A.T. Kearney

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A.T. Kearney

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Création 1926
Fondateurs A.T. Kearney
Forme juridique Société anonyme
Siège social Drapeau des États-Unis Chicago, Illinois (États-Unis)
Direction Johan Aurik
Activité Conseil en stratégie
Effectif 3 500
Site web www.atkearney.fr
Chiffre d’affaires en augmentation 1 Mrd de $ (2013)

A.T. Kearney est un cabinet de conseil en stratégie situé à Chicago, spécialisé sur des problématiques de management de direction générale.

Historique[modifier | modifier le code]

La naissance : 1926-1946[modifier | modifier le code]

James McKinsey (en) fonde le cabinet de conseil Mc Kinsey en 1926 à Chicago. Andrew Thomas Kearney (en) rejoint McKinsey et en devient partenaire associé en 1930 puis associé senior en 1935. En 1937, à la mort de James McKinsey (en), Andrew Thomas Kearney devient principal associé et le cabinet de conseil change d'appellation pour devenir Mc Kinsey, Kearney and Company. Le cabinet de conseil compte alors deux bureaux : Chicago et New York. En 1946, Mc Kinsey, Kearney et Company se scinde en deux Mc Kinsey conserve le bureau de New-York et oriente son activité vers le conseil stratégique. Et Andrew Thomas Kearney prend la tête du bureau de Chicago qui prend le nom d'A.T. Kearney et oriente son activité vers l'audit[note 1].

Les débuts : 1946-1964[modifier | modifier le code]

Logo d'A.T. Kearney en 1947

A.T. Kearney ne fonctionnera jusqu'à la mort de son créateur en 1962 qu'avec une unique implantation à Chicago[note 1].

L'internationalisation : 1964-1995[modifier | modifier le code]

Logo d'A.T. Kearney en 1990

Il faudra attendre 1964, pour que A.T. Kearney décide d'installer un nouveau bureau ; ce sera d'ailleurs hors du territoire des États-Unis, à Düsseldorf en RFA. Cette destination, l'Allemagne, n'est pas innocente : Andrew Kearney a eu un rôle important dans l'organisation du Plan Marshall dans l'immédiat après-guerre. Par ailleurs la RFA héberge à l'époque des contingents américains d'occupation militaire qui nécessitent d'importants moyens en organisation, notamment logistique.

Ensuite, les nouvelles installations vont se poursuivre à un rythme soutenu à travers le monde entier.

L'Epoque EDS : 1995-2006[modifier | modifier le code]

Le rachat[modifier | modifier le code]

Logo d'A.T. Kearney - Filiale d'EDS

En 1995, EDS rachète le cabinet de conseil stratégique A.T. Kearney pour la somme de 596 millions de US$. C'est la première fois dans le monde qu'un géant des services informatiques achète un cabinet de conseil. Les motivations qui ont plaidé en faveur de ce rachat chez EDS sont la volonté de créer une chaîne de valeur intégrée qui va du conseil aux services informatiques. L'activité de conseil est alors conçue — dans l'esprit d'EDS — comme le fer de lance commercial qui permettra de tirer l'ensemble du groupe vers plus de croissance[1].

Chez A.T. Kearney, les tenants de l'intégration dans le groupe EDS étaient avant tout motivés par des considérations d'ordre personnel : les associés voulaient pouvoir concrétiser en monnaie sonnante et trébuchante leur participation dans un groupe de conseil qui avait su dégager une très forte profitabilité. D'autres soulignaient les moyens d'EDS, qui permettraient au groupe de conseil de se développer encore plus dans le monde[1].

Le challenge est de taille pour EDS : il s'agit de faire cohabiter deux cultures très différentes. La culture du géant de l'informatique est basée sur une approche bureaucratique, à la limite du taylorisme (EDS est en 1995 une filiale du constructeur automobile américain General Motors), liée à son statut de géant (plus de 100 000 salariés dans le monde) qui se conjugue en une gestion globale des salaires et une politique de primes au résultat très modérée. Alors que la culture du cabinet de conseil est basée sur la culture de la performance personnelle fortement récompensée par des primes au rendement. Les différences se ressentent également dans le statut des collaborateurs des deux entités. Chez le groupe informatique EDS les collaborateurs sont des salariés qui rendent des comptes à leur hiérarchie. Le cabinet de conseil est géré de manière très décentralisée par des partenaires, actionnaires d'A.T. Kearney ; chaque partenaire ayant la gestion directe d'un cabinet de consultants dans tous ses aspects, y compris opérationnels[1].

