Relations entre la France et la Pologne

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Relations entre la France et la Pologne
Drapeau de la France
Drapeau de la Pologne
France et Pologne
     France      Pologne
Ambassades
Ambassade de France en Pologne
  Ambassadeur Pierre Buhler
  Adresse Piękna 1, Varsovie
Ambassade de Pologne en France
  Ambassadeur Andrzej Byrt
  Adresse 1, rue de Talleyrand, Paris 7e
Rencontres sportives
Football Rencontres

Les relations franco-polonaises ont une histoire millénaire. Cette histoire est caractérisée par un mouvement double : d’un coté s’affiche une amitié de longue date faite de liens forts qui vont au-delà de l’éloignement géographique et de l’autre des crispations engendrés par de nombreux malentendus et désaccords entre les deux pays. Faite de rapprochements et de déceptions, l’histoire des relations franco-polonaise n’est donc pas linéaire. En évoquant les relations des deux pays, Bronislaw Geremek, l'ancien ministre des Affaires étrangères polonais parlait d'une "asymétrie des sentiments". Selon lui la Pologne a toujours recherché la reconnaissance, l'amour de la France et a souvent été déçue dans ses attentes. Quant à la France, elle a vibré pour la Pologne avec ferveur à différents moments de l'histoire, mais elle a toujours perçu ce pays comme éloigné, aux confins de l'Europe, à l'Est[1].

La première rencontre a eu lieu en 1154, en Palestine, où des troupes de Henri de Sandomierz vinrent aider Baudouin III de Jérusalem, pendant la première croisade. L'alliance des armées s'avéra symbolique : les deux pays ne se sont jamais affrontés sur un champ de bataille au cours de l'histoire. C'est un fait rarissime parce qu'en effet, seulement l'Irlande et la Pologne n'ont jamais affronté la France militairement en Europe[2].

Les relations devinrent réellement concrètes quelques centaines d'années plus tard : lors de la Révolution française et du règne de Napoléon Ier. Les Polonais furent alliés de ce dernier et le protégèrent lors de sa retraite de la campagne de Russie. Une grande communauté polonaise s'installa en France au XIXe siècle.

Dans l’histoire moderne, les deux pays se sont dans un temps rapproché à la fin de la première guerre mondiale et suite à l’indépendance de la Pologne, puis se sont éloignés dès « l’abandon » de la Pologne par le Royaume Uni et la France face à l’invasion de l’Allemagne Nazie et de l’URSS. Les relations se sont réchauffées à la chute du communisme en Europe de l’Est et l’avènement de Solidarnosc.

Aujourd’hui la Pologne est le premier partenaire en Europe centrale de la France. L’entrée de la Pologne dans l’OTAN en 1999 et son adhésion à l’Union européenne en 2004 ont eu comme conséquence le rapprochement évident des deux pays. Ce rapprochement s’est manifesté notamment par la signature d’un partenariat stratégique bilatéral en 2008 constitué d'un programme de coopération, renouvelé en 2013. Ce programme renforce ainsi les nombreux liens politiques, économiques, sociaux et culturels entre les deux pays[3].

Malgré cette proximité et cette histoire commune, les relations entre les deux pays ont été animées par de nombreuses distanciations et désaccords. Ces malentendus continuent de ponctuer les relations des deux pays, avec des exemples récents comme la position sur la guerre en Iraq, sur la guerre en Syrie, l’affaire des hélicoptères Caracal, l’achat des F16 etc.

Actuellement, la Pologne a le statut d’État observateur au sein l'Organisation internationale de la francophonie.

Histoire des relations[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Histoire de la Pologne et Histoire de France.

Comme le rappelle à juste titre Georges Mond, il est important de préciser de quelles relations parle-t-on lorsque l'on s’affaire à construire une histoire des relations entre deux pays. Il faut distinguer les relations entre les gouvernements, entre les États, entre les sociétés, les populations, où les élites. Cette distinction est particulièrement intéressante lorsqu'on s’intéresse aux relations franco-polonaises : il est observable que les relations des États n'ont pas toujours concordées avec les nombreuses manifestations de proximité entre les populations[4].

