Gabriel Nadeau-Dubois

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Gabriel Nadeau-Dubois
Gabriel Nadeau-Dubois lors de la manifestation étudiante du 22 mars 2012, sur la Place du Canada à Montréal.
Gabriel Nadeau-Dubois lors de la manifestation étudiante du 22 mars 2012, sur la Place du Canada à Montréal.

Surnom GND
Naissance 31 mai 1990 (24 ans)
Drapeau : Canada Montréal[1], Québec, Canada
Type de militance Désobéissance civile[2]
Grève d'occupation
Manifestation non violente
Piquet de grève
Cause défendue Gel des frais de scolarité
Grève étudiante de 2012
Années de service 2007 - 2012

Gabriel Nadeau-Dubois, (né le 31 mai 1990 à Montréal, au Québec, Canada[3]) est un militant étudiant québécois. Il s'est fait connaître durant la grève étudiante québécoise de 2012, alors qu'il agissait comme co-porte-parole de la Coalition large de l'Association pour une Solidarité Syndicale Étudiante (CLASSE), une coalition d'associations étudiantes opposées à la hausse des frais de scolarité universitaires au Québec décrétée par le gouvernement de Jean Charest. Il quitte son poste le 8 août 2012, quelques jours avant la rentrée universitaire imposée par une loi spéciale adoptée au printemps 2012[4].

Biographie[modifier | modifier le code]

Né dans une famille d'activistes — ses parents se sont rencontrés dans le mouvement étudiant catholique et son père a milité dans des organisations syndicales et écologistes — Gabriel Nadeau-Dubois a été initié très tôt au militantisme. Écolier, il accompagnait son père dans des assemblées syndicales[5].

Après ses études au Collège Regina Assumpta, une école privée de Montréal où il remet en question le mode de désignation des représentants des élèves par la direction[5], Gabriel Nadeau-Dubois se joint à l'Association pour une solidarité syndicale étudiante (ASSÉ) comme étudiant au Collège de Bois-de-Boulogne[6] durant l'automne 2007. La même année, l'association étudiante du cégep décide, en assemblée générale, de ne plus être représentée par l'ASSÉ et de demeurer indépendante. [réf. nécessaire] Le jeune militant sera tout de même élu sur l'exécutif de son association étudiante collégiale à titre de responsable aux affaires externes et vice-président.

En 2009, il commence un baccalauréat en histoire, culture et société à l'Université du Québec à Montréal (UQAM)[3]. Afin de pouvoir se concentrer sur la lutte étudiante, il s'inscrit à temps partiel, avec seulement trois crédits par session.[réf. nécessaire] Il est le titulaire d'une bourse d'excellence du millénaire[7].

Durant l'année 2010-2011, Nadeau-Dubois est élu membre du comité journal de l'ASSÉ et sera responsable de la coordination de la production du journal national de l'organisation. Il fera son entrée sur l'exécutif l'année suivante, en avril 2010, à titre de Secrétaire aux communications et porte-parole[8] En décembre 2011, il est confirmé dans ces fonctions de co-porte-parole de la CLASSE, avec Jeanne Reynolds[9].

Rôle pendant la grève étudiante de 2012[modifier | modifier le code]

Gabriel Nadeau-Dubois durant un point de presse lors de la manifestation du 22 juin 2012 à Québec.

Depuis le début de la grève étudiante québécoise de 2012, il représente la figure médiatique du mouvement étudiant opposé à la hausse des frais de scolarité[3],[9],[10]. La CLASSE fonctionnant par démocratie directe, ni Gabriel Nadeau-Dubois, ni Jeanne Reynolds ne sont toutefois des « leaders » étudiants : « La CLASSE n'a pas de leader, mais deux porte-paroles égaux, l'autre étant Jeanne Reynolds. Les porte-paroles doivent représenter l'Association sans se mettre en avant.»[9]

À l'instar de certains chroniqueurs de la presse écrite[réf. souhaitée], la ministre de l'Éducation, Line Beauchamp et celui de la Sécurité publique, Robert Dutil, ont personnellement reproché à Nadeau-Dubois son incapacité « à lancer un appel au calme ou à condamner la violence de façon claire »[11]. Cette personnalisation du débat et l'hypermédiatisation de Gabriel Nadeau-Dubois ont provoqué certains remous au sein de la CLASSE, qui a discuté du rôle des porte-paroles lors de son congrès des 28 et 29 avril[11].

