Rodney King

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Rodney King
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Rodney King en avril 2012.

Nom de naissance Rodney Glen King
Naissance
Sacramento (Californie)
Décès (à 47 ans)
Rialto (Californie)
Nationalité Drapeau : États-Unis Américaine

Rodney King, né le à Sacramento et mort le à Rialto (Californie), est un citoyen noir américain, connu pour avoir été passé à tabac le par des policiers de Los Angeles au terme d'une course poursuite. Filmées par un vidéaste amateur, les images de son arrestation firent le tour du monde. Un an plus tard, l'acquittement des quatre policiers impliqués déclencha des émeutes sans précédent à Los Angeles.

Cette affaire entraina d'importantes réformes au sein des forces de police, à Los Angeles et ailleurs aux États-Unis. Rodney King devint du jour au lendemain un symbole de la lutte contre les violences policières et contre la discrimination. Sa personnalité fragile, ses problèmes d'alcool et de drogue, l'empêchèrent toutefois de s'acquitter activement de cette charge.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Rodney King, un afro-américain, nait à Sacramento de Ronald et Odessa King. Il est élevé à Altadena dans l'État de Californie, avec ses trois frères et une sœur[1]. Son père Ronald, alcoolique et violent, meurt en 1984 à l'âge de 42 ans[2],[1]. Le jeune Rodney King commence à boire alors qu'il est encore collégien, et s'enfonce dans la petite délinquance[3].

En novembre 1989, à l'âge de 24 ans, Rodney King braque un magasin à Monterey Park, Californie. Il menace le propriétaire avec une barre de fer, puis le frappe avec un bâton et vole 200 dollars. Il est capturé dix jours plus tard et condamné à deux ans d'emprisonnement, dont il purge la moitié avant d'obtenir une libération conditionnelle[1].

L'affaire Rodney King[modifier | modifier le code]

Le , à Los Angeles, Rodney King est poursuivi par des policiers du Los Angeles Police Department (LAPD) suite à un excès de vitesse, il a deux passagers à bord et refuse de s'arrêter. Il a passé la soirée à boire avec ses amis, en regardant un match de basket-ball. Au terme de la poursuite, qui se fait à des vitesses allant d'après la police jusqu'à 190 km/h (117 mph) et sur environ 13 kilomètres[4], il stoppe son véhicule. En quelques secondes, trois voitures de police et un hélicoptère sont sur les lieux. Bryant « Pooh » Allen et Freddie Helms, les deux passagers, obtempèrent aux ordres des policiers et sortent du véhicule, ils sont emmenés à l'écart sans incident, mais King refuse de sortir. Un officier de police, Melanie Singer, pointe son arme sur lui et lui ordonne de sortir et de se mettre à plat-ventre, ce qu'il fait finalement. Quatre policiers tentent alors de le maîtriser mais King, un grand gaillard « musclé » d'1,91 m[5], est ivre et se débat au point qu'ils sont obligés de battre en retraite.

Le comportement anormal du suspect et son regard « vide » font penser aux officiers (à tort, comme l'indiquera l'enquête) qu'il est sous l'emprise de PCP, une drogue qui occulte la douleur et donne à celui qui est sous son influence l'impression d'avoir une force surhumaine[4].

Le sergent Stacey Koon utilise alors un Taser, il tire une première fois sur King qui tombe à genoux avant de se relever. Koon tire alors une deuxième fois, ce qui jette Rodney King au sol. King se relève néanmoins et devant sa résistance, deux policiers (les officiers Laurence Powell et Timothy Wind) le rouent de coups, à l'aide de leurs bâtons. Le passage à tabac, d'une grande violence, dure environ une minute vingt et est filmé de son balcon par George Holliday[6], un habitant du quartier, réveillé par le bruit et la lumière. King est frappé une cinquantaine de fois, dont une fois à la tête, alors qu'il essaie toujours de se relever. Une vingtaine d'autres policiers présents sur la scène n'interviennent pas.

Après 56 coups de bâton et six coups de pieds, cinq ou six officiers maîtrisent King, le menottent et entravent ses bras et ses jambes à l'aide de cordes. Il est ensuite traîné à plat-ventre vers le côté de la route dans l'attente d'une ambulance[7]. Les deux passagers sont relâchés et laissés libres.

À l'hôpital, Rodney King reçoit vingt points de suture dont cinq à l'intérieur de la bouche, l'examen médical montre qu'il a la mâchoire fracturée et la cheville droite cassée[7]. Il est gardé sous les verrous pendant quatre jours, puis est relâché, un procureur ayant estimé qu'aucune charge ne peut être retenue contre lui[7].

