Relations entre la France et la Pologne

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Relations entre la France et la Pologne
Drapeau de la France
Drapeau de la Pologne
France et Pologne
     France      Pologne
Ambassades
Ambassade de France en Pologne
  Ambassadeur Pierre Lévy
  Adresse Piękna 1, Varsovie
Ambassade de Pologne en France
  Ambassadeur Dariusz Wiśniewski (d) (chargé d'affaire a.i. depuis septembre 2016)
  Adresse 1, rue de Talleyrand, Paris 7e
Rencontres sportives
Football Rencontres

Les relations franco-polonaises ont une histoire millénaire. Cette histoire est caractérisée par un mouvement double : d’un côté s’affiche une amitié de longue date faite de liens forts qui vont au-delà de l’éloignement géographique et de l’autre des crispations engendrés par de nombreux malentendus et désaccords entre les deux pays. Faite de rapprochements et de déceptions, l’histoire des relations franco-polonaise n’est donc pas linéaire.

En évoquant les relations des deux pays, Bronisław Geremek, l'ancien ministre des Affaires étrangères polonais parlait d'une « asymétrie des sentiments ». Selon lui la Pologne a toujours recherché la reconnaissance, l'amour de la France et a souvent été déçue dans ses attentes. Quant à la France, elle a vibré pour la Pologne avec ferveur à différents moments de l'histoire, mais elle a toujours perçu ce pays comme éloigné, aux confins de l'Europe, à l'Est[1]. En visite officielle en Pologne, le président de Gaulle s’est exclamé le 11 septembre 1967 à Varsovie : « Polonais, Français, nous nous ressemblons tant et tant ! C’est vrai pour l’économie, la culture, la science. C’est vrai aussi pour la politique. De siècle en siècle, il n’arriva jamais que nos deux peuples se soient combattus. Au contraire, le succès ou le malheur de l’un ont toujours été liés au succès ou au malheur de l’autre[2] ».

C'est un fait avéré, au cours de l'histoire millénaire des relations entre ces deux pays, ils ne se sont jamais affrontés sur un champ de bataille. C'est un fait rarissime parce qu'en effet, seulement l'Irlande et la Pologne n'ont jamais affronté la France militairement en Europe[3].

Aujourd’hui la Pologne est le premier partenaire en Europe centrale de la France. L’entrée de la Pologne dans l’OTAN en 1999 et son adhésion à l’Union européenne en 2004 ont eu comme conséquence le rapprochement évident des deux pays. Ce rapprochement s’est manifesté notamment par la signature d’un partenariat stratégique bilatéral en 2008 constitué d'un programme de coopération, renouvelé en 2013. Ce programme renforce ainsi les nombreux liens politiques, économiques, sociaux et culturels entre les deux pays[4].

Malgré cette proximité et cette histoire commune, les relations entre les deux pays ont été animées par de nombreuses distanciations et désaccords. Ces malentendus continuent de ponctuer les relations des deux pays, avec des exemples récents comme la position sur la guerre en Iraq, sur la guerre en Syrie, l’affaire des hélicoptères Caracal, l’achat des F16 etc.

Actuellement, la Pologne a le statut d’État observateur au sein l'Organisation internationale de la francophonie.

Sommaire

Histoire des relations[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Histoire de la Pologne et Histoire de France.

Comme le rappelle à juste titre Georges Mond, il est important de préciser de quelles relations parle-t-on lorsque l'on s’affaire à construire une histoire des relations entre deux pays. Il faut distinguer les relations entre les gouvernements, entre les États, entre les sociétés, les populations, où les élites. Cette distinction est particulièrement intéressante lorsqu'on s’intéresse aux relations franco-polonaises : il est observable que les relations des États n'ont pas toujours concordées avec les nombreuses manifestations de proximité entre les populations[5].

S'ajoute une deuxième difficulté lorsqu'on s’intéresse à l'histoire des relations entre ces deux pays. La Pologne n'ayant en effet pas toujours été un État indépendant (en raison des nombreuses invasions dont le pays a été victime), les relations bilatérales ne sont pas toujours évidentes à analyser, d'où l'importance d'intégrer dans l'étude des relations une dimension culturelle[6].

Premiers contacts[modifier | modifier le code]

Illustration de la deuxième croisade, au cours de laquelle Henryk de Sandomierz a vraisemblablement participé

Il semblerait que la première rencontre entre deux personnages publics relatée dans l'histoire des deux pays ait eu lieu en 1154, en Palestine lorsqu'un contingent d'Henryk duc de Sandomierz porta secours aux troupes de Baudouin III fait roi de Jérusalem à l'issue de la première croisade. Henryk était un prince polonais de la dynastie Piast, duc de Sandomierz de 1146 à 1166. Il fut probablement très influencé par sa participation à la deuxième croisade (1147-1149)[7], puisqu'il participa vraisemblablement à une deuxième croisade en terre sainte au cours des années 1153-1154. Accompagné d'autres chevaliers polonais, il partit défendre Jérusalem contre les Sarazins. Sous le commandement de Baudoin III, il passa un an en terre sainte. À son retour en Pologne, il fut vénéré par ses compatriotes pour sa prouesse chevaleresque et sa poursuite de la croisade, et estimé comme un exemple de chevalier chrétien. Son intervention est relatée par un certain nombre d'historiens polonais dont Jan Długosz.

Cent ans plus tard, un autre contingent polonais, levé par un duc de Silésie, vint renforcer les croisés commandés par Saint Louis.

Les dynasties Piast et capétienne[modifier | modifier le code]

Les fondateurs des deux dynasties régnantes en Pologne et en France accédèrent à peu près simultanément à leurs trônes : Mieszko 1er, le premier Piast vers 960, et Hugues Capet en 987 le premier capétien. Ces dynasties n’entretenaient pas de relations politiques, mais il existait des relations commerciales entre certaines provinces du Nord et de l'Est de la France (Flandre et Champagne) et la Pologne[3].

Abbayé à Jędrzejów, première filiale de Morimond en Pologne.

Mais il est surtout important de noter les liens culturels et religieux et plus particulièrement monastiques qui se multiplièrent entre les deux pays après le début de la christianisation de la Pologne qui débuta sous le règne de Mieszko 1er. Le fils et successeur de celui-ci, Boleslas le Vaillant, pour poursuivre la christianisation du pays, invita les moines bénédictins de Cluny à ouvrir trois monastères en Pologne, dont les écoles firent autorité. Et c’est à un moine originaire de France, Gallus Anonymus, que l’on doit la première histoire de la Pologne, écrite entre 1112 et 1116, qui est surtout une histoire hagiographique des souverains de la dynastie des Piast[3].

Dans l'autre sens, les prélats polonais furent nombreux à venir en France. Au XIe siècle, Stanislas de Szczepanów, qui allait devenir évêque de Cracovie avant d’être canonisé comme saint Stanislas, vint étudier la théologique sept ans à Paris.

Des abbayes cisterciennes furent fondées en Pologne au XIIe siècle (par exemple de Morimond[8]), puis, au siècle suivant, des dominicains fondèrent à leur tour des monastères.

À la fin de la dynsatie Piast (1370), Louis Ier de Hongrie fils de Charles Robert de Hongrie de la Maison d'Anjou et de Élisabeth de Pologne eu une fille Hedwige qui mariée en 1386 à Ladislas II Jagellon régna sur la Pologne. Ils furent à l'origine du règne des Jagellons jusqu'en 1572[3].

Époque de la Renaissance[modifier | modifier le code]

Le XVe siècle est l'apogée du royaume des Jagellons en Pologne. En 1454, les Prussiens se soulèvent, contre l'ordre Teutonique, ce qui entraine à la demande des représentants des principales cités, l'incorporation de la Prusse à la Pologne. Cet acte marque le début de la guerre de Treize Ans entre l'ordre Teutonique et la Pologne; la Pologne en ressort victorieuse. Au Traité de Thorn en 1466, elle reçoit l'est de la Poméranie orientale, Elbląg, Marienbourg et Chełmno. Casimir IV de Pologne réunit ainsi brièvement les couronnes de Bohême (entre 1471 et 1526) et de Hongrie (entre 1490 et 1526) à celle de Pologne. Le pays est désormais maitrise désormais une grande partie de côtes de la mer Baltique notamment avec le port de Gdansk. Face à cette nouvelle puissance, les diplomates français imagine alors un projet d'alliance entre les France et les Jagellons en mariant des princesses françaises avec les rois Jean Albert de Pologne et Ladislas de Hongrie.

Henri III de Valois roi de Pologne et roi de France.

