Glaciations quaternaires

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Calottes glaciaires actuelles de la Terre (avec les banquises).

Les glaciations quaternaires, aussi nommées glaciations plio-quaternaires, sont la succession de périodes glaciaires survenant régulièrement depuis 2,58 millions d'années et séparées par des périodes interglaciaires. Cette période s'inscrit dans un événement de refroidissement global du climat en cours depuis plus de 50 Ma et en constitue la période la plus froide. Les périodes glaciaires sont caractérisées par le développement d'inlandsis sur les continents, dont l'action a fortement contribué à façonner les paysages actuels par le biais de l'érosion glaciaire.

Formation de la calotte glaciaire Arctique[modifier | modifier le code]

La phase de formation de la calotte glaciaire Arctique a débuté il y a environ 2,7 millions d'années[1]. Elle fut suivie d'un lent processus de refroidissement global, dont on trouve déjà les prémices à la fin de l’Eocène. Il y a 4,6 millions d'années, l’isthme de Panama commença à se refermer, entraînant un bouleversement des courants océaniques, qui se traduisit entre autres par une augmentation de l'humidité de l'air dans l'Arctique, et finalement l'englacement de l’hémisphère Nord[2].

Structure de la période glaciaire actuelle[modifier | modifier le code]

La période glaciaire actuelle est ponctuée de courtes périodes de réchauffement. Les épisodes froids (glaciations) se caractérisent par une extension massive des glaciers. Avec une durée moyenne de 90 000 ans, elles dominent largement sur les épisodes interglaciaires (seulement 15 000 ans). Ces interglaciaires sont généralement prompts à s'établir, alors que les glaciations sont très progressives. Ainsi les changements climatiques sont-ils rarement équilibrés : à des changements rapides succèdent des refroidissements lents et durables.

Le cycle complet d'un interglaciaire au suivant dure, pour les périodes récentes, un peu plus de 100 000 ans ; mais cette estimation ne vaut que pour les derniers 600 000 à 800 000 ans. De 2,7 millions d'années jusqu'à environ 700 000 ans BP, la durée moyenne d'un cycle n'était que de 40 000 ans. Il faut rapporter cela avec des périodes presque aussi longues, de changement de l’inclinaison de l’écliptique (inclinaison de l'axe terrestre). Le cycle actuel de 100 000 ans est principalement lié aux variations de l’excentricité de l'orbite terrestre. On ne dispose pour l'instant d'aucune interprétation satisfaisante de cette altération de la durée des cycles.

L'interglaciaire actuel, désigné sur l'échelle des temps géologiques comme l'étage Holocène, dure depuis déjà 11 000 ans. Cependant, ces épisodes, plus chauds que les épisodes de glaciation, présentent un climat relativement frais à l'échelle des temps géologiques : la couverture neigeuse autour des pôles et au sommet des montagnes (neiges éternelles) reste permanente. Les glaciers ne peuvent toutefois se maintenir aux latitudes moyennes et il s'y établit le climat tempéré d'aujourd'hui, avec en particulier des hivers doux.

Causes des glaciations[modifier | modifier le code]

On recherche aujourd’hui les causes du refroidissement général de la planète depuis l’Eocène dans la géologie elle-même, les oscillations climatiques mineures se laissant par ailleurs très bien expliquer par les variations périodiques de l’excentricité de l'orbite terrestre ou les cycles d'activité du Soleil.

La recherche des causes du cycle des glaciations reste aujourd'hui l'une des branches fondamentales de la paléoclimatologie. Elle est intimement liée aux noms de James Croll et Milutin Milanković, qui tous deux se sont appuyés sur l’hypothèse du Français Joseph-Alphonse Adhémar, selon laquelle des altérations de la géométrie de l’orbite terrestre seraient responsables des glaciations périodiques.

