Unigenitus

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Unigenitus
Blason du pape Clément XI
Bulle du pape Clément XI
Date septembre 1713
Sujet Condamnation du jansénisme

La bulle Unigenitus ou Unigenitus Dei Filius[note 1] est la bulle que le pape Clément XI fulmine en septembre 1713 pour dénoncer le jansénisme. Elle vise plus particulièrement l'oratorien Pasquier Quesnel et condamne comme fausses et hérétiques cent une propositions extraites des Réflexions morales, son ouvrage paru en 1692 et qui continue d'asseoir son succès.

Loin de mettre fin aux divisions de l'Église, cette bulle provoque la coalition, voire la fusion de plusieurs oppositions : gallicane, richériste et janséniste. Face au refus du parlement de Paris de l'enregistrer et aux réticences de certains évêques, Louis XIV cherche à l'imposer par la force.

L'opposition à la bulle se réveille lors de la Régence et en appelle à un concile général. Fleury qui arrive au pouvoir la fait devenir loi du royaume par le lit de justice royal du et continue une épuration du clergé, ce qui attise les oppositions (clergé, parlement).

Dès lors, le jansénisme se construit en opposition aux proclamations de la bulle.

Condamnation de Pasquier Quesnel et du jansénisme[modifier | modifier le code]

La Constitution apostolique Unigenitus (nommée ainsi par ses premiers mots en latin Unigenitus Dei filius, c'est-à-dire « le Fils unique engendré par Dieu), est une bulle pontificale célèbre, promulguée par le Pape Clément XI ; elle ouvrit en France la phase finale de la controverse janséniste. 101 propositions de Pasquier Quesnel s'y trouvent condamnées comme « fausses, captieuses, mal sonnantes, injurieuses aux oreilles pieuses, scandaleuses, pernicieuses, téméraires, préjudiciables à l'Église et à ses pratiques, insolentes envers l'Église et l'État, séditieuses, impies, blasphématoires, suspectes d'hérésie et sentant l'hérésie, favorisant les hérétiques, l'hérésie et le schisme, fausses, proche de l'hérésie, souvent condamnée, hérétiques et faisant revivre différentes hérésies, surtout celles que contenaient les fameuses propositions de Jansénius ».

La controverse sur l'acceptation de la bulle Unigenitus en France nous éclaire plus sur la conduite de la diplomatie à la cour de Louis XIV dans sa vieillesse qu'elle ne le fait sur ce qu'est en fait le jansénisme.

En 1671, Pasquier Quesnel avait publié son livre Abrégé de la morale de l'Évangile, qui contenait les quatre Évangiles en français, accompagnés de courtes notes explicatives, afin d'aider à la méditation. L'ouvrage fut approuvé par l'évêque de Châlons. Des éditions augmentées suivirent, comprenant un texte français annoté du Nouveau Testament tout entier, en 1678 et 1693-4. Cette dernière édition fut chaleureusement recommandée par le nouvel évêque de Châlons, Louis Antoine de Noailles. Alors que la première édition du travail ne contenait que quelques traces de jansénisme, la tendance janséniste se manifesta davantage dans la deuxième édition et, sous sa forme complète de 1693, il était « envahi de pratiquement toutes les erreurs du jansénisme », pour parler comme l'Encyclopédie Catholique. Plusieurs évêques en interdirent la lecture et Clément XI le condamna dans un décret, le 13 juillet 1708.

Crise du gallicanisme[modifier | modifier le code]

Article détaillé : gallicanisme.

En l'état, le décret ne fut pas accepté en France, parce que ses termes et la façon dont il avait été publié étaient en opposition avec les prérogatives traditionnelles de l'Église gallicane. Il ne fallait pas s'attendre à ce que Noailles, devenu entre-temps archevêque de Paris et cardinal, qui, en 1702, avait fait disparaître le cordon ombilical de Jésus, une relique longtemps vénérée à Châlons, retirât au livre l'approbation qu'il lui avait donnée et le jansénisme releva encore une fois la tête.

Pour mettre un terme à cette situation, plusieurs évêques, sous l'inspiration de Louis XIV lui-même, demandèrent au pape de publier une bulle pour remplacer celle qu'ils ne pouvaient admettre. Cette bulle devait éviter dans son expression tout ce qui pouvait contrarier les « libertés gallicanes » et être soumise au gouvernement français avant publication. Pour éviter un nouveau scandale, Clément se soumit à ces conditions humiliantes et, en février 1712, nomma une congrégation spéciale de cardinaux et de théologiens pour extraire du travail de Quesnel les propositions qui méritaient d'être censurées par l'Église. Le membre le plus influent de cette congrégation était le cardinal Fabroni.

