Fièvre puerpérale

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La fièvre puerpérale (du latin : puer, enfant) est une maladie infectieuse de la femme, qui survient après un accouchement ou une fausse couche, surtout dans le cas où l'expulsion du placenta n'a pas été complète.

Cette infection est causée par des bactéries qui pénètrent dans l'utérus, puis gagnent le péritoine et d'autres organes abdominaux ; elle s'accompagne d'une forte fièvre et, en l'absence d'un traitement efficace, évolue dans la plupart des cas en quelques semaines vers une septicémie mortelle. Chez les survivantes, une stérilité séquellaire est souvent observée.

Aperçu historique[modifier | modifier le code]

Dans l'accouchement traditionnel, tel qu'il s'est pratiqué pendant des siècles (naissance à la maison et prise en charge par des sages-femmes), la fièvre puerpérale était relativement rare. C'est seulement lorsqu'on a fondé dans les grandes villes européennes des cliniques d'accouchement (par exemple l'hôtel-Dieu de Paris au XVIIe siècle) et que les accouchements ont été pratiqués par des médecins, que la fièvre puerpérale est devenue une complication fréquente et redoutée. C'est avant tout parce que les médecins étaient en contact avec d'autres malades et des cadavres et qu'on ignorait la nécessité d'une désinfection efficace. Ils transportaient donc sur leurs mains et sur leurs instruments des germes qui pénétraient dans les voies génitales des femmes. Dans certains établissements, il arrivait que les deux tiers des femmes en couches meurent de cette infection.

C'est le médecin anglais Thomas Willis qui, au XVIIe siècle, donne son nom à la fièvre puerpérale[1].

En 1795, Alexander Gordon d'Aberdeen suggéra que les fièvres étaient le résultat de processus infectieux, il était capable de les guérir, mais il se heurta à l'incompréhension de ses confrères.

À son tour, au milieu du XIXe siècle, Ignaz Semmelweis montra qu'il fallait incriminer les mauvaises conditions d'hygiène (en particulier dans les hôpitaux) ainsi que le manque de propreté des médecins et l'absence de désinfection. Il décrivit avec précision l'évolution de la maladie. Les femmes atteintes souffrent d'abord d'une forte fièvre, avec une soif intense. Ensuite, le pouls s'affaiblit tout en s'accélérant. Quelques jours plus tard apparaissent sur la peau des taches d'un bleu violacé. L'autopsie montre une inflammation générale des organes avec partout des foyers purulents. Semmelweis lui aussi vit ses conclusions tournées en ridicule et rejetées par l'establishment médical.

À Bruxelles , de 1840 à 1860, le docteur Louis Seutin, à la tête de l'hôpital Saint-Pierre, le plus important de la ville, ne cessa d'insister sur la propreté en tout, surtout s'agissant des femmes en couches. Les résultats qu'il obtint lui parurent assez probants pour le décider à faire reconstruire l'hôpital selon des plans qui séparaient les femmes enceintes des blessés et des fiévreux (selon la terminologie de l'époque)[2].

En 1869, à Strasbourg, Coze et Feltz observent le germe de la fièvre puerpérale, le streptocoque de groupe A (Streptococcus pyogenes) dans le sang d'une femme morte de cette maladie[3],[4]. En 1879, Pasteur, se référant à des observations qu'il avait faites en 1875 et à des publications d'auteurs allemands, affirme à son tour que la fièvre puerpérale est due à un microbe. En cultivant ce microbe[5],[6], il apporte des arguments en faveur de son rôle d'agent causal[7],[8]. C'est Rosenbach qui, en 1884, donna la première description précise du Streptococcus pyogenes[9],[10],[11]. La théorie microbienne des maladies contagieuses finit par l'emporter et, au tournant du siècle, l'antisepsie a cause gagnée.

En 1935, Leonard Colebrook obtint la guérison de la fièvre puerpérale par le Prontosil, médicament antibactérien mis au point par Gerhard Domagk[12]. Aujourd'hui les infections du post-partum sont traitées efficacement avec des antibiotiques.

Liste de femmes célèbres décédées de fièvre puerpérale[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Encyclopædia Britannica.
  2. Mémoires du baron Seutin, Bruxelles, 1860, Bibliothèque de l'Académie royale de médecine de Belgique.
  3. H. Monteil, « Coze, Feltz et le streptocoque », Histoire des sciences médicales (ISSN 0440-8888), vol. 34, no 2, 2000, pp. 141-146.
  4. F. Denis, M.-C. Ploy et C. Martin, « Infections périnatales à streptocoques de groupe A (Streptococcus pyogenes) », dans François Denis (dir.), Les Bactéries, champignons et parasites transmissibles de la mère à l'enfant, John Libbey Eurotext, 2002, p. 130. (Extraits).
  5. Septicémie puerpérale, discussion à l'Académie de médecine, séance du 11 mars 1879, Bulletin de l'Académie de médecine, 2e série, t. 8, 1879, pp. 256-260.
  6. Œuvres complètes de Pasteur, t. 6, Paris, 1933, pp. 131-135, spéc. 133-134. (Texte intégral.)
  7. Discussion sur la Septicémie puerpérale, Bulletin de l'Académie de médecine, séance du 18 mars 1879, 2e série, t. 8, pp. 267-274
  8. Œuvres complètes de Pasteur, t. 6, Paris, 1933, pp. 135-138. (Texte intégral.) Signalé par I. Loudon, Death in Childbirth, Oxford University Press, 1992, p. 78.
  9. F. Denis, M.-C. Ploy et C. Martin, « Infections périnatales à streptocoques de groupe A (Streptococcus pyogenes) », dans François Denis (dir.), Les bactéries, champignons et parasites transmissibles de la mère à l'enfant, John Libbey Eurotext, 2002, p. 130. (Extraits. On attribue aussi la description du Streptococcus pyogenes à Friedrich Fehleisen (1882). Voir Henri Mondor, Pasteur, Paris, 1945, pp. 116-117.
  10. J.-P. Dedet, La Microbiologie, de ses origines aux maladies émergentes, Paris, Dunod, 2007, p. 84.
  11. (de) Wikipédia allemande, article Bakteriologie.
  12. Leonard Colebrook et Méave Kenny, « Treatment of Human Puerperal Infections, and of Experimental Infections in Mice, with Prontosil » (« Traitement des infections puerpérales humaines, et des infections expérimentales de la souris, par le prontosil »), dans The Lancet, vol. 227(1), no 5884, 6 juin, pp. 1279-1286 DOI:10.1016/S0140-6736(01)20734-X