Mazarinade

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Une mazarinade est une pièce de vers satiriques ou burlesques, un pamphlet ou un libelle en prose, publié du temps de la Fronde, au sujet du cardinal Mazarin. Bien que la plupart des mazarinades aient été dirigées contre ce ministre, le même nom a aussi été donné aux écrits composés pour le défendre et répondre aux attaques des frondeurs. Hubert Carrier qui les a étudiées en dénombre 5 000[1].

Histoire[modifier | modifier le code]

Jules Mazarin, cible des mazarinades.

Celle qui est peut-être la première des mazarinades, intitulée la Requête des trois états du Gouvernement de l’Île de France au parlement de Paris, contre Mazarin, parut vers la fin de 1648. Depuis lors et jusqu’en 1653, parurent plus de quatre mille écrits plus ou moins satiriques dirigés, en grande partie, contre le cardinal.

Depuis les railleries contre son accent italien, ses habitudes efféminées jusqu’aux attaques les plus grossières sur ses amours présumées[2] avec la reine et sur la conduite de ses nièces, toutes les sortes d’injures sont réunies dans les mazarinades contre le cardinal, qui, suivant tous les témoignages historiques, paraissait insensible à ces avanies.

Par comparaison avec les pamphlets du temps de la Ligue où, sous l’ardeur des passions en jeu, la violence unie à la verve donne un caractère sérieux au tout, les mazarinades de la Fronde où les vanités et les rancunes mesquines ont remplacé les passions, la légèreté railleuse qui perce à travers les violences apparentes laisse, en définitive, la gaieté l’emporter.

Paris fut alors pris d’une folie héroï-comique. Les Parisiens ne s’abordaient que par des couplets :

Êtes-vous du parti,
Mon ami,
De Condé, Longueville et Conti ?

Chaque matin s’envolaient des galeries du Palais et du Pont Neuf, « comme des essaims de mouches et de frelons qu’auraient engendrés les grandes chaleurs[3] », les mazarinades, dont la plus grande partie était fort médiocre : « On a fait courir ici quantité de papiers volants contre le Mazarin, mais il n’y a encore rien qui vaille[4]. » Le cardinal de Retz écrit plus tard : « II y a plus de soixante volumes de pièces composées dans le cours de la guerre civile, et je crois pouvoir dire avec vérité qu’il n’y a pas cent feuillets qui méritent qu’on les lise. »

Paul Scarron, auteur de plusieurs mazarinades.

Parmi les pièces les plus fameuses, celle datée du , intitulée la Mazarinade, donna son titre à toutes les autres. Elle a été, peut-être faussement, attribuée à Scarron :

À la malheure, Mazarin,
Du pays d’où vient Tabarin,
Es-tu venu troubler le nostre ! […]
Trousse bagage et vistement. […]
Va-t’en dans Rome estaller
Les biens qu’on t’a laissé voler.

D’autres chansons, qui eurent aussi beaucoup de retentissement et qui, par le talent poétique, méritent mieux une place dans l’histoire littéraire, sont les chansons de Blot et celles de Marigny, quoique l’un et l’autre y apportassent peu de conviction. Le spirituel Blot riait et rimait pour satisfaire son envie de rire et de rimer, tandis que Marigny chansonnait le duc d’Elbeuf sur un signe du cardinal de Retz, et le cardinal sur un signe du prince de Condé. On doit à Marigny le libelle intitulé Tarif du prix dont on est convenu dans une assemblée de notables, pour récompenser ceux qui délivreront la France du Mazarin qui, nonobstant son titre assassin, est plus plaisant que sérieux.

Cyrano de Bergerac, d’abord hostile, puis favorable à Mazarin.