Son rôle de porte-parole de la position de la CLASSE dans le débat entourant la grève étudiante l'a forcé à modifier son mode de vie. Sujet de rumeurs, d'attaques personnelles et de cinq menaces de mort par semaine — sur Twitter et par la poste —, il doit s'entourer de gardes du corps lors de ses participations aux manifestations, selon le quotidien londonien The Guardian, qui lui a consacré un article durant le conflit[12].

Le 1er juin 2012, Nadeau-Dubois indique qu'il demandera un renouvellement de mandat à titre de porte-parole jusqu'à la fin de la grève. Il annonce également qu'il quittera le mouvement étudiant au terme du conflit, se disant « fatigué » de la pression qu'on a fait porter sur ses épaules au cours du conflit[13].

« C’est un désavantage majeur et c’est un peu ironique. Des trois porte-parole étudiants, je suis celui qui a le moins de pouvoir, mais qui est le plus en vue. Je suis celui à qui on a fait porter le plus la responsabilité de l’impasse actuelle. » Il ajoute : « Je suis un peu tanné du scandale qu’il y a autour de moi, des articles et des blogues qui portent sur mon habillement, mon orientation sexuelle, etc. Tout ça n’a rien à voir avec la grève[13]. »

Gabriel Nadeau-Dubois n'envisage pas se lancer en politique active[7]. Selon lui, le meilleur moyen d'arriver vers la gratuité scolaire et la justice sociale consiste à militer au sein des mouvements sociaux afin de mobiliser le public. « Plus je fréquente le milieu de la politique partisane et plus ça me décourage de m'impliquer un jour », confie-t-il à une journaliste en mars 2012[10]. Cependant, près d'un an après la grève étudiante, il affirme qu'il ne ferme désormais plus la porte à se présenter en politique active[14].

«Meurtri par la diabolisation constante dont il a fait l'objet», Nadeau-Dubois démissionne de son poste de porte-parole le 9 août 2012. Dans sa lettre de démission, publiée par le quotidien Le Devoir[15], il affirme que le mouvement de grève a soulevé des questions beaucoup plus profondes et «remis en question des institutions sclérosées et corrompues qui avaient grand besoin de l’être». Il regrette toutefois que le gouvernement de Jean Charest soit encore au pouvoir, un gouvernement qui est, selon lui, « l’incarnation même de la corruption et du détournement des institutions publiques »[4].

Affaire Nadeau-Dubois[modifier | modifier le code]

Le 12 avril 2012, un étudiant en arts visuels de l'Université Laval, Jean-François Morasse, a demandé et obtenu du juge Jean Hamelin de la Cour supérieure du Québec, une injonction contre son association étudiante afin de pouvoir poursuivre ses cours[16]. L'étudiant, dont l'injonction provisoire a été renouvelée à deux reprises, a eu accès à ses cours. Il a néanmoins décidé d'entreprendre un recours en outrage au tribunal le 15 mai après avoir entendu les propos de Gabriel Nadeau-Dubois, qui a déclaré le 13 mai à l'antenne de la chaîne d'information en continu RDI[17]:

« Je crois qu'il est tout à fait légitime pour les étudiants de prendre les moyens de respecter le choix démocratique qui a été fait d'aller en grève. C'est tout à fait regrettable qu'il y ait une minorité d'étudiants et d'étudiantes qui utilisent les tribunaux pour contourner la décision collective qui a été prise. Nous, on trouve ça tout à fait légitime que les gens prennent les moyens nécessaires pour faire respecter le vote de grève. Et si ça prend des lignes de piquetage, on croit que c'est un moyen tout à fait légitime de le faire[17]. »