Mais les relations franco-polonaises furent limitées jusqu'au XVIIIe siècle, tant à cause de la distance géographique qu'à la faible participation de la République des Deux Nations aux guerres d'Europe de l'Ouest. Une exception notable se produira en 1573, quand Henri de Valois (frère du roi Charles IX) fut élu en 1573 roi de Pologne. Les récits racontent le grand étonnement de la cour à la vue des grandes moustaches et des costumes des ambassadeurs polonais venus chercher leur roi. Le règne d'Henri ne dura pas longtemps puisqu’en mai 1574, il devint roi de France sous le nom d'Henri III et rentra en France. Henri III choisit le nom de Saint-Esprit pour la création de l'Ordre du Saint-Esprit, en référence à sa propre naissance, à son couronnement sur le trône de Pologne et plus tard sur celui de France, les trois événements étant survenus le jour de la Pentecôte. Deux rois de Pologne Ladislas IV Vasa et Jean II Casimir Vasa ont été mariés à la princesse française Louise-Marie de Gonzague. Après son abdication, en 1668, ce dernier vint en France, où il rejoignit les Jésuites et devint abbé de l'Abbaye de Saint-Germain-des-Prés (Paris). Son cœur y était enfoui.

Plus tard au XVIIe siècle, le roi de Pologne Jean III Sobieski épousa une princesse française, Marie Casimire Louise de La Grange d'Arquien et essaya de forger une alliance franco-polonaise.

Charles-Paris d'Orléans-Longueville, François-Louis de Bourbon-Conti, Henri-Jules de Bourbon-Condé, Louis II de Bourbon-Condé ont été candidats au trône électif de Pologne.

XVIIIe siècle[modifier | modifier le code]

Au début de XVIIIe siècle, Stanislas Leszczynski, le roi de Pologne, essaya de continuer les efforts de Sobieski et d'allier la Pologne avec la France. Après une guerre civile en Pologne (la guerre de Succession de Pologne), il se retira en France. En 1725, sa fille, la princesse Marie Leszczynska épousa Louis XV et devint ainsi Reine de France.

Stanislas Leszczynski roi de Pologne et duc de Lorraine et Barrois.

Alors, en France, l'objectif du Secret du Roy (sous Louis XV) devint d'influencer les voix et les partis polonais afin d'installer Stanisław Leszczyński puis le prince de Conti sur le trône de Pologne (à l'époque, cette monarchie était élective : le roi étant élu par la noblesse polonaise). Au cours de la Confédération de Bar anti russe les Français appuyèrent les confédérés polonais par l'envoi d'officiers français sous le commandement de Charles-François Dumouriez.

Vers la fin du XVIIIe siècle, la Pologne et la France entrèrent dans une période révolutionnaire, où la Révolution française influença d'une manière importante, les réformes de la Diète de quatre ans en Pologne et la constitution polonaise du 3 mai 1791 en particulier. Cependant, il n'y avait pas d'alliance officielle ; en fait, la France évita délibérément de s'allier avec la Pologne. Les voisins de la Pologne (la Prusse, l'Autriche et la Russie) s'attendant à une telle alliance, et interprétant les réformes polonaises comme des signes de l'influence des Jacobins, se chargèrent des partitions de la Pologne. Ils eurent en conséquence moins de ressources pour s'occuper des événements en France.

Époque napoléonienne et création du Duché de Varsovie (1795-1815)[modifier | modifier le code]

 Monument en l'honneur de Napoléon Bonaparte à Varsovie
Monument en l'honneur de Napoléon Bonaparte à Varsovie

Napoléon Bonaparte a acquis une place particulière dans l'histoire de la Pologne. À la tête de l'empire français, il permettra à la Pologne de retrouver une place en Europe et un territoire qui leur avaient été confisqués. En effet, à la fin du XVIIIe siècle en 1795, la Pologne subit les trois partages qui la font disparaître : la Russie contrôle le Grand-duché de Lituanie ; la Prusse la Posnanie et la région de Varsovie ; l'Autriche la Galicie et la région de Cracovie. Napoléon permettra aux Polonais, au travers de ses conquêtes et des idées nouvelles transmises par la Révolution Française, d'espérer retrouver l'indépendance de leur peuples face aux envahisseurs.

Napoléon bénéficiera ainsi d'un soutien massif de soldats polonais mais aussi du peuple lors de ses campagnes et lors de la création du Duché de Varsovie. Bien que la durée de vie du Duché n'aura pas excédé les 5 ans d'existence, que Napoléon aura en partie vassalisé la Pologne pour pouvoir bénéficier de fonds et de soldats pour ses campagnes (notamment celle de Russie), et que malgré lui la Pologne ne réapparaitra pas sur les cartes avant 123 ans, Napoléon garde un rôle de premier rang dans l'écriture du roman national. Considéré comme un héros encore aujourd'hui, il est toujours présent dans l'hymne national du pays et son code civil a encore aujourd'hui sa place et son influence dans la législation polonaise.

Les Légions polonaises dans l'armée napoléonienne[modifier | modifier le code]

Après la disparition de la Pologne en 1795, beaucoup de Polonais espèrent que la France pourrait apporter son aide à la Pologne afin de pouvoir retrouver son indépendance. En effet, la France est en guerre contre tous les ennemis de la Pologne, les vieilles monarchies qui se sont alliées pour opérer le partage du territoire polonais (Prusse, Autriche et Russie). Ainsi de nombreux officiers, soldats et volontaires émigrés de Pologne et établis dans d’autres pays, particulièrement en Italie, s’engagent dans les armées locales.

Ces unités composées de polonais et commandées par des polonais sont considérées comme une armée polonaise en exil sous l'autorité française. Sous le commandement de Napoléon Bonaparte, les principales unités dirigées par les principaux chefs polonais (Jan Henryk Dąbrowski, Karol Kniaziewicz et Józef Wybicki) participeront aux guerres de la Révolution et de l’Empire, des Antilles à la Russie et de l’Italie à l’Égypte

Ces polonais ayant servis sous le drapeau Français ont marqué l'histoire polonaise dénuée d'État au cours de cette période.

Campagne de Pologne[modifier | modifier le code]

Maria Walewska sera la troisième épouse polonaise d'un dirigeant français dans l'histoire. Elle sera en partie responsable de la sensibilisation de Napoléon à la cause polonaise.

L'histoire de la Pologne à cette époque et notamment celle du Duché de Varsovie se trouve donc liée d'une manière inédite avec celle de l'Empire Français de Napoléon Bonaparte et des campagnes napoléoniennes. À cette époque la Quatrième Coalition (1806-1807) fut formée le contre la France napoléonienne par le Royaume-Uni, la Russie, la Suède et la Prusse, cette dernière refusant la nouvelle organisation de l'Allemagne (Confédération du Rhin), imposée par Napoléon. Cette guerre est marquée par la campagne de Saxe et les victoires françaises d'Iéna et d'Auerstaedt () qui aboutiront à la défaite prussienne et à la campagne de Pologne contre les Russes.

Napoléon signe le , le décret de Berlin et quitte la ville dans la nuit du au . Il est à Poznań le . En effet, les prussiens vaincus, Napoléon se devait de d'affronter leurs alliés russes. La Grande Armée constituée de 150 000 hommes va devoir affronter 140 000 soldats russes habitués aux conditions climatiques et 20 000 prussiens. L'armée de Napoléon est fatiguée par les conditions météorologiques et l'état des routes boueuses en cette saison. Il donna l’ordre a ses troupes de marcher sur Varsovie occupé par les Russes.

Dix ans après le dernier partage de la Pologne, dans toutes les villes, dans toutes les campagnes, les soldats de Napoléon sont accueillis en libérateurs, d'autant que parmi eux se trouvent les anciens des légions polonaises de l'armée d'Italie de Dombrowski. L'insurrection des provinces polonaises contre l'occupant prussien ou russe fournit à Napoléon 30 000 hommes.

À Varsovie, les Russes redoutant un soulèvement polonais décide de se replier rapidement. Murat fait une entrée triomphale dans la ville. Revêtu d'une tunique polonaise de velours vert, il est acclamé par la population locale. Cependant, les contraintes notamment climatiques, poussent Napoléon arrivé a Varsovie le 19 décembre, à y faire hiverner la Grande Armée. Il espère ainsi pouvoir donner du repos à ces soldats en attendant le printemps. C'est dans cette ville que Napoléon nouera une relation avec Marie Walewska. Poussé à devenir la maitresse de Napoléon par Poniatowski neveu du dernier roi de Pologne, Maria Walewska tombera amoureux de l'Empereur. Pour la première fois, Napoléon tolérera qu'une femme discute avec lui politique. Elle lui parlera de la Pologne et du désir profond des polonais de retrouver un pays.

Les troupes russes ne laissent pas l'opportunité à Napoléon de redonner des forces à son armée. Les hommes de l'Empereur vont mener une course-poursuite après les hommes du général Benningen au cours du mois de janvier 1807. Cette poursuite aboutie à une victoire française le 8 février à Eylau. Après cette victoire, l'armée française reprend ses quartiers d'hiver. L'empereur passe les mois de mars, avril et mai à Ostróda puis à Finckenstein. Au printemps, les Russes prennent l'initiative avec une offensive devant surprendre les Français et faire lever le siège de Dantzig, mais le , la ville se rend après deux mois de siège, au général Lefevbre, qui pour le coup, sera fait duc de Dantzig. L'armée française contre-attaque. Le 10 juin, à la Bataille d'Heilsberg, au prix de lourdes pertes, une charge impressionnante de la cavalerie de Murat contraint l'armée de Bennigsen à se replier. Les Français les poursuivent et le , remportent une victoire décisive à la bataille de Friedland.

