Communication non-violente (Rosenberg)

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La girafe est une métaphore de la Communication NonViolente
Marshall Rosenberg lors d'une présentation de la Communication NonViolente à Neve Shalom ~ Wahat al-Salam, Israël, en 1990

La Communication NonViolente[1] (CNV) est la traduction d'une marque déposée. Selon son auteur, Marshall B. Rosenberg, c'est « le langage et les interactions qui renforcent notre aptitude à donner avec bienveillance et à inspirer aux autres le désir d'en faire autant »[2]. L'empathie est au cœur de ce processus de communication initié dans les années 1970, point commun avec l'approche centrée sur la personne du psychologue Carl Rogers dont Marshall B. Rosenberg fut un des élèves. Le terme non-violent est une référence au mouvement de Gandhi[3] et signifie ici le fait de communiquer avec l'autre sans lui nuire (voir ahimsa). Marshall Rosenberg s'appuie également sur les travaux de l'économiste chilien Manfred Max-Neef, qui a analysé les besoins humains[4],[5].

Le Centre pour la Communication NonViolente (The Center for Nonviolent Communication, CNVC)[6] parle également de communication consciente ou empathique.

Terminologie et définition[modifier | modifier le code]

Alors que la grammaire française inciterait à utiliser l'expression « communication non-violente » plusieurs auteurs francophones, dont Marshall B. Rosenberg, le Center for Nonviolent Communication (CNVC), les sites de références, qui dépendent du réseau du Centre pour la CNV ou les formateurs francophones certifiés par le CNVC, préfèrent l'expression « Communication NonViolente » avec plusieurs arguments :

  • « L'expression Communication NonViolente (CNV) est la traduction française d'une marque déposée aux États-Unis. Les majuscules et l'absence de trait d'union en font partie. »[7]
  • « La CNV est un processus précis que nous devons à Marshall B. Rosenberg, que nous distinguons du terme générique de « communication non-violente » qui appartient au vocabulaire courant et à tous »[8]
  • L'intention de Marshall B. Rosenberg est d'exprimer la « NonViolence » comme une intention positive de ce que nous voulons, renoncer à la violence, et non un refus d'une violence que nous ne voulons pas[9].

Cet article utilise la terminologie souhaitée par Marshall B. Rosenberg.

Définition de Marshall Rosenberg[modifier | modifier le code]

Marshall Rosenberg propose une définition du processus de la CNV[10][réf. insuffisante], processus qui, selon lui, est continuellement remis en question[citation nécessaire] :

« La Communication NonViolente, c'est la combinaison d'un langage, d'une façon de penser, d'un savoir-faire en communication et de moyens d'influence qui servent mon désir de faire trois choses :

  • me libérer du conditionnement culturel qui est en discordance avec la manière dont je veux vivre ma vie ;
  • acquérir le pouvoir de me mettre en lien avec moi-même et autrui d'une façon qui me permette de donner naturellement à partir de mon cœur ;
  • acquérir le pouvoir de créer des structures qui soutiennent cette façon de donner. »

Explication de la terminologie employée[modifier | modifier le code]

  • Le « conditionnement culturel », pour Marshall Rosenberg, est la façon que nous aurions de porter des jugements sur les choses et les êtres en termes de « vrai » ou « faux »[11].
  • « Se mettre en lien avec soi-même » pourrait s'expliquer comme : prendre pleinement conscience des sentiments et besoins qui nous habitent et qui, au départ, sont juste « vaguement conscients »[réf. nécessaire].
  • « Donner naturellement à partir de son cœur » pourrait se définir comme une générosité spontanée et volontaire, qui ne provient pas d'une contrainte ou d'une obligation morale extérieure[réf. nécessaire].

Définition de Thomas d'Ansembourg[modifier | modifier le code]

Selon Thomas d'Ansembourg, le processus de la CNV vise à aider à éclaircir ce que nous vivons[12]. Il ne s'agit pas de l'empathie en tant que telle, mais y donne accès. Il ne s'agit pas non plus d'une simple écoute, mais de « se relier efficacement à soi et à l'autre », c'est-à-dire prendre pleinement conscience de ses propres sentiments et de ceux de l'autre.

