Aigéai

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Site archéologique d'Aigai (nom moderne Vergina) *
Logo du patrimoine mondial Patrimoine mondial de l'UNESCO
Larnax en or de la tombe de Philippe II de Macédoine représentant le « soleil de Vergina »
Larnax en or de la tombe de Philippe II de Macédoine représentant le « soleil de Vergina »
Coordonnées 40° 28′ 52″ N 22° 18′ 49″ E / 40.481111, 22.313611 ()40° 28′ 52″ Nord 22° 18′ 49″ Est / 40.481111, 22.313611 ()  
Pays Drapeau de la Grèce Grèce
Subdivision Imathie, Macédoine-Centrale
Type Culturel
Critères (i) (iii)
Superficie 1 421 ha
Zone tampon 4 812 ha
Numéro
d’identification
780
Zone géographique Europe et Amérique du Nord **
* Descriptif officiel UNESCO
** Classification géographique UNESCO
(Voir la carte topographique)
Aigai
Aigai
Localisation de la Grèce en Europe
(Voir la carte administrative)
Aigai
Aigai
Localisation de la Grèce en Europe
Voir l’image vierge
Localisation du site archéologique d'Aigai en Grèce.

Aigéai (en grec ancien : Αἰγαί, Aigaí) fut la première capitale du royaume de Macédoine, avant d'être supplantée par Pella. Le site archéologique, situé près de la petite ville de Vergina, a été exploré par Léon Heuzey dès 1855, puis de nouveau dans les années 1930, enfin notamment par l'archéologue Manólis Andrónikos en 1977. Il est classé au patrimoine mondial par l'Unesco.

Les origines[modifier | modifier le code]

Les origines de cette première capitale des Macédoniens se confondent avec le mythe. Les rares informations que nous possédons proviennent d'Hérodote et Thucydide et Diodore de Sicile en ce qui concerne l'assassinat de Philippe II de Macédoine, en -336 av. J-C. La cité est le berceau de la famille royale des Téménides (Argéades), Macédoniens venus s'installer dans la plaine de l'Haliacmon entre le XIe siècle et Xe siècle av. J.-C.. C'est Caranos, roi légendaire de la race des Héraclides qui l'aurait fondée ; la légende rapporte qu'il poursuivait une chèvre et aurait donné le nom de l'animal à ce lieu. C'est donc le plus naturellement que furent célébrés en ces lieux, tous les événements familiaux importants pour cette dynastie des Argéades-Téménides : naissance, mariage et sépultures. Tous les rois, exception faite d'Alexandre le Grand, reposent en ces lieux.

Commerce[modifier | modifier le code]

Les connaissances actuelles ne permettent pas de connaitre la composition de la société, ni l'aspect urbain de la cité pour la période archaïque et pour le début de l'époque classique. Le mobilier recueilli dans les ensembles funéraires laisse entrevoir qu'Aigéai entretenait des relations commerciales avec les cités de la Grèce méridionale Athènes et Corinthe et qu'elle avait une métallurgie importante. Philippe de Macédoine fit beaucoup pour le développement de cette cité.

Site archéologique[modifier | modifier le code]

Nicholas Geoffrey Lemprière Hammond (en), en 1968 puis Manolis Andronikos, en 1976 fouillèrent et identifièrent le site à proximité du village moderne de Vergina. Les fouilles et les découvertes grandioses faites depuis confirmèrent les assertions des deux archéologues. Le site recèle des tombes princières sous tumulus, dont le plus grand, le tumulus dit « de la Grande Toumba », mesurant une centaine de mètres, est le plus riche. On y trouve quatre tombes, dont celles dites « de Philippe II », « de Perséphone » et « du Prince ».

En 2008, des archéologues grecs ont exhumé une sépulture énigmatique à Vergina, dans le sanctuaire d'Eukleia - « une divinité connue depuis peu par des dédicaces d'Eurydice, la grand-mère d'Alexandre le Grand », précise Sophie Descamps. L'identité du défunt reste un mystère. Mais un objet royal l'accompagnait. Une couronne de feuilles de chêne en or, de la seconde moitié du IVe siècle av. J.-C., reposait dans une fosse, à l'intérieur d'un réceptacle en or, lui-même placé dans un coffre en bronze. La couronne, insigne royal, était associée à un tissu orné de pourpre et d'or, et aux ossements d'un adolescent de 15 ou 18 ans.