La vidéo de George Holliday dure au total neuf minutes et vingt secondes ; elle commence avec des images montrant King se jetant sur l'officier Powell, puis l'intégralité du tabassage, le menottage, et la fin de l'arrestation[6]. Des extraits montrant la brutalité des policiers et leur acharnement sont repris par les chaînes de télévision du monde entier, provoquant indignation et colère.

Premier procès des policiers[modifier | modifier le code]

En mars 1992, commence à Simi Valley le procès de quatre des policiers impliqués devant une cour de l'État de Californie : le sergent Koon (qui commandait), les officiers Powell et Wind (auteurs de coups de bâton), et l'officier Briseno (auteur d'un violent coup de pied). Ils sont accusés d'« usage d'une force excessive » (« use of excessive force »). La défense ayant récusé les afro-américains, le jury est composé de dix blancs, un asiatique et un latino. La vidéo de George Holliday est versée au dossier et est examinée image par image par des experts[4].

Le 29 avril, après sept jours de délibérations du jury, les quatre accusés sont acquittés.

Émeutes[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Émeutes de 1992 à Los Angeles.

Le à Los Angeles, moins de deux heures après que le jury a acquitté les quatre officiers de police poursuivis, des émeutes débutent à Los Angeles. Elles durent six jours, bien que les évènements les plus importants ont lieu entre le soir du verdict et le troisième jour. Finalement, on dénombre entre 50 et 60 morts[8] et des dommages matériels s'élevant entre 800 millions et un milliard de dollars. On recense aussi plus de 3 600 départs de feu, détruisant 1 100 bâtiments. Après un déploiement important de la police et de la garde nationale, 4 000 personnes sont arrêtées, dont 36 % d'Afro-américains, 52 % d'Hispaniques (Américains originaires d'Amérique latine) et 10 % d'Américains d'origine européenne non-hispanique[9].

Au troisième jour des émeutes, Rodney King lance un appel maladroit au calme. Face aux caméras de télévision, il semble terriblement mal à l'aise et cherche ses mots :

« Est-ce qu'on ne peut pas tous s'entendre ? Est-ce que ... est-ce que ... est-ce qu'on ne peut pas s'entendre ? [...] Je veux dire, il y a déjà assez de smog à Los Angeles, ce n'est pas la peine d'en rajouter en allumant des incendies et des choses comme ça. C'est mal. C'est mal. Ça ne sert à rien du tout. »

Ses propos, dérisoires face au déchainement de violence, seront longtemps moqués pour leur naïveté. Ils seront aussi loués pour leur sagesse, à un moment où il lui aurait été facile de verser de l'huile sur le feu[3].

Des violences ont aussi lieu à Seattle, Oakland, San Francisco, Las Vegas et San Diego pour la côte ouest, New York, Philadelphie et Atlanta pour la côte est, sans toutefois atteindre la gravité des émeutes de Los Angeles.

Le chef de la police de Los Angeles Daryl Gates (en) est contraint à la démission. D'importantes réformes sont menées dans les années suivantes au sein des forces de police, à Los Angeles et ailleurs aux États-Unis[3].

Procès fédéral des policiers[modifier | modifier le code]

En 1993, les policiers sont rejugés par un tribunal fédéral, avec un jury comprenant deux Noirs. Le procès commence le 25 février. Le 9 mars, King est appelé à témoigner et déclare qu'il « essayait seulement de rester en vie »[10]. Le 11 avril, le jury déclare le sergent Stacey Koon et l'officier Laurence Powell coupables. Ils sont condamnés en août à 30 mois de prison[4]. Timothy Wind et Theodore Briseno sont quant à eux acquittés[4].

Koon et Powell commencent à purger leur peine en octobre 1993 et sont remis en liberté en décembre 1995[4].

La vidéo du tabassage est un exemple de « sousveillance » concernant les pratiques policières. Plusieurs organisations de « copwatch » (littéralement « surveillance de flics ») ont été mises en place aux États-Unis à la suite de l'affaire King.

Vie après l'affaire[modifier | modifier le code]

Rodney King et sa fiancée Cinthia Kelley en avril 2012.

Au terme d'un procès civil, la ville de Los Angeles est condamnée à verser à Rodney King 3,8 millions de dollars[5]. Avec cet argent, il s'achète une maison, offre une maison à sa mère, et fonde un label de musique rap, Alta-Pazz Recording Company, sans grand succès[11].