Définition de David Servan-Schreiber[modifier | modifier le code]

Dans son best-seller Guérir, David Servan-Schreiber décrit le processus de la CNV en termes relativement simples. Selon lui, le premier principe de la CNV est de remplacer tout jugement par une observation objective, afin d'éviter les réactions habituelles de son interlocuteur face à une critique. Le second principe est d'éviter tout jugement sur son interlocuteur pour ne parler que de ce que l'on ressent, l'autre ne pouvant contester cela. L'effort consiste alors à décrire la situation en commençant ses phrases par « je », pour être « dans l'authenticité et l'ouverture »[13].

Bases et finalités[modifier | modifier le code]

Pour Marshall Rosenberg, le but de la CNV est de « favoriser l'élan du cœur et nous relier à nous-mêmes et aux autres, laissant libre cours à notre bienveillance naturelle. »[14].

Partant de sa conviction que la nature profonde des hommes les porte à « aimer donner et recevoir dans un esprit de bienveillance »[15], il s'interroge sur notre capacité à nous couper de cette bienveillance au point de devenir violents ou agressifs, et s'efforce de comprendre comment certains individus, au contraire, parviennent à rester en contact avec cette bonté, même dans les épreuves.

Dans ces différents états, il constate le rôle déterminant du langage et de l'usage des mots. C'est pourquoi il définit un mode de communication qui « favorise l'élan du cœur et nous relie à nous-même et aux autres »[14]. Il appelle cela la Communication NonViolente en référence à Gandhi, au sens d'une communication où il ne reste plus trace de violence.

Pour le Centre pour la communication non-violente (CNVC), organisme promoteur de la méthode et certificateur de ses formateurs, le but de la communication non-violente est de « tisser des liens sur le plan humain encourageant les échanges venant du cœur et de mettre sur pied des structures gouvernementales et civiles qui favorisent de tels échanges. »[16]

Processus de Communication NonViolente[modifier | modifier le code]

« La CNV repose sur une pratique du langage qui renforce notre aptitude à conserver nos qualités de cœur, même dans des conditions éprouvantes. »[14]

Le processus de Communication NonViolente peut être utilisé de trois manières :

  • communiquer avec soi-même pour clarifier ce qui se passe en soi (auto-empathie) ;
  • communiquer vers l'autre d'une manière qui favorise la compréhension et l'acceptation du message ;
  • recevoir un message de l'autre, l'écouter d'une manière qui favorise le dialogue quelle que soit sa manière de s'exprimer.

Pour que ce processus favorise réellement la coopération et le dialogue, cela suppose :

  • une attention au moment présent ;
  • une intention claire de favoriser le dialogue et la coopération.

Les quatre étapes de la CNV[modifier | modifier le code]

Personnage symbolisant la démarche OSBD

Qu'il s'agisse de clarifier ce qui se passe en soi ou de communiquer avec d'autres, la méthode de la CNV peut être résumée comme un cheminement en quatre temps :

  • Observation (O) : décrire la situation en termes d'observation partageable ;
  • Sentiment et attitudes (S) : exprimer les sentiments et attitudes suscités dans cette situation
  • Besoin (B) : clarifier le(s) besoin(s) ,
  • Demande (D) : faire une demande respectant les critères suivants : réalisable, concrète, précise et formulée positivement. Si cela est possible, que l'action soit faisable dans l'instant présent. Le fait que la demande soit accompagnée d'une formulation des besoins la rend négociable.

Cependant, il ne s'agit pas d'une manière de parler qu'il faudrait suivre à tout prix. Les concepts proposés sont des repères, destinés à faciliter l'expression de la bienveillance, et non pas des règles à suivre[17]. On remarquera alors par exemple si nos besoins ne sont pas clairs pour notre interlocuteur, ou si au contraire, les besoins de notre interlocuteur ne nous apparaissent pas clairement.

Dans une situation de communication, l'ordre de présentation des étapes est indifférent : on peut très bien commencer par exprimer ses sentiments (S), générés par une situation (O), puis parler de ses besoins (B) pour présenter une demande (D). L'important est de présenter toutes les étapes.