Le Palais[modifier | modifier le code]

C'est un édifice d'environ 12 500 m2 que Philippe II fit construire vers -350, au moment où son pouvoir se consolidait et qui fut achevé en -336[1]. Il fut découvert en 1855 par Léon Heuzey qui en fit dégager une partie en 1861 en compagnie de l'architecte Honoré Daumet. Il fut depuis fouillé par les archéologues grecs.

Le bâtiment principal de forme rectangulaire a pour dimensions 104,50 mètres de longueur sur 88,50 mètres de large, possédant une quinzaine de salles de banquets, entourant une cour centrale aux colonnades doriques. Au Nord la longue terrasse offrait une vue magnifique sur la ville et les monuments. À l'Ouest un péristyle de 2 000 m2 réservé aux fonctions utilitaires : 3500 personnes pouvaient s'y asseoir, le « palais » n'étant pas une résidence privée (les épouses de Philippe n'y accouchent pas, ses enfants n'y vivent pas) mais publique. L'entrée principale, sous forme de propylon est située au centre de l'aile orientale. Sa largeur de 10 mètres était encadrée de portiques avec deux ordres superposés[2].

Les tombes monumentales[modifier | modifier le code]

La tombe dite « de Philippe II »[modifier | modifier le code]

C'est une tombe à deux chambres : un vestibule et la chambre funéraire proprement dite. Elle est couverte d'une voûte en berceau et présente une façade uniquement décorative et sans lien structurel avec le reste du bâtiment.

Dans le vestibule, on a trouvé un larnax abritant les restes d'une femme. Dans la chambre principale, un autre larnax contenait les restes d'un homme dont le crâne présente une blessure similaire à celle que Philippe II reçut à l'arcade sourcilière droite en -354 av. J.-C.. Des nombreux bijoux et objets précieux ont été découverts : outre les larnax en or ornés de l'étoile ou du symbole solaire dit « Soleil de Vergina », des armes (cuirasse, bouclier, cnémides, gorytos), une œnochoé en or, une couronne de feuilles de chêne en or, une couronne de myrte dorée, un diadème et des figurines sculptées en ivoire. Il convient de signaler que l'identification du défunt comme étant Philippe II a été contestée par certains chercheurs, qui préféraient y voir Philippe Arrhidée, le demi-frère d'Alexandre le Grand, qui lui succéda en -323 av. J.-C.. Cependant, la trace de blessure à l'arcade sourcilière, le fait que les cnémides trouvées dans l'antichambre sont de longueurs inégales, (or Philippe II était boiteux), semblent confirmer l'identification de Philippe II.

Sur la façade, à la place du fronton, se déploie une frise de 1,1 m de haut à fond blanc (leukomenos pinax), caractéristique de l'art funéraire. Elle représente une scène de chasse royale dont le thème est récurrent dans toute l'Antiquité (Ninive) : dix chasseurs, dont trois à cheval, s'attaquent à quatre animaux (un lion, un sanglier, un ours, un cerf). On identifie le premier cavalier comme Philippe II et le deuxième comme son fils Alexandre, pour qui c'est une manière de revendiquer ses prétentions au trône. La composition paratactique de la scène alterne des lignes obliques, tantôt convergentes, tantôt divergentes, et des verticales, ce qui a pour effet d'élargir la scène, tout en concentrant le regard sur la scène centrale de la chasse au lion, gibier royal par excellence. La décoration de cette tombe, datée de -336 av. J.-C. (année de la mort de Philippe II), serait une œuvre de jeunesse de Philoxène d'Érétrie.

La tombe dite « de Perséphone »[modifier | modifier le code]

C'est une tombe à ciste mesurant 3,5 m × 3 m × 2 m. Elle doit son nom à la fresque de l'Enlèvement de Perséphone par Hadès qui orne un des grands côtés. Cette peinture relève d'un style tout à fait différent, de par la rapidité de la touche et la variété des effets picturaux, de la fresque trouvée dans la tombe dite « de Philippe II ». C'est pourquoi on l'a attribuée à la période de la maturité de Philoxène d'Érétrie. Mais le témoignage de Pline l'Ancien, Histoire naturelle, 35, 108 inviterait à y voir plutôt une œuvre de Nicomaque, le maître de Philoxène.

