Bolos de Mendès

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Bolos de Mendès (Βῶλος) est un auteur de langue grecque du IIe siècle av. J.-C. (-100 selon Robert Halleux), originaire de Mendès en Égypte. Il est parfois considéré comme le premier auteur traitant de l'occultisme. Bolos est le représentant, peut-être le plus connu, d’un courant de pensée populaire qui consistait à « mélanger » des éléments de la pensée scientifique et philosophique grecques et des savoirs issus de la tradition magique de l’Orient.

Sa réflexion scientifique s’appuyait surtout sur Démocrite[1] et en deuxième lieu sur Théophraste - c’est pourquoi on le nomme parfois "Bolos le Démocritéen" (Βῶλος ὁ Δημοκρίτειος). Un passage de Columelle, De re rustica. De l'agriculture (VII, 5 ; XI, 3) confirme l'identification entre Bolos et Pseudo-Démocrite :

« Mais Bolus de Mendès, célèbre auteur égyptien, dont les écrits, appelés Ὑπομνήματα [collection de notes] par les Grecs, ont paru sous le pseudonyme de Démocrite, est d'avis, pour cette maladie, de visiter souvent et soigneusement le clos des brebis, et, dans le cas où l'on y reconnaîtrait l'existence du mal, de creuser sans délai à la porte de la bergerie une fosse pour y enterrer vive, et placée sur le clos, la brebis malade, et, quand cette fosse est comblée, d'y laisser passer tout le troupeau : cette pratique arrête incontinent l’épizootie. »

De plus, plusieurs de ses œuvres circulèrent très rapidement sous le nom de Démocrite sans que l’on puisse dire si la falsification était délibérée. Il est donc appelé le « Pseudo-Démocrite » par les modernes. Le lien/confusion entre Bolos et Démocrite s'explique entre autres parce que ce dernier avait formulé une théorie des formes simulacres (il croyait que les objets émettent des flux ou effluves). Le vrai Démocrite (vers 460 - vers 370 av. J.-C.) s'intéressait aussi aux techniques et il serait allé en Égypte, patrie de Bolos.

La Souda mentionne deux Bolos, l’un[2] philosophe et disciple de Démocrite, l’autre[3] originaire de Mendès et pythagoricien[4]. Il est admis de nos jours qu’il s’agit d’un seul et même Bolos.

Bolos déclare détenir son savoir d'Ostanès le Mage. Il relate ainsi sa découverte de textes contenant la sagesse ancestrale (topos qui donnera le mythe de la Table d'émeraude hermétique)[5] :

« Alors que nous nous trouvions dans le temple, une petite colonne se brisa par hasard, dont nous constatâmes que l'intérieur était vide. Pourtant Ostanès affirma qu'en elle se trouvaient, précieusement conservés, les livres ancestraux, et il la fit voir en grande pompe à tout le monde. En nous penchant pour regarder à l'intérieur, nous eûmes la surprise de voir que nous avions laissé échapper quelque chose, car nous y découvrîmes ce mot si utile [attribué à Ostanès] : La nature se plaît dans la nature, la nature triomphe de la nature, la nature domine la nature.  »

Occultisme[modifier | modifier le code]

Bolos cherchait à retrouver les forces, ainsi que les éléments semblables ou opposés (sympathie et antipathie), qui agissaient sur la nature (pierres, plantes, animaux, humains). Il voulait les employer pour améliorer le bien-être physique et moral des hommes. Bolos appartient aussi au courant de la paradoxographie, genre littéraire qui traite des phénomènes anormaux ou inexpliqués. Il étudie les "vertus naturelles" (Φυσικὰ δυναμερά), les sympathies et les antipathies.

Il ne reste que des fragments de ses œuvres :

- Χειρόκμητα / Cheirokmeta : Les tours de main (en médecine, magie, chimie ou alchimie, métallurgie, art vétérinaire, botanique magique), œuvre attribuée par Vitruve[6] et Pline l'Ancien[7] à Démocrite. Mais dès l'antiquité, Columelle[8] en attribue la paternité à Bolos de Mendès (cf. supra).

« Il est raisonnable de penser que la chimie était une part des Cheirokmeta, 'effets merveilleux' produits artificiellement, par opposition aux φυσικὰ, 'effets merveilleux' observés dans la nature[9] »

- φυσικὰ και μυστικά / Phusika kai mustika : Nature et mystères écrit au Ier siècle à partir de Bolos de Mendès traité et reconstitué en 1928 par M. Wellmann.