L'intégration forcée d'A.T. Kearney[modifier | modifier le code]

L'arrivée en 1999 d'un nouveau CEO à la tête d'EDS, Richard H. Brown (en), va changer la donne en matière de rythme d'intégration : celle-ci va s'effectuer à marche forcée. Cette intégration sera dans un premier temps considérée comme une réussite : le chiffre d'affaires d'A.T. Kearney atteindra le chiffre jamais atteint plus atteint de 1,3 milliards de US$ en 2000. Malheureusement le groupe dans son ensemble va prendre de plein fouet les conséquences de la crise de 2001 issue de la bulle internet des années 1990[1].

Kearney Interactive[modifier | modifier le code]

Logo de Kearney Interactive

En 2000, l'activité internet domine le monde des affaires : l'E-business est sur toutes les bouches. Par ailleurs EDS comme AT Kearney enregistre des profits records. EDS et AT Kearney décident de créer Kearney Interactive en France en 2000 ; la France joue le rôle de pays test. Cette société est créée afin de répondre aux besoins spécifiques des entreprises en matière de services internet, de commerce électronique et de conseil technologique[2]. Située à mi-chemin entre le conseil et les prestations techniques, Kearney Interactive est une structure plus réactive — à la frontière de la web agency — composée d'équipes mixant les deux métiers. Le PDG d'A.T. Kearney France a fixé l'objectif de Kearney Interactive en France à 12% du marché de l'e-business internet à l'horizon 2003 [3].

L'objectif initial est très ambitieux : si l'opération française fonctionne, EDS envisage d'étendre l'opération aux autres pays avec pour ligne de mire les 15.000 personnes dans le monde à l'horizon fin 2001[4]. Ce bel enthousiasme sera balayé par l'éclatement de la bulle internet en 2001 et Kearney Interactive n'aura existé qu'à l'état d'opération pilote en France.

Lors de la scission AT Kearney/EDS en 2005, Kearney Interactive reste dans le giron d'EDS sous la forme d'une division intégrée, EDS Consulting Service. Celle-ci est cédée à SIA Conseil en 2008[5]

Le divorce[modifier | modifier le code]

La séparation entre le géant informatique EDS et le cabinet de conseil A.T. Kearney est à la fois la résultante logique d'un mariage forcé qui n'a pas porté de fruits et d'une conjoncture très défavorable. La bulle internet qui a amené le Krach boursier de 2001-2002 a touché de plein fouet EDS : deux importants clients d'EDS font faillite : Worldcom et US Airways[6]. La réalité économique amène alors beaucoup d'entreprises à se recentrer sur leur cœur de métier.

Les contreperformances[modifier | modifier le code]

La chute des revenus du cabinet de conseil est de 42% entre 2000 et 2005. Même si l'éclatement de la bulle internet est passée par là, elle n'explique pas tout. Cette baisse du chiffre d'affaires s'est accompagnée d'une résultat négatif pour les exercices 2003 et 2004. Un comble pour un cabinet de conseil en stratégie habitué à donner des conseils de management au top management des plus grandes sociétés du monde. Malaise très bien ressenti parmi les consultants eux-mêmes : « Vu les tarifs de la profession, il faut vraiment faire beaucoup de bêtises pour perdre de l'argent dans ce métier » confiait un consultant parisien à L'Express sous couvert d'anonymat[7].

La crise en cours en 2001-2002 amène le management d'EDS a effectuer deux plans sociaux. En 2002 (sous la houlette de Dick Brown, PDG d'EDS), A.T. Kearney perd 1000 employés sur un effectif de 5000. En 2003, malgré le changement de PDG à la tête d'EDS (Michael Jordan vient d'être nommé à la tête d'EDS), AT Kearney est de nouveau touché par des coupes claires dans ses effectifs[1].

Une différence de cultures[modifier | modifier le code]

Image symbolique mais qui démontre bien la volonté de marquer son indépendance de la part d'AT Kearney : le refus de quitter le siège de Chicago pour rejoindre le campus d'EDS à Plano (Texas). Ce refus sera sanctionné par le renvoi de Frédérick Steingraber en 2000 qui sera remplacé par Dietmar Ostermann au poste de Président d'AT Kearney ; en 2000 le siège de AT Kearney rejoint donc le campus d'EDS à Plano.

