Zosa Szajkowski

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Zosa Szajkowski (né Yehoshua ou Shayke[1] Frydman[2]) (10 janvier 1911, Zaręby Kościelne, Pologne-1978, New York, États-Unis) est un historien franco-américain juif d'origine polonaise, qui a une importance dans l'historiographie juive, le transfert d'archives juives vers les États-Unis, et qui a été condamné pour vols de documents[3].

Éléments biographiques[modifier | modifier le code]

Zosa Szajkowski est né le , à Zaręby Kościelne (en yiddish, Zaromb), un petit village à l'Est de la Pologne, dans la région de Białystok[4].

Dans le journal newyorkais "The Sun (NY)"[5], William Meyers fait ainsi, en 2007, le portrait de Szajkowski:

"Quand mon épouse débuta sa recherche il y a 35 ans pour son livre sur l'histoire du théâtre yiddish[6], elle passa de longues journées au YIVO, l'Institut de Recherche Juif, à l'époque encore sité dans le vieil hôtel particulier Vanderbilt sur la Cinquième Avenue au coin de la 86e rue. Zosa Szajkowski était là une présence établie, un homme qui ressemblait à un gnome avec un talent pour aliéner instantanément toute personne avec qui il venait en contact. Mais ce tout petit paquet de malveillance avait eu une vie aventureuse. Il quitta sa Pologne natale dans les années 1920 pour échapper à l'antisémitisme montant en flèche; à Paris il est devenu membre du parti communiste et il recruta d'autres juifs d'Europe de l'Est pour aller combattre avec les loyalistes dans la guerre civile espagnole; lorsque la Seconde Guerre mondiale débuta il devint membre de la Légion étrangère française; réformé de la Légion après avoir été blessé[7] il va en Angleterre et s'engage dans l'armée américaine comme un officier de renseignements. Au Jour J il est parachuté en Normandie derrière les lignes allemandes; il fut de la première vague des troupes américaines à entrer à Berlin."

"[...]Szajkowski changea son nom [de Frydman à Szajkowski] lorsqu'il réalisa que de nombreux compatriotes qu'il recrutait pour combattre le fascisme en Espagne étaient tués de fait non par les forces du général Franco, mais par les communistes qui avaient pris la direction des forces loyalistes; pour les commissaires politiques rouges, des soldats avec différentes opinions étaient plus une menace que ne l'était Franco. Szajkowski quitta le parti, mais était persuadé que les communistes voulaient le tuer, alors il changea son nom. Cette peur ne l'a jamais quitté, jamais."

Le professeur de l'Université de Brandeis Jonathan Sarna[8] évoque en 2006[9], la personnalité de Zosa Szajkowski:

"Le décès du rabbin Arthur Hertzberg cette semaine me fait rappeler un cours que j'ai suivi comme étudiant avec l'érudit légendaire de l'Institut de Recherche Juif YIVO, Zosa Szajkowski. L'idée sur quoi enseigner de Szajkowski était de discuter sur ce qu'il avait en tête ce jour-là, et pour une grande partie du cours ce qu'il avait en tête c'était son ex-ami le rabbin Arthur Hertzberg. Juste quelques années auparavant, le livre brillant du rabbin Hertzberg intitulé "The French Enlightenment and the Jews" (1968) avait paru, et Szajkowski accusa qu'une grande partie de la recherche du rabbin Hertzberg était copiée de ses articles. "Je vais l'attaquer en justice," il rageait."

"L'accusation était absurde. Szajkowski, un autodidacte dont l'anglais était pauvre, n'aurait jamais pu écrire le livre convaincant, conduit par une thèse, élaboré par le rabbin Hertzberg. Mais cela n'a pas empêché les deux ex-amis, des têtes dures, d'avoir une querelle acrimonieuse. Toutefois, quelques années plus tard, lorsque Szajkowski est décédé subitement, c'est le rabbin Hertzberg qui a conduit ses funérailles et qui a fait l'éloge funèbre. Il était comme cela."

Si Szajkowski n'aurait jamais pu écrire avec brillance un livre comme Hertzberg, il ne fait pas de doute que Hertzberg a puisé nombre d'informations dans les travaux de Szajkowski. Ce dernier travaillait avec des documents originaux. Le livre de Hertzberg sur les Juifs et la Révolution française n'était pas basé sur une recherche inédite de documents originaux.