Variations de l'orbite terrestre[modifier | modifier le code]

Les variations de l’orbite terrestre sont une conséquence de l’évolution de la distribution des interactions gravitationnelles au sein du système Soleil-Terre-Lune. Elles altèrent la forme elliptique de l’orbite terrestre (Excentricité) autour du Soleil selon une période d'environ 100 000 ans, ainsi qu'une oscillation de l'axe de rotation propre de la Terre (inclinaison de l’Écliptique) selon une période de 40 000 ans, tandis que l'axe des équinoxes reprend la même position sur la trajectoire elliptique à peu près tous les 25 780 ans (précession). Ces « cycles de Milanković » provoquent des changements périodiques de la répartition du flux solaire à la surface de la Terre.

Inspiré par les idées du météorologue allemand Vladimir P. Köppen, Milutin Milanković formula en 1941 (Der Kanon der Erdbestrahlung und seine Anwendung auf das Eiszeitproblem) l’hypothèse selon laquelle les glaciations surviennent à chaque fois que le rayonnement solaire reçu dans les hautes latitudes de l'hémisphère nord atteint un minimum. Selon Köppen, en effet, la fraîcheur des étés compte davantage que le froid des hivers dans la formation des glaciers. Milanković a donc recherché la cause des glaciations dans les régions où les étés sont les plus frais, à savoir les hautes latitudes de l'hémisphère Nord.

Les variations des paramètres de l'orbite terrestre (cycles de Milankovitch) ont pu constituer un facteur déclenchant propice au phénomène, mais leur action a certainement été amplifiée par différents facteurs. Ainsi on a avancé comme l'une des causes du début de l'englacement de l'Antarctique et de l'hémisphère Nord, les processus tectoniques et leur action sur les courants marins[3]. Par ailleurs la teneur en CO2 de l’atmosphère, qui est couplée aux oscillations thermiques du globe, aurait joué un rôle actif, comme en témoignent diverses études menées sur les carottes de glace vieilles de 800 000 ans prélevées dans l’Antarctique et au Groënland[4]. De cette façon, la baisse de concentration des gaz à effet de serre dans l'atmosphère, tels le dioxyde de carbone (ainsi que le méthane et le protoxyde d'azote) expliquent environ un tiers de la baisse de température ayant mené aux glaciations[5], et même la moitié selon une étude récente[6]. D'autres processus de contre réaction positive, comme l'amplification de l'albédo par les calottes glaciaires ou la disparition de la couverture végétale, ainsi que la variabilité de l'humidité de l’atmosphère ont entretenu le phénomène. On explique les variations dites « stadiales » (refroidissements éphémères au cours d'un âge interglaciaire) et « interstadiales » par le couplage avec la circulation thermohaline.

Les cycles solaires[modifier | modifier le code]

Il y a eu, lors de la dernière période glaciaire, deux douzaines d'oscillations climatiques, au cours desquelles la température de l'Atlantique Nord n'est remontée à 12 °C que pour une décennie. Ces événements de Dansgaard-Oeschge paraissent survenir tous les 1470 ans, périodicité qu'on tente d'expliquer par la concomitance de deux cycles solaires : celui de 87 ans et celui de 210 ans[7], puisque 1470 est un multiple commun de 210 et de 86,5. Au cours de l'interglaciaire actuel, ces événements de Dansgaard-Oeschge ne se sont toujours pas reproduits, car les faibles variations d'activité solaire n'ont pas suffi à altérer de manière significative la stabilité des courants marins de l'Atlantique depuis 10 000 ans.

Datation et nomenclature[modifier | modifier le code]

Les problèmes de datation[modifier | modifier le code]

Initialement, la datation des glaciations du Quaternaire s'est appuyée sur la localisation des dépôts correspondants. On les distinguait par la structure des couches alternées des sédiments interglaciaires avec les moraines glaciaires. Mais la comparaison et la recherche de correspondances entre les dépôts identifiés dans des régions éloignées a fait apparaître de nombreuses difficultés. Ainsi, on n'a toujours aucune certitude sur la concomitance des dépôts de la glaciation de la Saale (qui a affecté l'Allemagne du Nord) et ceux de la Glaciation de Riss, dans l'espace Alpin. C'est pourquoi les différentes régions de la Terre conservent leur propre division stratigraphique du Quarternaire.