Observer les faits[modifier | modifier le code]

Quand nous décrivons une situation, nous exprimons différentes choses :

  • des observations objectives (ce qu'on a vu, ce qu'on peut logiquement en déduire sans faire d'hypothèse particulière)
  • des évaluations (penser en termes de bien ou de mal, qualifier la personne ou la situation etc.)
  • des interprétations (faire de conclusions qui se basent sur des présupposés)

Du point de vue de la CNV, les évaluations et les interprétations sont légitimes et peuvent être exprimées. L'important est de les distinguer des observations objectives et de préciser que c'est ce que nous imaginons. Rosenberg fait référence à Krishnamurti auquel il prête la pensée suivante : « Observer sans évaluer est la plus haute forme de l'intelligence humaine »[18]

Il recommande d'éviter d'utiliser des évaluations et des jugements, parce que si notre interlocuteur se sent jugé, il aura tendance à s'investir dans l'autodéfense plutôt que la compréhension[19]. Par ailleurs, les évaluations rendent le monde statique, alors qu'il est en transformation constante. Comme l'explique Wendell Johnson, le langage est un instrument imparfait invitant à parler de stabilité et de normalité, alors que la réalité est changeante et faite de différences[20]. La CNV recommande de parler de faits concrets pour décrire les événements plutôt que d'attribuer des caractéristiques définitives à l'interlocuteur ou au monde ce qui l'enferme mentalement dans une case. Alors qu'en parlant de faits concrets, on ouvre la possibilité de formuler des demandes d'actions précises à réaliser dans le futur.

Ex. : "Tu es un fainéant" (jugement) s'oppose à "Cela fait une semaine que tu n'es pas sorti" (fait observable).

Obstacles à l'expression des observations :

  • Ne pas avoir vraiment l'intention de communiquer, mais être dans un rapport de pouvoir ou de compétition.

Exprimer ses sentiments, ses émotions et ses attitudes[modifier | modifier le code]

Par exemple : avoir peur, être curieux, être surpris, être triste, être plein d'énergie, etc. Afin de pouvoir communiquer ce qui se passe en nous, la CNV nous invite à développer un vocabulaire affectif pour exprimer toute la palette d'émotions qui peuvent nous toucher[21].

Un des pièges habituels dans l'interprétation des sentiments est de faire l'amalgame entre les émotions et la perception que l'on se fait de l'autre, de ses agissements et de ce qu'on imagine faire[22]. Par exemple, si l'on dit à quelqu'un qu'on se sent ignoré par lui parce qu'il ne nous a pas dit bonjour, on ne décrit pas nos sentiments mais notre interprétation de son comportement. Nos sentiments peuvent ici être de la tristesse ou de la frustration.

De même, certaines expressions cultivent la confusion entre sentiment et jugement. Par exemple, "j'ai le sentiment que tu ne m'aimes pas" n'est pas un sentiment mais un jugement : on interprète le comportement de l'autre.

De manière générale, à chaque fois qu'intervient le mot "tu" dans une phrase ("vous", "les autres"...), la probabilité est très forte qu'il s'agisse d'un jugement et non d'un sentiment.

Obstacles à l'expression de sentiments et attitudes :

  • Avoir peur de communiquer sur ce que l'on considère comme intime par pudeur, par peur du regard des autres, etc.

Exprimer les besoins[modifier | modifier le code]

Quand nous ne sommes pas conscients du lien entre nos besoins et nos sentiments, nous croyons que ce sont les situations qui, seules, provoquent ce que nous ressentons et nos attitudes[23]. Entre les actions des autres et nos sentiments, il y a nos besoins qui sont un élément de causalité intermédiaire. D'où l'importance de déterminer les besoins et de les assumer. Par ailleurs, si l'on accompagne nos demandes de l'explication des raisons profondes, on permet à l'autre de nous comprendre et, si jamais il ne peut accepter ce que nous demandons, il proposera plus spontanément une alternative permettant de satisfaire à la fois le porteur de la demande et lui-même[24].

Pour la CNV, les besoins sont les mêmes pour tous, mais leur expression diffère selon les personnes, les époques, les cultures.

Obstacles à l'expression des besoins :

  • Le conditionnement social ou familial qui réprime l'expression des sentiments
  • Un manque d'habitude à exprimer ses besoins
  • Le manque de vocabulaire pour exprimer ses sentiments et ses besoins (je vais "bien", je vais "mal")
  • Croire qu'on se met en situation de faiblesse (risque d'être critiqué ou manipulé)
  • Ne pas croire que l'autre puisse faire preuve de bienveillance à l'égard de nos besoins

Demander les actions que l'on souhaite[modifier | modifier le code]

La CNV nous invite à traduire nos besoins généraux en demandes concrètes, c'est-à-dire concernant des actions précises nécessaires pour satisfaire les besoins les plus urgents[25], ou bien de prévoir des actions possibles afin de répondre à un problème qui pourrait se (re)produire dans le futur. Selon les principes de la CNV, il n'est pas nécessaire d'utiliser les exigences, la menace, les ordres ou la manipulation. De telles méthodes sont même considérées comme entrainant des conséquences négatives, par exemple de la peur ou de la frustration, et ne suscitent pas la bienveillance chez notre interlocuteur.