Traités de Tilsit[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Traités de Tilsit.
Traité de bienfaisance de Napoléon Ier pendant la campagne de Pologne en janvier 1807.

Les polonais virent dans la campagne de Pologne de l'Empereur français, une chance inouïe de ressusciter leur nation partagée depuis 1795 entre la Prusse, la Russie et l'Autriche. Napoléon ne demandait pas mieux que de redonner vie à la Pologne. Il s'agit d'un projet qu'il nourrit depuis longtemps. Il impose cependant certaines conditions à une telle réalisation : « Je ne proclamerai l'indépendance de la Pologne que lorsque je reconnaîtrai qu'ils la veulent véritablement soutenir, et je verrai qu'ils la veulent quand je verrai 30 à 40 0000 hommes sous les armes, organisés, et la noblesse à cheval prête à payer de sa personne »[9].

Le 19 juin 1807, une demande d'armistice est transmise à l'Empereur qui l'accepte aussitôt. Le traité de paix est signé le 7 juillet. Les parties polonaises de la Prusse constitueront le Grand-Duché de Varsovie. Un nouvel État apparaît donc sur la carte de l'Europe. Confié au roi de Saxe, Fréderic-Auguste, le Grand-Duché s’étend sur une superficie de 104 000 km2 de la Warta jusqu'au Niemen. Cependant les Polonais sont loin d'être satisfait dans leurs aspirations nationales. En effet, ils espéraient retirer de leur soutien à l'Empereur un rétablissement de la Pologne. Napoléon a ignoré leurs requêtes en préférant privilégier la paix avec le Tsar : le mécontentement grandit.

Naissance du Duché de Varsovie[modifier | modifier le code]

Territoire du Duché de Varsovie (1812)

En janvier 1807, Napoléon crée une commission gouvernementale formée de sept personnalités polonaises de la très haute aristocratie libérale, présidée par Stanisław Małachowski ainsi que cinq départements ministériels (Justice, Intérieur, Trésor, Guerre et Police) et instaure la conscription pour former une armée de 39 000 hommes. Ces manœuvres ont pour but principal de ravitailler les troupes françaises en hommes et en vivres dans le combat mené contre les Russes et les Prusses.

Le traité de Tilsit restitue au duché des territoires pris par la Prusse à la Pologne lors des partages de 1793 et 1795 (provinces de Nouvelle-Prusse-Orientale, de Nouvelle-Silésie et de Prusse-Méridionale). Concernant les acquis de 1772, la Prusse conserve la plus grande partie de ses acquis de 1772 sauf les régions de Bydgoszcz, Chełmno et Grudziądz qui reviennent au duché. En revanche, la partie est de la Nouvelle-Prusse-Orientale : Białystok, Bielsk Podlaski et le nord de la Polésie, sont concédés à la Russie. Dans le même temps Dantzig (Gdańsk), redevient une ville libre, théoriquement sous la protection conjointe de la Prusse et de la Saxe, en réalité protectorat français, avec des garnisons française et polonaise.

Le duché de Varsovie sous les commandes du roi de Saxe est un État vassal de l'Empire français, Napoléon y a le titre de « protecteur » et est représenté par un « résident ». Le duché est un État très militarisé et vidé de ses richesses pour soutenir l'effort de guerre français, dont dépend sa survie.

Le 22 juillet, Napoléon proclame officiellement la Constitution du Grand-Duché dotant ainsi l’État des institutions d'inspirations françaises et des acquis issus de la Révolution française. Il y impose le code civil français, abolie le servage, instaure l'égalité des citoyens devant la loi et maintient les droits aux nobles et aux bourgeois. La constitution instaure aussi un système bicaméral (le Sénat et la Diète). Le Grand-Duché devra fournir plus de 30 000 hommes à la Grande Armée.

En 1809, le Grand-Duché s’agrandit aux dépens de l'Autriche et gagne des territoires à l'Est.

Campagne de Russie[modifier | modifier le code]

En 1812, Napoléon décide d'entreprendre une des plus grandes expéditions militaires de l'histoire européenne en marchant vers la Russie à la tête de la Grande Armée. En son sein, plus de 70 000 polonais sous les ordres du prince Poniatowski devront affronter les Russes. Le duché devra aussi prendre en charge au moyen de dépenses considérables, le ravitaillement de l'armée française. Les polonais espèrent bénéficier de cette campagne pour récupérer des territoires lituaniens libérés et ainsi restaurer l’Union de Pologne-Lituanie. L'Empereur ne s'était cependant pas engager à faire des promesses qu'il ne pourrait pas tenir.

Fin du Grand-Duché et naissance du Royaume du Congrès[modifier | modifier le code]

La défaite et la retraite de Russie entraine de facto l'invasion du Grand-Duché par l'armée russe à partir de . Le , le tsar Alexandre crée un Conseil suprême provisoire qui aboutira en 1815 lors du Congrès de Vienne qui partage encore une fois la Pologne et crée le Royaume de Pologne sous les commandes du tsar, mettant fin à l'influence française en Pologne.

La création du duché de Varsovie par Napoléon donna l'impression de ressusciter la Nation polonaise de la tombe politique dans laquelle elle fut consignée avec les partitions. Pourtant, la valeur réelle de « l'indépendance » ne fut pas plus importante que de celle du royaume du Congrès qui a émergé du congrès de Vienne. La différence consista au fait que le duché représenta l'espoir de l'indépendance vraie, tandis que le royaume de Congrès fut toujours dans l'ombre de la Russie.

L'autre signification durable du duché est qu'elle rompit avec la vieille Pologne féodale, qui exista toujours, à un certain degré, dans le royaume par la fin du servage et l'instauration d'un code légal moderne, selon le modèle français. Mais la chose véritablement importante était la contribution que la période napoléonienne apporta à la création d'une légende ou d'un mythe national, qui soutint et soulagea les Polonais pendant des décennies. Également, elle contribua à faire en sorte que le reste de l'Europe eut un intérêt constant pour le destin de la Pologne, résultant de l'appui de Bonaparte en 1797 pour la formation des légions polonaises, recrutées parmi des émigrés et d'autres exilés vivant en Italie. L'hymne national polonais, la mazurka de Dąbrowski, est une célébration du commandant de la légion, Jean-Henri Dombrowski. Le texte mentionne Napoléon comme modèle de vainqueur. Cependant, ce dernier ne traita pas toujours ses soldats polonais avec une grande considération. Après le traité de Lunéville en 1801, il les envoya aux Indes occidentales pour mater la révolte d'esclaves dans la colonie française de Saint-Domingue, futur Haïti. La vaste majorité n'en revint jamais.

L'ordre règne à Varsovie par Grandville, réaction à la déclaration sarcastique de ministre des affaires étrangères français Horace Sébastiani en 1831.

Grande émigration[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Grande Émigration.

La grande émigration était une émigration des élites politiques de Pologne entre 1831 et 1870, en particulier après l'insurrection de novembre et l'insurrection de janvier.

Depuis la fin du XVIIIe siècle, les émigrés ont joué un rôle important dans la vie politique et culturelle de l'intelligentsia polonaise. La plupart de ces émigrés politiques s'installèrent en France qui était considérée par les Polonais, fraîchement influencés par Napoléon, comme un bastion de la liberté en Europe.

C'est pendant cette période que certaines des plus grandes personnalités polonaises liées à la France ont vécu sur son territoire, comme Frédéric Chopin ou Adam Mickiewicz.

Période d'entre-deux-guerres[modifier | modifier le code]

Pendant la période d'entre-deux-guerres, la France et la Pologne furent des alliés politiques et militaires. Cela commença par l'Armée bleue du général Haller qui aida la France dans la Première Guerre mondiale et la mission militaire française en Pologne pendant la guerre russo-polonaise (1919-1921), où servit le général de Gaulle. L'alliance militaire franco-polonaise fut signée en 1921 et dura jusqu'à la campagne de Pologne (1939).

Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Vers la fin de 1939, en vue de l'occupation allemande de la Pologne, une nouvelle armée polonaise fut formée en France sous le commandement du général Władysław Sikorski. Parmi les unités polonaises, la 1re division de grenadiers et d'autres. Les relations franco-polonaises furent cependant acidifiées par la réticence française à aider la Pologne. Après la chute de la France, en 1940 les relations bilatérales furent quasiment inexistantes.

Guerre froide[modifier | modifier le code]

Pendant la guerre froide, les relations franco-polonaises ne furent pas chaleureuses, les deux pays appartenant aux côtés opposés du conflit. Cependant, la France fut — encore — l'emplacement d'une communauté polonaise prospère : on peut citer par exemple Kultura et Jerzy Giedroyc. René Goscinny compte parmi les personnalités françaises ayant des origines polonaises en France durant cette période.