S'ajoute une deuxième difficulté lorsqu'on s’intéresse à l'histoire des relations entre ces deux pays. La Pologne n'ayant en effet pas toujours été un État indépendant (en raison des nombreuses invasions dont le pays a été victime), les relations bilatérales ne sont pas toujours évidentes à analyser, d'où l'importance d'y intégrer une dimension culturelle importante[5].

Premiers contacts[modifier | modifier le code]

Illustration de la deuxième croisade, au cours de laquelle Henryk de Sandomierz a vraisemblablement participé

Il semblerait que la première rencontre entre deux personnages publics relatée dans l'histoire des deux pays ait eu lieu en 1154, en Palestine lorsqu'un contingent d'Henryk duc de Sandomierz porta secours aux troupes de Baudouin III fait roi de Jérusalem à l'issue de la première croisade. Henryk était un prince polonais de la dynastie Piast, duc de Sandomierz de 1146 à 1166. Il fut probablement très influencé par sa participation à la deuxième croisade (1147-1149)[6], puisqu'il participa vraisemblablement à une deuxième croisade en terre sainte au cours des années 1153-1154. Accompagné d'autres chevaliers polonais, il partit défendre Jérusalem contre les Sarazins. Sous le commandement de Baudoin III, il passa un an en terre sainte. À son retour en Pologne, il fut vénéré par ses compatriotes pour sa prouesse chevaleresque et sa poursuite de la croisade, et estimé comme un exemple de chevalier chrétien. Son intervention est relatée par un certain nombre d'historiens polonais dont Jan Długosz.

Cent ans plus tard, un autre contingent polonais, levé par un duc de Silésie, vint renforcer les croisés commandés par Saint Louis.

Les dynasties Piast et Capétienne[modifier | modifier le code]

Les fondateurs des deux dynasties régnantes en Pologne et en France accédèrent à peu près simultanément à leurs trônes : Mieszko 1er, le premier Piast vers 960, et Hugues Capet en 987 le premier capétien. Ces dynasties n’entretenaient pas de relations politiques, mais il existait des relations commerciales entre certaines provinces du Nord et de l'Est de la France (Flandre et Champagne) et la Pologne[2].

Abbayé à Jędrzejów, première filiale de Morimond en Pologne.

Mais il est surtout important de noter les liens culturels et religieux et plus particulièrement monastiques qui se multiplièrent entre les deux pays après le début de la christianisation de la Pologne qui débuta sous le règne de Mieszko 1er. Le fils et successeur de celui-ci, Boleslas le Vaillant, pour poursuivre la christianisation du pays, invita les moines bénédictins de Cluny à ouvrir trois monastères en Pologne, dont les écoles firent autorité. Et c’est à un moine originaire de France, Gallus Anonymus, que l’on doit la première histoire de la Pologne, écrite entre 1112 et 1116, qui est surtout une histoire hagiographique des souverains de la dynastie des Piast[2].

Dans l'autre sens, les prélats polonais furent nombreux à venir en France. Au XIe siècle, Stanislas de Szczepanów, qui allait devenir évêque de Cracovie avant d’être canonisé comme saint Stanislas, vint étudier la théologique sept ans à Paris.

Des abbayes cisterciennes furent fondées en Pologne au XIIe siècle (par exemple de Morimond[7]), puis, au siècle suivant, des dominicains fondèrent à leur tour des monastères.

À la fin de la dynsatie Piast (1370), Louis Ier de Hongrie fils de Charles Robert de Hongrie de la Maison d'Anjou et de Élisabeth de Pologne eu une fille Hedwige qui mariée en 1386 à Ladislas II Jagellon régna sur la Pologne. Ils furent à l'origine du règne des Jagellons jusqu'en 1572[2].