Pour M. Rosenberg, une demande a toutes les chances d'être entendue quand elle est :

  • active et positive : demander ce que l'on veut, et non pas ce que l'on ne veut pas, exprimée dans un langage incitant à l'action.
  • consciente et explicite : les demandes implicites sont sources de mauvaise interprétation et de désarroi pour ceux à qui elles s'adressent.
  • simple, claire et précise : le but de la demande est clair pour tous et sa réalisation est à la portée de l'interlocuteur.

Rosenberg distingue "demande" et "exigence". Il constate que les demandes sont fréquemment perçues comme des exigences, actes de domination auquel on répond soit par la soumission soit par la révolte[26]. Il insiste donc sur la différence entre les deux.

On peut les distinguer par leur forme ou leur contenu. Les demandes exprimées sur un mode autoritaire ou contenant des termes qui expriment l'obligation ("il faut", "on doit", "c'est comme ça", verbe à l'impératif, etc.) sont des exigences.

Parfois leur expression est identique : "Veux-tu aller faire les courses ?" sera une demande ou une exigence, selon le contexte. On les distingue alors par l'attitude du demandeur face à un refus.

Si le refus génère chez lui un sentiment négatif (peur, colère, frustration, tristesse), sa demande était une exigence. Le sentiment négatif va alimenter une communication où jugements et critiques vont tenir une grande place, mettant en danger la relation. Le demandeur porte souvent ses critiques sur la personne à l'origine du refus ("tu dis toujours non", etc.) mais peut aussi se les adresser à lui-même ("quel imbécile d'avoir demandé ça !")

Si au contraire le demandeur reste serein face au refus et manifeste de l'empathie envers les besoins de son interlocuteur, il garde la communication ouverte. Il s'agit bien d'une demande, au sens de la CNV. Ce que Rosenberg exprime ainsi :« Dès lors que nous sommes prêt à écouter pleinement ce qui empêche l'autre de faire ce que nous lui demandons, nous formulons une demande, selon ma définition, et non une exigence. »

Les besoins[modifier | modifier le code]

Ils sont à la base de la CNV. Marshall Rosenberg les définit ainsi : « Les besoins sont des manifestations de la vie ». Il les considère comme des cadeaux « beaux et précieux »[27]. Dans ses interventions, il incite ses interlocuteurs à en parler en leur demandant de répondre aux questions suivantes :

  • Qu'est-ce qui est vivant en nous ?
  • Qu'est-ce qui pourrait nous rendre la vie plus belle ?

Caractéristiques[modifier | modifier le code]

Marshall Rosenberg les définit ainsi :

  • ils sont universels (communs à tous les êtres humains) ;
  • ils sont l'énergie vitale qui nous mobilise pour agir dans le sens qui va nous faire croître ;
  • ils sont indépendants de tout contexte. Notamment, ils ne sont attachés :
    • ni à une personne en particulier,
    • ni à un objet,
    • ni à une action,
    • ni à une situation particulière ;
  • il y a un nombre infini de manières de les satisfaire. M. Rosenberg appelle "stratégies" les actions que l'on met en œuvre pour les satisfaire.

Quelques précisions sur le sens du mot "besoin" :

  • « Un besoin n’est jamais quelque chose que l’on peut faire, ni quelque chose que l’on peut prendre ou toucher. »[28]. Mais on peut identifier la satisfaction ou non de ses besoins par une sensation physique.
  • Voir la carte de sentiments et de besoins qui permet de distinguer le besoin au sens de la CNV de l'usage courant du mot besoin (par exemple : « j'ai besoin d'une bonne bière » ou « j'ai besoin que tu sois gentil avec moi »)[29].

Liste des besoins[modifier | modifier le code]

Dans la perspective de Max-Neef, reprise par Rosenberg, neuf besoins fondamentaux recouvrent à peu près toute la palette des besoins humains :

  • Besoins physiologiques, bien-être physique ;
  • Sécurité ;
  • Empathie, compréhension ;
  • Créativité ;
  • Amour, intimité ;
  • Jeu, distraction ;
  • Repos, détente, récupération ;
  • Autonomie ;
  • Sens, spiritualité ;

Chacune de ces familles de besoins contient les besoins détaillés. Ex. dans les besoins physiologiques on trouve : la faim, la soif, le besoin de dormir, etc.

