Dialectes du grec moderne

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Les dialectes du grec moderne sont les parlers grecs qui se sont développés à partir de la koinè (langue commune), gardant jusqu’à aujourd’hui un haut degré d’intercompréhension.

Grec démotique[modifier | modifier le code]

Le grec démotique ou dhimotikí (Δημοτική) fait référence à toutes les variétés « populaires » du grec moderne qui, comme le montrent les poèmes ptochoprodromiques[1] et le poème de Digénis Akritas, étaient déjà parlées avant le XIe siècle dans l’Empire byzantin, où le démotique était l’équivalent du roman pour l’Occident médiéval et du roman oriental pour le bassin du bas-Danube. Le démotique était notamment usité en Grèce péninsulaire, sur les îles grecques, sur les côtes de l’Asie Mineure, à Constantinople et à Chypre. Aujourd’hui, une forme standardisée du grec démotique est la langue officielle de la République hellénique (Grèce) et de Chypre, référencée comme le « grec moderne standard » ou plus simplement « grec moderne » ou encore démotique.

Le grec démotique comprend de nombreuses variantes régionales aux différences linguistiques mineures (surtout d’ordre phonologique et de vocabulaire). À cause de leur haut degré d’intercompréhension, les linguistes grecs appellent ces variétés des « idiomes » d’un « dialecte démotique » plus général, connu sous le nom de « grec moderne commun » (Koiní Neoellinikí - « néo-hellénique commun »). La plupart des linguistes anglophones parlent quant à eux de « dialectes » en ne soulignant les variations que lorsque c’est nécessaire. Les variétés du grec démotique sont divisées en deux groupes principaux, le groupe nord et le groupe sud :

Parmi les dialectes du nord, on trouve le roumélien, l’épirote, le thessalien, le macédonien et le thrace.

Le groupe du sud est divisé en plusieurs sous-groupes qui comportent les variétés de :

Le grec démotique est officiellement enseigné depuis 1982 dans le système monotonique. Le système polytonique reste cependant populaire dans les cercles intellectuels.

Katharévousa[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Katharévousa.

La katharévousa (Καθαρεύουσα), langue puriste, n’est pas un sociolecte (parler spontané abstand) mais une langue semi-artificielle (langue savante ausbau) promue au XIXe siècle à la fondation du nouvel État grec, comme un compromis entre le grec classique et le démotique moderne. Cette langue savante fut enseignée dans les écoles grecques pendant de longues décennies. C’était la langue officielle de la Grèce moderne jusqu’en 1976.

La katharévousa est écrite dans le système polytonique et, tandis que le grec démotique a emprunté des mots au turc, à l’italien, au latin, au français et à d’autres langues, ces derniers ont été bannis de la katharévousa, qui utilise à leur place des mots issus du lexique classique et remis en usage, dans une démarche identitaire parallèle à l’abandon du yévanique, du yiddish, du judéo-espagnol ou du judéo-arabe au profit de l’hébreu.

Tsakonien[modifier | modifier le code]

Le tsakonien (Τσακώνικα) est encore parlé par quelques villages de Tsakonie dans le sud du Péloponnèse.

Le tsakonien descend du laconien (ancien spartiate) et appartient donc à la branche dorienne de la langue grecque. L’influence de la koinè hellénistique y est limitée et ce dialecte est significativement différent des dialectes issus de la koinè (comme le grec démotique ou le pontique).

Pontique[modifier | modifier le code]

Le pontique (Ποντιακά) était à l’origine parlé sur les rives de la mer Noire et surtout dans la région du Pont en Asie Mineure jusqu’à ce que la plupart de ses locuteurs soient déplacés en Grèce continentale lors des échanges de population entre la Grèce et la Turquie, obligatoires selon le traité de Lausanne qui suivit la guerre gréco-turque.

Le pontique provient de la koinè hellénistique et médiévale mais garde des caractéristiques de l’ionien depuis les colonisations antiques. Le pontique a évolué séparément du grec démotique à cause de l’isolement des Grecs la mer Noire par rapport à la Grèce après la Bataille de Manzikert et la chute de Constantinople.

Cappadocien[modifier | modifier le code]

Le cappadocien (Καππαδοκικά) est un dialecte proche du pontique et qui a connu le même destin. Il provient directement du parler hellénistique d’Anatolie et ses locuteurs se sont installés en Grèce continentale à cause des échanges de population du traité de Lausanne.

Kato-italiote[modifier | modifier le code]

Le kato-italiote ou katoitaliótika (Κατωιταλιώτικα, « italien du sud ») regroupe en réalité deux variantes : le dialecte gréco-calabrais et le griko. Il est encore parlé dans environ 15 villages dans les régions de Calabre et d’Apulie. Le dialecte kato-italiote est la dernière trace vivante de l’ancienne présence grecque dans le sud de l’Italie, qui formaient jadis la Grande-Grèce.

On peut expliquer ses origines par la colonisation dorienne qui partit essentiellement de Sparte et Corinthe en -700. Toutefois, le kato-italiote subit l’influence de la koinè à cause du grec médiéval de l’Empire byzantin qui, de la conquête de l’Italie par Justinien à la fin de l’Antiquité jusqu’au Moyen Âge, maintint l’hellénisme dans la région. Le griko et le démotique sont intercompréhensibles, mais ce dernier partage davantage de caractéristiques avec le tsakonien.

Yévanique[modifier | modifier le code]

Le yévanique est la langue des Juifs helléniques qui s’est éteinte à la fin du XXe siècle. Après avoir été l’une des langues les plus parlées par les Juifs, depuis la période hellénistique jusqu’à celle des croisades, le yévanique a progressivement décliné à mesure qu’en Occident et en Europe centrale se développait le judaïsme de langue yiddish, tandis qu’en Orient s’imposait le judéo-espagnol des séfarades. Le yévanique n’était plus guère parlé qu’en Grèce et à Chypre lorsque survînt l’holocauste qui extermina plus de 80 % de ses locuteurs. Dans la seconde moitié du XXe siècle il resta en usage chez les juifs grecs installés en Israël, où il laissa place à l’hébreu moderne.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Dirk Christiaan Hesseling, Hubert Octave Pernot (éds.), Poèmes prodromiques en langue vulgaire, ed. J. Müller, Amsterdam 1910, et ed. M. Sändig, Wiesbaden 1968

Voir aussi[modifier | modifier le code]