Après avoir été pris sur le fait de voler par des bibliothécaires à New York et son arrestation, il se suicide le 26 septembre 1978; on le retouve noyé dans sa la baignoire de sa chambre de l'hôtel Taft de Manhattan en 1978[10],[11],[12].

Son épouse, Chana Frydman, est décédée en 2012 et n'avait aucun contact avec leur fils Leo Greenbaum[13].

Vols de documents[modifier | modifier le code]

De 1940 à 1961, Szajkowski transfère illégalement des dizaines de milliers de documents de France aux États-Unis[14].

Dans un article publié en 2001, dans les "Archives juives", au sujet de "La reconstruction de la bibliothèque de l'AIU (Alliance israélite universelle), 1945-1955", Jean-Claude Kuperminc note:

"Avant de conclure, il nous reste à évoquer un aspect particulier de ces opérations de déplacement des collections des bibliothèques juives. Après les spoliations nazies, il fallut subir de désagréables affaires impliquant des institutions juives américaines. Le cas des vols commis par l'historien Zosa Szajkowski est maintenant connu[15],[16]. On peut préciser que Szajkowski a été pris sur le fait dans les locaux de la Bibliothèque nationale universitaire de Strasbourg (Bibliothèque nationale et universitaire (Strasbourg)) et condamné pour vol en 1963. Dans les années 1949-1950, Szajkowski, qui se faisait aussi appeler Frydman, a fréquenté la bibliothèque de l'Alliance et des pièces importantes ont alors disparu. En , les "American Friends" de l'AIU informent le siège parisien que des livres appartenant à l'AIU ont été vendus par Szajkowski à la "New York Public Library" et au "Jewish Theological Seminary" (JTS) de New York."

Dans un article sur l'histoire de la Synagogue de Fontainebleau, paru en [17], Frédéric Viey écrit en conclusion:

"Fier de son passé, la Communauté juive [de Fontainebleau] peut commémorer en 2010 sans tambour ni trompette ses 230 ans d'existence puisque l'on retrouve une présence juive dans cette ville même avant 1780. En effet, même si Zosa Szajkowski a détourné un certain nombre de documents aux Archives nationales et qu'il fixe la date de l'installation des Juifs à Fontainebleau en , il n'a pas pu consulter toutes les pièces concernant la communauté juive, notamment les registres de naissance, mariages et décès de cette ville."

Il est fait mention de suspicion ou de vols rééls par Zosa Szajkowski aux endroits suivants:

Transfert de documents aux États-Unis[modifier | modifier le code]

Entre 1940 et 1961 Zosa Szajkowski a "transféré" des dizaines de milliers de documents sur l'histoire juive de France, de France vers les États-Unis[18],[19].

Diverses institutions américaines se procurent des ouvrages et/ou des documents de Judaica par Zosa Szajkowski:

La question qui se pose est: est-ce que les ouvrages et/ou les documents acquis proviennent d'une source légitime, vu les vols documentés par Zosa Szajkowski?

Voici l'information mise en ligne par Yeshiva University sur sa "Collection du Consistoire français circa 1809-1939"[20]:

"La Collection du Consistoire français a été acquise par les Archives de la Yeshiva University de Szajko Frydman (aussi connu comme Zosa Szajkowski) à une date inconnue, probablement à la fin des années 1950 ou au début des années 1960."

Voici l'information mise en ligne par le Hebrew Union College-Jewish Institute of Religion[21] sur la "Collection des Juifs Sépharades de France":

"Provenance [de la Collection]: La Collection des Juifs Sépharades de France a été acquise en 1960 de Monsieur S. Frydman (Zosa Szajkowski) de New York City, au nom de l'Hebrew Union College-Jewish Institute of Religion, Cincinnati, Ohio, par le Dr Herbert Zafren, bibliothécaire. (À l'époque de l'achat, cette collection faisait partie de la "Collection française." Elles ont été ultérieurement séparées et les collections liées résultantes sont à présent le Consistoire central, l'Alsace-Lorraine, et de petites collections françaises.)"

Sur la Collection "Les Inventaires Juifs Alsaciens" de l'Hebrew College, voici l'explication en ligne de la provenance[22]:

"Les "Inventaires Juifs Alsaciens" ont été acquis par la Bibliothèque de l'Hebrew Union College en 1958 de Monsieur S. Frydman (Zosa Szajkowski) de New York."

