Panaït Istrati

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Panaït Istrati
Description de l'image Panait Istrati 2.jpg.
Alias
Gorki des Balkans
Naissance
Brăila (Roumanie)
Décès (à 50 ans)
Bucarest (Roumanie)
Auteur
Langue d’écriture Français

Œuvres principales

Panaït Istrati (en roumain Panait Istrati), né à Brăila le et mort à Bucarest le , est un écrivain roumain de langue française, surnommé le « Gorki des Balkans ».

Biographie[modifier | modifier le code]

Enfance et jeunesse[modifier | modifier le code]

Panaït Istrati naît à Brăila, un port roumain sur le Danube, fils de la blanchisseuse Joița Istrate et d'un contrebandier grec. Son père est tué par les garde-côtes alors que Panaït est encore bébé.

Élevé à Baldovinești, village proche de Brăila, il étudie à l'école primaire durant six ans, en redoublant la première année. Il gagne ensuite sa vie comme apprenti chez un cabaretier, où il apprend le grec, puis chez un pâtissier albanais. Il devient ensuite marchand ambulant, manœuvre, soutier à bord des paquebots du Service maritime roumain. Pendant cette période, il est un lecteur compulsif, et ses voyages le mènent à Bucarest, à Constantinople, au Caire, à Naples, à Paris et en Suisse. Il parle roumain, turc et grec avant tout contact avec le français[1].

En 1916, Istrati contracte la phtisie. Il séjourne dans un sanatorium suisse à Leysin et fait la connaissance de Josué Jéhouda, qui lui apprend le français et lui fait découvrir les romans de Romain Rolland. Istrati en est plus qu'impressionné et fait du romancier son maître à penser. Une fois rétabli, il poursuit ses errances autour de la Méditerranée et commence à écrire en français. Il envoie son manuscrit à Romain Rolland qui, ayant déménagé, ne le reçoit pas. Istrati erre alors dans l'Europe à feu et à sang de la Première Guerre mondiale.

L'écrivain autodidacte[modifier | modifier le code]

Rattrapé par la misère, malade et seul, il tente de se suicider à Nice en janvier 1921. Il est sauvé et on trouve sur lui une lettre non envoyée qu'il avait écrite à Romain Rolland. Celui-ci en est averti et lui répond promptement en l'encourageant dans sa démarche d'écrivain : « J’attends l’œuvre ! Réalisez l’œuvre, plus essentielle que vous, plus durable que vous, dont vous êtes la gousse ». Il l'aide à publier ses romans, Kyra Kyralina en 1923, Oncle Anghel en 1924, Présentation des haïdoucs en 1925 et Domnitza de Snagov en 1926, qui constituent le cycle des Récits d'Adrien Zograffi.

Romain Rolland conclut sa préface à Kyra Kyralina en ces termes : « On voudra bien se souvenir que l'homme qui a écrit ces pages si alertes a appris seul le français, il y a sept ans, en lisant nos classiques[2]. »

Positions idéologiques et postérité[modifier | modifier le code]

En octobre 1927, compagnon de route du Parti communiste (il avait depuis longtemps une vive estime pour son compatriote révolutionnaire, Christian Rakovski), il se rend à Moscou et à Kiev avec l’écrivain grec Níkos Kazantzákis, puis voyage à nouveau en Union soviétique d' avril 1928 jusqu'en avril 1929[3]. Durant ces séjours, il devine, derrière l’accueil réservé aux hôtes étrangers, la réalité de la dictature stalinienne, qui lui inspire l’écriture de Vers l’autre flamme, confession pour vaincus, ouvrage écrit avec Boris Souvarine et Victor Serge dans lequel, sept ans avant le Retour d’URSS d’André Gide, il dénonce sans concession l’arbitraire du régime soviétique. Selon Louis Janover, « Istrati décrit l’exploitation impitoyable des travailleurs par une bureaucratie prête à tout pour défendre ses privilèges[4] ». L’ouvrage, en trois volumes, contient la fameuse réplique d’Istrati à l’un des leitmotivs de l’argumentaire communiste (« on ne fait pas d’omelette sans casser des œufs »), à savoir : « Je vois bien les œufs cassés, mais où donc est l’omelette ? »[5].

Plaque commémorative au no 24 de la rue du Colisée à Paris où Panaït Istrati rédigea une grande partie de son œuvre.

S’ensuit une classique et violente campagne de calomnies menée à son encontre par les intellectuels du PCF, au premier rang desquels Henri Barbusse. Malade et moralement affaibli, Istrati revient en Roumanie, mais retourne à Nice afin d’y soigner une tuberculose, puis repart pour Bucarest. Dans les dernières années de sa vie, il publie, dans la revue La Croisade roumaniste, des articles dénonçant les injustices sociales de son temps. Il meurt de la tuberculose dans un sanatorium de Bucarest en 1935, vilipendé tant par les communistes, qui le traitent de « fasciste, » que par les fascistes qui le traitent de « cosmopolite ».

Figure assez connue de la littérature de l’entre-deux-guerres, Panait Istrati tombe dans un oubli quasi complet pendant plusieurs décennies ; son œuvre est interdite en France durant la guerre et en Roumanie durant le régime communiste. Elle est peu à peu rééditée en France à partir des années 1960, à l’initiative de l'Association des amis de Panaït Istrati, située à Valence, dans la Drôme, puis en Roumanie à partir de 1990.