Époque de la Renaissance[modifier | modifier le code]

Le XVe siècle est l'apogée du royaume des Jagellons en Pologne. En 1454, les Prussiens se soulèvent, contre l'ordre Teutonique, ce qui entraine à la demande des représentants des principales cités, l'incorporation de la Prusse à la Pologne. Cet acte marque le début de la guerre de Treize Ans entre l'ordre Teutonique et la Pologne; la Pologne en ressort victorieuse. Au Traité de Thorn en 1466, elle reçoit l'est de la Poméranie orientale, Elbląg, Marienbourg et Chełmno. Casimir IV de Pologne réunit ainsi brièvement les couronnes de Bohême (entre 1471 et 1526) et de Hongrie (entre 1490 et 1526) à celle de Pologne. Le pays est désormais maitrise désormais une grande partie de côtes de la mer Baltique notamment avec le port de Gdansk. Face à cette nouvelle puissance, les diplomates français imagine alors un projet d'alliance entre les France et les Jagellons en mariant des princesses françaises avec les rois Jean Albert de Pologne et Ladislas de Hongrie.

Mais les relations franco-polonaises furent limitées jusqu'au XVIIIe siècle, tant à cause de la distance géographique qu'à la faible participation de la République des Deux Nations aux guerres d'Europe de l'Ouest. Une exception notable se produira en 1573, quand Henri de Valois (frère du roi Charles IX) fut élu en 1573 roi de Pologne. Les récits racontent le grand étonnement de la cour à la vue des grandes moustaches et des costumes des ambassadeurs polonais venus chercher leur roi. Le règne d'Henri ne dura pas longtemps puisqu’en mai 1574, il devint roi de France sous le nom d'Henri III et rentra en France. Henri III choisit le nom de Saint-Esprit pour la création de l'Ordre du Saint-Esprit, en référence à sa propre naissance, à son couronnement sur le trône de Pologne et plus tard sur celui de France, les trois événements étant survenus le jour de la Pentecôte. Deux rois de Pologne Ladislas IV Vasa et Jean II Casimir Vasa ont été mariés à la princesse française Louise-Marie de Gonzague. Après son abdication, en 1668, ce dernier vint en France, où il rejoignit les Jésuites et devint abbé de l'Abbaye de Saint-Germain-des-Prés (Paris). Son cœur y était enfoui.

Henri III de Valois roi de Pologne et roi de France.

Plus tard au XVIIe siècle, le roi de Pologne Jean III Sobieski épousa une princesse française, Marie Casimire Louise de La Grange d'Arquien et essaya de forger une alliance franco-polonaise.

Stanislas Leszczynski roi de Pologne et duc de Lorraine et Barrois.

Charles-Paris d'Orléans, François-Louis de Bourbon-Conti, Henri-Jules de Bourbon-Condé, Louis II de Bourbon-Condé ont été candidats au trône électif de Pologne.

XVIIIe siècle[modifier | modifier le code]

Au début de XVIIIe siècle, Stanislas Leszczynski, le roi de Pologne, essaya de continuer les efforts de Sobieski et d'allier la Pologne avec la France. Après une guerre civile en Pologne (la guerre de Succession de Pologne), il se retira en France. En 1725, sa fille, la princesse Marie Leszczynska épousa Louis XV et devint ainsi Reine de France.

Alors, en France, l'objectif du Secret du Roy (sous Louis XV) devint d'influencer les voix et les partis polonais afin d'installer Stanisław Leszczyński puis le prince de Conti sur le trône de Pologne (à l'époque, cette monarchie était élective : le roi étant élu par la noblesse polonaise). Au cours de la Confédération de Bar anti russe les Français appuyèrent les confédérés polonais par l'envoi d'officiers français sous le commandement de Charles-François Dumouriez.

Vers la fin du XVIIIe siècle, la Pologne et la France entrèrent dans une période révolutionnaire, où la Révolution française influença d'une manière importante, les réformes de la Diète de quatre ans en Pologne et la constitution polonaise du 3 mai 1791 en particulier. Cependant, il n'y avait pas d'alliance officielle ; en fait, la France évita délibérément de s'allier avec la Pologne. Les voisins de la Pologne (la Prusse, l'Autriche et la Russie) s'attendant à une telle alliance, et interprétant les réformes polonaises comme des signes de l'influence des Jacobins, se chargèrent des partitions de la Pologne. Ils eurent en conséquence moins de ressources pour s'occuper des événements en France.