Ces différentes appellations régionales, où les spécialistes eux-mêmes ont du mal à se retrouver, crée de la confusion auprès du grand public. C'est ainsi que la dernière avancée des glaciers, qui a culminé il y a plus de 20 000 ans, est appelée « glaciation de Würm » en France et dans les autres pays alpins, « glaciation du Devensien » dans les Îles Britanniques, « glaciation de Weichsel » en Allemagne et en Europe du Nord, « glaciation de Valdaï » en Russie, et enfin « glaciation du Wisconsin » en Amérique du Nord. Il y a tout autant de diversité pour les autres périodes glaciaires et interglaciaires...

Une autre difficulté dans la datation des dépôts glaciaires continentaux provient de ce que la stratification n'a rien d'un processus continu. Aux phases intenses de sédimentation (comme lors de la progression de l'inlandsis) ont succédé des phases sans sédimentation, ou même des phases d'érosion. En Allemagne du Nord, par exemple, il n'existe aucun site où l'on trouve une alternance complète des sédiments des trois grandes phases de glaciation et des alluvions des épisodes interglaciaires. Le recoupement ne peut donc se faire que par comparaison avec des régions éloignées, ce qui peut conduire à des erreurs d'appréciation.

Classification internationale[modifier | modifier le code]

La subdivision internationalement adoptée pour les glaciations du Quaternaire repose sur les propriétés des dépôts sédimentaires marins. Ces sédiments offrent la caractéristique intéressante de se déposer régulièrement dans des poches préservées, ce qui permet aussi bien le dépôt des sédiments des périodes chaudes que des périodes froides.

Stratigraphie par les isotopes de l’oxygène marin[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Stades isotopiques de l'oxygène.
Reconstitution de la courbe de température moyenne pour les 5 derniers millions d'années.

Une ressource remarquable pour la datation des différents stades de l’ère glaciaire réside dans le comportement des isotopes stables de l’oxygène 16O et 18O fixés dans les micro-organismes coralliens (foraminifères). Comme l’isotope16O est plus léger que 18O, il est présent en plus grande proportions dans les dépôts sédimentaires ce qui se traduit par une composition isotopique particulière de l’oxygène. Le piégeage de l’isotope léger 16O dans les massifs glaciers continentaux au cours des glaciations a chargé l'Océan en isotopes lourds au cours de ces périodes (effet de gel). C'est ainsi qu'une discipline propre, la stratigraphie des sédiments marins, s'est développée.

L'ère glaciaire a été divisée en 103 stades isotopiques de l'oxygène. On attribue un numéro impair aux périodes de réchauffement (interstadiales ou interglaciaires), et un numéro pair aux épisodes glacials. Ainsi l'interglaciaire contemporain est-il classé comme Stade isotopique de l'oxygène 1 (abrégé en OIS 1 selon la dénomination internationale Oxygen isotope stage 1), et l'apogée de la dernière glaciation comme OIS 2. En prévision de la découverte de nouvelles variations isotopiques postérieurement à l'adoption de cette classification, on a prévu de les intercaler grâce à des lettres suffixées après le numéro : par ex. « OIS 5e » pour l'interglaciaire d'Eem.