Parmi les autres mazarinades, une des plus originales et qui reflète le mieux l’esprit du temps, est le Catéchisme des courtisans de la cour de Mazarin qui contient les demandes et les réponses suivantes : « — Qu’est-ce que Paris ? Le paradis des femmes, le purgatoire des hommes et l’enfer des chevaux. — Qu’est-ce que le mariage ? Le martyrologe des vivants. — Qu’est-ce qu’un procureur ? Un homme qui, avec sa langue, sait vider la bourse de sa partie sans y toucher. — Qu’est-ce qu’un prince ? Un criminel que l’on n’ose punir. — Qu’est ce qu’un jésuite ? Un sage politique qui se sert adroitement de la religion, etc. »

On cite encore, au nombre des principaux écrits contre Mazarin : Histoire des barricades, Lettre au cardinal burlesque, le Custode de la Reine, Virelay sur les vertus de sa Faquinance, Lettre de Polichinelle à Jules Mazarini, l’Envoi de Mazarin au mont Gibet, le Ministre flambé, le Milliard ou Éloge burlesque de Mazarin, Avis, Remontrance et requête par huit paysans de huit provinces sur les misères et affaires du temps présent, Dialogue de Jodelet et de Lorviatan sur les affaires de ce temps, etc.

Des écrits en faveur de Mazarin, le plus célèbre est celui de Gabriel Naudé, intitulé Jugement de tout ce qui a esté imprimé contre le cardinal Mazarin, depuis le sixième janvier jusques à la déclaration du 1er avril 1649. Plus connu sous le nom de Mascurat, ce volume est une apologie du cardinal en forme de dialogue entre Saint-Ange (Naudé) et Mascurat (l’éditeur Camusat).

Les auteurs les plus connus des mazarinades sont, outre Scarron et les auteurs nommés ci-dessus, le cardinal de Retz, Saint-Amant, Loret, Sarrasin, Guy Patin, Laffemas, Patru, etc. Cyrano de Bergerac aurait écrit, selon certains historiens, sept mazarinades contre Mazarin, dont le Ministre d'Estat flambé, avant de prendre son parti dans sa Lettre contre Les Frondeurs de 1654.

La relative absence de poursuites exercées à l’encontre des pamphlétaires permit d’en faire de volumineux recueils presque toujours au petit format in-4°. Beaucoup de pièces portent la rubrique d’Anvers ou de Bruxelles, la plupart sont très incorrectes au point de vue typographique, quelques-unes sont ornées de gravures. La Bibliothèque nationale, les bibliothèques de l’Arsenal et Sainte-Geneviève, en possèdent de fort considérables : la collection de cette dernière atteint le nombre de 4 272. La bibliothèque Mazarine possède la plus grande collection au monde, avec plus de 12 000 pièces, dont un grand nombre de doubles. Il manque actuellement à cette collection les mazarinades publiées en province, et notamment à Bordeaux. La bibliothèque de Saint-Pétersbourg possède 137 gros volumes de mazarinades contenant environ 6 000 pièces. La British Library à Londres comprend aussi une importante collections de mazarinades[5] (entre 4000 et 7000 pièces[6]).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Jean-Marie Constant, C'était La Fronde, Flammarion 2016 p. 226
  2. Les historiens modernes sont partagés sur la nature des relations entre Mazarin et Anne d'Autriche
  3. Gabriel Naudé, Ivgement de tovt ce qvi a esté imprimé contre le cardinal Mazarin, depuis le sixiéme ianuier, iusques à la declaration du premier auril mil six cens quarante-neuf, (1650)
  4. Guy Patin, 1649.
  5. (en) Valentine Fernande Goldsmith, A short title catalogue of French books, 1601-1700, in the library of the British Museum, Folkestone & London, Dawsons of Pall Mall,
  6. Des McTernan; Adrian Edwards, « French Printed Collections, 1501-1850 », sur www.bl.uk (consulté le 9 novembre 2016)

Source[modifier | modifier le code]

  • Gustave Vapereau, Dictionnaire universel des littératures, Paris, Hachette, 1876, p. 1363-4.

Annexes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Hubert Carrier, Les Mazarinades. 1, La Conquête de l’opinion, Genève, Droz, 1989.
  • Hubert Carrier, Les Mazarinades. 2, Les Hommes du livre, Genève, Droz, 1991.
  • Christian Jouhaud, Mazarinades : la Fronde des mots, Paris, Aubier, 1985.
  • Célestin Moreau, Bibliographie des mazarinades, 3 vol., Paris, J. Renouard et cie., 1850-1851 ; New York, Johnson Reprint Corp., 1965
  • Célestin Moreau, Supplément à la Bibliographie des mazarinades, Paris, H. Menu, 1886
  • Ernest Labadie, Nouveau supplément à la bibliographie des mazarinades, Paris, Librairie Henri Leclerc, (lire en ligne)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]