Pontiques

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Pontiques
Description de cette image, également commentée ci-après

Drapeau pontique avec l'aigle de Sinope[1]

Populations significatives par région
Population totale 3 000 000
Autres
Ethnies liées Grecs

Les Grecs pontiques, ou Pontiques, sont les descendants des populations hellénophones (grecques ou hellénisées) du pourtour de la mer Noire, le Pont-Euxin de l'Antiquité.

Les Pontiques anatoliens dans l'Empire ottoman[modifier | modifier le code]

Principales colonies grecques de la mer Noire : les Pontiques y voient leurs origines.
Un Pontique de Trébizonde en habits traditionnels
Ruines de la forteresse de Doros, capitale de la principauté de Théodoros en Crimée
L'église des pontiques de Tomis (Constanza en Roumanie)
Maison de la famille pontique des Stavridis à Callatis, en ruines en 1967 après leur départ vers la Grèce

L'ensemble des « Grecs » d'Anatolie est qualifié en Grèce de Micrasiates. Ce nom vient de Μικρά Ασία, Asie mineure. Cette catégorie inclut d'ailleurs aussi des chrétiens orthodoxes non-hellénophones, membres du « milliyet de "roum" » ou "rum" (anciens sujets de l'Empire byzantin, relevant du Patriarcat de Constantinople dans l'Empire ottoman). Ces orthodoxes pouvaient parler le cappadocien, le laze ou d'autres langues anatoliennes. Lorsque la Turquie, dirigée par Mustafa Kemal, expulse ces populations, elle joue sur la confusion entre « nation grecque » et le « milliyet de "rum" », ce dernier n'étant en fait qu'une catégorie religieuse (chrétienne orthodoxe) et non nationale.

Les Pontiques sont les riverains de la mer Noire, Micrasiates ou non. Parmi les Grecs, les Pontiques sont identifiables d'une part par leur dialecte pontique, d'autre part par la terminaison en ίδη, rendue en français par idi ou idès, très fréquente dans leurs patronymes. Leur costume traditionnel, encore revêtu lors des commémorations ou festivals culturels, est assez différent de celui des autres Grecs et se rapproche de ceux des peuples du Caucase, en tissu souvent noir ou indigo bardé de cartouchières. Une partie des pontiques descend des Ioniens (fondateurs de la plupart des colonies grecques de la mer Noire) tandis que d'autres sont issus de populations autochtones hellénisées depuis l'Antiquité ou christianisées sous l'Empire romain d'orient. Historiquement, la majorité des Pontiques ont vécu au sein du Royaume du Pont (qui tire son nom du Pont-Euxin : Pontos Euxinos c'est-à-dire "mer accueillante" en grec, ancien nom de la Mer Noire) puis au sein de l'Empire romano-byzantin et enfin entre 1204 et 1461, au sein de l'empire grec de Trébizonde. Le cœur du Royaume du Pont et de l'Empire de Trébizonde se situait dans la région du Pont adossée aux Alpes pontiques, mais leurs territoires, variant au gré des évènements historiques, ont parfois été bien plus vastes, s'étendant notamment aux cités grecques du pourtour de la mer Noire.

À partir du XVe siècle, les Ottomans commencent à conquérir les territoires peuplés de Pontiques autour de la mer Noire : la côte occidentale tombe entre 1394 (côte thrace) et 1422 (Dobrogée), l'empire de Trébizonde en 1461, la Crimée grecque en 1475, et au XVIe siècle la mer Noire devient un lac turc. Sur les côtes pourtant, la population reste majoritairement pontique, comme en témoigne le vocabulaire maritime et halieutique du turc, du russe, de l'ukrainien, de l'abkhaze, du géorgien, du roumain et du bulgare, truffé de termes d'origine grecque pontique. À partir de la fin du XVIIIe siècle, les Ottomans perdent du terrain face aux Russes et aux autres états chrétiens (Roumanie, Bulgarie), de sorte que les Pontiques du nord, de l'est et de l'ouest de la mer Noire se retrouvent sujets de ces états. Il faut ajouter à ceux-là les dizaines de milliers de Pontiques qui choisissent d'émigrer vers ces états orthodoxes au cours du XIXe siècle (notamment vers Varna, Constanza, Odessa, Kherson, Eupatoria, Sébastopol, Théodosie, la région de Stavropol, l'Abkhazie et Batoumi en Géorgie). Beaucoup s'y intègrent et on reconnaît parfois des patronymes comme Χρισομένίδης/Chrisoménidès dans Kharizomenev (russifié) ou Ψαράδης/Psaradès dans Pescaru (roumanisé). Les Pontiques du sud de la mer Noire, eux, restent Ottomans et en 1919 ils étaient 600 000 dans les provinces ottomanes riveraines de la mer Noire[2].