Magnétostratigraphie[modifier | modifier le code]

Une autre façon, très commune, de subdiviser le quaternaire, consiste à repérer les variations et l'inversion du champ magnétique de la Terre. Deux nettes inversions du champ magnétique sont survenues au Quaternaire, l'une il y a 780 000 ans, et l'autre il y a 2 580 000 ans (le terme d'« inversion » n'est pas ici à prendre littéralement, mais comme une diminution progressive du champ magnétique à un pôle, et son augmentation corrélative à l'autre). Il y a eu d'autres phases d’inversion du champ magnétique au cours des grandes époques, comme par exemple il y a 1,77 millions d'années. Lorsque l'on trouve un indice d'une de ces inversions, par exemple dans l'orientation des roches magnétiques des dépôts glaciaires, il devient possible de dater ces dépôts. Cette méthode convient tout autant aux sédiments continentaux qu'aux sédiments marins. C'est ainsi que la datation du début des glaciations est universellement reconnue par les chercheurs : elle se situe à la grande inversion du champ magnétique du Pliocène, il y a 2,58 millions d'années, et concorde bien avec les premières avancées des glaciers dans l'hémisphère Nord.

Classification pour l'Europe centrale[modifier | modifier le code]

Stades isotopiques de l'oxygène au cours des derniers 300 000 ans, d'après Martinson et al.

En Europe centrale, les glaciations portent le nom des fleuves dont le lit marque en général l'extension maximum de la calotte glaciaire. Alors qu'en Allemagne méridionale les glaciers se sont étendus depuis les sommets alpins, en Allemagne du Nord ils ont été le prolongement de la calotte glaciaire scandinave. À l'exception de la dernière glaciation (pour laquelle on n'en est pas encore sûr), l'extension des glaciers dans l'Arc alpin et en Allemagne du Nord ont progressé de façon absolument synchrone. Aussi les valeurs avancées aujourd'hui sont-elles sujettes à des révisions dans l'avenir compte tenu de nouvelles avancées scientifiques.

Glaciations du Quarternaire dans l'espace alpin et en Allemagne du Nord
Espace alpin
(extension maximum)
Allemagne du Nord
(extension maximum)
Époque
(en milliers d'années BP)
OIS
- glaciation de Brüggen (Brüggen) env. 2200  ?
glaciation de Biber (Biberbach) - env. 1900–1800, ou 1500–1300 OIS 68–66, ou OIS 50–40
- glaciation des Éburons (Éburonne) env. 1400  ?
Glaciation de Donau (Danube) - env. 1000–950 OIS 28–26
- glaciation Ménape (Ménapes) 640–540  ?
glaciation de Günz (Günz) - 800–600 OIS 20–16
glaciation de Mindel (Mindel) - 475–370[8] OIS 12
- glaciation de l'Elster (Elster Blanc) 400–320 OIS 10
glaciation de Riss (Riss) glaciation de la Saale (Saale) 350–120 (Riß), 300–130 (Saale) OIS 10–6 (Riß), MIS 8–6 (Saale)
glaciation de Würm (Würm) glaciation de Weichsel (Weichsel) 115–10 OIS 2–4

Action géomorphologique[modifier | modifier le code]

Extension des glaciers[modifier | modifier le code]

Minimum (interglaciaire, en noir) et maximum (glaciaire, en gris) de la glaciation de l'hémisphère Nord
Minimum (interglaciaire, en noir) et maximum (glaciaire, en gris) de la glaciation de l’hémisphère sud

Au cours des périodes glaciales récentes, l’inlandsis et les névés se sont considérablement étendus, jusqu’à recouvrir à peu près 32 % des terres émergées du globe, surtout dans l’hémisphère Nord : ce fut une grande partie de l’Europe, de l’Asie et de l’Amérique du Nord. Actuellement, seules 10 % des terres émergées sont encore couvertes de glaciers. Les traces des glaciers sont encore manifestes (par ex. le Plateau des lacs mecklembourgeois, les vallées glaciaires du Brandebourg, les moraines, l’érosion glaciaire, la série glaciaire).

Au cours des glaciations du Quaternaire, l'étendue de l’inlandsis de l’Antarctique a été beaucoup plus stable que celle de l'Arctique. On suppose d'une part que le gel des terres et des plates-formes continentales en pente douce de l’hémisphère nord a été plus intense que dans l'Océan Antarctique. D'autre part, le continent Antarctique étant déjà gelé en profondeur, la calotte glaciaire ne peut s'étendre en surface que très peu. On relie l'extension actuelle du glacier à la baisse du niveau de la mer.