Nouvelle bulle, nouvelles divisions du clergé[modifier | modifier le code]

Excomunication de trois chanoines de Reims.

Il fallut à la congrégation dix-huit mois pour exécuter sa tâche, et le résultat fut la publication à Rome de la bulle Unigenitus, le 8 septembre 1713. Cette Bulle commence par l'avertissement du Christ contre les faux prophètes, surtout ceux qui « propagent secrètement les doctrines du mal sous couvert de la piété et qui présentent sous un jour de sainteté des sectes qui apportent la ruine » ; vient ensuite la condamnation de 101 propositions prises textuelles dans la dernière édition de l'œuvre de Quesnel comme : quand la grâce travaille, elle est toute-puissante et irrésistible ; sans grâce l'homme ne peut commettre que le péché ; le Christ n'est mort que pour les prédestinés ; tout amour qui n'est pas surnaturel est mauvais ; sans amour surnaturel il ne peut y avoir aucun espoir en Dieu, aucune obéissance à Sa loi, aucune bonne œuvre, aucune prière, aucun mérite, aucune religion ; la prière du pécheur et ses autres bonnes actions exécutées par peur de la punition constituent seulement de nouveaux péchés ; l'Église consiste seulement dans les justes et dans les élus ; la lecture de la Bible est obligatoire pour tous; l'absolution sacramentelle devrait être remise jusqu'à la fin de la pénitence ; les pasteurs suprêmes ne peuvent exercer le pouvoir d'excommunication de l'Église qu'avec le consentement, au moins tacite, du corps entier de l'Église ; l'excommunication injuste n'exclut pas l'excommunié de son union avec l'Église. La Bulle dénonce des erreurs dans beaucoup d'autres affirmations du livre de Quesnel, sans toutefois les spécifier, et, en particulier, dans la traduction du Nouveau Testament, qui, la Bulle l'affirme, a été altérée de façon condamnable (damnabiliter vitiatum) et ressemble beaucoup à une traduction française auparavant condamnée.

Louis XIV reçut la Bulle à Fontainebleau le 24 septembre 1713 et en envoya une copie au Cardinal de Noailles, qui retira son approbation aux Réflexions Morales donné en 1695. Le roi convoqua également le clergé français qui se réunit à Paris 16 octobre 1713 pour accepter la bulle. À la première séance, Noailles nomma un comité présidé par le Cardinal de Rohan, de Strasbourg, pour voir quelle manière serait la plus convenable pour accepter la Bulle. Les tentatives de Noailles pour empêcher une acceptation sans condition furent vaines, et la Bulle fut acceptée et enregistrée le 23 janvier 1714 par 40 évêques tandis que seulement 9 prélats la refusaient. Une instruction pastorale de Noailles interdit à ses prêtres, sous la peine de suspension, d'accepter la Bulle sans son autorisation, mais elle fut condamnée par Rome. Les évêques de France se divisèrent. Le pape, estimant que son autorité était discutée, avait l'intention de convoquer Noailles devant la Curie et, si besoin était, de le décheoir du cardinalat. Mais le roi et ses conseillers, voyant dans cette procédure une intrusion dans les « Libertés Gallicanes », proposèrent de convoquer un "concile" national au lieu de celui qui devrait juger Noailles et sa fraction minoritaire, et prononcer une sentence contre eux.

Le pape n'appréciait pas cette idée de "concile" national, qui pourrait prolonger la dispute sans profit et mettre en cause l'autorité du Saint-Siège. Il signa pourtant deux brefs, le premier demandant à Noailles l'acceptation sans condition de la Bulle dans les quinze jours, sous peine de perdre son chapeau cardinalice et d'encourir les censures canoniques ; l'autre, plus amène, se contentait de montrer la gravité de l'insubordination faite par un cardinal. Les deux brefs furent mis en possession du roi, en lui demandant de donner le moins sévère au cas où il y aurait quelque espoir fondé que le cardinal se soumît rapidement. Mais, tandis que Noailles ne laissait voir aucun espoir de soumission, le plus sévère des deux brefs était rejeté par le roi comme contraire aux « Libertés Gallicanes ». Louis XIV revint alors à l'idée de convoquer un "concile" national, mais il mourut le 1er septembre 1715, avant sa convocation.

