, indolore et pacifique. [...] Elle se présente comme un manque d'attention et d'intérêt au problème de Dieu, l'homme étant tout occupé par des questions plus immédiates, dans une civilisation marquée par l'efficacité et le pragmatisme. [...] Les vraies valeurs sont celles du succès, de l'efficacité, du pouvoir, de la liberté sans conditions et du plaisir. L'avancée de l'indifférence religieuse va de pair, généralement, avec celle du développement technologique et du confort qui s'ensuit. »[1]

Selon le cardinal Poupard, l'indifférence religieuse a pour causes l'hédonisme, la perte du sens du caractère sacré de la vie, le pragmatisme utilitaire, et la recherche de l'efficacité [2].

Selon Franck Damour, l'indifférence religieuse porte sur les questions fondamentales, comme le salut ou la finalité de l'humain. Elle correspond à une forme globale d'acédie, c'est-à-dire de paresse intellectuelle[3].

Pourtant, il n'y a pas de corrélation évidente entre indifférence et athéisme. Par exemple, en Italie et vers 1970, les indifférents oscillaient entre 50 % et 60 % de la population, alors que les athées n'étaient que 5 % de la population adulte[4]. De même, à Cuba, pays longtemps athée, la réautorisation des institutions religieuses en 1992 ne s'est pas traduite par une réaffiliation massive de la population. Ainsi, un sondage a déterminé que 85 % des cubains possèdent une croyance, mais seuls 15 % d'entre eux pratiquent régulièrement une religion[5]. Tout ceci est une illustration flagrante de la nuance entre athéisme et irréligion : même si les indifférents ont abandonné toute pratique religieuse, il ne faut pas en déduire pour autant qu'ils ont renoncé à tout questionnement spirituel.

L'indifférence est particulièrement marquée dans les pays développés, au point d'y être devenue la norme. Il s'agit aussi d'un phénomène relativement récent, coïncidant avec la montée du laïcisme, puisque le détachement de l'Église manifesté par la majorité de la population s'est produit des dernières décennies du XIXe siècle à aujourd'hui[6].

Ce phénomène est si préoccupant pour l'Église en France, que l'Église catholique a lancé en novembre 2007 un groupe de travail « indifférence religieuse et visibilité de l'Église ». Ce groupe a remis ses conclusions en 2009, et un rapport a été rédigé en 2010 par Mgr Claude Dagens, qui était président du groupe de travail.

Selon Mgr Dagens, l'indifférence religieuse est une conséquence de la sécularisation. Mais il souligne qu'il ne faut pas en rester aux causes extérieures à l'Église[7].

L'indifférence peut prendre de multiples formes[8] :

  • elle peut provenir de la simple ignorance des « réalités » religieuses ;
  • elle peut prendre une forme plus raisonnée, argumentée, proche de l'athéisme ;
  • elle peut être liée aux circonstances de la vie, lorsque les individus sont trop occupés ou préoccupés pour s'intéresser à ces « réalités ».

Pour faire face à cette situation inquiétante, Mgr Dagens recommande d'éviter de chercher des coupables, mais en appelle à une attitude de discernement spirituel.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Secrétariat pour les non-croyants, La foi et l'athéisme dans le monde, Desclée, Paris, 1988, p. 16
  2. Lydie Garreau, Le cardinal Poupard face à l'athéisme - De crise en crise, l'effritement d'un pouvoir - Approche d'une nouvelle évangélisation, L'Harmattan, 2004, p. 242
  3. Franck Damour, dossier sur l'indifférence religieuse dans la revue Christus, octobre 2003
  4. S. Burgalassi, Italiani in Chiesa, Brescia, 1967 ; Il comportamento religioso degli italiani, Florence, 1968 ; Le cristianità nascoste, Bologne, 1970
  5. Mauricio Vicent, « Les églises sortent de l'ombre », dans Géo, no 339, mai 2007, p. 74.
  6. Secrétariat pour les non-croyants, L'indifférence religieuse, p. 169
  7. Mgr Claude Dagens, Entre épreuves et renouveaux, la passion de l'évangile - Indifférence religieuse, visibilité de l'Église et évangélisation, Bayard, p. 23
  8. Mgr Claude Dagens, Entre épreuves et renouveaux, la passion de l'évangile - Indifférence religieuse, visibilité de l'Église et évangélisation, Bayard, pp. 10-11

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Collectif, préface du cardinal Paul Poupard, L'indifférence religieuse, éditions Beauchesne, 1997
  • Cardinal Paul Poupard, Conseil pontifical pour la culture, Où est-il ton Dieu ? - La foi chrétienne au défi de l'indifférence religieuse, Salvator, 2004
  • Mgr Claude Dagens, Entre épreuves et renouveaux, la passion de l'évangile - Indifférence religieuse, visibilité de l'Église et évangélisation, Bayard, 2010