- Περι συμαπθειων και άντιπαθειων / Peri sumpatheiôn kai antipatheiôn : Des sympathies et antipathies dans les pierres, plantes et animaux. Columelle[10] en cite un extrait :

« [les chenilles] périssent pour peu qu'une femme qui a ses règles fasse, les cheveux dénoués et pieds nus, trois fois le tour de chaque plate-bande »

- Περι Θαυμάσιων / Peri thaumasiôn : Des prodiges

- Γεωργικα / Georgika, un traité sur l’agriculture dont Columelle en a conservé quelques extraits. Par exemple un extrait qui illustre le mélange de technique et de magie:

« l'auteur égyptien Bolos de Mendès conseille de planter, dans un terrain bien exposé et bien fumé, cannes et framboisiers en quinconce dans les jardins, puis, après l'équinoxe de les tailler légèrement au-dessus du sol. »

Alchimie[modifier | modifier le code]

Le traité φυσικά και μυστικά / Phusika kai mustika[11] comporte des recettes d'atelier, basées sur la loi des sympathies et des antipathies, pour fabriquer les quatre objets de l'alchimie d'alors : l'or, l'argent, le pourpre, les pierres précieuses, à fabriquer ou à teindre [1]. Une maxime attribuée à Ostanès le Mage y revient en leitmotiv :

« La nature dans tel cas charme la nature, la nature dans tel cas domine la nature, la nature dans tel cas est vaincue par la nature »

Sénèque attribue à Démocrite (donc peut-être à Bolos cf. supra) des réussites alchimiques ou simplement métallurgiques :

«  Mais, voyons, vous oubliez que ce même Démocrite a inventé le moyen d’amollir l’ivoire, le moyen de convertir par la cuisson le caillou en émeraude, comme, de nos jours encore, on colore par le recuit toute pierre reconnue utilisable pour ce genre de travail. J’admets qu'un sage a trouvé ces secrets[12]. »

On trouve aussi[13] :

« Pour que les objets de cuivre paraissent faits d'or : fabriquez-les en mélangeant du soufre pur avec de la craie.  »

Il serait un précurseur voire le fondateur de "l'alchimie gréco-égyptienne" précédant ainsi Zosime de Panopolis. Pour Bolos, la matière première, c'est le plomb (ce sera le mercure pour Zosime de Panoplis).

Bolos (ou Zosime de Panopolis) est peut-être l'auteur de la Mappae clavicula (Petite clé de tours de mains), selon l'hypothèse de R. Halleux.[2]. Ce livre est un recueil de 300 recettes d'alchimie et de technologie.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. W. Kroll, cf. Sources
  2. « Bôlos Démocrite (Βῶλος Δημόκριτος), Bolos Democritos, philosophe. Histoire et Art de la médecine. Cet ouvrage renferme des remèdes ioniens tirés de certaines propriétés naturelles. »
  3. « Bôlos. Mendésien. Pythagoricien. Des questions tirées de la lecture des enquêtes qui attirent notre attention. Sur les prodiges. Les propriétés naturelles (φυσικά δυναμερά) : cet comprend Sur les pierres [plantes et animaux] sympathiques et antipathiques et Sur les signes tirés du Soleil, de la Lune, de l'Ourse, de la lampe et de l'arc-en-ciel. »
  4. Bolos n'est peut-être pas pythagoricien au sens strict. À l'époque hellénistique l'adjectif "pythagoricien" signifie "ésotériste, occultiste, magicien".
  5. trad. de M. Berthelot
  6. Vitruve, De l'architecture (IX, 1,14) : « J'admire aussi les ouvrages de Démocrite sur la nature et son commentaire qui est intitulé Cheirokmeta »
  7. Pline l'Ancien, Histoire naturelle [détail des éditions] [lire en ligne] (XXIV, 160) : « Il est établi que les Cheirokmeta sont de Démocrite »
  8. Columelle, De l'agriculture. De re rustica (VII, 5,17) : « Bolos de Mendès, dont les commentaires, qui en grec sont appelés Cheirokmeta, sont publiés sous le pseudonyme de Démocrite. Bolus Mendesius, cuius commenta quae appelantur Χειρόκμητα sub nomine Democriti falso produntur »
  9. R. Halleux, cf. Sources
  10. op. cit. (XI, 3,64)
  11. la version actuelle pourrait être une version du Ier siècle inspirée de Bolos
  12. Sénèque, Lettres à Lucilius (après 62), lettre 90
  13. Papyrus de Londres (IIIe s., 121, trad. Les présocratiques, éd. J.-P. Dumont, Folio-Essais, 1991, p. 581.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Fragments[modifier | modifier le code]