Les Pontiques anatoliens en Turquie[modifier | modifier le code]

En 1924, 400 000 Pontiques ont été expulsés vers la Grèce en application du traité de Lausanne de 1923, mais seuls 260 000 y sont arrivés[3], et l'on parle aussi en Grèce de « génocide pontique » à l'instar du génocide arménien, car 350 000 personnes ont été soit massacrées entre 1919 et 1923 pendant et à l'issue de la Première Guerre mondiale, soit ont succombé au cours de leur déportation[4]. Environ 65 000 Pontiques réfugiés en Russie se retrouvèrent par la suite citoyens soviétiques[5]. Les quelque 50 000 survivants restés sur place se sont, pour ne pas être expropriés et expulsés à leur tour, convertis à l'islam et sont passés à la langue turque (du moins en public) : on estime leurs descendants actuels à plus de 200 000 personnes, mais ce sujet est relativement tabou aussi bien en Grèce (où l'Église les considère comme des apostats, et les nationalistes comme des « traîtres ») qu'en Turquie (où les nationalistes n'admettent pas qu'un « bon » ou « vrai » Turc puisse avoir des ancêtres grecs et chrétiens, incitant ceux dont c'est le cas à cacher leurs origines)[6].

Ainsi, l'élément grec et arménien a totalement disparu de la Turquie pontique, au profit des seuls Turcs (qui sont en partie des Pontiques islamisés) et d'une minorité de Lazes musulmans des montagnes de l'arrière-pays, que la politique kémaliste d'assimilation des minorités allait, comme le peuple kurde plus au sud, s'efforcer de turciser avec plus ou moins de succès.

Les Pontiques de Russie et d'ex-Union soviétique[modifier | modifier le code]

Répartition des grecs pontiques.

La présence des Pontiques en Crimée est très ancienne et remonte, sinon à l'Antiquité (Royaume du Bosphore), au moins au Moyen Âge (Thème de Cherson et Principauté de Théodoros). Quelle que soit l'ancienneté de leur implantation, les Pontiques sont très présents au XIXe siècle sur les côtes russes de la mer Noire. Trop « cosmopolites » aux yeux de Staline, 36 000 ou 37 000 d'entre eux furent déportés en 1949 vers l'Ouzbékistan et le Kazakhstan. En novembre 1955, Khrouchtchev supprima les mesures discriminatoires de l'ère stalinienne pour 5 000 Grecs pontiques de Géorgie, mais les autres (ou du moins ceux d'entre eux qui avaient survécu et ne s'étaient pas russifiés) ne purent quitter l'Asie centrale qu'avec la perestroïka, à partir de 1986. Les Pontiques représentaient encore 3 % de la population de l'Abkhazie en 1989, mais la guerre de 1992-93 sonna le glas de cette population. Les Pontiques tatarophones de Crimée et les Pontiques turcophones de la Géorgie sont connus sous le nom d’urums qui vient du turc rum.

La loi grecque prévoit des facilités pour le "retour" des Grecs de la diaspora vers la "mère-patrie" sur le modèle des "lois du retour" israélienne et allemande. Entre 1986 et 1994, environ 60 000 Pontiques de l'ex-Union soviétique (du Kazakhstan, par exemple), dont des couples mixtes souvent qualifiés de "Russo-Pontiques" (Ρωσσοπόντιοι en grec), ont ainsi atterri dans les banlieues déshéritées d'Athènes et dans le Nord de la Grèce, où beaucoup les considèrent en réalité plus comme des immigrés russes que comme des "compatriotes" grecs, d'autant que beaucoup ne parlaient plus que le russe.