Époque napoléonienne et création du Duché de Varsovie[modifier | modifier le code]

Campagne de Pologne[modifier | modifier le code]

À la fin du XVIIIe siècle, la Pologne subit les trois partages qui la font disparaître en 1795 : la Russie contrôle le Grand-duché de Lituanie ; la Prusse la Posnanie et la région de Varsovie ; l'Autriche la Galicie et la région de Cracovie.

L'histoire de la Pologne à cette époque et notamment celle du Duché de Varsovie se trouve donc liée d'une manière inédite avec celle de l'Empire Français de Napoléon Bonaparte et des campagnes napoléoniennes. À cette époque la Quatrième Coalition (1806-1807) fut formée le 1er octobre 1806 contre la France napoléonienne par le Royaume-Uni, la Russie, la Suède et la Prusse, cette dernière refusant la nouvelle organisation de l'Allemagne (Confédération du Rhin), imposée par Napoléon. Cette guerre est marquée par la campagne de Saxe et les victoires françaises d'Iéna et d'Auerstaedt () qui aboutiront à la défaite prussienne et à la campagne de Pologne contre les Russes.

Napoléon signe le 21 novembre 1806, le décret de Berlin et quitte la ville dans dans la nuit du 25 au 26 novembre. Il est à Poznań le 27. En effet, les prussiens vaincus, Napoléon se devait de d'affronter leurs alliés russes. La Grande Armée constituée de 150 000 hommes va devoir affronter 140 000 soldats russes habitués aux conditions climatiques et 20 000 prussiens. L'armée de Napoléon est fatiguée par les conditions météorologiques et l'état des routes boueuses en cette saison. Il donna l’ordre a ses troupes de marcher sur Varsovie occupé par les Russes.

Dix ans après le dernier partage de la Pologne, dans toutes les villes, dans toutes les campagnes, les soldats de Napoléon sont accueillis en libérateurs, d'autant que parmi eux se trouvent les anciens des légions polonaises de l'armée d'Italie de Dombrowski. L'insurrection des provinces polonaises contre l'occupant prussien ou russe fournit à Napoléon 30 000 hommes.

À Varsovie, les Russes redoutant un soulèvement polonais décide de se replier rapidement. Murat fait une entrée triomphale dans la ville revêtu d'une tunique polonaise de velours vert acclamé par la population locale. Devant les difficultés des conditions, Napoléon arrivé a Varsovie le 19 décembre décide de faire hiverner la Grande Armée, il pense pouvoir donner du repos à ces soldats en attendant le printemps. C'est à Varsovie que Napoléon rencontrera sa future maitresse Marie Walewska. Poussé à devenir la maitresse de Napoléon par Poniatowski neveu du dernier roi de Pologne, Maria Walewska tombera amoureux de l'Empereur. Pour la première fois, Napoléon tolérera qu'une femme discute avec lui politique. Elle lui parlera de la Pologne et du désir profond des polonais de retrouver un pays.

Maria Walewska sera la troisième épouse polonaise d'un dirigeant français dans l'histoire. Elle sera en partie responsable de la sensibilisation de Napoléon à la cause polonaise.

Les troupes russes ne laissent pas l'opportunité à Napoléon de redonner des forces à son armée. Les hommes de l'Empereur vont mener une course-poursuite après les hommes du général Benningen au cours du mois de janvier 1807. Cette poursuite aboutie à une victoire française le 8 février à Eylau. Après cette victoire, l'armée française reprend ses quartiers d'hiver. L'empereur passe les mois de mars, avril et mai à Ostróda puis à Finckenstein. Au printemps, les Russes prennent l'initiative avec une offensive devant surprendre les Français et faire lever le siège de Dantzig, mais le 19 mai, la ville se rend après deux mois de siège, au général Lefevbre, qui pour le coup, sera fait duc de Dantzig. L'armée française contre-attaque. Le 10 juin, à la Bataille d'Heilsberg, au prix de lourdes pertes, une charge impressionnante de la cavalerie de Murat contraint l'armée de Bennigsen à se replier. Les Français les poursuivent et le 14 juin, remportent une victoire décisive à la bataille de Friedland.