La proclamation de l'état de guerre en Pologne le 13 décembre 1981 entraîna l'émergence, en France, d'un mouvement de sympathie important d'une partie de la société civile, appuyé par des syndicats comme la CFDT, des personnalités comme Simone Signoret et des intellectuels comme Michel Foucault[10]. Des initiatives locales permirent l'envoi d'une aide humanitaire à la Pologne, comme en Bretagne où le quotidien régional Ouest-France, de tendance démocrate-chrétienne, soutint Solidarité tout en mettant sur pied une opération humanitaire en direction de la population polonaise, à partir de l'hiver 1981, donnant naissance à l'association « Ouest-France Solidarité ». Celle-ci coordonna l'aide et récolta les dons des Bretons à destination de l'Église polonaise, chargée de la distribution sur place. Cette initiative humanitaire bretonne perdura jusqu'en 1993[11].

Effondrement du régime communiste[modifier | modifier le code]

Les relations franco-polonaises se sont améliorées après la chute du communisme.

Relations entre 2004 et 2015[modifier | modifier le code]

La France, en tant que membre fondateur de la Communauté européenne, de l'Union européenne, de l'OTAN et membre permanent du Conseil de sécurité des Nations unies, est l'un des principaux partenaires de la Pologne dans le monde des affaires politiques, économiques, culturelles, scientifiques et technologiques.

Cependant, l'année 2004 a marqué une percée dans les relations bilatérales. Après une période de conflit provoqué par différents accrochages pendant la crise de l'Irak et les négociations de la constitution européenne, les relations se sont améliorées. Depuis l'accession de la Pologne à l'Union européenne le 1er mai 2004, des réunions entre les chefs d'État des deux pays sont organisées annuellement.

La France est le plus grand contributeur d'investissement direct étranger en Pologne. Les principales compagnies françaises présentes en Pologne sont France Télécom, Vivendi, Carrefour, Auchan, le groupe Casino, Leclerc, le Crédit agricole et Saint-Gobain.

Une certaine polémique a été provoquée par l'expression « plombier polonais » qui est apparue en France autour de 2005.

On estime que la communauté polonaise en France compte environ un million de membres, notamment dans la région Nord-Pas-de-Calais, dans la zone métropolitaine de Lille et du bassin minier autour de Lens et de Valenciennes.

Les conservateurs (PiS) au pouvoir (depuis 2015)[modifier | modifier le code]

La victoire aux élections législatives en du parti conservateur Droit et Justice (PiS) a clairement compliqué et tendu les relations de la Pologne avec ses partenaires européens. À la différence de l'ancien gouvernement de Donald Tusk (ancien Premier ministre polonais de 2007 à 2014) membre de la Plate-forme civique (PO) clairement adepte des réformes libérales soutenues par les instances européennes, le parti de Jarosław Kaczyński (frère du président Lech Kaczyński mort dans l'accident d'avion à Smolensk) affiche de nombreuses réticences face à la construction européenne et entend mettre en œuvre une politique nationaliste[12]. En mars 2015, la victoire de PiS aux élections législatives suit la victoire du candidat Andrzej Duda à l'élection présidentielle, issu du même parti. En politique intérieure, elle est synonyme de politiques dites « sociales » avec le plan (appelé « 500+ ») d’octroi d’allocations de 500 złotys par enfant et par mois à toutes les familles à partir du deuxième enfant, l'abaissement de l'âge à la retraite, et une utilisation jugée plus « efficiente » des fonds européens dans les régions en difficultés, ainsi que des réformes profondes des instances du pays contrôlées jusqu'alors par l'opposition L'ambition est claire, le gouvernement veut faire davantage profiter la population polonaise des fruits de la croissance économique. En ce qui concerne la politique étrangère, face aux réformes controversées menées par le gouvernement, la Pologne est mise au banc des accusés en Europe. Le gouvernement est accusé de mettre en place une politique nationaliste, xénophobe et eurosceptique. Les différentes déclarations des ministres et du leader du parti Jarosław Kaczyński n'arrangent pas les relations avec les autres dirigeants européens déjà inquiets de la montée du populisme en Europe de l'Est. Dans ces affrontements diplomatiques, la France occupera une place particulière et notamment depuis l'arrivée d'Emmanuel Macron à la tête de l'État français.

La fin de la politique accommodante envers l'Union européenne[modifier | modifier le code]

Sur la plan politique, le gouvernement de Donald Tusk avait réussi à faire de la Pologne le « bon élève européen »[13]. Le rapprochement avec l'Allemagne malgré les réticences historiques, avait permis de construire un partenariat économique des plus dynamiques du continent européen ; dynamisme dont la Pologne a amplement bénéficié aidé en cela par les fonds structurels européens. Cette position accommodante envers l'UE, qui avait même laissé entendre que la Pologne pourrait participer à une reforme de la directive des travailleurs détachés et à la mise en place de quotas pour l'accueil de refugiés syriens, allait à l'encontre de la majorité de l'opinion polonaise.

Lech Kaczyński et Donald Tusk : Deux visions de la Pologne.

À l'opposé, la vision de la Pologne des frères Kaczyński est en totale contradiction avec les opinions libérales et progressistes de la Plate-forme civique. Au pouvoir entre 2005 et 2007, ces derniers avaient privilégié des relations étendues avec les États-Unis plutôt qu'avec leurs partenaires européens. Opposé à une Europe fédérale, ils voient donc d'un mauvais œil toute tentative d'ingérence européenne dans les affaires polonaises et sont très attachés à la souveraineté nationale de leurs pays.

Rapidement, depuis 2015, les tensions apparaissent. Les projets politiques entrant en contradiction avec les valeurs démocratiques de l'UE selon les instances européennes sont nombreux[14] :

  • Réforme du système de nomination des juges du tribunal constitutionnel Polonais : le parlement polonais a voté une loi pour pouvoir être capable désormais de nommer les juges du tribunal, censés être indépendant. Cette réforme fait réagir la commission européenne, craignant pour la séparation des pouvoirs. Le 12 janvier 2016, Bruxelles a entamé une « procédure de contrôle d’État de droit », ce qui n'empêchera pas les autorités polonaises à promulguer la loi.
  • Refus d'accueillir les migrants selon le système de quotas voulu par l'UE : le gouvernement libéral avait dans un premier temps accepter d'accueillir 10 000 migrants suite a la politique des quotas voulue par l'UE. Sachant ce sujet très sensible au sein de la population polonaise, le parti PiS n'a cessé d'utiliser ce sujet lors de la campagne des législatives, ravivant les peurs liées à l'immigration. Évoquant des risques sanitaires et d'insécurité, ils ne ratifieront pas l'accord une fois arrivé au pouvoir, s'attirant les foudres des instances européennes[15].
  • Contrôle accru sur les médias polonais : les dirigeants des médias publics auparavant designés par un conseil audiovisuel public indépendant, le sont désormais par le ministre du budget, et révocable a tout instant. Encore une fois, l'UE s'est insurgé cette fois contre une atteinte à la liberté d'expression[16].
  • Rapprochement militaire avec les États-Unis : depuis l'affaire des hélicoptères Caracal et la signature d'un contrat pour des hélicoptères américains aux dépens des appareils français, le gouvernement de Beata Szydlo, n'a cessé de se rapprocher des positions américaines en termes de défense militaire. En janvier 2017, le plus gros déploiement militaire américain en Europe depuis la fin de la guerre froide a lieu en Pologne. Réagissant à la menace russe, ce déploiement militaire, décidé sans consulter ses alliés européens n'a fait que renforcer les tensions déjà existantes entre la Russie et l'Europe. Elle est sinonyme aussi d'un manque de confiance certain de la Pologne dans le projet de défense européen, qu'elle pousse pour aboutir depuis de nombreuses années[17]. La proximité de point de vue entre Donald Trump et Jarosław Kaczyński est d'ailleurs evidente, ce dernier ayant reçu le soutien du premier face à la menace de la procédure de « sauvegarde de l'État de droit » enclenchée par l'UE contre la Pologne.
  • Refus de négocier une réforme de la directive des travailleurs détachés
  • Refus d'intégrer l'euro à moyen terme
  • Refus de soutenir la candidature à sa réélection du polonais Donald Tusk au poste de président du Conseil européen
  • Refus de construire une Europe « à plusieurs vitesses » : ce concept « désigne une construction européenne dans laquelle tous les États membres ne participent pas à l'ensemble des politiques communes »[18]. Si ce concept est déjà une réalité en Europe (certains membres de l'UE ne sont pas membres de la zone euro) il refait surface à la veille du soixantième anniversaire du traité de Rome. Certains chefs d'États, dont François Hollande et Angela Merkel, ont exprimé l'envie lors de ce sommet « d'être capable d'avancer plus vite à quelques-uns »[19]. En effet, ces dirigeants ont estimé que la construction européenne doit continuer et se renforcer malgré les réticences d'un certain nombre de pays de l'Est (notamment la Pologne et la Hongrie), au risque d'avoir des groupes de pays plus intégrés au sein de l'Union que d'autres. Ce projet est vécu comme un nouveau rideau de fer par la Pologne qui se sent particulièrement visée par les critiques (critiques détaillées plus haut). Le 10 mars 2017, alors qu'on interroge la première ministre à ce sujet, mettant en avant que la position de la Pologne est difficilement compréhensible alors qu'elle est la première bénéficiaire des fonds structurels européens, Beat Szydlo répond : « Ainsi, sous prétexte qu’ils reçoivent des fonds européens, les pays de l’Est devraient être obéissants ? »