  • Traduction (contestée) des Phusika kai mustika. Questions naturelles et mystérieuses de Bolos de Mendès ("Démocrite") : Marcelin Berthelot et Charles-Émile Ruelle, Collection des anciens alchimistes grecs (C.A.A.G., 1888, réimpr. Osnabrück 1967), t. III : Traduction. [3]. Traduction à paraître : Les alchimistes grecs, Les Belles Lettres, vol. 2 : Les vieux auteurs I. Les 'physica et mystica' du Pseudo-Démocrite. Ostanès, Cléopâtre. Comarios. Isis à Horus. Hermès Trismégiste. Extraits : Les présocratiques (1988), éd. Jean-Paul Dumont, Gallimard, coll. "Folio Essais", 1991, p. 572-584.
  • Traduction des Georgika de Bolos de Mendès ("Démocrite") : Columelle, De l'agriculture. De re rustica (IX, 12, 5 ; IX, 14, 6 ; XI, 3, 2). [4]
  • (grc)(de) F.Jacoby, Die Fragmente der grieschischen Historiker (263). Hypercritique : rejette comme inauthentique.
  • (grc)(de) H.Diels, Die Fragmente der Vorsokratiker (68-B300). Fragments et témoignages, en grec, t. II, p. 251 et 424-425.
  • (grc) A. Giannini, Paradoxographorum Graecorum Reliquiae, Milan, 1965, p. 377-379 : ensemble de tous les fragments.
  • Fragments : [5]
  • Recettes alchimiques [6]

Études[modifier | modifier le code]

(par ordre chronologique)

  • Souda [(en)(grc) lire en ligne] (beta 481 ; beta 482)
  • Eugène Chevreul et Marcelin Berthelot, L'idée alchimique (1884) [7]
  • Marcelin Berthelot, Les origines de l'alchimie (1885), Paris, 1938. Présentation contestable.
  • Marcelin Berthelot et Charles-Émile Ruelle, Catalogue des anciens alchimistes grecs (CAAG, 1888, réimpr. Osnabrück, 1967), t. II : "Texte grec", t. III : "Traduction". Traduction contestée.
  • Max Wellmann, "Die 'Georgika' des Demokritos", Abhandlungen der Preussischen Akademie der Wissenschaften, 1921 (4).
  • Max Wellmann, "Die Φυσικά des Bolos Demokritos und der Magier Anaxilaos aus Larissa", Abhandlungen…, 1928 (7).
  • W. Kroll, "Bolos und Demokritos", Hermes, 69 (1934), p. 228-232
  • André-Jean Festugière, La Révélation d'Hermès Trismégiste, t. 1 (1944), Les Belles Lettres, rééd. 1981, p. 197-200 (sur Bolos de Mendès), 222-238 (sur les Phusika kai mustika).
  • (de) "Bolos", dans Reallexikon für Antike und Christentum, Stuttgart, bd. III (1954), notice de J. H. Waszink, col. 502-508.
  • Jack Lindsay, The Origin of Alchemy in Graeco-Roman Egypt, Trinity Press, Londres, 1970, p. 90-110.
  • (de) "Bolos von Mendes", dans Lexikon der antiker Autoren (1972), notice de P. Kroh.
  • Robert Halleux, Les alchimistes grecs, t. I : Papyrus de Leyde, Papyrus de Stockholm. Fragments et Recettes, Les Belles Lettres, 1981, p. 62-69.
  • J. P. Hershbell, "Democritus and the Beginnings of Greek Alchemy", Ambix, 34 (1987), p. 5-20.
  • "Bolos", dans Richard Goulet (dir.), Dictionnaire des philosophes antiques, C.N.R.S. Éditions, t. II, 1994, p. 133-134.
  • (it) "Bolo", dans Dizionario della civilità classica, 2deéd. (2001), notice de F.Ferrari, M.Mantuzzi, M.C. Martinelli, M.S. Mirto.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]