La tombe dite « du Prince »[modifier | modifier le code]

On y a trouvé les restes d'un jeune homme dans une hydrie funéraire en argent ornée d'une couronne, ainsi que de la vaisselle d'argent abondante et variée. On peut noter également la présence d'une frise peinte représentant une course de chars très bien conservée. Il est à noter que la tombe dite « du Prince » a été identifiée, notamment par Manólis Andrónikos, qui l'a découverte, comme étant très probablement celle d'Alexandre IV de Macédoine. Ce dernier était le fils et héritier d'Alexandre le Grand, et les sources antiques nous apprennent qu'il fut mis à mort en -311 ou en -310 av. J.-C., avec sa mère Roxane. Né en -323 av. J.-C., il avait environ treize ans. Or cet âge correspond à celui du défunt inhumé dans la tombe. Par ailleurs les éléments archéologiques retrouvés permettent d'établir une datation entre -330 et -290 av. J.-C. environ.

Musée[modifier | modifier le code]

Le musée archéologique d'Aigéai baigne aujourd'hui dans une semi-obscurité, avec l'éclairage des vestiges pour seule lumière, créant une ambiance inquiétante, quasi mystique. Bâti dans le tumulus recouvrant les tombes royales, il dévoile les sépultures dans leur emplacement d'origine.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Générale
  • Hérodote: V, 17-22
  • Thucydide: VIII, 56-63, II, 95.
  • Diodore de Sicile: XVI, 91, 1-2 et 92, 5
  • (en) Manólis Andrónikos, Vergina, the Royal Tombs, Athènes, 1984.
  • R. Ginouvès e. a., La Macédoine, CNRS Éditions, Paris, 1993.
  • F. Papazoglou, Les villes de Macédoine romaine, BCH Suppl. 16, 1988.
  • Stella Drougou, The ancient city of Aigai dans: LANE FOX (R.J) dir.Brill's Companion to Ancient Macedon. Studies in the Archaelogy and History of Macedon, 650 BC-300AD, Leiden, 2011 (sous press), p. 243-256.
  • Stella Drougou, Ch.Saatsoglou-Palliadeli, Vergina. The Land and its History, Athènes 2005.
  • Stella Drougou, Ch. Saatsoglou-Palliadeli, Vergina. Promenade sur le site archéologique, Athènes 2002.
  • A. Kottaridi & S. Walker, dir.- Heracles to Alexander. Treasures from the Royal Capital of Macedon, a Hellenic Kingdom in the Age of Democracy, Catalogue d'exposition Ashmolean Museum, Oxford 7 avril-29 août 2011, Oxford. 2011.
  • Stella Drougou, Aigai ancienne capitale du royaume de Macédoine, dans Les Dossiers d'archéologie, no 347, septembre-octobre 2011, p. 10-13.Traduction: Françoise Tuquéty.
Palais
  • M.B. Hatzopoulos - Macedonian Palaces: Where King and City Meet, dans : I. Nielsen, dir.- The royal palace institution in the 1 millennium, B.C., Aarhus, 2001, p. 189-199.
  • Léon Heuzey, -Le mont Olympe et l'Arcanamie, Paris 1860.
  • Léon Heuzey & Honoré Daumet: Mission archéologique de Macédoine, Paris 1876.
  • W. Hoepfner: Zum Typus der Basileia und der königlichen Andrones dans : W.Hoepfner, G. Brands, dir. - Basileia die Palästre der hellenistischen Könige: internationales Symposion in Berlin vom 16.12.1992 bis 20.12.1992, Mayence, 1996, p. 1-43.
  • Ch. Saatsoglou-Paliadeli-Le Palais d'Agai: historique des fouilles ; et A. Kottaridi-Le Palais d'Agai: nouvelles perspectives, dans S. Descamps-Lequime, dir - Au royaume d'Alexandre le Grand, la Macédoine antique, catalogue de l'exposition, Paris, Musée du Louvre, du 10 octobre 2011 au 16 janvier 2012, Paris 2011 (sous presse).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Angéliki Kotarridi, Alexandre Le Grand, le Macédonien, ARTE, 2011
  2. Description de l'équipe de conservation du département des Antiquités grecques, étrusques et romaines du Musée du Louvre