Tout au long du présent interglaciaire (Holocène), la calotte glaciaire a beaucoup régressé. Après une ultime avancée lors de la phase glaciale vers la fin du Dryas récent, le recul a été rapide au début de l'Holocène, avec la disparition de plusieurs glaciers, notamment en Islande et dans la péninsule scandinave. Cela vaut pour l'apogée de l'interglaciaire (Holocène), il y a un peu plus de 7000 ans. À cette époque, les glaciers des Alpes étaient bien plus petits qu'ils ne le furent au début du XXe siècle. Si plusieurs chercheurs admettent que les glaciers des Alpes ou de Scandinavie sont des vestiges de la dernière glaciation, d'autres estiment qu'ils ne sont apparus qu'au cours des derniers 6000 ans, plusieurs d'entre eux n'ayant atteint leur extension maximale qu'il y a quelques siècles[9].

Niveau des océans[modifier | modifier le code]

La formation des calottes glaciaires continentales a fixé d'énormes quantités d'eau. Au plus fort de la dernière glaciation, le niveau de la mer était plus bas de 120 à 130 m. Cela s'est accompagné de l'émergence de plusieurs péninsules. Des mers fermées et des mers intérieures telles la Mer du Nord se sont trouvées pratiquement asséchées. L'émergence du Détroit de Béring, qui a relié le Nord-est asiatique à l'Amérique du Nord, s'est avéré d'une importance décisive pour l'évolution du vivant : il a permis les échanges faunistiques et floristiques entre les deux mondes ainsi que le premier peuplement de l'Amérique (selon la théorie reçue au XXe siècle).

Climat et atmosphère[modifier | modifier le code]

Au cours des glaciations, par suite de la baisse des températures, les précipitations ont été globalement bien inférieures à ce qu'elles étaient au cours des périodes chaudes ; mais en réalité ce bilan masque des contrastes régionaux très importants. Alors que les latitudes polaires et moyennes ont connu un climat plutôt sec, les zones tropicales pouvaient connaître par endroits un climat humide. Les déserts tropicaux étaient arides, et les terres tropicales humides étaient de faible étendue. Mais la quantité d'eau mobilisable en pluie sous les hautes et moyennes latitudes était plus importante au cours des périodes glaciales qu'aujourd'hui, car la baisse des température et la réduction de couverture végétale diminuaient d'autant l'absorption d'eau.

Le dernier maximum glaciaire (LGM) est survenu il y a 21 000 ans. La température moyenne globale était inférieure d'environ 5 à °K par rapport à aujourd'hui. On sait par le gaz fixé dans la glace polaire que la concentration atmosphérique en gaz à effet de serre n'est supérieure que de 70 % aux teneurs d'avant la Révolution industrielle pour le dioxyde de carbone (200 ppm, avant la Révolution industrielle et 288 ppm en 2005) et de 50 % en méthane (750 ppm de CH4 pour 1750 ppm aujourd'hui).

Dans les derniers stades de chaque glaciation, la température du globe s'est accrue par suite de l'augmentation naturelle du rayonnement solaire, puis en réaction à ce réchauffement initial, l'atmosphère s'est chargée en gaz CO2 et en méthane. Cette concentration prend quelques siècles. Le phénomène est réversible, c'est-à-dire que chaque glaciation s'accompagne d'une baisse de la teneur en gaz à effet de serre. La montée en température dicte pratiquement le taux de concentration en gaz à effet de serre : les courbes de variation des teneurs en CO2 et en méthane atmosphériques sont pratiquement parallèles à la courbe de température au cours de ce processus[10],[11]. Cette correspondance des variations chronologiques est univoque et ne présente ni discontinuité, ni rebroussement, de sorte que pour cette période géologique, l'interaction Soleil-température au sol de la Terre paraît jouer un rôle prépondérant.