Les Pontiques de Roumanie et Bulgarie[modifier | modifier le code]

Les Pontiques de Dobrogée (Dobrogea en roumain, Dobroudja en bulgare) et de la Thrace bulgare, au nombre de 120 000 en 1938 selon les recensements roumain et bulgare de l'époque, étaient pour partie autochtones (issus de colons ioniens et de thraces hellénisés) et pour partie venus de Constantinople, Sinope et Trébizonde lors du développement économique du XIXe siècle, avec la construction des voies ferrées Roussé-Varna et Axiopolis (Cernavodă)-Tomis (Constanța) pour écouler les grains des principautés danubiennes. Ils parlaient un dialecte grec local mêlé de roumain, de bulgare et de turc, évoqué par Panaït Istrati. Ils ne furent pas inquiétés jusqu'en 1945, mais par la suite, lorsque leurs commerces furent nationalisés, beaucoup d'entre eux quittèrent ces pays, profitant de la "Loi du retour" grecque. La Roumanie ne compte plus aujourd'hui que 6 513 Grecs sur son territoire, et tous ne sont pas des Pontiques, car il y a aussi des personnes d'origine "Phanariote" et des "Koukoués" (communistes réfugiés dans les pays du pacte de Varsovie à l'issue de la guerre civile grecque). En 2002, seuls 450 Grecs de la mer Noire (Constanza et Mangalia) ont déclaré le pontique comme langue maternelle[7]. En Bulgarie, ils seraient encore 350 (sur 1 520 Grecs)[8] mais des villes grecques entières telles que Messémbrie, Anchialos, Agathoupolis ou Vassiliko ont été presque entièrement abandonnées et repeuplées de Bulgares.

Les Pontiques en Grèce[modifier | modifier le code]

D'une manière générale, les Micrasiates, dont les Pontiques, ont été utilisés par l'État grec pour peupler les régions vidées de leurs populations slavo-macédoniennes, aroumaines, albanaises, turques ou grecques islamisées (« Turcs hellénophones ») par l'échange obligatoire de populations institué par le Traité de Lausanne : 400 000 personnes ont dû quitter la Grèce, tandis que 1 500 000 Micrasiates (et aussi Grecs de Thrace, de Bulgarie et d'URSS dans les années suivantes) ont été contraints de quitter leurs foyers pour venir en Grèce.

Depuis 1923, la plupart des Pontiques anatoliens vivent donc en Grèce, où beaucoup ont maintenu leur langue : le pontique (un dialecte du grec dit "roum" ou "rum" en turc, dans les registres de population de l'État turc). Le pontique a évolué vers une langue distincte, peu compréhensible par les locuteurs du grec moderne, tout comme le cappadocien récemment redécouvert en Chalcidique (juin 2005). Les principales communautés pontiques se trouvent à Alexandroupolis, Athènes, Dráma, Kilkís, Ptolémaïs et surtout Thessalonique. Les Pontiques font souvent l'objet, de la part des autres Grecs, de plaisanteries à caractère sinon raciste, du moins condescendant : le personnage du Pontique dans les blagues grecques, comme celui du Valaque (Aroumain), est toujours un peu ridicule, pas dégourdi.

Les Pontiques dans la diaspora[modifier | modifier le code]