Œuvres de Szajkowski[modifier | modifier le code]

La liste des publications de Szajkowski[23],[24],[25],[26],[27],[28], chronologiquement, est la suivante (certaines sont épuisees):

  • 1942:
    • (en) How the mass migration to America began
  • 1944:
    • (en) The decline and fall of Provencal Jewry
  • 1946:
  • 1947:
    • (en) Internal conflicts in French Jewry at the time of the revolution of 1848
    • (en) The organisation of the "UGIF" in Nazi-occupied France
  • 1948:
    • (Yiddish) Dos loshn fun di Yidn in di arba' kehiles fun Komta-Venessen
    • (en) The language of the Jews in the four communities of Comtat Venaissin
    • (en) Socialists and radicals in the development of antisemitism in Algeria (1884-1900)
    • (Yiddish) Antisemitizm in der Frantseyzisher arbeter-bavegung
  • 1951:
    • (en) Jewish emigration policy of the Rumanian "exodus", 1899-1903
  • 1952:
  • 1953:
    • (en) Agricultural credit and Napoleon's anti-Jewish decrees
  • 1954:
  • 1955:
    • (en) The Comtadin Jews and the annexation of the Papal province by France, 1789-1791
    • (en) Relations among Sephardim, Ashkenazim and Avignonese Jews in France: From the 16th to the 20th centuries
  • 1956:
    • (en) The European aspect of the American-Russian passport question
    • (Hébreu) ha-Komunah ha-Parsa'it veha-Yehudim
    • (en) Jewish emigration from Bordeaux during the eighteenth and nineteenth centuries
    • (en) Protestants and Jews of France in fight for emancipation, 1789-1791
  • 1957:
    • (en) French Jews in the Armed Forces during the revolution of 1789
  • 1958:
    • (en)Glimpses on the history of Jews in occupied France
    • (en) The reform of the état civil of the French Jews during the Revolution of 1789
  • 1959:
    • (en) Autonomy and communal Jewish debts during the French Revolution of 1789
    • (en) The emancipation of Jews during the French Revolution: A bibliography of books, pamphlets and printed documents, 1789-1800
    • (en) Notes on the demography of the Sephardim in France
  • 1960:
  • 1962:
    • (en) Catalogue of the exhibition, Morris Rosenfeld (1862-1923) and his time
    • (en) Franco-Judaica: An analytical Bibliography of Books, Pamphlets, Decrees, Briefs
    • (en) Mazarinades of Jewish interest
  • 1966:
    • (en) Analytical Franco-Jewish gazetteer, 1939-1945, with an introd. to some problems in writing the history of the Jews in France during World War 2
  • 1970:
    • (en) One hundred years of the yiddish press in America, 1870-1970: Catalogue of the exhibition
  • 1971 ou 1972:
    • (en) Index of articles relative to Jewish history and literature published in periodicals from 1665 to 1900[29]
  • 1972:
    • (en) The attitude of American Jews to World War I, The Russian Revolution of 1917, and Communism (1914-1945)
  • 1974:
  • 1975:
    • (en) Jews and the French Legion
  • 1976:
    • (en) An Illustrated Sourcebook on the Holocaust
  • 1977:
    • (en) Kolchak, Jews, and the American intervention in Northern Russia and Siberia, 1918-1920
    • (en) The mirage of American Jewish aid in Soviet Russia, 1917-1939
  • 1980:
    • (en) An illustrated sourcebook of Russian antisemitism, 1881-1978
  • 1982:
    • (en) Behaviour of recent silty clays of Nile origin off Israel under cyclic loading (Faculty publication)
  • 1984:
    • (en) Suggested international procedure for test of one dimensional consolidation, swelling and collapse properties of soil (Faculty publication)

Archives de Zosa Szajkowski[modifier | modifier le code]