Toutefois, une théorie différente continue d'attirer l'attention : la libération des gaz à effet de serre conduirait par un processus de contre réaction à un ralentissement du réchauffement suivi d'une nouvelle phase de libération gaz à effet de serre, jusqu'à ce qu’un état stationnaire soit finalement atteint, et le climat aussi bien que la concentration en gaz à effet de serre serait demeurée relativement stable au cours des interglaciaires. Ce mécanisme de réchauffement naturel peut bien sûr expliquer le réchauffement climatique actuel, car l'augmentation de la teneur de l'atmosphère en gaz à effet de serre, liée à l’activité anthropique, est naturellement de nature à relancer une élévation de la température globale. Selon plusieurs chercheurs, le rayonnement solaire ne jouerait qu'un rôle subalterne dans la phase de réchauffement actuelle[12].

Faune et flore[modifier | modifier le code]

Le mammouth laineux (Mammuthus primigenius), représentant typique de la faune de l'ère glaciaire du Quaternaire dans l'hémisphère Nord.

Les variations climatiques du cénozoïque ont marqué de façon décisive l’évolution du vivant. Les alternances de refroidissement et de réchauffement ont cantonné les espèces vivantes à des habitats spécifiques. D'innombrables espèces végétales et animales ont dû abandonner leur territoire ou se sont éteintes. Ce mouvement a été nettement plus marqué en Afrique et en Europe, où la Méditerranée et l'expansion des inlandsis d'est en ouest ont gêné la migration des espèces, qu'en Amérique du Nord et en Extrême-Orient.

La faune caractéristique de l'ère glaciaire comprend le mammouth, le mastodonte, le saïga, le tigre à dents de sabre, le lion des cavernes, l’ours des cavernes etc. Il faut y compter l’Homo heidelbergensis, ancêtre de l’Homme de Neandertal, ainsi qu'homme moderne (Homo sapiens), venu d’Afrique en Europe il y a 40 000 ans, donc au cours des glaciations.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. D’après Gerald H. Haug, Andrey Ganopolski et Daniel M. Sigman et al., « North Pacific seasonality and the glaciation of North America 2.7 million years ago. », Nature, vol. 433,‎ 2005, p. 821-825 (DOI 10.1038/nature03332, lire en ligne)
  2. D'après Gerald H. Haug et Ralf Tiedemann, « Effect of the formation of the Isthmus of Panama on Atlantic Ocean thermohaline circulation », Nature, vol. 393,‎ 1998, p. 673-676 (DOI 10.1038/31447, lire en ligne)
  3. Par ex. Gerald Haug, Ralf Tiedemann & Rainer Zahn, « Vom Panama-Isthmus zum Grönlandeis », Spektrum der Wissenschaft, no novembre,‎ 1998
  4. Dieter Lüthi, Martine Le Floch, Bernhard Bereiter, Thomas Blunier, Jean-Marc Barnola, Urs Siegenthaler, Dominique Raynaud, Jean Jouzel, Hubertus Fischer, Kenji Kawamura & Thomas F. Stocker: High-resolution carbon dioxide concentration record 650,000–800,000 years before present. In: Nature. Vol. 453, S. 379–382, doi:10.1038/nature06949
  5. Eystein Jansen & Jonathan Overpeck et al.: Palaeoclimate. In: IPCC Fourth Assessment Report. 2007 (PDF; 8,1 MB – 6.4.1 und Figure 6.5)
  6. James Hansen, Makiko Sato, Pushker Kharecha, David Beerling, Robert Berner, Valerie Masson-Delmotte, Mark Pagani, Maureen Raymo, Dana L. Royer & James C. Zachos: Target Atmospheric CO2: Where Should Humanity Aim? In: The Open Atmospheric Science Journal. Vol. 2, 2008, S. 217–231, doi:10.2174/1874282300802010217 (PDF; 1,4 MB)
  7. Cf. à ce sujet Holger Braun, Marcus Christl et Stefan Rahmstorf et al., « Possible solar origin of the 1,470-year glacial climate cycle demonstrated in a coupled model », Nature, vol. 438,‎ 2005, p. 208–211 (DOI 0.1038/nature04121) (PDF; 472 kB)
  8. D'après K. A. Habbe et Herbert Liedtke & Joachim Marcinek (dir.), Physische Geographie Deutschlands, Gotha/Stuttgart, Klett-Perthes,‎ 2002 (ISBN 3-623-00860-5), « Das deutsche Alpenvorland », p. 606
  9. D'après P. Thompson Davis, Brian Menounos & Gerald Osborn, Quaternary Science Reviews, vol. 28,‎ 2009 (DOI 10.1016/j.quascirev.2009.05.020), « Holocene and latest Pleistocene alpine glacier fluctuations: a global perspective », p. 2021–2033
  10. D'après Jean-Robert Petit, Jean Jouzel et Dominique Raynaud et al., « Climate and atmospheric history of the past 420,000 years from the Vostok ice core, Antarctica », Nature, vol. 399, no 3 juin,‎ 1999, p. 429–436 (DOI 10.1038/20859, lire en ligne)
  11. D'après Éric Monnin, Andreas Indermühle, André Dällenbach, Jacqueline Flückiger, , Bernhard Stauffer, Thomas F. Stocker, Dominique Raynaud et Jean-Marc Barnola, « Atmospheric CO2 Concentrations over the Last Glacial Termination », Science, vol. 291, no 5501,‎ 2001, p. 112–114 (DOI 10.1126/science.291.5501.112)
  12. William Ruddiman: Earth’s climate, past and future. New York 2002, ISBN 0-7167-3741-8