Bien que l'injonction ne soit plus en vigueur depuis l'adoption par l'Assemblée nationale de la loi 78, le 18 mai, l'article 32[18] de la loi spéciale prévoit le maintien des procédures pour outrage au tribunal, un article surnommé « clause Gabriel Nadeau-Dubois » par la députée péquiste Véronique Hivon : « Les injonctions rendues à ce jour sont annulées [...] de manière rétroactive. Mais, de manière assez formidable, le deuxième alinéa, lui, vient maintenir les outrages aux tribunaux. Alors ça, je pense que c'est la clause Gabriel Nadeau-Dubois. On sait qu'il y a certains membres du gouvernement qui avaient une certaine obsession pour ce leader étudiant[19]. »

Morasse, qui est représenté pro bono par Me Maxime Roy Martel, a réclamé une peine d'emprisonnement contre le porte-parole de la CLASSE lors de l'audience du 29 mai 2012. Le procureur du plaignant, qui a été référé par le Barreau de Québec, soutient que Nadeau-Dubois « a incité d'autres gens à ne pas respecter l'ordonnance de la Cour. Et cette incitation avait une grande portée, car [Gabriel Nadeau-Dubois] est très médiatisé. » À ce jour, il s'agit du seul recours en outrage au tribunal en instance relativement à une injonction prononcée dans le cadre du conflit étudiant[20].

Gabriel Nadeau-Dubois, qui a plaidé non coupable au chef d'accusation, qualifie la situation de « triste et regrettable ». Le procès dans cette affaire a eu lieu les 27 et 28 septembre 2012 au Palais de justice de Québec[21]. Il est reconnu coupable d'outrage au tribunal le 1er novembre 2012[22]. La condamnation sera portée en appel[23]. Le 5 décembre le juge Denis Jacques le condamne à 120 heures de travaux communautaires[24] mais sa peine est suspendue jusqu'à son appel qui aura lieu en fin d'été ou en automne 2013.

Carrière[modifier | modifier le code]

Peu après sa démission à titre de porte-parole de la CLASSE, en août 2012, Nadeau-Dubois est embauché à titre contractuel par la CSN-Construction pour effectuer un mandat d'agent de recherche. Son mandat temporaire consiste notamment à faire l'historique des conventions collectives dans le secteur de la construction au Québec[25].

Nadeau-Dubois termine sa majeure en Histoire, culture et société lors de la session d'automne 2012. Il entreprend par la suite une mineure en philosophie à l'Université de Montréal.

En 2013, il reçoit le Prix Impératif français pour « son engagement à défendre une accessibilité élargie à l'éducation postsecondaire, dans une société la plus équitable possible »[26].

À partir du 26 août 2013, le lundi et le mercredi, Gabriel Nadeau-Dubois participe à l’émission radiophonique C’est pas trop tôt! sur les ondes de Radio-Canada.

À l'automne 2013, il publie, chez Lux Éditeur, un essai portant sur la grève étudiante de 2012 et sur son propre engagement, Tenir tête[27].