Les relations tendues avec la France[modifier | modifier le code]

Dès l'arrivée du PiS au pouvoir et dès l'élection du président Duda, des sujets économiques sont venus enrayer les relations diplomatiques franco-polonaises. En effet, lors de la campagne pour la présidence polonaise, le candidat Andrzej Duda avait pointé le fait que

de nombreuses entreprises étrangères présente en Pologne échappaient toujours à l'impôt : les enseignes de grande distribution, notamment françaises, étaient bien entendu visées[20]. Ensuite, les relations se sont crispés sur le dossier des hélicoptères Caracal. Alors que du côté français l'offre faite par le constructeur européen Airbus semblait largement satisfaire tous les parties, la majorité au pouvoir en Pologne, s'est efforcée de revoir les négociations menées par l'opposition sous le mandat précédant. Les autorités françaises critiquent des négociations « erratiques » et « irrationnelles », qui n'en finissent plus, avant de comprendre que la Pologne ne signera pas l'accord établi. Du côté polonais, on argumente en disant que les compensations n'étaient pas assez intéressantes dans l'offre du constructeur[21]. Ce dossier prend un tournant politique, François Hollande alors président français et Jean-Yves Le Drian alors ministre de la Défense annulent leur prochaine venue à Varsovie, arguant que les autorités polonaises n'ont pas respecté les négociateurs français, et qu'ils réfléchissaient désormais à une redéfinition des relations diplomatiques franco-polonaises. Cette affaire, accompagnée de toutes les « provocations » du gouvernement PiS au niveau européen, renforce la perception de la Pologne comme le « passager clandestin de l'Europe » au sein du gouvernement français (la Pologne étant la première bénéficiaire des fonds structurels européens). Cette affaire a aussi donné lieu a des sorties maladroites du vice-ministre de la Défense polonais, Bartosz Kownacki, qui déclare le  : « Ce sont des gens à qui nous [Polonais] avons appris à manger avec des fourchettes il y a plusieurs siècles, ce qui peut expliquer leur comportement aujourd'hui ». Il réagissait ici, à une vielle histoire selon laquelle la fourchette a été introduite dans l'Hexagone en 1574 par Henri III, alors qu'il n’était pas encore le souverain français, mais roi de Pologne[22].

Les tensions ne sont pas réellement retombées lorsqu'au niveau européen la France et la Pologne se sont affrontées sur différents sujets. Le projet notamment soutenu par François Hollande d'une « Europe à plusieurs vitesses » qui a pour but de donner les moyens à l'UE de surmonter les différents blocages provoqués par des pays qui s'opposent à une intégration plus forte dans le projet commun (notamment la Pologne depuis la victoire du PiS), avait fait réagir violemment le gouvernement polonais. Ne voulant aucunement être exclu des négociations européennes, la première ministre s’en est prise particulièrement à François Hollande le 10 mars 2017 : « Je serais donc censée prendre au sérieux le chantage d’un dirigeant dont la popularité est à 4 %, et qui ne sera bientôt plus président ? »[23].

Espérant faire retomber la tension lors du changement de majorité, le président Duda espère un « reset » des relations franco-polonaises avec l'élection d'Emmanuel Macron[24]. En réalité, il craignait que l'élection de ce dernier ne fasse qu'aggraver les tensions entre les deux pays, Macron ayant ciblé pendant la campagne le fait que la Pologne bénéficiait d'une forme de dumping social permis par le marché unique européen alors que dans un même temps, son gouvernement ne cessait de provoquer ces institutions.

La première ministre polonaise Beata Szydlo

C'est lors d'une tournée européenne, alors qu'il tente de convaincre ses partenaires européens de reformer la directive des travailleurs détachés, qu'il s'en prend d'avantage à la Pologne, renforçant ce statut de « passager clandestin » en Europe :

« La Pologne n'est en rien ce que définit le cap de l'Europe. Le peuple polonais mérite mieux que cela. [La Pologne] se met en marge et décide d'aller à l'encontre des intérêts européens sur de nombreux sujets, or l’Europe s’est construite pour créer de la convergence, c’est le sens même des fonds structurels que touche la Pologne. L'Europe s’est construite sur des libertés publiques qu’enfreint aujourd’hui la Pologne. Cet État a décidé de s’isoler. »

— Emmanuel Macron, 25 août 2017

Ces propos très virulents envers le gouvernement en place en Pologne ont logiquement été très mal reçu à Varsovie. La Première ministre a pointé le manque d'expérience certain d'Emmanuel Macron « en attendant qu'il rattrape rapidement ces lacunes et qu'il soit à l'avenir plus réservé ». Elle a aussi souligné que la Pologne devait être traité au même titre que la France, comme un membre de l'Union européenne, sans qu'un membre puisse briser l'équilibre existant[25]. Le gouvernement polonais se défend de vouloir mettre la Pologne à l'écart de la construction européenne. Il déclare au revanche vouloir faire entendre la voix de la Pologne dans les discussions, sans subir les ingérences de Bruxelles, de l'Allemagne ou de la France. Les directives de l'UE ne doivent pas aller à l'encontre des intérêts polonais. Cette doctrine s'est particulièrement manifestée par le refus de la Pologne d'accepter d'accueillir un quota de réfugiés décidé au niveau européen.

Relations économiques[modifier | modifier le code]

Historique des relations économiques[modifier | modifier le code]

Fin du XIXe siècle : Entrée des capitaux français en Pologne[modifier | modifier le code]

Partition de la Pologne

On note la présence de capitaux français sur le sol polonais depuis la fin du XIXe siècle, bien que l’État polonais avait disparu, et était partagé entre trois territoires (Allemagne, Autriche-Hongrie, Russie). Le contexte politique n'était pas favorable pour investir en Allemagne et en Autriche-Hongrie, en revanche, en raison de l'alliance franco-russe, la Pologne russe devenait un territoire favorable aux investissements[26]. À l'aube de la Première Guerre mondiale, les investissements français représentaient 383 millions de francs, répartis dans les industries lourdes, le textile et l’électricité[27].

1919- : Accroissement de l'influence économique française en Pologne[modifier | modifier le code]

Au sortir de la Première Guerre mondiale, la France veut renforcer son influence en Europe centrale. D'après Christophe Laforest, cette stratégie qui mêlait les intérêts politiques et économiques poursuivaient trois buts[26]. :

  1. Profiter des conditions de l'après guerre en tirer de la Pologne des avantages et en même temps affaiblir l'Allemagne ;
  2. Créer une alliance forte avec la Pologne, une relation de dépendance utile aux intérêts français ;
  3. Stabiliser l'économie polonaise afin de stabiliser sa situation politique.

Les efforts français se concentrèrent sur trois secteurs :

Le secteur minier[modifier | modifier le code]
Mines en Silésie.

La investisseurs français déjà présents dans ce secteur avant la guerre, profita des circonstances pour renforcer sa présence, notamment dans les mines de Silésie et les puits de pétrole de Galicie. En Silésie, ils profitèrent aussi du traité de Versailles qui autorisaient la Pologne à racheter les entreprises allemandes présentes sur son territoire pour s'associer avec l’État polonais en leurs apportant les capitaux utiles aux rachats d'entreprises. Les résultats de ces rachats furent cependant décevants.

En ce qui concerne la Galicie, les capitaux français s'emparèrent de la majorité des entreprises pétrolières polonaises, poussées par les autorités françaises qui désiraient garantir une indépendance énergétique à la France. Encore une fois, les résultats furent décevants, puisque les intérêts privés ne convergèrent pas avec les intérêts gouvernementaux, si bien que le pétrole galicien ne représenta qu'un pourcent des importations françaises durant l'entre deux guerres[28].

Octobre 1995 : Premier supermarché E.Leclerc en Pologne (Varsovie)[modifier | modifier le code]

Un supermarché Leclerc à Kłodzku.

À la suite de la chute du système communiste, et suivant l’élection de Lech Walesa à la présidence de la République fin 1990. Le mouvement E.Leclerc se rend en Pologne pour y signer une convention de coopération avec le gouvernement prévoyant le développement d'un réseau E.Leclerc. La Pologne est intéressante à juste titre : en tant qu'ancien pays communiste, elle ne connait pas la société de consommation, ni la libre entreprise, et surtout, elle n'est dotée d'aucun circuit de consommation. Les perspectives sont donc larges pour une entreprise de grande distribution déjà implanté dans de nombreux pays européens.