Il n'existe pas de liste définitive des besoins. Le site du Centre pour la Communication NonViolente donne une liste de besoins classés par famille en précisant « La liste de besoins suivante n'est ni exhaustive ni définitive. Elle est destinée à être un point de départ pour toute personne souhaitant approfondir la connaissance de soi et pour faciliter une meilleure compréhension et une meilleure relation entre les personnes. ».

Pratique de la CNV[modifier | modifier le code]

Conceptuellement, la méthode est simple : appliquer la démarche "OSBD" (Observation - Sentiment - Besoin - Demande), distinguer les faits des opinions, être clair avec soi-même et attentif à l'autre. Elle est cependant difficile à mettre en œuvre dans de nombreux cas. Marshall Rosenberg identifie des freins de langage — quand celui-ci utilise beaucoup de termes péremptoires — et culturels, quand le milieu privilégie les rapports de force sur les relations de collaboration.

C'est pourquoi il a créé dans plusieurs pays des centres de CNV chargés de diffuser la méthode en organisant des présentations, des rencontres avec les personnes intéressées et en assurant la formation de moniteurs capables de diffuser localement la méthode.

Pour illustrer l'application de la démarche CNV, Marshall Rosenberg utilise la métaphore de la girafe et du chacal. La girafe représente la personne en situation de communication non-violente, le chacal symbolise la violence présente dans les situations de communication. Ainsi l'apprentissage de la CNV consiste à passer d'une communication "chacal" à une communication "girafe". Il n'y a pas de jugement de valeur dans le choix de ces animaux. Marshall Rosenberg a choisi la girafe car c'est l'animal terrestre avec le plus gros cœur et parce qu'elle a très peu d'ennemis naturels. En aucun cas il ne s'agit d'une référence à une gentillesse supposée. Comme il le dit lui-même : "les girafes ne sont pas gentilles"[30].

En tant que méthode, la CNV se pratique dans toutes situations de communication. Marshall Rosenberg parcourt le monde pour la présenter sous forme de conférences ou d'ateliers. Dans de nombreux pays, les formateurs locaux organisent des stages et des rencontres régulières par groupes d'une dizaine de personnes où l'on peut s'exercer à la CNV.

Place de la spiritualité dans la CNV[modifier | modifier le code]

La CNV est une méthode de communication qui ne repose pas sur une religion en particulier mais fait une large place à la notion d'énergie divine. Dans ses ouvrages et interventions, Rosenberg cite fréquemment Gandhi, Krishnamurti, l'évangéliste Matthieu, Martin Buber, ou Teilhard de Chardin.

Point de vue de Marshall Rosenberg[modifier | modifier le code]

En avant propos d'un livre de Marshall Rosenberg, intitulé « Spiritualité pratique, les bases spirituelles de la Communication NonViolente »[31]', il est précisé qu'à chaque fois qu'il « parle de croyances profondément ancrées en nous, comme la spiritualité, notre conception de Dieu ou notre vision de l'amour, deux constats sont récurrents : d'une part, ce qui nous apporte notre plus grande joie, c'est de nous relier à la vie en contribuant à notre propre bien-être et à celui des autres ; d'autre part, la spiritualité et l'amour se manifestent davantage dans nos actes que dans nos sentiments. »[32]

Pour Marshall Rosenberg, « la spiritualité est à la base de la Communication NonViolente »[33]. Il explique dans un document[11] mis en ligne par le Centre pour la CNV, appelé « Bases spirituelles de la Communication NonViolente[34] », que la CNV est née de sa « tentative de devenir conscient de ce qu’est l’Énergie Divine Bien-Aimée et de la façon de se mettre en lien avec elle »[33].

« Il est important de voir que la spiritualité est au coeur de la CNV, et de garder cela à l'esprit quand on apprend les étapes du processus. L'art de vivre que j'essaie d'enseigner est véritablement une pratique spirituelle[35]. »

C'est après des cours accélérés en religions comparées qu'il dit percevoir l'importance de la notion d'amour, laquelle répond pour lui à la question : « que sommes-nous et quelle est la signification de notre existence[36] ? », cette question ne trouvant pas, à son sens, de réponse dans la psychologie clinique. La communication non-violente est pour Marshall Rosenberg le moyen de faire don de son amour, d'échanger ses « énergies divines » avec l'autre, cette interaction étant la forme la plus proche d'une connexion à Dieu.