Le traité de Tilsit[modifier | modifier le code]

Les polonais virent dans la campagne de Pologne de l'Empereur français, une chance inouïe de ressusciter leur nation partagée depuis 1795 entre la Prusse, la Russie et l'Autriche. Napoléon ne demandait pas mieux que de redonner vie à la Pologne. Il s'agit d'un projet qu'il nourrit depuis longtemps. Il impose cependant certaines conditions à une telle réalisation : "Je ne proclamerai l'indépendance de la Pologne que lorsque je reconnaitrai qu'ils la veulent véritablement soutenir, et je verrai qu'ils la veulent quand je verrai 30 à 40 0000 hommes sous les armes, organisés, et la noblesse à cheval prête à payer de sa personne"[8]

Le 19 juin 1807, une demande d'armistice est transmise à l'Empereur qui l'accepte aussitôt. Le traité de paix est signé le 7 juillet. Les parties polonaises de la Prusse constitueront le Grand-Duché de Varsovie. Un nouvel État apparait donc sur la carte de l'Europe. Confié au roi de Saxe, Fréderic-Auguste, le Grand-Duché s’étend sur une superficie de 104 000 km2 de la Warta jusqu'au Niemen. Cependant les polonais sont loin d'être satisfait dans leurs aspirations nationales. En effet, ils espéraient retirer de leur soutien à l'Empereur un rétablissement de la Pologne. Napoléon a ignoré leurs requètes en préférant privilégier la paix avec le Tsar : le mécontentement grandit.

Naissance du Duché de Varsovie[modifier | modifier le code]

En janvier 1807, Napoléon crée une commission gouvernementale formée de 7 personnalités polonaises de la très haute aristocratie libérale, présidée par Stanisław Małachowski ainsi que cinq départements ministériels (Justice, Intérieur, Trésor, Guerre et Police) et instaure la conscription pour former une armée de 39 000 hommes. Ces manœuvres ont pour but principal de ravitailler les troupes françaises en hommes et en vivres dans le combat mené contre les Russes et les Prusses.

Le traité de Tilsit restitue au duché des territoires pris par la Prusse à la Pologne lors des partages de 1793 et 1795 (provinces de Nouvelle-Prusse-Orientale, de Nouvelle-Silésie et de Prusse-Méridionale). Concernant les acquis de 1772, la Prusse conserve la plus grande partie de ses acquis de 1772 sauf les régions de Bydgoszcz, Chełmno et Grudziądz qui reviennent au duché. En revanche, la partie est de la Nouvelle-Prusse-Orientale : Białystok, Bielsk Podlaski et le nord de la Polésie, sont concédés à la Russie. Dans le même temps Dantzig (Gdańsk), redevient une ville libre, théoriquement sous la protection conjointe de la Prusse et de la Saxe, en réalité protectorat français, avec des garnisons française et polonaise.

Le duché de Varsovie sous les commandes du roi de Saxe est un État vassal de l'Empire français, Napoléon y a le titre de « protecteur » et est représenté par un « résident ». Le duché est un État très militarisé et vidé de ses richesses pour soutenir l'effort de guerre français, dont dépend sa survie.

Le 22 juillet, Napoléon proclame officiellement la Constitution du Grand-Duché dotant ainsi l’État des institutions d'inspirations françaises et des acquis issus de la Révolution française. Il y impose le code civil français, abolie le servage, instaure l'égalité des citoyens devant la loi et maintient les droits aux nobles et aux bourgeois. La constitution instaure aussi un système bicaméral (le Sénat et la Diète). Le Grand-Duché devra fournir plus de 30 000 hommes à la Grande Armée.

En 1809, le Grand-Duché s’agrandit aux dépens de l'Autriche et gagne des territoires à l'Est.

Campagne de Russie[modifier | modifier le code]

En 1812, Napoléon décide d'entreprendre une des plus grandes expéditions militaires de l'histoire européenne en marchant vers la Russie à la tête de la Grande Armée. En son sein, plus de 70 000 polonais sous les ordres du prince Poniatowski devront affronter les Russes. Le duché devra aussi prendre en charge au moyen de dépenses considérables, le ravitaillement de l'armée française. Les polonais espèrent bénéficier de cette campagne pour récupérer des territoires lituaniens libérés et ainsi restaurer l’Union de Pologne-Lituanie. L'Empereur ne s'était cependant pas engager à faire des promesses qu'il ne pourrait pas tenir.