En raison de sa notoriété, il lui est difficile de trouver un travail[3]. Il est arrêté plusieurs fois pour des délits liés à la consommation de drogues et d'alcool, pour violences, et pour délits routiers[5]. En 2008, il participe à l'émission de télé-réalité Celebrity Rehab[3]. Le 3 mars 2011, soit vingt ans jour pour jour après les événements qui l'ont fait connaître, il est contrôlé au volant de sa voiture pour infraction routière[12],[13].

Quelques mois avant sa mort, il réapparait sur le devant de la scène avec la sortie d'une autobiographie, The Riot Within[3].

Décès[modifier | modifier le code]

Le , Rodney King est retrouvé « inconscient » au fond de sa piscine, à Rialto, près de Los Angeles. Il est déclaré mort à h 11 le même jour[14]. L'autopsie conclut à une noyade accidentelle, alors qu'il était sous l'influence de la drogue et de l'alcool[15].

Le chef de la police de Los Angeles Charlie Beck (en) lui rend hommage en ces termes[3] :

« Il faut se souvenir de [Rodney King] non pas pour les épreuves et les démons de sa vie personnelle, mais pour les changements immensément positifs que son existence a apporté à cette ville et à ses forces de police. »

Références à l'affaire Rodney King dans la culture populaire[modifier | modifier le code]

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En musique[modifier | modifier le code]

  • La chanson Shock to the System de Billy Idol (de l'album Cyberpunk, 1993) fait référence aux émeutes ayant suivi le passage à tabac de Rodney King.
  • La chanson L.A.P.D. de The Offspring (de l'album Ignition, 1992) fait également référence aux émeutes : «  Take it to a jury but they don't give a damn / Because the one who tells the truth is always the policeman »
  • La chanson Like a king de Ben Harper (de l'album Welcome to the Cruel World, 1993) lui rend hommage et associe son nom à celui de Martin Luther King dans le premier couplet : « Well Martin's dream has become Rodney's worst nightmare », et le refrain.
  • Le groupe Boo Radley a intitulé une de ses chansons Rodney King sur l'album Giant Steps (1993).
  • La chanson Ploum Ploum Tralala des Amis d'ta Femme fait allusion à Rodney King.
  • La chanson Pour une poignée de dollars de Ideal J fait allusion Rodney King.
  • La chanson L'État assassine (1995) du groupe Assassin, traitant des bavures policières, mentionne Rodney King dans son refrain en tant qu'exemple de ces débordements.
  • La chanson Who's The King? du groupe Dog Eat Dog, évoque Rodney King dans ses paroles.
  • La chanson Objection Overruled (1993) du groupe de heavy metal Accept fait également référence à l'affaire Rodney King. La chanson critique la décision de justice qui a relaxé les policiers et mené aux émeutes de Los Angeles[16].
  • La chanson 56 in 81 du groupe Eleven Shadows, avec en fond un extrait de la plaidoirie de l'avocat de Rodney King, 56 In 81 (Ich Schleich Umher Betrubt) de la compilation Floribundus (Dr Death's Volume 6)
  • Dans la chanson Justicier du groupe de rap français Psy 4 De La Rime, le rappeur Soprano évoque Rodney King : « Ma liberté a les bleus de Rodney King ».
  • Le groupe américain Sublime a intitulé une de ses chansons April 29, 1992 (Miami) sur son album Sublime de 1996, en référence à la date de l'acquittement des policiers qui marqua le début des émeutes dans tout le pays.
  • La chanson Mrs. Officer de Lil' Wayne évoque Rodney King[17].
  • La chanson Vietnow de Rage Against the Machine présente erronément Stacey Koon comme l'un des auteurs du passage à tabac : « The transmissions wippin' our backs / Yeah, comin' down like bats from Stacy Koon ».
  • La chanson Si J'étais du rappeur français Pit Baccardi, évoque Rodney King dans son introduction : « Si j'étais flic et toi Rodney King, la matraque en main toi au sol sur ce parking ».
  • La chanson Cop Killer de Body Count évoque également Rodney King
  • La chanson Souljah's Revenge de Tupac Shakur se réfère aussi à Rodney King : « They finally pulled me over and I laughed - Remember Rodney King and I blast on his punk ass ».
  • La chanson "domo23 " de Tyler, The Creator « Just like Rodney King swimming lessons »

Au cinéma et à la télévision[modifier | modifier le code]