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • M. Rotaru, J. Gaillardet et al., Les climats passés de la terre (2006), éd. Vuibert, 195 p. (ISBN 2711753948)
  • Edmund Blair Bolles: Eiszeit. Wie ein Professor, ein Politiker und ein Dichter das ewige Eis entdeckten. Argon, Berlin 2000, (ISBN 3-87024-522-0) (sur l'histoire de la paléoclimatologie, en part. Louis Agassiz, Charles Lyell et Elisha Kent Kane)
  • Jürgen Ehlers & Philip L. Gibbard: The extent and chronology of Cenozoic global glaciation. In: Quaternary International. Volumes 164–165, avril 2007, p. 6-20, DOI:10.1016/j.quaint.2006.10.008
  • Wolfgang Fraedrich: Spuren der Eiszeit. Landschaftsformen in Europa. Springer, Berlin [etc.] 2006, (ISBN 3-540-61110-X)
  • Hansjürgen Müller-Beck, Die Eiszeiten. Naturgeschichte und Menschheitsgeschichte. Beck, Munich 2005, (ISBN 3-406-50863-4) (courte introduction)
  • Josef Klostermann, Das Klima im Eiszeitalter. Schweizerbart, Stuttgart 1999, (ISBN 3-510-65189-8)
  • Thomas Litt (Hrsg.): Stratigraphie von Deutschland - Quartär (= E&G – Quaternary Science Journal. Vol. 56, No. 1/2). 2007, DOI:10.3285/eg.56.1-2
  • William Ruddiman, Earth’s climate, past and future. W. H. Freeman, New York 2002, (ISBN 0-7167-3741-8)
  • Christian-Dietrich Schönwiese, Klima im Wandel. Tatsachen, Irrtümer, Risiken. Deutsche Verlagsanstalt, Stuttgart 1992, (ISBN 3-421-02764-1)
  • Roland Walter, Erdgeschichte. Die Entstehung der Kontinente und Ozeane. 5e éd. de Gruyter, Berlin/New York 2003, (ISBN 3-11-017697-1)

Liens externes[modifier | modifier le code]