Fin du Grand-Duché et naissance du Royaume du Congrès[modifier | modifier le code]

La défaite et la retraite de Russie entraine de facto l'invasion du Grand-Duché par l'armée russe à partir de mars 1813. Le 14 mars 1813, le tsar Alexandre crée un Conseil suprême provisoire qui aboutira en 1815 lors du Congrès de Vienne qui partage encore une fois la Pologne et crée le Royaume de Pologne sous les commandes du tsar, mettant fin à l'influence française en Pologne.

La création du duché de Varsovie par Napoléon donna l'impression de ressusciter la Nation polonaise de la tombe politique dans laquelle elle fut consignée avec les partitions. Pourtant, la valeur réelle de « l'indépendance » ne fut pas plus importante que de celle du royaume du Congrès qui a émergé du congrès de Vienne. La différence consista au fait que le duché représenta l'espoir de l'indépendance vraie, tandis que le royaume de Congrès fut toujours dans l'ombre de la Russie.

L'autre signification durable du duché est qu'elle rompit avec la vieille Pologne féodale, qui exista toujours, à un certain degré, dans le royaume par la fin du servage et l'instauration d'un code légal moderne, selon le modèle français. Mais la chose véritablement importante était la contribution que la période napoléonienne apporta à la création d'une légende ou d'un mythe national, qui soutint et soulagea les Polonais pendant des décennies. Également, elle contribua à faire en sorte que le reste de l'Europe eut un intérêt constant pour le destin de la Pologne, résultant de l'appui de Bonaparte en 1797 pour la formation des légions polonaises, recrutées parmi des émigrés et d'autres exilés vivant en Italie. L'hymne national polonais, la mazurka de Dąbrowski, est une célébration du commandant de la légion, Jean-Henri Dombrowski. Le texte mentionne Napoléon comme modèle de vainqueur. Cependant, ce dernier ne traita pas toujours ses soldats polonais avec une grande considération. Après le traité de Lunéville en 1801, il les envoya aux Indes occidentales pour mater la révolte d'esclaves dans la colonie française de Saint-Domingue, futur Haïti. La vaste majorité n'en revint jamais.

L'ordre règne à Varsovie par Grandville, réaction à la déclaration sarcastique de ministre des affaires étrangères français Horace Sébastiani en 1831.

Grande émigration[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Grande Émigration.

La grande émigration était une émigration des élites politiques de Pologne entre 1831 et 1870, en particulier après l'insurrection de novembre et l'insurrection de Janvier.

Depuis la fin du XVIIIe siècle, les émigrés ont joué un rôle important dans la vie politique et culturelle de l'intelligentsia polonaise. La plupart de ces émigrés politiques s'installèrent en France qui était considérée par les Polonais, fraîchement influencés par Napoléon, comme un bastion de la liberté en Europe.

C'est pendant cette période que certaines des plus grandes personnalités polonaises liées à la France ont vécu sur son territoire, comme Frédéric Chopin ou Adam Mickiewicz.

Période d'entre-deux-guerres[modifier | modifier le code]

Pendant la période d'entre-deux-guerres, la France et la Pologne furent des alliés politiques et militaires. Cela commença par l'Armée bleue du général Haller qui aida la France dans la Première Guerre mondiale et la mission militaire française en Pologne pendant la guerre russo-polonaise (1919-1921), où servit le général de Gaulle. L'alliance militaire franco-polonaise fut signée en 1921 et dura jusqu'à la campagne de Pologne (1939).

Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Vers la fin de 1939, en vue de l'occupation allemande de la Pologne, une nouvelle armée polonaise fut formée en France sous le commandement du général Władysław Sikorski. Parmi les unités polonaises, la 1re division de grenadiers et d'autres. Les relations franco-polonaises furent cependant acidifiées par la réticence française à aider la Pologne. Après la chute de la France, en 1940 les relations bilatérales furent quasiment inexistantes.