La coopération se concrétise dès 1991, par la formation de stagiaires polonais dans ces centres de formation du groupe. En , un premier magasin Leclerc ouvre ses portes à Varsovie, dans un entrepôt de 2 000 m2 initialement lieu de stockage à la société d’exploitation du métro varsovien. Les ouvertures vont ensuite s'enchainer accompagné par un franc succès de la clientèle. Par la suite, les magasins vont progressivement commercialiser des produits aux marques de l'enseigne, produits en Pologne ou importés.

Fin 2014, le réseau compte 43 magasins, pour une surface totale de vente de 136 000 km2[29].

4 décembre 1995 : Michelin s'implante à Olsztyn[modifier | modifier le code]

En 1995, le gouvernement polonais décide de privatiser le fabricant de pneumatiques polonais Stomil basé à Olsztyn. Le manufacturier qui répresente 15 % du marché des pneumatiques pour voitures, 65 % de celui des camions et 70 % pour celui des tracteurs avait réalisé en 1994 un chiffre d'affaires de 136 millions de dollars. Michelin souhaitant s'implanter d'avantage dans cette région depuis la chute du système communiste, après avoir ouvert sa première agence à Varsovie en 1994, s'est emparé de 52 % du capital de l'entreprise pour une valeur de 110 millions de dollars aux dépens de son concurrent allemand Continental. Prévoyant de conserver les emplois du site, et promettant d'investir 150 millions de dollars dans les prochaines années, Michelin compte aussi pouvoir bénéficier de l'important réseau de distribution de Stomil sur le territoire[30].

Progressivement, Michelin s'emparera du reste des parts des usines d'Olsztyn, tout en aggrandissant grandement les capacités de production (investissement de 253 millions d'euros en 2005, pour une production estimée de trois millions de pneumatiques par an). En 2003, le chiffre d'affaires de l'entreprise est estimé à 387 milliards d'euros[31].

Une cabine téléphonique Orange en Pologne.

 : France Télécom rentre au capital de Telekomunikacja Polska[modifier | modifier le code]

Le , France Télécom est retenue pour négocier l'achat de 35 % du capital de l'opérateur polonais TPSA[32]. C'est pour l'époque le plus grand dossier de privatisation jamais réalisé en Europe de l'Est. TPSA est l'opérateur historique en Pologne, issu de l'ancien monopole d'État de l'ère communiste. Créé en 1991, l'État polonais détient 100 % des parts jusqu'en 1998, année où il décide d'ouvrir le capital à la bourse de Varsovie. L'objectif est de céder 35 % des parts à une entreprise privée. En 2000, TPSA jouit d'une position dominante malgré l'ouverture progressive à la concurrence. L'entreprise revendique alors neuf millions d'abonnés et des bénéfices en hausse constante. Le prix de départ avait été fixé à cinq milliards de dollars par l'État polonais. Ainsi, l'offre de France Télécom, associée dans cette affaire avec le groupe du milliardaire polonais Kulczyk Holding, de trois milliards de dollars, est dans un premier temps (en décembre 1999) jugée insuffisante. C'est donc avec une offre réajustée de quatre milliards de dollars, battant celle des italiens de Telecom Italia, que France Télécom remporte cette acquisition (France Télécom acquiert 25 % des parts, tandis que Kulczyk Holding en acquiert 10 %)[33].

Avec cette vente, le marché des télécoms polonais est quasiment passé sous la tutelle des entreprises françaises puisque France Télécom détient déjà 33 % de Centertel (le troisième opérateur de téléphone mobile polonais avec 1,2 million d'abonnés) aux côtés de cette même TPSA (66 %), et Vivendi, a aussi racheté pour plus d'un milliard de dollars d'actions de la société Elektrim Telekomunikacja (ET), qui contrôle notamment 44 % du marché polonais du mobile et possède une licence pour le fixe dans l'agglomération de Varsovie[34]

En 2001, France Télécom augmente sa participation à 49,79 % et renomme la compagnie en 2005, celle-ci devient « Orange Pologne ».

 : L'« affaire des F-16 »[modifier | modifier le code]

Un F-16 de Lockheed.

Le 28 décembre 2002, la Pologne, membre de l'Otan depuis 1999 et alors candidate à l'Union européenne, choisi d'acheter quarante-huit chasseurs F-16 à l'Américain Lockheed Martin pour son aviation militaire. Le grand perdant de cette histoire est le Français Dassault, qui étaient candidat à ce marché de 3,5 milliards de dollars avec son Mirage 2000-5. La décision du gouvernement polonais est d'autant plus surprenantes que la Pologne est sur le point d'adhérer à l'UE au , cette affaire prendra rapidement de fait une tournure politique au sein de l'UE. En effet, nombreux sont les observateurs à s'interroger sur l'attitude pro-américaine de la Pologne face à l'Europe qui lui ouvre ses portes. Charles Edelstenne PDG de Dassault en est le premier à s'offusquer : « Les Polonais étant très tentés par l'Otan, peut-être un peu plus que par l'Europe. »

 : L'enseigne Auchan se renforce en Pologne[modifier | modifier le code]

Un supermarché Auchan en Pologne à Białystok.

Le , l'enseigne de grande distribution française Auchan déclare que les autorités polonaises ont validé le rachat par Auchan des hypermarchés Real de l'allemand Metro. Cet accord avait été signé en 2012 et attendait le feu vert des autorités locales de la concurrence. Pour une somme de 1,1 milliard d'euros, l'enseigne Auchan devient propriétaire des 95 hypermarchés Real d'Europe centrale et d'Europe de l'Est, ainsi que de treize galeries marchandes (notamment 57 hypermarchés en Pologne, 16 en Russie, 2 en Ukraine et 20 en Roumanie). Cette transaction aura permis à Auchan de doubler sa présence en Europe centrale et de l'Est. La Pologne représente le gros du marché[35] (malgré le fait qu'Auchan devra céder huit magasins sur le lot des cinquante-sept, sur recommandation de l'autorité à la concurrence).

Avec ce rachat, Auchan disposait alors de 86 hypermarchés en Pologne, devenant le troisième pays au monde après la France et la Chine, pays où son implantation est la plus forte. Il s'agissait de la plus grosse transaction du groupe depuis 1996. Avec les 11 000 emplois de Real, Auchan comptait désormais 22 000 employés en Pologne[36].

 : L'« affaire Caracal »[modifier | modifier le code]

Le 4 octobre 2016, le gouvernement conservateur polonais a mis fin aux négociations avec Airbus Helicopters pour l'achat de cinquante hélicoptères Caracal, un contrat estimé à plus de trois milliards d'euros pour lequel l'industriel européen basé en France était en négociations exclusives depuis avril 2015. L'annonce est très mal reçue à Paris, à seulement quelques jours de la visite officielle de François Hollande. Le gouvernement polonais assure que la décision est économique, et qu'il était impossible de trouver un terrain d'entente sur les investissements compensatoires à réaliser en Pologne (pratique courante lors des grands contrats d'armements). Du côté français, les raisons sont d'avantage perçues avec l'angle politique, et l'argument utilisé n'est pas jugé recevable : Airbus offrait avec ce contrat un « package » industriel attractif à la Pologne : 3 250 emplois sur place, dont 1 250 directs et 2 000 induit et deux lignes d'assemblages[37]. Au total, la valeur des compensations avoisinaient les 100 % de la valeur du contrat.

Eurocopter EC-725 Cougar MkII

Au contraire les autorités françaises perçoivent cet affront commercial comme la continuité du positionnement du gouvernement polonais plutôt hostile à l'UE depuis son arrivée en 2015. Le gouvernement est même depuis 2016 dans le viseur de la Commission européenne qui menace de sanction le pays pour atteinte à l'État de droit[38]. Ce gouvernement, arrivé en 2015, avait fait campagne contre ce contrat signé par ses opposants et aurait préféré traiter avec les concurrents, notamment américains, déjà implantés en Pologne.

Plus enclins à négocier avec les Américains, dans le contexte du conflit ukrainien, et de la présence de troupes américaines sur le sol polonais, Varsovie a annoncé une semaine la rupture du contrat l'acquisition d'appareils Black Hawk de l'Américain Lockheed Martin.

Cette affaire a entrainé le report de la visite de François Hollande et, depuis, un refroidissement des relations franco-polonaises. Des députés de l'opposition polonaise ont déposé plainte pour « soupçon de délit » sur la manière dont le contrat a été rompu et sur une fuite de « documents à caractère confidentiel », laquelle pourrait notamment porter préjudice à Airbus. Airbus a annoncé s'être joint à la procédure[39].

 : L'« affaire Whirlpool »[modifier | modifier le code]

Le fabricant américain d’électroménager Whirlpool, dans le cadre d’une restructuration de ses activités européennes dans ce segment, annonce le 24 janvier son intention de cesser la production de sèche-linges dans son usine française d'Amiens au 1er juin 2018, pour la délocaliser en Pologne dans son usine de Łódź[40].

