Auld Alliance

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Le terme de « Vieille Alliance », Auld Alliance en scots, désigne une alliance entre les royaumes de France, d’Écosse et de Norvège contre l’Angleterre. La Norvège n’y fit jamais référence, mais si cette alliance prit fin officiellement en 1560 avec le traité d'Édimbourg, elle constitue la base des relations franco-écossaises de 1295 à 1903.

Légende[modifier | modifier le code]

L'historien écossais du XIVe siècle Jean de Fordun considère que le mythique roi « Achaius » qui commence selon lui à régner en 787 est le premier à faire alliance avec les Francs et qu'il échange une ambassade avec Charlemagne pour confirmer cette alliance[1].

Histoire de l’alliance[modifier | modifier le code]

L’Auld Alliance est une alliance entre le royaume de France, le royaume de Norvège et le royaume d’Écosse, aux dépens du royaume d’Angleterre. Elle remonte à 1165 lorsque Guillaume le Lion adressa une ambassade à Louis VII de France bien que la première trace écrite de cette alliance soit le traité signé à Paris le 23 octobre 1295 entre les représentants de Jean Baliol et Philippe le Bel. Le 23 février 1296, le parlement écossais ratifie le traité d’alliance signé avec la France[2] Ce traité prévoyait que si l’un des États subissait une attaque de l’Angleterre, l’autre État envahirait l’Angleterre, comme le montre l’exemple de la bataille de Flodden Field en 1513.

En avril 1326, Robert Bruce renouvela l’Alliance par le traité de Corbeil[3] Aux XIVe et XVe siècles, le traité fut invoqué à six reprises. Le 6 juillet 1560, le traité d'Édimbourg révoqua officiellement l’alliance, après 250 ans. L’Écosse devenue protestante s’alliait désormais avec l’Angleterre, protestante également. Cependant, certains points du traité restaient en application. Entre autres, les Écossais résidant en France et les Français résidant en Écosse disposaient sans recours de la double nationalité jusqu’à la révocation de ce point en 1903 par le gouvernement français.

Autres conséquences de l’alliance[modifier | modifier le code]

Bien qu’elle fut avant tout militaire et diplomatique, l’alliance garantissait la double citoyenneté entre les deux États. Le traité affecta la vie des Écossais dans différents domaines, l’architecture, la loi, la langue et la cuisine du fait des nombreux mercenaires écossais qui purent entrer au service de la France. Ainsi la garde personnelle du roi de France fut longtemps et uniquement une garde écossaise. Les Écossais prirent goût aux meilleurs vins français. À cette époque, le bordeaux était, devant le whisky, la « boisson nationale » de l’Écosse[4]. En 1620, le port écossais de Leith importait ainsi un million de litres de clairet, soit un litre par habitant.

Mise en application du traité[modifier | modifier le code]

En 1336, au début de la guerre de Cent Ans, le roi de France Philippe de Valois fournit une aide militaire au roi d’Écosse David II en exil en France après avoir été déposé par Édouard III d’Angleterre[5]

En 1346, l’Écosse envahit l’Angleterre pour défendre les intérêts de la France. L’armée écossaise fut cependant vaincue et David II fait prisonnier à la bataille de Neville’s Cross [6].

En 1385, une flotte française de 180 navires arrive en Écosse sous les ordres de Jean de Vienne. Elle débarque des troupes près d'Édimbourg pour attaquer l'Angleterre. Mais la coordination avec les Écossais n'est pas facile, troupes et navires végètent. L'expédition est finalement un échec et les Français doivent rentrer sans avoir rien pu faire d'important [7].

En 1421, lors de la bataille de Baugé, les forces franco-écossaises causèrent une sévère défaite aux Anglais et les Français récompensèrent gracieusement les Écossais. Cette victoire fut de courte durée car à la bataille de Verneuil (1424) les troupes écossaises furent anéanties. Malgré cette défaite, l’action des Écossais fut un soutien suffisamment efficace qui donna un répit à la France, la préservant ainsi d’une occupation complète par l’Angleterre.

En 1429, des Écossais assistèrent Jeanne d’Arc pour lever le siège d’Orléans. Un corps d’Écossais fut établi pour défendre la personne du roi de France[8]. De nombreux seigneurs Écossais s'installèrent en France, certains continuèrent de se considérer comme Écossais et d'autres s'intégrèrent comme les Stuart de Darnley, devenus seigneurs d'Aubigny (petite ville du Nord du Berry) qui restera « écossaise » jusqu'au XVIIIe siècle.