Guerre froide[modifier | modifier le code]

Pendant la guerre froide, les relations franco-polonaises ne furent pas chaleureuses, les deux pays appartenant aux côtés opposés du conflit. Cependant, la France fut — encore — l'emplacement d'une communauté polonaise prospère : on peut citer par exemple Kultura et Jerzy Giedroyc. René Goscinny compte parmi les personnalités françaises ayant des origines polonaises en France durant cette période.

La proclamation de l'état de guerre en Pologne le 13 décembre 1981 entraîna l'émergence, en France, d'un mouvement de sympathie important d'une partie de la société civile, appuyé par des syndicats comme la CFDT, des personnalités comme Simone Signoret et des intellectuels comme Michel Foucault[9]. Des initiatives locales permirent l'envoi d'une aide humanitaire à la Pologne, comme en Bretagne où le quotidien régional Ouest-France, de tendance démocrate-chrétienne, soutint Solidarité tout en mettant sur pied une opération humanitaire en direction de la population polonaise, à partir de l'hiver 1981, donnant naissance à l'association « Ouest-France Solidarité ». Celle-ci coordonna l'aide et récolta les dons des Bretons à destination de l'Église polonaise, chargée de la distribution sur place. Cette initiative humanitaire bretonne perdura jusqu'en 1993[10].

Après 1989[modifier | modifier le code]

Les relations franco-polonaises se sont améliorées après la chute du communisme.

La France, en tant que membre fondateur de la Communauté européenne, de l'Union européenne, de l'OTAN et membre permanent du Conseil de sécurité des Nations unies, est l'un des principaux partenaires de la Pologne dans le monde des affaires politiques, économiques, culturelles, scientifiques et technologiques.

Cependant, l'année 2004 a marqué une percée dans les relations bilatérales. Après une période de conflit provoqué par différents accrochages pendant la crise de l'Irak et les négociations de la constitution européenne, les relations se sont améliorées. Depuis l'accession de la Pologne à l'Union européenne le 1er mai 2004, des réunions entre les chefs d'État des deux pays sont organisées annuellement.

La France est le plus grand contributeur d'investissement direct étranger en Pologne. Les principales compagnies françaises présentes en Pologne sont France Télécom, Vivendi, Carrefour, Auchan, le groupe Casino, Leclerc, le Crédit agricole et Saint-Gobain.

Une certaine polémique a été provoquée par l'expression « plombier polonais » qui est apparue en France autour de 2005.

On estime que la communauté polonaise en France compte environ un million de membres, notamment dans la région Nord-Pas-de-Calais, dans la zone métropolitaine de Lille et du bassin minier autour de Lens et de Valenciennes.

Relations économiques[modifier | modifier le code]

Échange de biens entre la France et la Pologne[modifier | modifier le code]

La Pologne est le premier partenariat économique et commercial de la France en Europe de l'Est[3]. Les échanges bilatéraux de bien sont en continuelle croissance pour atteindre un total de 16,7 Mds d’euros en 2015. Depuis 2008 le solde commercial de la France est négatif. 2014 marquait une amélioration, confirmée par l'année 2015 qui voit le déficit commercial s’élever à -1,2 Mds€. En effet en 2015, les exportations françaises en Pologne s’élevaient à 7,7 Mds € et les importations polonaises en France à 8,98 Mds €. Cette progressive résorption s'explique en partie par un différentiel de conjoncture (1,1 % de croissance du PIB en France en 2015 contre 3,6 % en Pologne). Ainsi les importations françaises en provenance de la Pologne progresse moins vite que les exportations.

Représentation graphique des échanges de biens entre les deux pays, ainsi que le solde commercial français[11].

La France est le sixième fournisseur de la Pologne avec une part de marché de 3,8% (derrière, par ordre d’importance, l’Allemagne, la Chine, la Russie, l’Italie et les Pays-Bas). Elle reste loin derrière l'Allemagne qui représente 22,9% des parts de marché. Elle est aussi le quatrième client de la Pologne avec 5,6% des exportations polonaises qui y sont destinées (derrière l’Allemagne, le Royaume-Uni et la République tchèque)[12].

