Instant

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L'instant désigne le plus petit élément constitutif du temps. Dans la conception subjective de celui-ci, l'instant est un moment très bref; par exagération, un temps relativement très court, quelle que soit sa durée absolue. L'instant est parfois assimilé au présent.

En physique, un instant est une durée suffisamment courte pour qu'une variable comme la position ou la tension électrique ait une valeur bien déterminée, mais suffisamment longue pour qu'on puisse définir sa variation. En ce sens, c'est l'équivalent temporel du point matériel pour l'espace.

Approche philosophique[modifier | modifier le code]

Platon est le premier, du moins en Occident, à avoir pris note de la difficulté : "Il y a cette étrange entité de l'instant qui se place entre le mouvement et le repos, sans être dans aucun temps, et c'est là que vient et de là que part le changement, soit du mouvement au repos, soit du repos au mouvement." [1] À cette époque existait dans le panthéon grec, un certain dieu, Kairos [2] : maître du "moment opportun" (Kairos a donné en latin opportunitas, qui signifie: opportunité, saisir l'occasion), du moment de la décision bonne ou mauvaise. En Inde, les Jaïnistes ont divisé le temps en "atomes de temps" (samaya), qui correspond "au temps nécessaire à un atome de matière pour traverser un point d'espace" [3].

Plus récemment, au XXe siècle, le philosophe français André Lalande définit l'instant comme étant une "durée très courte que la conscience saisit comme un tout" [4].

Aujourd'hui, on n'est pas assuré que l'instant en lui-même possède une durée propre[évasif]. L'opinion générale[évasif] serait plutôt, en ce sens, négative.

Dès lors, la notion d'instant s'est répartie entre deux usages :

  • une durée courte ou extrêmement courte,
  • un signal extemporané (hors du temps[pas clair]) posé sur l'axe d'un temps supposé linéaire.

Il faut par ailleurs noter que la question d'instant est très rarement approfondie alors que celle du temps a retenu d'innombrables penseurs et occupe une place notoire dans la vulgarisation scientifique actuelle [5].

Mesure scientifique[modifier | modifier le code]

Désormais, les sciences exactes savent traiter de très courtes durées. Elles les mesurent jusqu'à la centaine d'attosecondes (10-18). La durée de vie des antiparticules[Lesquelles ?] est estimée à l'octoseconde[Informations douteuses], soit 10−24 et des physiciens parlent d'une "épaisseur du présent" [6]. La biophysique et la chimie, de leur côté, travaillent jusqu'à la femtoseconde (10-15) et il existe, depuis Ahmed Zewail (prix Nobel 1999) une femtochimie et une "spectroscopie femtoseconde".

Il reste encore un bond immense à accomplir pour atteindre l'extrême limite concevable: le temps de Planck, de l'ordre de 10−43 s.

Par contre, on ne parle guère d'instant biologique. À ce sujet, la théorie des deux temps émise en 1936 par Pierre Lecomte du Nouÿ[réf. à confirmer] [7] serait à actualiser[non neutre].

Dans la littérature[modifier | modifier le code]

Bachelard a conjugué philosophie et poésie dans sa classique Intuition de l'instant (1931) dont le titre, à lui seul, est significatif : une intuition. Il en ressort que "la durée est faite d'instants sans durée", sachant qu'il y a "totale égalité de l'instant présent et du réel" [8]. Cette conception fait pressentir la charge affective qui devient dominante dans les littératures romanesque et poétique [9], par exemple en cet alexandrin de Corneille : "Chaque instant de la vie est un pas vers la mort" [10].[pertinence contestée]

Exprimant à la fois l'absolue invariance de l'instant et l'infinie variété des instants, le poète Jacques Guigou écrit  :" la mer, elle, ne varie pas /sempiternellement elle inaugure l’allègre de l’instant". Exhaussé de l'instant (2013).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Platon. Le Parménide. Trad. E. Chambry. GF-Flammarion, Garnier-Frères, 1967. Comment Platon dit-il "instant" ? Par l'adverbe ἐξαίφνης (exaiphnès : tout à coup, subitement, tout de suite), pour la circonstance substantivé au féminin.
  2. Moutsopoulos, E. et coll. Chronos et Kairos. Entretiens d'Athènes, 1986. Vrin, 1988 (Diotima, vol. 16 (1988), pp. 7-134). Moutsopoulos, E. et coll. Kairos. La mise et l'enjeu. Vrin, 1991. Trédé, M. Kairos. L'à-propos et l'occasion. Éditions Klincksieck, 1992. Moutsopoulos, E. Le statut philosophique du kairos. In Couloubaritsis, L. & Wunenburger, J. J. Les figures du temps (ouvrage collectif), pp. 49-56. Presses univ. Strasbourg, 1997.
  3. Caillat, C. & Renon, M.-S. : article "Jinisme (ou Jaïnisme)" in Encyclop. universalis (12), 2002. Il s'agit des philosophes Kanada (~VIIIème siècle) fondateur légendaire du vaisheshika, Gosala (~VI) réformateur de l'avijika, et Jaïna (~VI, un peu plus ancien que Bouddha), fondateur du jaïnisme.
  4. André Lalande, Vocabulaire technique et critique de la philosophie, PUF,‎ 1926, p. 519
  5. Klein, E. "Le temps, son cours et sa flèche" in Y. Michaud, Qu'est-ce que l'univers ? Université de tous les savoirs. Odile Jacob, 2001. Klein, E. 2001. La tactique de Chronos. Flammarion, 2001. Klein, E. Le facteur temps ne sonne jamais deux fois. Flammarion/Champs, 2007. Lestienne, R. Les fils du temps. Causalité, entropie, devenir. CNRS Éditions, 2007.
  6. Leroux, B. Liberté gravitationnelle du vide, épaisseur du présent et clivage dimensionnel. Sur Internet.
  7. Lecomte du Nouÿ, P. Le temps et la vie. Gallimard, 1936. Pierre Lecomte du Nouÿ était biologiste, physicien et philosophe.
  8. Bachelard, G. L'intuition de l'instant. Stock, 1931. L'auteur se réfère à un ouvrage paru peu d'années avant le sien et qui, sans celui-ci, serait probablement oublié aujourd'hui : Siloë de Gaston Roupnel (1871-1946), ouvrage paru chez Stock en 1927 et consultable en microfiches à la Bibliothèque Nationale de France. Bachelard oppose cette conception du temps et de la durée à celle de Bergson dans son Essai sur les données immédiates de la conscience édité la même année (PUF, 1927).
  9. Poulet, G. Études sur le temps humain. I [sans sous-titre] ; II- La distance intérieure ; III- Le point de départ ; IV- Mesure de l'instant. Librairie Plon, 1952-1964.
  10. Corneille, P. Tite et Bérénice (Acte V).

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