D'ici , la délocalisation de la production de sèche-linge entraînera la suppression de 290 emplois directs, auxquels s'ajoutent des dizaines d'intérimaires, ainsi qu'une soixantaine de postes du sous-traitant Prima. Cette affaire, née au cœur de la campagne présidentielle française a pris une tournure politique et est devenue un symbole de la course à la compétitivité que se livrent les pays de l'Union européenne et le dumping social qui peut avoir lieu dans les pays d'Europe de l'Est[41]. Outre le débat de politique nationale, cette affaire a fait ressortir les tensions politiques et économiques entre les deux pays. Le futur président, et au moment des faits candidat à la présidence, Emmanuel Macron déclarera dans la presse locale : « Dans les trois mois qui suivront mon élection, il y aura une décision prise sur la Pologne. Je mets ma responsabilité sur la table sur ce sujet, a-t-il prévenu. On ne peut pas avoir un pays qui joue des écarts fiscaux sociaux au sein de l’Union européenne et qui est en infraction avec tous les principes de l'Union. »[42] Il fait ainsi référence à la procédure de sanction de la part de la Commission européenne contre les réformes jugées anti-démocratiques de l'État polonais. Ce que le ministre des affaires européennes, Konrad Szymanski, qualifia de « populisme à l'état pur ».

19 mai 2017 : La cession d'EDF Polska[modifier | modifier le code]

Le 19 mai 2017, le groupe français EDF annonce avoir signé un accord pour céder à PGE Polska Grupa Energetyczna ses activités dans le charbon et le gaz en Pologne (EDF Polska), valorisées à près de 1,4 milliard d'euros (6,1 milliards de Złotys)[43].

PGE étant une société contrôlée par l'État polonais, et étant le principal producteur d’électricité en Pologne s'était positionné pour racheter les part d'EDF Polska et ce afin de garantir l'indépendance énergétique du pays. À ce titre, les autorités avaient même bloqué la cession fin 2016 des actifs de cogénération (chaleur et électricité) au fonds australien IFM Investors et les actifs de la centrale à charbon de Rybnik (électricité) au groupe tchèque EPH.

EDF prévoit par ailleurs de maintenir une présence en Pologne, via ses filiales EDF Énergies Nouvelles et Dalkia.

Caractéristiques des économies françaises et polonaises[modifier | modifier le code]

Comparaison graphique économies française et polonaise

Économie française[modifier | modifier le code]

Économie polonaise[modifier | modifier le code]

Depuis la fin de la guerre froide et son entrée dans l’économie de marché, la Pologne n’a cessé de s’ouvrir vers l’extérieur et se rapprocher des autres États européens. Membre de l'OMC depuis 1995, de l’OCDE depuis 1996 et de l’Union européenne depuis 2004, elle est depuis son adhésion, l’une des économies les plus dynamiques d’Europe centrale et orientale[44].

La robustesse de son économie s’est particulièrement manifestée et montrée en exemple par les dirigeants européens, lors de la crise de 2008, lorsqu’elle était le seul État de l’UE, à afficher un taux de croissance positif (+2,8 % en 2009). La Pologne, pour sa position en Europe et son grand marché intérieur (38,4 millions d’habitants) est perçue comme un marché incontournable et une porte d’entrée idéale vers les économies d’Europe centrale et orientale.

La Pologne, la « bonne élève de l’Europe » : une économie dynamique[modifier | modifier le code]

La Pologne, selon la Commission Européenne, est l’économie qui a connu le taux de croissance moyen depuis son accession le plus élevé de l’Union européenne en 2004 (3,93 %), seulement égalé par la Slovaquie (4,01 %). De plus, cette croissance semble durable, puisqu’elle a d’une part été la seule économie à afficher un taux de croissance positif en 2009, et d’autre part ne semble pas trop pâtir des sanctions de l’UE en direction de la Russie.

L’économie polonaise est ainsi jugée comme une bonne élève de l’Europe, notamment lorsqu’on la compare avec les 9 autres pays qui ont adhéré en 2004 à l’Union européenne. Elle représente à elle seule 36,4 % du PIB de cet ensemble en 2015.

Ce dynamisme matérialisé par la croissance économique s’explique par un processus important de modernisation et transformation de son économie lancé à la suite de la chute du régime communiste. Elle a bénéficié de l'augmentation de la demande extérieure et de la demande intérieure, soutenue par les investissements[45]. On peut désormais observer une convergence progressive de son économie vers celles de ses partenaires d’Europe occidentale. Son PIB par habitant à parité de pouvoir d’achat est passé de 49 % de la moyenne des 28 États de l’UE en 2004, à un seuil de 70 % en 2015. Son stock d’IDE quant à lui, a plus que quadruplé en une dizaine d’années. En effet, la Pologne est considérée comme faisant partie des pays les plus attractifs d'Europe en termes d'IDE[46], en raison notamment, en plus des éléments déjà cités, d'une main d’œuvre qualifiée, disciplinée et bon marché[47] et d'une fiscalité attractive pour les entreprises.

Ainsi, l'économie peut se reposer sur un secteur des services en constant développement et une large base industrielle (26,1 % de la valeur ajoutée), spécialisée notamment dans la transformation de produits intermédiaires, exportés par la suite vers les pays de l’Europe occidentale[44]. Enfin, le pays a été un des plus grands bénéficiaires des transferts communautaires liés aux programmes européens de cohésion. Ces fonds structurels (68 Mds € de fonds régionaux, 13,8 Mds € de PAC, et 8,7 Mds € au titre d'aide au développement rural sur la période 2007-2013) soutiennent la modernisation des infrastructures, l'innovation, la recherche et l'investissement public en général.

Un partenaire commercial majeur en Europe centrale orientale[modifier | modifier le code]
Une politique économique expansionniste[modifier | modifier le code]

Caractéristiques des relations économiques[modifier | modifier le code]

Échange de biens entre la France et la Pologne[modifier | modifier le code]

La Pologne est le premier partenariat économique et commercial de la France en Europe de l'Est[4]. Les échanges bilatéraux de bien sont en continuelle croissance pour atteindre un total de 16,7 Mds d’euros en 2015. Depuis 2008 le solde commercial de la France est négatif. 2014 marquait une amélioration, confirmée par l'année 2015 qui voit le déficit commercial s’élever à -1,2 Mds€. En effet en 2015, les exportations françaises en Pologne s’élevaient à 7,7 Mds € et les importations polonaises en France à 8,98 Mds €. Cette progressive résorption s'explique en partie par un différentiel de conjoncture (1,1 % de croissance du PIB en France en 2015 contre 3,6 % en Pologne). Ainsi les importations françaises en provenance de la Pologne progresse moins vite que les exportations.

Représentation graphique des échanges de biens entre les deux pays, ainsi que le solde commercial français[48].

La France est le sixième fournisseur de la Pologne avec une part de marché de 3,8 % (derrière, par ordre d’importance, l’Allemagne, la Chine, la Russie, l’Italie et les Pays-Bas). Elle reste loin derrière l'Allemagne qui représente 22,9 % des parts de marché. Elle est aussi le quatrième client de la Pologne avec 5,6 % des exportations polonaises qui y sont destinées (derrière l’Allemagne, le Royaume-Uni et la République tchèque)[49].

Coté français, la Pologne est le dixième marché français avec une part de 1,73 % dans nos exportations et le dixième fournisseur

La France dégage des excédents dans les secteurs tels que les cosmétiques, pharmacie, agricole, équipement électrique et industriel et produits métallurgiques, tandis que l’automobile, l’électronique, l’électroménager et surtout l’agroalimentaire sont les secteurs où les échanges avec la Pologne sont le plus déficitaires[50].

Investissements français en Pologne[modifier | modifier le code]

La France est un investisseur majeur, tant en flux qu’en stock d’investissements. Il y a eu 1,4 milliard d’euros de flux provenant de France en 2014. Les entreprises françaises sont fortement concentrées dans les secteurs des télécommunications (France Télécom), de l’énergie et de la grande distribution (Carrefour, Auchan, le groupe Casino, Leclerc), les banques (Crédit agricole, Caisse d'Epargne). Plus de 900 entreprises à participation française emploient directement près de 200 000 salariés, pour un chiffre d’affaires de 28,2 Mds en 2015[50].

Entreprises françaises présentes en Pologne[modifier | modifier le code]
Entreprises polonaises présentes en France[modifier | modifier le code]

Relations diplomatiques[modifier | modifier le code]

Relations culturelles[modifier | modifier le code]

Depuis ces dernières années, de nombreux échanges Erasmus et des doubles diplômes franco-polonais[51] ont permis à de nombreux étudiants polonais de venir en France et à des étudiants français d'aller en Pologne.

Personnalités[modifier | modifier le code]

Plusieurs personnalités (pour grande partie issues des familles polonaises émigrées en France) ont marqué l'histoire commune des deux pays au cours des siècles. Voici une liste de portrait non exhaustive de ces personnalités :

Frédéric Chopin (1810-1849)[modifier | modifier le code]

Frédéric Chopin, né Fryderyk Franciszek Chopin, est un compositeur et pianiste virtuose franco-polonais (Français du côté de son père, polonais du côté de sa mère). Chopin est considéré comme étant l'un des plus grands compositeurs de musique de la période romantique, et l'un des plus célèbres pianistes du XIXe siècle.