Coté français, la Pologne est le dixième marché français avec une part de 1,73 % dans nos exportations et le dixième fournisseur

La France dégage des excédents dans les secteurs tels que les cosmétiques, pharmacie, agricole, équipement électrique et industriel et produits métallurgiques, tandis que l’automobile, l’électronique, l’électroménager et surtout l’agroalimentaire sont les secteurs où les échanges avec la Pologne sont le plus déficitaires[13].

Investissements français en Pologne[modifier | modifier le code]

La France est un investisseur majeur, tant en flux qu’en stock d’investissements. Il y a eu 1,4 milliard d’euros de flux provenant de France en 2014. Les entreprises françaises sont fortement concentrées dans les secteurs des télécommunications (France Télécom), de l’énergie et de la grande distribution (Carrefour, Auchan, le groupe Casino, Leclerc), les banques (Crédit agricole, Caisse d'Epargne). Plus de 900 entreprises à participation française emploient directement près de 200 000 salariés, pour un chiffre d’affaires de 28,2 Mds en 2015[13].

Divers[modifier | modifier le code]

Plusieurs personnalités publiques françaises du XXe siècle et du XXIe siècle appartiennent à de grandes familles polonaises comme la famille Poniatowski et la famille Kosciusko-Morizet par exemple :

Depuis ces dernières années, de nombreux échanges Erasmus et des doubles diplômes franco-polonais[14] ont permis à de nombreux étudiants polonais de venir en France et à des étudiants français d'aller en Pologne.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (fr) « France-Pologne : entre amitié et désamour », {{Article}} : paramètre « périodique » manquant,‎ (lire en ligne)
  2. a, b, c et d Claude Laforest, Andrzej Nieuwazny, De tout temps amis, Nouveau Monde éditions, (ISBN 2-84736-083-2), p. 443
  3. a et b (fr) Ministère des Affaires étrangères et du Développement international, « Pologne », sur France Diplomatie : : Ministère des Affaires étrangères et du Développement international (consulté le 1er janvier 2017)
  4. Georges Mond, « Les relations franco-polonaises après 1945 », Revue d'études comparatives Est-Ouest,‎ , p. 24 (lire en ligne)
  5. Frédéric Dessberg, « La Pologne vue de France : un aperçu historiographique », Revue historique des armées,‎ , p. 16 (ISSN 1965-0779, [Frédéric%20Dessberg,%20«%20La%20Pologne%20vue%20de%20France%20:%20un%20aperçu%20historiographique%20»,%20Revue%20historique%20des%20armées%20%5BEn%20ligne%5D,%20260%20|%202010,%20mis%20en%20ligne%20le%2002%20août%202010,%20consulté%20le%2030%20septembre%202016.%20URL%20:%20http://rha.revues.org/7037 lire en ligne])
  6. Gładysz, Mikołaj, Zapomniani krzyżowcy Polska wobec ruchu krucjatowego w XII-XIII wieku, Wydawn. "DiG", (ISBN 8371813112, OCLC 266960030, lire en ligne)
  7. http://www.anazarian.net/morimond.html
  8. Dimitri Casali, Napoléon Bonaparte, Larousse, (ISBN 978-2-03-584170-4), p. 407
  9. Antenne 2, « Plateau Simone Signoret, Michel Foucault », Journal télévisé 20H, 06 octobre 1982.
  10. Quentin Hemmerstoffer, Vers le « Marché unique » : les milieux patronaux bretons et l'Europe (1986-1992), Mémoire, Institut d'études politiques de Rennes, 2012, p. 52 (lien vers le PDF).
  11. OECD, « Échanges bilatéraux des biens par industrie et utilisation finale (BTDIxE), CITI Rév.3 », sur stats.oecd.org (consulté le 1er janvier 2017)
  12. « Les échanges de biens franco-polonais à la mi-2016 », sur www.tresor.economie.gouv.fr (consulté le 1er janvier 2017)
  13. a et b (fr) Ministère des Affaires étrangères et du Développement international, « La France et la Pologne », sur France Diplomatie : : Ministère des Affaires étrangères et du Développement international (consulté le 1er janvier 2017)
  14. http://www.pologne.campusfrance.org/fr/page/doubles-diplomes-franco-polonais
  15. http://ksiegarniaedukator.pl/index.php/s/wyniki/k/tytuly/lt/K

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]