La Régence et les appelants[modifier | modifier le code]

Philippe II d'Orléans, maintenant Régent, penchait du côté des adversaires de la Bulle. La Sorbonne se hâta de passer une résolution qui annulait l'enregistrement de la Bulle qu'elle avait fait précédemment et vingt-deux Sorbonistes qui protestaient furent exclus de la faculté. Les Universités de Nantes et de Reims rejetèrent elles aussi la Bulle. En conséquence, Clément XI retira à la Sorbonne tous les privilèges papaux qu'elle possédait et tenta de la priver du droit de conférer des grades. Le 1er mai, il avait envoyé deux brefs en France. Le premier, adressé au régent, lui reprochait sévèrement de favoriser les adversaires de la Bulle; l'autre, adressé à l'opposition, menaçait de priver Noailles de la pourpre et de procéder canoniquement contre tous ceux qui n'accepteraient pas la Bulle dans les deux mois. Ces brefs ne furent pas acceptés par le régent parce que leur texte n'avait pas été soumis auparavant à ses ministres. Mais il envoya à Rome Chevalier, janséniste et vicaire général de Meaux, que le pape refusa cependant d'accueillir, quand il devint clair que son seul but était d'arracher à Clément XI l'aveu que la Bulle était obscure et réclamait une explication. Au cours d'un consistoire tenu le 27 juin 1716, le pape prononça pendant trois heures une allocution passionnée au cours de laquelle il mit au courant les cardinaux de la façon dont la Bulle avait été reçue en France et il fit savoir son intention de dépouiller Noailles du cardinalat. En novembre suivant il envoya en France deux nouveaux brefs, l'un au régent pour lui demander sa coopération pour faire disparaître l'opposition à la Bulle, l'autre aux acceptants, pour les mettre en garde contre les intrigues des récalcitrants et leur demander d'exhorter leurs frères dans l'erreur pour qu'ils renonçassent à leur résistance.

Le 1er mars 1717, quatre évêques (Jean Soanen, évêque de Senez, Charles-Joachim Colbert de Croissy, évêque de Montpellier, Pierre de Langle, évêque de Boulogne, et Pierre de La Broue, évêque de Mirepoix) publièrent un appel contre la Bulle à un concile général, fondant ainsi le parti connu par la suite sous le nom d'« Appelants ». Ils furent rejoints le 5 mars par la Sorbonne, la faculté de théologie de Reims le 8 mars et celle de Nantes le 10 mars ; et aussi par l'évêque de Verdun le 22 mars, celui de Pamiers le 12 avril, ceux de Chalons, de Condom, d'Agen et de Saint-Malo le 21 avril, celui d'Auxerre le 14 mai et plus d'une année plus tard par l'évêque de Laon, et ceux de Bayonne et d'Angoulême. Bien qu'une lettre personnelle du pape, datée du 25 mars, et une lettre collective des cardinaux à Rome eussent pressé Noailles de se soumettre, il n'en rédigea pas moins le 3 avril un appel « du pape manifestement mal informé, et de la Constitution Unigenitus, en vertu des décrets des Conciles de Constance et de Bâle, au pape mieux informé et à un concile général qui devrait se tenir à l'abri de toute contrainte et dans un endroit sûr ». Il s'abstint cependant de publier immédiatement cet appel, mais le déposa aux archives de l'officialité de Paris. Le 6 mai, il écrivit une longue lettre au pape, dans laquelle il s'efforçait de justifier sa position et celle de ses partisans. Quelques mois plus tard, son appel contre la Bulle fut publié. Les appelants furent bientôt rejoints par un grand nombre de prêtres et de religieux, appartenant surtout aux diocèses de Paris et de Reims. Pour gonfler la liste des appelants, les noms de laïcs et même de femmes y avaient été acceptés. Le nombre des appelants aurait atteint entre 1800 et 2000, ce qui est vraiment peu, si nous considérons qu'on avait dépensé environ 1 500 000 livres pour les récompenser.[réf. nécessaire]

La bulle Pastoralis officii : l'excommunication des insoumis[modifier | modifier le code]