Après avoir complété son baccalauréat en décembre 2013, il débute sa maîtrise en sociologie à l’Université du Québec à Montréal (UQÀM) le 6 janvier 2014.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Lisa-Marie Gervais, « Qui sont les leaders du mouvement étudiant ? », L'Actualité,‎ 16 avril 2012 (lire en ligne)
  2. Entrevue de Gabriel Nadeau-Dubois et Jeanne Reynolds à TVA Nouvelles.
  3. a, b et c Lisa-Marie Gervais, « Point chaud, un printemps étudiant », Le Devoir, 19 mars 2012. Consulté le 20 mai 2012.
  4. a et b Kathleen Lévesque, « Gabriel Nadeau-Dubois démissionne », Le Devoir, Montréal,‎ 2012 (lire en ligne)
  5. a et b Pascale Breton, « Gabriel Nadeau-Dubois: un militant depuis l'enfance », La Presse, Montréal,‎ 21 avril 2012 (lire en ligne)
  6. [PDF] Rapport annuel 08-09, Collège de Bois-de-Boulogne, 17 mars 2010
  7. a et b Annabelle Nicoud, Libération: «Gabriel Nadeau-Dubois, jeune premier de la Classe», 30 mai 2012
  8. Comité exécutif 2011-2012, ASSÉ
  9. a, b et c Lisa-Marie Gervais, « Qui sont les leaders du mouvement étudiant? », L'actualité,‎ 10 mai 2012 (lire en ligne)
  10. a et b Nathalie Collard, « 10+1 avec Gabriel Nadeau-Dubois », La Presse, 17 mars 2012
  11. a et b Samuel Auger, « Le porte-parole de la CLASSE contesté? », Le Soleil, Québec,‎ 29 avril 2012 (lire en ligne)
  12. (en) Adam Gabbatt, « Quebec student spokesman a divisive figure among tuition-fee protesters », The Guardian, Londres,‎ 27 mai 2012 (lire en ligne)
  13. a et b Sarah-Maude Lefebvre, « Nadeau-Dubois s’en ira », Le Journal de Montréal, Montréal,‎ 1er juin 2012 (lire en ligne)
  14. « L'année de réflexion de Gabriel Nadeau-Dubois », sur Radio-Canada,‎ 01/09/2013 (consulté en 30/07>2014)
  15. Gabriel Nadeau-Dubois, « Pourquoi je démissionne », Le Devoir, Montréal,‎ 2012 (lire en ligne)
  16. Radio-Canada, « Université Laval : un deuxième étudiant obtient gain de cause devant le tribunal », Radio-Canada Nouvelles,‎ 12 avril 2012 (lire en ligne)
  17. a et b Radio-Canada, « Requête en outrage au tribunal contre Gabriel Nadeau-Dubois », Radio-Canada Nouvelles,‎ 15 mai 2012 (lire en ligne)
  18. Québec. Loi permettant aux étudiants de recevoir l’enseignement dispensé par les établissements de niveau postsecondaire qu'ils fréquentent (L.Q., 2012, c. 12), art. 32 [lire en ligne (page consultée le 29 mai 2012)]
  19. Jean-Luc Lavallée, « La « clause Nadeau-Dubois » dénoncée », Le Journal de Québec, Québec,‎ 18 mai 2012 (lire en ligne)
  20. Paul Journet, « La poursuite réclame la prison contre Gabriel Nadeau-Dubois », La Presse, Montréal,‎ 29 mai 2012 (lire en ligne)
  21. Presse canadienne, « Outrage: Gabriel Nadeau-Dubois plaide non coupable », La Presse,‎ 29 mai 2012 (lire en ligne)
  22. http://www.lapresse.ca/actualites/dossiers/conflit-etudiant/201211/01/01-4589410-gabriel-nadeau-dubois-coupable-doutrage-au-tribunal.php
  23. Dionne, Laurent, Gabriel Nadeau-Dubois interjette appel, Canoe.ca, 2 novembre 2012, consulté en ligne le 3 novembre 2012.
  24. La Presse, «Nadeau-Dubois condamné à 120 heures de travaux communautaires», 5 décembre 2012
  25. Félix Séguin, « Un boulot à la CSN pour GND », TVA Nouvelles,‎ 13 septembre 2012 (lire en ligne)
  26. Radio-Canada, Impératif français décerne un prix à Gabriel Nadeau-Dubois, 24 mars 2013
  27. ""La Presse, «Le citoyen Nadeau-Dubois», 15 novembre 2013

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]