Encore au cours de la guerre de Cent Ans, Thomas de Huston, un chevalier écossais originaire de la région de Girvan, vint combattre les Anglais en France dans le cadre de l’Auld Alliance[réf. nécessaire]. Pour avoir été le premier avec Arthur de Richemont[réf. nécessaire] à entrer dans la ville de Meaux lors du siège contre les Anglais du 20 juillet au 10 août 1439, il reçut en récompense par don du roi Charles VII la châtellenie de Gournay (Louis XI la lui échangea le 12 ou 13 juin 1466 contre le domaine de Torcy, afin de donner Gourmay au comte de Dammartin)[9],[10]. Il y demeura jusqu'à sa mort en 1472[réf. nécessaire].

Au XVe siècle, le poète Alain Chartier écrivit que « l'Auld Alliance n'a pas été écrite sur un parchemin de peau de brebis mais gravée sur la peau d'homme, tracée non par l'encre mais par le sang ».

En 1513, la bataille de Flodden Field oppose l'Écosse à l'Angleterre.

En 1558, cette alliance historique fut encore renforcée par le mariage du Dauphin François (futur François II) avec Marie Stuart. À cette occasion, le roi de France Henri II établit une lettre de grande naturalisation automatique entre Français et Écossais.

Concrètement, l'alliance a pris fin en 1560, année de la mort de la régente Marie de Lorraine, membre de la famille des Guise, et de la défaite militaire et politique de la France, chassée par des Grands d'Écosse passés à la Réforme, les Lords of the Congregation, eux-mêmes soutenus par l'Angleterre. En 1562, l'Écosse envoie 200 soldats en Normandie pour aider les Huguenots dans leur lutte face au pouvoir royal catholique.

Au XVIIIe siècle, après l'Acte d'union (1707) des royaumes d'Angleterre et d'Écosse, certains Jacobites, partisans des Stuarts défaits à la bataille de Culloden (1746), trouvent refuge en France au nom de l'Auld Alliance, en particulier à Saint-Germain-en-Laye et à Sancerre.

En 1903, le Gouvernement français ordonne la suspension du privilège de double-nationalité automatiquement accordée aux Écossais réfugiés en France.

En 1942, le général de Gaulle qualifie l’alliance franco-écossaise de « plus vieille alliance au monde ». Il l'a d'ailleurs appliquée en autorisant des parachutistes français à être réunis à une unité britannique (les SAS), car elle était dirigée par un Écossais (David Stirling).

En 1995, des célébrations eurent lieu dans les deux pays pour le 700e anniversaire de l'alliance.

En 2011, l'historienne britannique Dr Siobhan Talbott a publié le résultat de ses recherches minutieuses sur l'Auld Alliance et en a conclu que l'alliance n'avait jamais été révoquée.

De nos jours, l'Auld Alliance est surtout évoquée lors d’événements folkloriques ou sportifs (Tournoi des Six Nations en particulier). Aujourd'hui plus connue des Écossais que des Français, elle demeure pour les premiers l'une des marques de leur identité nationale les différenciant profondément des Anglais. En France, elle est particulièrement commémorée à Saint-Germain-en-Laye et à Aubigny-sur-Nère où se situe un musée consacré à l'Alliance et se déroulent chaque année des Fêtes franco-écossaises. À l'occasion du référendum sur l'indépendance de l’Écosse vis-à-vis du Royaume-Uni, un journaliste de la BBC estime que l'alliance ne signifie pas une adhésion entière des Français au projet d'indépendance des Écossais[11].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Source de la traduction[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) John of Fordun's Chronica genus Scotorum (Edinburgh, 1871–1872) chapitres XLVIII & XLIX
  2. (en) G.W.S. Barrow Robert Bruce and the Community of the Realm of Scotland E.U.P 4e édition (Edinburgh 2005) (ISBN 0-7486-2022-2) p. 85 et 90.
  3. (en) G.W.S. Barrow Op.cit p. 503.
  4. « The Auld Alliance - Scotland and France », BBC (consulté le 27 février 2014).
  5. (en) Michael Brown The Wars of Scotland 1214~1371 The New Edinburgh History of Scotland IV. Edinburgh University Press, (Edinburgh 2004) (ISBN 0748612386) p. 237.
  6. (en) Michael Brown Op.cit p. 247.
  7. (en) Stephen Boardman The early Stewart Kings. Robert II and Robert III 1371-1406. John Donald, (Edinburgh 2007) (ISBN 9781904607687) p. 136 & 138-139
  8. Cf. Quentin Durward de Walter Scott. Les aventures d’un Écossais servant dans la garde écossaise de Louis XI.
  9. Henri Sauval, Histoire et recherches des antiquités de la ville de Paris, vol. 3, Paris, chez Charles Moette & Jacques Chardon,‎ 1724 (lire en ligne), « Comptes et ordinaires de la Prévoté de Paris », p. 389.
  10. Francisque Michel, Les Ecossais en France, les Français en Écosse, vol. 1, Londres, Trübner & Company,‎ 1862, 551 p. (lire en ligne), p. 171.
  11. (en) Hugh Schofield, « Why Paris doesn't want a Scottish Yes », BBC,‎ 17 août 2014 (lire en ligne)