Le 8 mars 1718, parut un décret de l'Inquisition, approuvé par Clément XI, qui condamnait l'appel des quatre évêques comme schismatique et hérétique et celui de Noailles comme schismatique et proche de l'hérésie. Comme ils n'avaient pas retiré leur appel dans un délai raisonnable, le pape publia le 28 août 1718 la Bulle « Pastoralis officii », où il excommuniait tous ceux qui refusaient d'accepter la bulle Unigenitus. Mais, là encore, ils firent appel de cette deuxième bulle. Noailles, finalement, fit une soumission équivoque le 13 mars 1720, en signant une explication de la bulle Unigenitus, établie sur l'ordre du secrétaire d'État, l’abbé Dubois, et par la suite approuvée par quatre-vingt-quinze évêques. Après toutes sortes de pressions du roi et des évêques, il publia cette acceptation équivoque de la Bulle dans son instruction pastorale du 18 novembre 1720. Mais cela ne satisfaisait pas Clément XI, qui exigea une acceptation sans condition. Après la mort de Clément XI, le 19 mars 1721, les appelants persistèrent dans leur obstination sous les pontificats d'Innocent XIII (1721-24) et de Benoît XIII (1724-30). Noailles, l'âme de l'opposition, en vint finalement à une soumission sincère et sans condition le 11 octobre 1728 et il mourut peu après (le 2 mai 1729). Le siège apostolique, dans une action concertée avec Vintimille, le nouvel archevêque de Paris, et le gouvernement français, amena les uns après les autres la plupart des appelants à se soumettre.

La controverse janséniste semble s'être éteinte.

L'Affaire des billets de confession[modifier | modifier le code]

En 1746, Christophe de Beaumont, archevêque de Paris, décide que les fidèles doivent pouvoir justifier d'un billet de confession signé d'un prêtre favorable à la bulle Unigenitus pour recevoir la communion ou les derniers sacrements. Cette exigence provoque des désordres. En 1749, une importante manifestation a lieu à l'occasion de l'enterrement d'un principal de collège janséniste qui est mort sans confession. Parmi les quatre mille personnes qui composent le cortège, on trouve de nombreux parlementaires imprégnés des idées du gallicanisme. Le Parlement décide d'interdire aux partisans de la bulle de refuser les sacrements. Le roi Louis XV casse l'arrêt et exile les meneurs. Mais le Parlement refuse d'exercer la justice et les meneurs sont rappelés en septembre 1754.

L'affaire devient politique. Louis XV exile Christophe de Beaumont pour lui éviter d'être poursuivi par le Parlement et impose silence sur la question des billets de confession. L'Assemblée générale du clergé réunie par le roi accède aux désirs de ce dernier en concluant que l'usage de ces billets ne relève pas d'un dogme certain. Mais le Parlement souhaite aller plus loin en décrétant que la bulle elle-même ne peut avoir les effets d'une règle de foi et que les ecclésiastiques qui refusent la communion sont coupable d'abus.

L'Assemblée du clergé est dès lors divisée et en appelle au pape Benoît XIV. Les discussions entre le Saint-Père et la Cour de France durèrent toute l'année 1757 pour trouver une solution pouvant satisfaire les deux partis et calmer les troubles en France. La lettre encyclique du Pape confirme le caractère dogmatique de la bulle, tout en adoucissant les effets. Le Parlement refuse d'enregistrer l'encyclique et il fallut un lit de justice de Louis XV pour le contraindre le 13 novembre 1757. Le roi avait habilement fait précéder l'enregistrement par une déclaration affirmant que la bulle n'avait pas valeur de règle de foi[1].

Notes et références[modifier | modifier le code]

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Note[modifier | modifier le code]

  1. Cette bulle ne doit pas être confondue avec une bulle homonyme Unigenitus Dei Filius du émise par le pape Clément VI.

Référence[modifier | modifier le code]

  1. Guy Chaussinand-Nogaret, Choiseul, Perrin 1998, p. 36-48.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Études[modifier | modifier le code]

  • Dale K. Van Kley, les origines religieuses de la Révolution française, Yale University, 1996, tr. fr. Éditions du Seuil, 2002.
  • Catherine Maire, De la cause de Dieu à la cause de la Nation : le jansénisme au XVIIIe siècle, Paris, Gallimard, 1998, (réed. 2005)

Liens externes[modifier | modifier le code]