La différence de culture est apparue au grand jour lorsque Dick Brown, PDG d'EDS décide de supprimer les bonus des vices-présidents d'AT Kearney en 2003. Leur levée de bouclier fût interprétée chez EDS comme un caprice de diva. Chez AT Kearney le bonus est la nécessaire contrepartie qui récompense la performance.

Un évènement mineur se produisit en août 2002 : le chairman émérite, Frederick Steingraber est convoqué devant les avocats d'EDS pour une réunion de 6 heures. Au cours de cette réunion, des faits de corruption et des dépenses injustifiées d'un montant de 100 000$ lui sont reprochés. Par la suite Frederick Steingraber va révéler à la SEC américaine la manière dont EDS maquille ses comptes. En effet le management d'EDS est sous le coup d'une enquête de la SEC, entres autres pour délit d'initié. Ce type d'échanges en haut de la hiérarchie entre la maison mère et sa filiale donne le ton de l'ambiance entre les dirigeants des deux sociétés[8].

Conscient de la différence de culture existant entre la société mère (EDS) et sa filiale[7], Michael Jordan, CEO d'EDS va redonner à partir de 2003 une certaine indépendance au cabinet de conseil et reconnaître son management[note 3].

La séparation[modifier | modifier le code]

En 2005, EDS tente de vendre sa filiale A.T. Kearney au Monitor Group[9],[10]. Réunis courant septembre 2005, les 200 associés du groupe AT Kearney se prononcent à 89% pour une séparation d'avec d'EDS. En 2006, pour le 80è anniversaire de la société, 176 associés du cabinet de conseil décident de racheter A.T. Kearney à EDS par le biais d'un MBO (management buy out : rachat d'une société par son management)[11],[12],[7].

Cette opération de scission se fait après 10 ans de vie commune avec EDS. L'opération va engendrer des départs au sein du cabinet de conseil dans l'année qui va suivre. En effet, beaucoup de consultants n'ont connu AT Kearney qu'en tant que filiale du groupe EDS, avec un fonctionnement hiérarchisé et très "corporate". Le retour à l'indépendance entraîne un changement de cap et de rythme : on demande aux consultant beaucoup d'investissement personnel, beaucoup d'initiative en contrepartie de fortes très récompenses liées aux résultats[13].

Quelques chiffres sur la période[modifier | modifier le code]

Données financières 1995-2005 (au 31 décembre)
2001 [note 4] 2004 [14]
Chiffre d'affaires
en millions de dollars US
1 340 806
Nombre d'employés 4 600 2 500

La renaissance : 2006-[modifier | modifier le code]

Logo d'A.T. Kearney en 2013

En 2008, A.T. Kearney figurait dans le classement mondial des 25 premiers cabinets de conseil stratégique[note 5].

En 2010, A.T. Kearney (2 700 employés) entre en négociations avec le cabinet Booz (3 300 employés) afin de constituer le 3è plus grand cabinet de conseil stratégique dans le monde[15].

Données financières 2006-2013 (au 31 décembre)
en millions de dollars US
2013 [note 6] 2012 2011 [16] 2010 2009 [15] 2008 [15] 2007 2006 [note 3]
Chiffre d'affaires 1 000 969 900 786 750
Nombre d'employés 3 500 2 700 2 500

Faits et chiffres[modifier | modifier le code]

Dans le monde en 2013[modifier | modifier le code]

  • 60 bureaux
  • 40 pays
  • 3500 employés
  • Chiffre d'affaires : 1 milliard US$ [note 6]

En France en 2013[modifier | modifier le code]

  • Un bureau à Paris 7è
  • Chiffre d'affaires estimé : 45 millions €
  • Nombre d'employés estimé : 120 [note 6]

Le métier[modifier | modifier le code]

A l'origine, A.T. Kearney est un cabinet qui prend en charge la gestion budgétaire et le contrôle budgétaire. L'impulsion initiale a été donnée par James O. McKinsey (par ailleurs professeur de comptabilité à l'université de Chicago) qui a rédigé plusieurs livres reconnus par la profession. Durant l'entre-deux guerres, l'établissement d'un budget, son analyse et son contrôle sont des exercices comptables encore méconnus des sociétés[note 1].