« Ainsi la Communication NonViolente m’aide à rester en lien avec cette magnifique Énergie Divine à l’intérieur de moi et à me mettre en lien avec elle dans les autres. Et c’est certainement quand je fais le lien entre cette Énergie Divine en moi et l’Énergie Divine dans les autres qu’il se passe ce qui est, à ma connaissance, le plus proche de ce que c’est qu’être relié à Dieu. […]
Pour moi, si nous sommes en lien avec le Divin dans les autres et en nous-mêmes, nous allons nous réjouir de ce qui se passe, c’est cela la base spirituelle[33]. »

Pour Rosenberg, l'absence de connexion avec l'« énergie divine » est la cause de la violence dans le monde. Il affirme que notre éducation et notre conditionnement culturel, notamment au sujet de Dieu, nous ont déconnectés de Dieu. Il reprend les propos de Walter Wink [1], disant que le politique (King) a utilisé le religieux (Bishop) pour interpréter les livres saints et justifier l'oppression et la domination. Selon lui, la communication non-violente permet de surmonter ce conditionnement de notre éducation.

Pour le Centre pour la communication non violente[modifier | modifier le code]

Cet organisme définit la place de la spiritualité dans sa « politique générale de finalités » :

« La finalité du Centre pour la CNV à l’échelle mondiale est qu’une masse critique de personnes utilisent la CNV pour participer à l’avènement d’une paix intérieure, interpersonnelle et institutionnelle. Le Centre pour la CNV peut atteindre cette fin en utilisant ses ressources de telle sorte que celles-ci soient au service de la vie. Cette masse critique de personnes utilisera le Centre pour la CNV comme un appui pour développer et partager une conscience spirituelle, des compétences personnelles et des aptitudes d’organisation, de façon à s’assurer que les besoins de tous soient comblés et que les conflits entre eux se résolvent de manière pacifique[37]. »

Citations[modifier | modifier le code]

  • M. Rosenberg : « Tout conflit est l'expression tragique d'un besoin insatisfait »[38].
  • M. Rosenberg, à propos de l'attitude face aux erreurs : "Le but de la vie n'est pas d'être parfait.Toute chose qui vaut la peine d'être faite vaut la peine d'être faite mal."[39]
  • Thomas d'Ansembourg : « La violence n’est pas notre nature, mais l’expression de la violation de notre nature ».

Critiques[modifier | modifier le code]

Difficulté d'application[modifier | modifier le code]

La méthode peut poser question en ce qui concerne la facilité de son application. Avec une certaine dose d'humour, la méthode est présentée par le quotidien La Libre Belgique de la façon suivante :

« Ne dites plus : « Tu ne m'écoutes jamais ! », dites : « Lorsque je parle, pourrais-tu avoir l'élan d'attendre que j'aie fini avant de prendre la parole à ton tour pour répondre ainsi à mon besoin d'expression ? » »

À ce propos, Michelle Guez, formatrice certifiée, parle d'une fluidité qui s'acquiert avec la pratique. Pour elle, les étapes sont les mêmes que pour l'apprentissage d'une langue : on passe du savoir (compréhension de la méthode) au savoir-faire (après quelque temps de pratique) puis au savoir-être (la méthode s'applique de manière naturelle)[40].

Problèmes de la terminologie « officielle »[modifier | modifier le code]

Marcelle Bélanger, formatrice au Québec, préfère parler de « communication consciente », qui rendrait mieux compte du chemin à parcourir. Selon elle, l'expression « Communication Non Violente » ne passe pas dans la Belle Province[41] :

« En entendant « communication non violente », les gens se sentent attaqués personnellement, comme si on les accusait d'être violents ! Ça part mal pour communiquer. »

Point de vue scientifique[modifier | modifier le code]