Plus nombreux que les Turcs quittant la Grèce, de nombreux Micrasiates, dont des Pontiques, n'ont pas trouvé de terroir d'accueil dans le cadre des échanges de populations (comme l'évoque le roman: Le Christ recrucifié de Níkos Kazantzákis), et ont émigré vers l'Occident, l'Afrique ou l'Australie (le phénomène avait commencé avant le génocide, comme le raconte le film : America, America d'Elia Kazan). C'est aussi le cas des couples mixtes gréco-turcs ou gréco-arméniens, mal acceptés dans leurs communautés d'origine. Au milieu du XXe siècle, dans les communautés helléniques des États-Unis et d'Australie, mais aussi à Marseille ou Lyon en France, les Micrasiates et les Pontiques étaient proportionnellement plus nombreux qu'en Grèce. La plupart ont été assimilés dans leurs pays d'accueil. On estime leur nombre initial à plus d'un demi-million, et leur descendance dans la diaspora de l'an 2000 à plus de deux millions[9]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. L'aigle de Sinope a un dessin très particulier et se distingue de l'aigle byzantin : il était vraisemblablement l'emblème des Comnène à l'époque de l'Empire de Trébizonde
  2. Michel Bruneau (dir.), Les Grecs pontiques, diaspora, identité, territoires, éd. du CNRS 1998.
  3. Pery Lafazani et Myron Myridis, « L’installation des Grecs du Pont en Macédoine, le cas du département de Kilkis », Les Grecs pontiques, diaspora, identité, territoires (sous la direction de Michel Bruneau), Paris, C.N.R.S. Éditions, 1998, p. 189.
  4. Michel Bruneau, Les Grecs pontiques, diaspora, identité, territoires, Paris, C.N.R.S. Éditions, 1998, p. 31.
  5. Kostas Fotiadis, Grecs de l'ex-U.R.S.S., genèse d'une diaspora et Les Grecs pontiques, diaspora, identité, territoires (sous la direction de Michel Bruneau), Paris, C.N.R.S. Éditions, 1998, p. 65.
  6. Le film de Yeşim Ustaoğlu : En attendant les nuages (2005), tourné près de Trabzon, évoque ce sujet « tabou ».
  7. D'après le recensement roumain de 2002 pour les départements de Constanţa et Tulcea, dans « Structura Etno-demografică a României », Centrul de Resurse pentru Diversitate Etnoculturală (consulté le 2 mai 2007)
  8. Source : recensement de 2010 Население по местоживеене пол и етническа група (Population par lieu de résidence, sexe et groupe ethnique) éd.: NSI, sur [1]
  9. * L'église orthodoxe de Grèce par Sophie Stavrou, Maître de conférences de grec à l'Institut de théologie orthodoxe Saint-Serge (Paris).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • « Asie centrale et Sibérie territoires de la déportation » de Agtsidis V..
  • « Diaspora grecque pontique et Grecs de l'ex-URSS »
  • « Les monastères pontiques en Macédoine, marqueurs territoriaux de la diaspora » de Bruneau M.
  • « Conclusion, entre Europe et Asie » de Bruneau M.
  • « Les Grecs d'Arménie et de Kars aux XIXe et XXe siècles » de Charatsidis E.
  • « Les Grecs du Pont dans le royaume de Mithridate » de Counillon P.
  • « La langue pontique comme objet identitaire: questions de représentations » de Drettas G.
  • « Les Grecs turcophones de Géorgie. Territoires et tradition orale à Tsalka et Tetriskaro » de Eloeva F.
  • « Les Grecs de l'ex-URSS, genèse d'une diaspora » de Fotiadis K.
  • « Les Grecs de la province de Stavropol. Origine historique et processus actuels de peuplement » de Galkina T.
  • « Les Grecs du sud de la Russie et du Caucase. Peuplement, répartition territorialité » de Kolossov V, Galkina T. et Krindatch A.
  • « L'installation des Grecs du Pont en Macédoine. Le cas du département de Kilkis » de Lafazani P., Myridis M.
  • « État et société hellénique face au problème pontique » de Notaras G..
  • « Pourquoi les Grecs pontiques » de Prévélakis G..
  • « Les communautés grecques et leurs territoires en Géorgie (XIXe et XXe siècles) » de Tsatsanidis P.
  • « L'identité pontique en Grèce. Le lien des générations avec leur territoire de référence » de Vergeti M.
  • « Émigration d'émigrants. Du Caucase russe à la Macédoine » de Xanthopoulou-Kyriakou A..

Filmographie[modifier | modifier le code]

  • Le film de Yeşim Ustaoğlu: En attendant les nuages (2005) avec Ismail Baysan, Ruşan Kaliskur, Ridvan Yağçi, raconte comment, dans les années 1970, une Pontique rescapée, restée sur place après avoir été adoptée enfant par une famille turque, retrouve ses racines à la suite de la rencontre fortuite d'un Pontique émigré en visite, désireux de revoir sa terre natale. Elle découvre qu'elle a un frère émigré à Salonique et court l'y retrouver, alors qu'elle a quasiment oublié le grec. Tout en nuances, le film dépasse les clichés manichéens et lève un coin de voile sur un passé aussi complexe que tragique, instrumentalisé par le nationalisme grec et nié violemment par le nationalisme turc (le film n'a pas été distribué dans les cinémas turcs et les médias se sont déchaînés contre l'auteur, accusé de trahison comme avant lui Ömer Asan qui avait soulevé le même "lièvre").
  • La situation des Pontiques en Grèce est notamment décrite dans le film Garçons d'Athènes (titre anglais From the edge of the city, dialogues en grec et en russe) du réalisateur Constantínos Giánnaris, sorti en 1998 et comparé par certains critiques au film américain My Own Private Idaho.

Liens externes[modifier | modifier le code]