Les principaux concurrents dans le monde[modifier | modifier le code]

La direction du cabinet de conseil[modifier | modifier le code]

Les Principes[modifier | modifier le code]

Le chairman est élu pour un mandat de 3 ans par les associés du cabinet de conseil.

Un associé ne peut détenir plus de 3% du capital du groupe ; il s'agit d'une règle statutaire afin d'éviter les luttes internes pour le pouvoir[17].

Liste des chairman[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Barry Curnow & Jonathan Reuvid, The international guide to management consultancy : The evolution, practice and structure of management consultancy worldwide, Kogan Page,‎ 2003, 537 p. (ISBN 0-7494-4079-1, lire en ligne) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • (de) Markus Reihlen, Annette Rohde, Internationalisierung professioneller Dienstleistungsunternehmen, Kölner Wissenschaftsverlag,‎ 2006, 331 p. (ISBN 3-937404-07-4, lire en ligne) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Jean-Baptiste Hugot, Le guide des cabinets de conseil en management, Management et Société,‎ 2013, 589 p. (ISBN 9782910987503) Document utilisé pour la rédaction de l’article

Notes et Références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e et f (en) Vivek Velamuri, « EDS’s merger with AT Kearney », Financial Times,‎ 1 juillet 2013 (consulté le 24 septembre 2014)
  2. Tomas, « Conseil en stratégie : Kearney Interactive arrive en France », L'Express,‎ 9 octobre 2000 (consulté le 17 octobre 2014)
  3. Gilles Forestier, « E-business: AT Kearney et EDS parient sur un service complet », 01Net,‎ 10 octobre 2000 (consulté le 17 octobre 2014)
  4. « Kearney Interactive : EDS met la pédale douce », Les Échos,‎ 15 novembre 2000 (consulté le 17 octobre 2014)
  5. Christophe PALIERSE, « SIA Conseil reprend EDS Consulting Services France », Les Échos,‎ 12 septembre 2008 (consulté le 17 octobre 2014)
  6. « Actualités en bref - DS exposé sur US Airways », 01net.com,‎ 13 août 2002 (consulté le 11 octobre 2014)
  7. a, b et c Gilles Tanguy, « AT Kearney Audit d'un divorce », L'Express,‎ 41 décembre 2005 (consulté le 24 septembre 2014)
  8. « Family Feuds Don't Get Nastier Than This », Business Week,‎ 9 février 2003 (consulté le 18 octobre 2014)
  9. (en) Gary McWilliams, « EDS Is in Talks To Sell Kearney To Monitor Group », Wall Street Journal,‎ 21 juin 2005 (consulté le 10 octobre 2014)
  10. Annie Kahn, « EDS négocie la vente de sa société de conseil en stratégie ATKearney », Le Monde,‎ 7 juillet 2005 (consulté le 17 octobre 2014)
  11. PH.G., « A.T. Kearney fait cavalier seul », La Libre Belgique,‎ 26 janvier 2006 (consulté le 10 octobre 2014)
  12. « AT Kearney France prépare sa reprise en MBO dans l'incertitude », L'Agefi,‎ 2 décembre 2005 (consulté le 18 octobre 2014)
  13. « La vie mouvementée d'A.T. Kearney », Consultor,‎ 10 décembre 2013 (consulté le 18 octobre 2014)
  14. « AT Kearney retrouve son indépendance », Les Échos,‎ 25 janvier 2006 (consulté le 18 octobre 2014)
  15. a, b et c (en) Helen Thomas, Andrew Edgecliffe-Johnson and Stefan Stern, « Booz and AT Kearney in talks to combine », Financial Times,‎ 3 juin 2010 (consulté le 10 octobre 2014)
  16. a, b et c (en) Andrew Hill, « AT Kearney names Aurik as new chairman », "Financial Times,‎ 24 septembre 2012 (consulté le 10 octobre 2014)
  17. Polus Steve, « Laurent Dumarest Voir sans être vu », Le Soir,‎ 27 juin 2009 (consulté le 19 octobre 2014)
  18. a et b « People », Chicago Tribune,‎ 30 octobre 1974 (consulté le 10 octobre 2014)
  19. « Continental AG/Fred G. Steingraber », Business Week (consulté le 10 octobre 2014)