Selon le Dr Sylvie Dodin, professeur agrégée de médecine, titulaire de la chaire pour l'enseignement d'une approche intégrée en prévention[42] à la faculté de médecine de l'université Laval de Québec, il n'existe aucune synthèse d'études scientifiques pouvant conclure à l'efficacité ou à l'utilité de la CNV. Selon elle, les articles publiés sur la CNV sont une simple description de concepts et de techniques « pour résoudre des conflits ou faciliter les relations entre les personnes »[43].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Certains auteurs utilisent la graphie « Communication Non-violente ».
  2. Marshall B. Rosenberg, La communication NonViolente au quotidien, page 10, éditions Jouvence, ISBN 2-88353-314-8
  3. Marshall Rosenberg, Les mots sont des fenêtres (ou bien se sont des murs) : Introduction à la Communication NonViolente, page 11, éditions La Découverte, 1999. ISBN 2-7071-3715-4
  4. Marshall Rosenberg, Dénouer les conflits par la Communication NonViolente, éditions Jouvence, 2006. ISBN 2-88353-496-9, page 42
  5. Marshall Rosenberg, Spiritualité pratique, les bases spirituelles de la Communication NonViolente, page 17 Jouvence, Bernex (Suisse), 2007. ISBN 978-2-88353-565-7
  6. Centre pour la Communication Nonviolente, « Une organisation internationale de formation à la paix, sans but lucratif », sur http://www.cnvc.org
  7. Rust Serena, Quand la girafe danse avec le Chacal, éditions Jouvence, 2009.
  8. Françoise Keller (ill. Alix de La Tour du Pin), Pratiquer la communication non violente : passeport pour un monde où l'on ose se parler en sachant comment le dire, Paris, InterÉditions, coll. « Epanouissement »,‎ 2011 (ISBN 2-729-61112-6 et 978-2-729-61112-5, OCLC 762790863)
  9. Référence à préciser
  10. Lausanne sept. 2003 (Traduction par Godfrey Spencer et Anne Bourrit)
  11. a et b Marshall Rosenberg, « Spiritual Basis of Nonviolent Communication », sur http://www.cnvc.org
  12. Thomas d'Ansembourg, Cessez d'être gentil soyez vrai ! — Être avec les autres en restant soi-même, éditions de l'Homme,‎ 6 mai 2004, 256 p. (ISBN 978-2761915960, présentation en ligne)
  13. David Servan-Schreiber, Guérir, Paris, Robert Laffon, coll. « Réponses »,‎ 2003, 304 p. (ISBN 2-221-09762-9, présentation en ligne), p. 212-213
  14. a, b et c Les mots sont des fenêtres, p. 19, édit° La Découverte, 2005.
  15. Les mots sont des fenêtres…, p. 17
  16. Centre pour la Communication NonViolente, « La Communication NonViolente est… », sur http://www.cnvc.org
  17. Wayland Myers (préf. Marshall Rosenberg), Pratique de la communication non violente : établir de nouvelles relations, St-Julien-en-Genevois Genève-Bernex, Editions Jouvence, coll. « Les Pratiques »,‎ 2007 (ISBN 2-883-53562-0 et 978-2883535626), p. 20-21.
  18. Les mots sont des fenêtres…, p. 48
  19. La Communication non violente au Quotidien, Édition Jouvence, p. 18
  20. Marshall B. Rosenberg, La Communication non violente au Quotidien, éditions Jouvence, p. 21
  21. Marshall B. Rosenberg, La Communication non violente au Quotidien, éditions Jouvence, p. 31
  22. Marshall B. Rosenberg, La Communication non violente au Quotidien, éditions Jouvence, p. 41
  23. Marshall B. Rosenberg, La Communication non violente au Quotidien, éditions Jouvence, p. 44
  24. Wayland Myers, Pratique de la Communication NonViolente, éditions Jouvence, p. 44
  25. Wayland Myers, Pratique de la Communication NonViolente, éditions Jouvence, p. 45
  26. Les mots sont des fenêtres…', p. 107
  27. Dénouer les conflits par la Communication NonViolente, éd. Jouvence, 2006, p. 41
  28. Documentation du site groupeconscientia.com : Liste de sentiments et de besoins
  29. Quelques éléments des besoins : Documentation du site girasol.be
  30. De même, voir le livre de Thomas d'Ansembourg, Cessez d'être gentil, soyez vrai
  31. Spiritualité pratique, les bases spirituelles de la Communication NonViolente, Marshall B. Rosenberg, éditions Jouvence, 2006.
  32. Marshall B. Rosenberg (trad. Farrah Baut-Carlier, Anne Bourrit), Spiritualité pratique : Les bases spirituelles de la Communication NonViolente [« Practical Spirituality: The Spiritual Basis of Nonviolent Communication »], Jouvence, coll. « Les clés de la spiritualité / Les clés de la CNV »,‎ 12 octobre 2007, 93 p. (ISBN 978-2883535657, présentation en ligne), p. 9
  33. a, b et c Marshall Rosenberg, « Marshall, la CNV et la spiritualité », sur http://www.godfreyspencer.com
  34. « Spiritual Basis of Nonviolent Communication »
  35. Marshall B. Rosenberg (trad. Farrah Baut-Carlier, Anne Bourrit), Spiritualité pratique : Les bases spirituelles de la Communication NonViolente [« Practical Spirituality: The Spiritual Basis of Nonviolent Communication »], Jouvence, coll. « Les clés de la spiritualité / Les clés de la CNV »,‎ 12 octobre 2007, 93 p. (ISBN 978-2883535657, présentation en ligne) en quatrième de couverture
  36. « What are we and what are we meant to be? »
  37. Centre pour la Communication NonViolente, « Guide de la certification », sur http://www.nvc-europe.org
  38. M. Rosenberg, Dénouer les conflits par la Communication NonViolente, éd. Jouvence, 2006, p. 41
  39. Citation originale : "Anything worth doing, is worth doing poorly". Vidéo d'une conférence, 16:23
  40. Michelle Guez, soirée de présentation de la CNV, Paris, 6 février 2014
  41. Carole Vallières, « Mieux-être — Communiquer », sur http://www.ledevoir.com,‎ 7 avril 2007
  42. Dr Sylvie Dodin, « Approche Intégrée en prévention — faculté de médecine, université Laval de Montréal », sur http://www.cours.fmed.ulaval.ca
  43. Dr Sylvie Dodin, « Communication non violente (CNV) — Applications thérapeutiques », sur http://www.passeportsante.net,‎ novembre 2005 : « Dans la littérature scientifique, les quelques articles publiés sur le sujet ne font que décrire les concepts et les techniques de la CNV. Cette méthode n’a fait l’objet d’aucune synthèse d'études contrôlées et randomisées jusqu’à maintenant. C’est pourquoi il est impossible de conclure à son efficacité ou à son utilité. »

