Camp (style)

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

Le camp, terme anglais tiré du français « camper » (« prendre la pose »), est utilisé par les historiens de l'art et les critiques culturels pour décrire à la fois un style, une forme d'expression et un regard propres à la sous-culture gay masculine.

L'historien gay du cinéma Richard Dyer décrit le camp comme l'une des caractéristiques qui exprime l'appartenance d'un individu au groupe des hommes gays[1]. Le camp permet aux hommes gays de s'amuser des conventions de genre et de sexualité et de démystifier les formes de la culture dominante. Le camp est un humour espiègle qui déjoue les artifices et la dimension performative des rôles sociaux. Le camp est également une forme d'autodérision qui permet aux hommes gays de rire des difficultés de leur condition dans une société homophobe. Dyer ajoute : camp « is very us! » (« c'est totalement nous ! »). On pourrait parler d'humour gay, même si le terme camp décrit de façon plus globale un rapport au monde et une sensibilité.

Pour Dyer, le camp s'oppose au butch, autrement dit aux conventions masculines rigides et viriles. L'humour « folle » (Quentin Crisp, Will and Grace) et les performances de drag-queens (RuPaul's Drag Race) sont par exemple des formes d'expression camp.

Jack Babuscio décrit le camp comme l'ensemble de ce qui, chez une personne, dans une situation ou dans une activité, est l'expression d'une sensibilité gay[2]. Il identifie quatre caractéristiques du camp: l'ironie, l'esthétisme, la théâtralité et l'humour. Le camp est tout à la fois un regard porté sur la culture hétérosexuelle et une esthétique. Une œuvre est donc camp quand elle est interprétée comme telle au sein de la sous-culture gay ou quand elle est elle-même l'expression d'une sensibilité gay. Par exemple, le film Mommie Dearest est un classique camp grâce à l'interprétation ironique qui en a été faite au sein de la sous-culture gay masculine, tandis que les films de John Waters sont l'expression d'une sensibilité camp.

Plus récemment (2013), le journaliste de Slate J. Bryan Lowder a décrit le film Gravity comme un futur classique camp[3].

Le camp en France[modifier | modifier le code]

Le concept de camp est peu connu et rarement utilisé en France, que ce soit à l'intérieur ou à l'extérieur de la communauté gay. Des films ou des artistes qui répondent à la définition anglo-saxonne du camp n'ont pas été identifiés comme tel, que ce soit par la critique ou par le public. Toute fois, un nombre conséquent d’œuvres, d'artistes et de pratiques culturelles françaises exprime une sensibilité camp telle qu'elle a été décrite par les critiques culturels anglo-saxons.

Beaucoup de chanteuses françaises ou francophones pourraient être qualifiées de camp: Amanda Lear, Armande Altaï, Arielle Dombasle, Mylène Farmer mais aussi France Gall, Sheila ou Sylvie Vartan.

Parce qu'elles interrogent le caractère artificiel des conventions de genre à travers des personnages excessifs, des humoristes comme Sylvie Joly, Zouc, Valérie Lemercier ou Florence Foresti pourraient être qualifiées de camp.

Au cinéma, un réalisateur comme François Ozon exprime une sensibilité camp à travers des films comme Sitcom, 8 Femmes, Angel ou Potiche.

Cinéma[modifier | modifier le code]

Séries[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Dyer, Richard (1992) Only Entertainment, Routledge
  2. Babuscio, Jack (1977), Camp and the Gay Sensibility, in Gays and Film, British Film Institute
  3. Gravity Is Going to Be a Camp Classic

Voir aussi[modifier | modifier le code]