Outre (récipient)

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Faune buvant à l'outre

Une outre (du latin Uter) est un sac en peau de bouc, de chèvre, de cochon, de bœuf ou de veau, cousu par un bout et dont toutes les coutures étaient soigneusement bouchées avec de la poix, de manière que l’on pût y renfermer des liquides, ou le gonfler d’air.

Il s’agit d’une des premières formes de récipient. Les hommes primitifs et de l’antiquité utilisaient essentiellement ces sacs pour transporter des liquides (eau, vin, posca, hydromel, huile d’olive…) ; souvent, les pattes constituaient les poignées et le cou, le déversoir… L’outre en peau pouvait avoir d’autres fonctions (transports de marchandises pour franchir les cours d’eau ou tout type de plan d’eau, divertissements…).

L’outre à vin (Uter vini)[modifier | modifier le code]

Une outre

Durant la haute antiquité elle servait surtout à transporter en grandes quantités du vin d’un endroit à un autre. On apportait le vin dans une outre jusque dans la salle à manger et c’était avec l’outre que l’on remplissait les coupes. Sur une fresque découverte à Pompéi on peut voir une femme versant d’une outre du vin dans un cantharus tenu par Silène.

Les Grecs pratiquaient durant les Dionysies rurales attiques, le second jour des fêtes de Bacchus que l’on appelait Ascolia (askôlia), l’askôliasmos, un concours dont le but était de rester le plus longtemps en équilibre sur une outre en peau emplie de vin et huilée.

L’outre pour fabriquer le fromage[modifier | modifier le code]

Au moment où naissait le fromage à l’époque néolithique, l’excédent de lait de chèvre ou de brebis était conservé dans une outre faite de panse de veau encore fraîche. Le choix de la peau était motivé par le fait que l’estomac des jeunes bovins, non sevrés, contenait naturellement une présure favorisant le caillage du lait.

L’outre gonflée d’air (Uter unctus)[modifier | modifier le code]

  • Durant l’antiquité, elle permettait de franchir des cours d’eau ou des plans d’eau sans risque. Durant l’antiquité des corporations de portefaix : les « utriculaires », après avoir fixé les marchandises débarquées des navires sur des radeaux renforcés par des outres gonflées d’air (du latin utricula d’où le nom d’utriculaire), devaient les apporter des îles vers les côtes, ou d’une rive à celle opposée.
  • La cornemuse est un instrument de musique à vent composé d’une outre et de tuyaux à anches.

Utilisation sportive[modifier | modifier le code]

Harpastum romain

Les Romains ont diffusé en Europe l’Harpastum, un jeu dont le but était de déposer une outre remplie de sable, de chiffons, de paille ou de son dans le camp adverse. Les joueurs divisés en deux camps devaient s’en saisir et le porter dans le camp opposé. Les Romains apprirent ce jeu des Grecs (àrpastòn), lors des campagnes de conquête du IIe siècle avant notre ère, puis le répandirent dans les pays qu'ils conquirent. Il faisait partie de la formation des gladiateurs et a été joué principalement par les légions placées aux frontières. Des matches fréquents y étaient organisés entre les Romains et les peuples autochtones. Les légions romaines introduisirent ce jeu en Grande-Bretagne, le match le plus célèbre a été joué en 276 et les barbares l'emportèrent par un score de 1-0.

Il existe peu de sources écrites sur la Harpastum dans le premier livre des Deipnosophistai, Atheneo affirme que c'est son jeu préféré et le décrit en citant un fragment du dramaturge grec Antiphane : « Il a pris le ballon et l'a jeté à un de ses compagnons. Il a réussi à éviter l'un de ses adversaires et a bousculé l'autre. Il envoie la balle d'un coup de pied à un de ses équipiers, et de tous côtés des cris s'élevent : Il était hors du jeu, C'est trop long, C'est trop bas, C'est trop haut, C'est trop court, Mets-là direct dans la mêlée ».

Jeu de l'outre, mosaïque romaine du musée de Berlin

Le Jeu de l'Outre a été pratiqué depuis la plus haute Antiquité dans le pourtour du bassin méditerranéen. Les Grecs s'y adonnaient durant les Dionysies rurales attiques, le second jour des fêtes de Dionysos que l’on appelait Ascolia (askôlia), l’askôliasmos, un concours dont le but était de rester le plus longtemps en équilibre sur une outre en peau de bouc emplie de vin et enduite de suif. En Italie, ce jeu était pratiqué lors des Consualia, fête donnée en l'honneur de Consus, divinité italique et chtonienne, identifiée ensuite à Neptune-Poséidon. Virgile mentionna ce jeu dans ses Géorgiques (II, 384). Les joueurs devaient faire trois sauts sur l'outre en frappant à chaque fois des mains[1]. C'est ce que montre une mosaïque provenant d'Ostie et conservée dans les collections du Berliner Museum. De jeunes athlètes nus sont observés par les femmes et les dieux. Un a déjà chuté, l'autre se prépare à sa tentative[2].

Il fut implanté en Provence lors de la colonisation romaine et resta populaire jusqu'à l'époque moderne. Connu sous le nom d'« ouire boudenfla » ou « saut du bouc », il est cité dans Mireio par Frédéric Mistral qui fait dérouler ce concours dans les Arènes de Nîmes. Il est attesté aussi à Velaux, à Avignon, lors de la Fête de la Paix qui se déroula le 17 brumaire, an IX, à Caderousse, et à Auriol où il eut lieu lors des festivités de Saint-Pierre en 1844. Le vainqueur gagnait l'outre pleine de vin[1].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Fernand Benoit, La Provence et le Comtat Venaissin, arts et traditions populaires, Éd. Aubanel, Avignon, 1992, (ISBN 2700600614), p. 325.
  2. Michel Bouvier, Le vin, c'est toute une histoire, Jean-Paul Rocher Éditeur, Paris, 2009, (ISBN 2917411230[à vérifier : isbn invalide]), p. 59.