Marie Skłodowska-Curie (1867-1934)[modifier | modifier le code]

Portrait de Marie Curie en 1900

Marie Skłodowska-Curie, née Maria Salomea Skłodowska est une physicienne et chimiste polonaise, naturalisée française. Née à Varsovie au sein du Royaume du Congrès (actuelle Pologne), elle est l'épouse du scientifique français Pierre Curie. Scientifique de renommée mondiale, elle est la première femme à recevoir un prix nobel et reste la seule femme à en avoir reçu deux dans deux domaines scientifiques distincts (Prix Nobel de chimie en 1903 et prix Nobel de Chimie en 1911).

Biographie[modifier | modifier le code]

Né sous l'empire russe en 1867, d'une famille bourgeoise, elle est une élève brillante à l'université. En 1891, elle décide de partir pour Paris pour continuer ses études à la faculté des sciences de Paris, tout en ayant l'intention de revenir plus tard enseigner en Pologne. Elle rentre finalement en 1894, au laboratoire des recherches physiques de Gabriel Lippmann, au sein duquel la Société d'encouragement pour l'industrie nationale. C'est cette année qu'elle rencontrera Pierre Curie lui aussi scientifique. Il l'a convaincra de rester en France et de l'épouser. Marie Curie, qui cherche alors un sujet de thèse de doctorat, choisit de se consacrer à l'étude des rayonnements de Becquerel. En étudiant la radioactivité avec son mari dans leur hangar avec un équipement de fortune, ils découvriront deux nouveaux éléments, le polonium, quatre cents fois plus radioactif que l'uranium (nommé en hommage à la Pologne) et le radium, neuf cents fois plus rayonnant que l'uranium.

Le 10 décembre 1903, Marie Curie reçoit avec son mari Pierre Curie et Henri Becquerel, le prix Nobel de physique « en reconnaissance de leurs services rendus, par leur recherche commune sur le phénomène des radiations découvert par le professeur Henri Becquerel ». Le nom de Marie Curie ne sera ajouté qu'a la demande de son mari, alors qu'il était initialement absent dans la nomination du prix. En 1906, Pierre Curie meurt renversé accidentellement par une voiture à cheval, meurtrie par cette perte elle continuera néanmoins ses recherches. Elle devient la première femme professeure à la Sorbonne. En 1911, elle reçoit le prix Nobel de chimie « en reconnaissance des services pour l’avancement de la chimie par la découverte de nouveaux éléments : le radium et le polonium, par l’étude de leur nature et de leurs composés »

Postérité[modifier | modifier le code]

La renommée de Marie Skłodowska-Curie ne s'arrête pas à la Pologne et à la France, même si pour ces deux pays elle est l'une des scientifiques les plus reconnues et influentes de leur histoire (elle est classée selon le Panthéon du MIT, comme la 4e personnalité polonaise la plus connue dans le monde[52])

Autres personnalités[modifier | modifier le code]

Plusieurs personnalités publiques françaises du XXe siècle et du XXIe siècle appartiennent à de grandes familles polonaises comme la famille Poniatowski et la famille Kosciusko-Morizet par exemple :

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Bronisław Geremek, Marcin Frybes; Kaléidoscope franco-polonais, Noir sur Blanc/ IAM, 2005[53]
  • Yves Beauvois, Les relations franco-polonaises pendant la « Drôle de guerre », Paris, L’harmattan, 1989.
  • Roman Dziergwa, La France et la Pologne au-delà des stéréotypes, Paris, Institut d’études slaves, 2004.
  • Dariusz Jarosz, Maria Pasztor, Conflits brûlants de la Guerre froide. Les relations franco-polonaises de 1945 à 1954, Panazol, Lavauzelle, 2005.
  • Pierre Le Goyet, France-Pologne, 1919-1939. De l’amitié romantique à la méfiance réciproque, Paris, éditions France-Empire, 1991.
  • Bernard Michel, Józef Łaptos, Les relations entre la France et la Pologne, Cracovie, Eventus, 2002.
  • Henry Rollet, « Deux mythes des relations franco-polonaises entre les deux guerres », Revue d’histoire diplomatique, juillet-décembre 1982, p. 217-236.
  • Tomasz Schramm, Henryk Bułhak, « La France et la Pologne, 1920-1922. Relations bilatérales ou partie d’un système européen de sécurité ? », Guerres mondiales et conflits contemporains, 1999, no 193, p. 39-52.
  • Georges-Henri Soutou, « L’alliance franco-polonaise (1925-1933) ou comment s’en débarrasser ? », Revue d’histoire diplomatique, no 2-3-4, 1981, p. 295-348.
  • Andrzej Nieuważny (pl), Christophe Laforest, De tout temps amis. Cinq siècles de relations franco-polonaises, Nouveau Monde éditions, 2004 (ISBN 978-2-84736-083-7)

Notes et références[modifier | modifier le code]

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  2. « Présentation et historique », sur La France en Pologne - Ambassade de France en Pologne (consulté le 8 juin 2017).
  3. a, b, c et d Claude Laforest, Andrzej Nieuwazny, De tout temps amis, Nouveau Monde éditions, (ISBN 2-84736-083-2), p. 443.
  4. a et b Ministère des Affaires étrangères et du Développement international, « Pologne », sur France Diplomatie : : Ministère des Affaires étrangères et du Développement international (consulté le 1er janvier 2017).
  5. Georges Mond, « Les relations franco-polonaises après 1945 », Revue d'études comparatives Est-Ouest,‎ , p. 24 (lire en ligne).
  6. Frédéric Dessberg, « La Pologne vue de France : un aperçu historiographique », Revue historique des armées,‎ , p. 16 (ISSN 1965-0779, lire en ligne).
  7. Gładysz, Mikołaj, Zapomniani krzyżowcy Polska wobec ruchu krucjatowego w XII-XIII wieku, Wydawn. "DiG", (ISBN 8371813112, OCLC 266960030, lire en ligne).
  8. http://www.anazarian.net/morimond.html
  9. Dimitri Casali, Napoléon Bonaparte, Larousse, (ISBN 978-2-03-584170-4), p. 407.
  10. Antenne 2, « Plateau Simone Signoret, Michel Foucault », Journal télévisé 20H, 06 octobre 1982.
  11. Quentin Hemmerstoffer, Vers le « Marché unique » : les milieux patronaux bretons et l'Europe (1986-1992), Mémoire, Institut d'études politiques de Rennes, 2012, p. 52 (lien vers le PDF).
  12. « Pologne: retour sur 10 mois de politique ultra-conservatrice », sur geopolis.francetvinfo.fr (consulté le 26 septembre 2017)
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  14. « Pologne: retour sur 10 mois de politique ultra-conservatrice », sur geopolis.francetvinfo.fr (consulté le 18 septembre 2017)
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  18. « Qu'est-ce que « l'Europe à plusieurs vitesses » ? », Toute l'Europe.eu,
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  20. service international, « Andrzej Duda, le président élu de Pologne, un inconnu grandi dans l’ombre des frères Kaczynski », Le Monde.fr,‎ (ISSN 1950-6244, lire en ligne)
  21. Michel Cabirol, « Hélicoptères : pourquoi la Pologne se moque vraiment de la France », sur La Tribune,
  22. « Brouille franco-polonaise : après les hélicoptères, la fourchette - France 24 », France 24, (consulté le 18 septembre 2017)
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  27. René Girault, Emprunts russes et investissements français en Russie. 1887-1914. Recherches sur l'investissement international, Paris, Armand Colin, , p. 516
  28. L. Jilek, « Impasses d'une « politique nationale » d'approvisionnement : capitaux français dans les pétroles de Galicie 1918-1926 », Relations internationales no 43,‎ , p. 323-341.
  29. « E. Leclerc en Pologne, 20 ans déjà (1995-2015) « Sto Lat ! » / Joyeux anniversaire ! », E. Leclerc Histoire et Archives (consulté le 19 septembre 2017)
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  32. « Télécommunications : France Télécom en Pologne », sur L'Usine nouvelle, (consulté le 20 juin 2017).
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  34. Maja Zoltowska, « France Télécom s'avance en Pologne. Il a obtenu l'exclusivité pour acquérir 35 % du capital de l'opérateur historique TPSA », sur Libération,
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  40. Philippe Jacqué, « Whirlpool va délocaliser la fabrication de sèche-linges d’Amiens en Pologne », sur Le Monde, (consulté le 16 juin 2017)
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  51. http://www.pologne.campusfrance.org/fr/page/doubles-diplomes-franco-polonais
  52. « http://pantheon.media.mit.edu/rankings/people/PL/all/-4000/2010/H15 », sur Pantheon (consulté le 20 septembre 2017)
  53. http://ksiegarniaedukator.pl/index.php/s/wyniki/k/tytuly/lt/K

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]