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Marshall Rosenberg (par ordre chronologique d'édition) :
    • Les mots sont des fenêtres (ou des murs) : Introduction à la Communication NonViolente, 1re édition, éditions Jouvence, 1999. (ISBN 2-883-53432-2)
    • Les mots sont des fenêtres (ou bien ils sont des murs), Introduction à la Communication NonViolente, préface de Charles Rojzman, éditions La Découverte, 1999. (ISBN 2-707-13715-4)
    • La Communication Non Violente au quotidien, éditions Jouvence, 2003. (ISBN 2-883-53314-8)
    • Les mots sont des fenêtres (ou bien ce sont des murs) : Introduction à la Communication NonViolente, 2e édition, éditions La Découverte, 2005. (ISBN 978-2-707-14381-5)
    • avec Neil Gibson, Shari Klein, Nous arriverons à nous entendre ! - Suivi de : Qu'est-ce qui vous met en colère ?, éditions Jouvence, 2005. (ISBN 2-883-53424-1)
    • Dénouer les conflits par la Communication NonViolente, éditions Jouvence, 2006. ISBN 2-88353-496-9
    • Spiritualité pratique, les bases spirituelles de la Communication NonViolente, Jouvence, Bernex (Suisse), 2007. (ISBN 978-2-883-53565-7)
    • (Préface de Patrick Viveret) Communication & Pouvoir, Edizioni Esserci, Reggio Emilia Italie, 2008. (ISBN 8-887-17874-7) (seul distributeur en France pour le moment : l'ACNV)
    • Clés pour un monde meilleur, Communication NonViolente et changement social, éditions Jouvence, 2009. (ISBN 978-2-883-53747-7)

Par ordre chronologique croissant :

  • Wayland Myers, Pratique de la communication non-violente : établir de nouvelles relations, St Julien-en-Genevois, Jouvence,‎ 1999 (ISBN 2-883-53184-6)
  • Thomas d'Ansembourg, Cessez d'être gentil, soyez vrai! : être avec les autres en restant soi-même, Montréal, Éditions de l'Homme,‎ 2000 (ISBN 2-761-91596-8)
  • Jean-Philippe Faure, L'empathie, le pouvoir de l'accueil : au coeur de la communication non-violente, St. Julien-en-Genevois Genève/Bernex, Editions Jouvence,‎ 2003 (ISBN 978-2-883-53349-3)
  • Lucy Leu, Manuel de communication non violente : exercices individuels et collectifs, Paris, La Découverte,‎ février 2005 (ISBN 2-707-14454-1)
  • Françoise Keller, Pratiquer la communication non violente : passeport pour un monde où l'on ose se parler en sachant comment le dire, Paris, InterÉditions,‎ 2011 (ISBN 978-2-729-61112-5)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

  • L'assertivité est considérée comme fondamentale à la communication non-violente

Liens externes[modifier | modifier le code]