Œuvre littéraire[modifier | modifier le code]

Romans[modifier | modifier le code]

  • Le Refrain de la fosse. Nerrantsoula, Éditions de France, 1927
  • Les Chardons du Baragan, Éd. Le Livre moderne illustré no 81 / Grasset, 1928 ; réédition, Grasset, coll. « Les Cahiers Rouges », 1984
  • Mes Départs, Éditions Hâtier Poche, 2005 ; Gallimard, « Folio », no 4195, 2005

Recueils de nouvelles en collections de poche[modifier | modifier le code]

  • La Jeunesse d'Adrien Zograffi : Codine - Mikhaïl - Mes départs - Le Pêcheur d'éponges, Gallimard, « Folio » no 1592, 1984 (ISBN 2-07-037592-7)
  • Les Récits d'Adrien Zograffi : Présentation des haïdoucs (Ed. Rieder, 1925, 1930; Ed. J. Ferenczi, 1933; Ed. Le Livre moderne illustré n° 195, 1934 ; Gallimard, « Folio » no 1447, 1983
  • Les Récits d'Adrien Zograffi : Domnitza de Snagov, Gallimard, « Folio » no 1494, 1983 (ISBN 2-07-037494-7)
  • Les Récits d'Adrien Zograffi : Kyra Kyralina, Gallimard, « Folio » no 1253, 1980 (ISBN 2-07-037253-7)
  • Les Récits d'Adrien Zograffi : Oncle Anghel, Gallimard, « Folio » no 1266, 1981
  • Vie d'Adrien Zograffi : La maison Thüringer - Le bureau de placement - Méditerranée (Lever de soleil) - Méditerranée (Coucher de soleil), Gallimard, « Folio » no 1593, 1984 (ISBN 2-07-037593-5)
  • Nerrantsoula. Tsatsa Minka. La famille Perlmutter. (en collaboration avec Josué Jéhouda) Pour avoir aimé la terre, Gallimard, « Folio » no 1594, 1984 ; réédition, Gallimard, « L'Imaginaire » no 579, 2009

Témoignage[modifier | modifier le code]

  • Vers l'autre flamme après seize mois dans l'U.R.S.S., 1929 ; 10/18 nr 1360, 1980 ; Gallimard, 1987

Éditions des œuvres[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Panaït Istrati, une vie de rage et de vagabondage, Alice d'Andigné, in L’Atelier du roman N° 64, Flammarion, 2010, p. 67
  2. Panaït Istrati, Œuvres: I, Phébus, , p. 46
  3. « He met Russian Authors and Intellectuals, and set out a long railway journey together with Istrati, Bilili Baud-Bovy and Eleni Samios. » Catalogue de l'exposition Nikos Kazantzakis. Travelling by Light & Darkness, Society of Cretan Historical Studies, Heraclion, 2007, p. 57. Bilili Baud-Bovy, avec laquelle Istrati eut une liaison de plusieurs années, était la sœur de Samuel Baud-Bovy. Voir le récit de ces voyages fait par Eleni Samios-Kazantzaki, La véritable tragédie de Panaït Istrati, Paris, Éditions Lignes, 2013.
  4. Louis Janover, « Actualité de Panaït Istrati », Le Monde diplomatique,‎ (lire en ligne)
  5. Cette unique phrase : « Je vois bien les œufs cassés, mais où donc est l’omelette ? », extraite de l'article de Janover citant Istrati ne suffit pas à constituer un « plagiat » d'autant qu'elle ne fait que reprendre un dicton populaire d'URSS passé dans les pays de l'ancien bloc de l'Est.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Monique Jutrin-Klener, Panaït Istrati, un chardon déraciné, Maspero, 1970
  • Alexandru Oprea, Panaït Istrati, un chevalier errant moderne, Panaït Istrati, un chevalier errant moderne , Bucarest, 1973
  • Boris Souvarine, Souvenirs sur Isaac Babel, Panaït Istrati, Pierre Pascal ; suivi de, Lettre à Alexandre Soljénitsyne, Paris, G. Lebovici Champ libre, (ISBN 2851841556 et 978-2-8518-4155-1)
  • Jean-François Bacot, Panaït Istrati ou la conscience écorchée d'un vaincu in Moebius : Écritures / Littérature, No 35, hiver 1988, p. 95-114, éditions Triptyque (Montréal) (Lire en ligne)
  • Jeanne-Marie Santraud, Monique Justrin-Klener, Elisabeth Geblesco, Hélène Lenz, Catherine Rossi, Martha Popovici et Daniel Lérault, Les haïdoucs dans l'œuvre de Panaït Istrati : l'insoumission des vaincus, Paris, Harmattan, (ISBN 978-2-7475-3199-3)
  • Mircea Iorgulescu, Panaït Istrati, Paris, Oxus, coll. « Les Roumains de Paris », (ISBN 2848980370 et 978-2-8489-8037-9)
  • Jean-Pierre Brèthes, D'un auteur l'autre, L'Harmattan, 2009, L'amitié vagabonde, pp. 63-74.
  • Eleni Samios-Kazantzaki, La véritable tragédie de Panaït Istrati, Paris, Éditions Lignes, (ISBN 978-2-3552-6114-5)
  • Jacques Baujard, Panaït Istrati : l’amitié vagabonde, Transboréal, 2015

Liens externes[modifier | modifier le code]