Les archives personnelles de Zosa Szajkowski se trouvent à la bibliothèque de l'Université Columbia, dans la collection des livres rares et manuscrits[30] et la "Collection Zosa Szajkowski" au Center For Jewish History[31],[32]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Lisa Moses Leff. The Archive Thief: The Man Who Salvaged French Jewish History in the Wake of the Holocaust. Oxford University Press, 2015. (ISBN 978-0-19-938095-4)[33]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Voir, * In Memory of Zosa Shaykovski (Szajkowski) (ne Shayke Fridman (Frydman)) (1910-1978).
  2. Sur Yehoshua Frydman, voir, Profiles in Combat. October 11, 2007. The Sun (NY).
  3. a, b et c Voir, La reconstruction de la bibliothèque de l'Alliance israélite universelle, 1945-1955. Jean-Claude Kuperminc. Les belles lettres, Archives juives, 2001, no34, pp. 98-113. [PDF]
  4. Voir, Zosa Szajkowski (1911-1978)
  5. Voir, Profiles in Combat. October 11, 2007. The Sun (NY).
  6. Notons que Szajkowski a écrit sur le théâtre juif. Voir, All About Jewish Theatre. The World of Yiddish Theater in France.
  7. Il est blessé en 1940 et évacué sur Bordeaux, puis sur Carpentras, selon La langue des Juifs du Pape.
  8. Voir, Brandeis University Faculty Guide. Jonathan Sarna
  9. Voir, Sarna, Jonathan. "Recalling Arthur Hertzberg: Public Intellectual." Jewish Week, April 21, 1906. Cet article est cité par Stephen J. Dubner. "The Life and Death of Arthur Hertzberg". Freakonomics Blog. NYTimes.com, April 22, 2006.
  10. Voir,(en) Eve M. Kahn. The Man Who Stole Nazi-Era History From the Streets. The New York Times, en ligne, en date du 11 juin 2015. La version imprimée date du vendredi 12 juin 2015, p. C23.
  11. Voir, (en) Lisa Leff. The Book Thief: How Stolen Nazi Documents Made Their Way to American Jewish Archives. tabletmag.com April 17, 2013.
  12. Le Taft Hotel, situé au coin de la 51ème rue et de la 7ème Avenue, a été renommé le Michelangelo.
  13. Voir, (en) Eve M. Kahn, The New York Times, Friday, June 12, 2015, p. C23.
  14. Voir, (en)Lisa Moses Leff. Rescue or Theft? Zosa Szajkowski and the Salvagery of French History after World War II? Jewish Social Studies. Vol. 18. No.2 (Winter 2012), pp. 1-39.
  15. En note 24, Kuperminc donne la référence d'un article publié par un historien et archiviste israélien: Yoram Mayorek, "Zosa Szajkowski and the Transfer of French-Jewish Archives to the US", Arkhiyyon 10-11 (1999)>
  16. Voir aussi, Judaica France
  17. Voir, La Synagogue de Fontainebleau. Voir, le détournement de documents des Archives Nationales.
  18. Voir, Being Jewish in France
  19. Sur Lisa Moses Leff, qui enseigne au département d'histoire de l'American University de Washington, D.C, et qui se spécialise sur Zosa Szajkowski et ses transferts de documents, voir, Lisa Moses Leff
  20. Voir, (en) An Inventory to the Consistorial Collection circa 1809-1939. Yeshiva University.
  21. Voir, An Inventory To The Sephardic Jews of France Collection.
  22. Voir, An Inventory To The Alsatian Jewish Inventories (1738-1805).
  23. Voir, Zosa Szajkowski
  24. Voir, Zosa Szajkowski. Books by.
  25. Voir, All books by Zosa Szajkowski.
  26. Voir, Zosa Szajkowski.
  27. Pour une liste des ouvrages de Szajkowski par matières, voir, Bibliography of Szajkowski, by subject.
  28. Szajkowski est appelé "un des plus prolifiques bien que le moins discipliné des érudits". Voir, The Study of International Jewish Activity.
  29. Indexes and Guides to Western European Periodicals: Comprehensive Resources
  30. Voir, Columbia University. Zosa Szajkowski Collection.
  31. Situé au 15 West 16th Street, New York, NY 10011, qui regroupe les archives de * American Jewish Historical Society, * American Sephardi Federation, * Leo Baeck Institute, * Yeshiva University Museum, * YIVO Institute For Jewish Research.
  32. Voir, Zosa Szajkowski Collection. Center For Jewish History.
  33. Voir, (en)The Archive Thief: Hardbook: Lisa Moses Leff. Oxford University Press.