  • Dans le film Dark Blue, le procès des policiers est en arrière fond de l'intrigue du film qui se conclut sur les émeutes de LA suite à l’acquittement des policiers ;
  • Le film américain American History X le mentionne lors de la discussion de famille autour du repas ;
  • Dans le film Malcolm X, durant le discours de Malcolm X au début du film on peut voir des images de Rodney King se faisant passer à tabac ;
  • Dans le film Airheads, Chaz fait scander à la foule le nom de Rodney King ;
  • Dans le film Training Day, le jeune policier parle de l'« ancienne école de la police », du temps de Rodney King ;
  • Dans le film Une journée en enfer, Zeus mentionne Rodney King en s'adressant à John McClane ;
  • Dans le film comique Spoof Movie, des policiers jouent sur un jeu d'arcade mettant en scène le tabassage de Rodney King par des policiers ;
  • Dans la version française du film Volcano, un des personnages de couleur dit : « Ca y est il va nous refaire le tabassage de Rodney King version volcanique » ;
  • Dans la série The Shield, le capitaine Aceveda mentionne l'affaire Rodney King durant un entretien avec son supérieur hiérarchique Gil Roy (saison 1, épisode 2) ;
  • Dans la série Beverly Hills 90210 (saison 2, épisode 9), le nom de Rodney King est mentionné pour dénoncer le racisme de la police à Los Angeles ;
  • Dans le film Les Rois du désert, on peut voir le capitaine Saïd (Saïd Taghmaoui) regarder les images de l'arrestation de Rodney King à la télévision, dans la scène où les trois soldats entrent dans la pièce secrète où est entreposé du matériel volé.
  • Dans le film Écrire pour exister, le contexte narratif se situe après les émeutes de Los Angeles en 1992, il est fait mention de Rodney King lors d'une conversation qui le compare à Anne Frank ;
  • L'intrigue du film Strange days de Kathryn Bigelow fait ouvertement référence à l'affaire Rodney King et aux émeutes qui suivirent[18].

Dans les jeux vidéo[modifier | modifier le code]

  • Dans le jeu Grand Theft Auto San Andreas, le procès du sergent de police corrompu Frank Tenpenny et l'acquittement de ce dernier mènent aux émeutes de Los Santos (référence aux émeutes de Los Angeles).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c (en) Profile: An icon, anxious and shy: Rodney King - As he awaits a new trial of the police who beat him, Rodney King has become a hero, a demon, and a gold mine. Phil Reeves reports - The Independent, 21 février 1993
  2. (en) Obituaries: Rodney King - The Telegraph, 17 juin 2012
  3. a, b, c, d, e, f et g (en) Joe Mozingo et Phil Willon, « Rodney King dies at 47; victim of brutal beating became reluctant symbol of race relations », Los Angeles Times,‎ (lire en ligne)
  4. a, b, c, d, e et f (en) An Account of the Los Angeles Police Officers' Trials (The Rodney King Beating Case) - Doug Linder, University of Missouri-Kansas City (UMKC) School of Law, 2001
  5. a, b et c (en) Biography for Rodney King - IMDb
  6. a et b (en) The Holliday Videotape - University of Missouri-Kansas City (UMKC) School of Law
  7. a, b et c (en) Report of the Independent Commission on the Los Angeles Police Department - Chapitre 1, The Rodney King Beating, p. 7, 1991 [PDF]
  8. Frédéric Martel, De la culture en Amérique, Paris, Gallimard, 2006 (ISBN 2-0707-7931-9), p. 455
  9. Mike Davis (1998), Beyond Blade Runner qui constitue le chapitre 7 du livre Ecology of Fear, Metropolitan Books, Henry Holt, New York. Publié en français sous le titre Au-delà de Blade Runner: Los Angeles et l'imagination du désastre, éditions Allia, Paris, (2006), p. 40
  10. (en) Rodney King Testifies on Beating: 'I Was Just Trying to Stay Alive' - The New York Times, 10 mars 2003
  11. (en) Flashback: Rodney King and the L.A riots - BBC News, 10 juillet 2002
  12. (en) Rodney King stopped after traffic violation, police say - Los Angeles Times, 4 mars 2011
  13. (en) Rodney King pulled over by police almost 20 years to the day since his arrest and savage beating sparked riots in LA - Daily Mail, 4 mars 2011
  14. Rodney King, au centre d'émeutes raciales à LA en 1992, est mort - Libération/AFP, 17 juin 2012
  15. (en) Phil Willon, « Rodney King 'incapacitated' by drugs, alcohol before drowning », Los Angeles Times,‎ (lire en ligne)
  16. Headbangers Ball : On tour in Germany, MTV, décembre 1992, reportage consacré à Accept à l'occasion de la soirée au Hard Rock Café de Berlin en 1992, célébrant en avant-première la sortie de l'album Objection Overruled. L'émission est présentée par Vanessa Warwick (diffusée en janvier 1993)
  17. Fiche traduction Lil Wayne : Mrs Officer
  18. Trip sans risque : Kathryn Bigelow - Les Inrocks, 7 février 1996

Annexes[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]