Jean-Jacques Dortous de Mairan

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Jean-Jacques Dortous de Mairan
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Gravure de Simon Charles Miger d’après Charles-Nicolas Cochin.

Naissance
Béziers
Décès (à 92 ans)
Paris
Activité principale

Jean-Jacques Dortous de Mairan[1], né à Béziers[2] le et mort à Paris le , est un mathématicien, astronome et géophysicien français.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Appartenant une famille de petite noblesse, Mairan perdit son père à quatre ans et fut élevé par sa mère, qui, remarquant son intelligence, prit le plus grand soin de son éducation. Il avait seize ans quand sa mère mourut, mais ne profita de cette indépendance qu’en se dirigeant vers l’étude. À sa sortie du collège de Toulouse, il traduisait le grec à livre ouvert.

En 1698, il se rendit à Paris et, durant un séjour de quatre années, il s’appliqua principalement aux mathématiques et à la physique. De retour dans sa ville natale, il reprit ses études favorites. Les instances d’un de ses amis l’arrachèrent enfin à cette vie obscure et tranquille, dans laquelle il se plut longtemps et qui convenait bien à son caractère calme, réfléchi et exempt d’ambition. Seule ombre à ce tableau à cette époque, l'ébranlement ressenti par Mairan à la lecture de Spinoza[3].

S’étant décidé à envoyer, de 1715 à 1717, quelques mémoires à l’Académie de Bordeaux, il fut couronné trois fois de suite ; pour le récompenser de cette succession de triomphes autant que pour exclure des concours un rival si redoutable, la société s’empressa de l’admettre au nombre des juges.

Âge mûr[modifier | modifier le code]

Songeant à déployer ses talents sur un plus vaste théâtre, Mairan vint s’établir à Paris, où il était avantageusement connu des savants par ses publications ainsi que par trois nouvelles dissertations sur la roue d’Aristote et divers points d’histoire naturelle. Ces travaux motivèrent l’accueil empressé fait à leur auteur par l’Académie des Sciences, qui le reçut, le , en qualité d’associé géomètre, sans lui imposer l’épreuve préliminaire d’adjoint.

Six mois plus tard, il remplaça Michel Rolle, qui avait pris sa retraite le . Dès lors il se montra très régulier aux séances de l'Académie, où il fit de fréquentes lectures. Vers cette époque il commença à donner les principes de sa théorie du chaud et du froid, continués en 1721 et entièrement développés en 1765. Il s’occupa aussi, jusqu’en 1740, d’un travail non moins remarquable sur la réflexion des corps, matière à peu près aussi neuve que la précédente et qui n’avait offert à son observateur vulgaire aucun sujet d’observations neuves.

Еn 1721, il fut chargé, conjointement avec Pierre Varignon, de corriger les erreurs commises dans le jaugeage des navires et de prévenir, au moyen d’une méthode plus exacte, les plaintes du commerce et les fraudes des marchands. Dans ce but, il visita les principaux ports de la Méditerranée. Le procédé de l’intendant Hocquart, qu’il améliora, fut adopté de préférence à celui de Varignon ; un commissaire général de la marine, du nom de Deslandes, ayant osé le critiquer en termes grossiers, fut obligé, après quelques débats, de faire une réparation publique tant à Mairan qu’à l’Académie.

Au retour de ce voyage, en 1723, Mairan fit halte dans sa ville natale où, de concert avec ses amis Jean Bouillet et Antoine Portalon, il fonda, sous la protection du cardinal de Fleury, l’Académie de Béziers, destinée à répandre dans le Midi le goût des sciences exactes.

En 1740 il fut choisi pour remplacer Fontenelle dans la charge de secrétaire perpétuel ; mais il ne l’accepta qu'à la condition de s’en démettre au bout de trois années. Fontenelle avait été très brillant dans cette fonction, mais Mairan remplit ses devoirs assez bien pour que cela lui ouvre en 1743 les portes de l’Académie française, où il s'assit dans le fauteuil laissé vacant par le marquis de Sainte-Aulaire.

Il était également membre des sociétés royales de Londres, d’Édimbourg et d’Uppsala, de l’Académie de Saint-Pétersbourg, de l’Institut de Bologne (en), de l’Académie de Rouen, etc. Vers le même temps, il fut appelé par le chancelier d’Aguesseau à présider la rédaction du Journal des sçavans.

Vieillesse[modifier | modifier le code]

La vieillesse fut loin d’être pour Mairan l’âge du repos. Non seulement il suivait assidûment les séances des deux académies dont il faisait partie, mais il composait de nouveaux ouvrages, corrigeait les anciens, en donnait des réimpressions augmentées, et entretenait avec les savants et les érudits de toute l’Europe une correspondance régulière. Ami des Philosophes, il fréquentait également régulièrement les salons de Mme de Tencin et d’Anne-Thérèse de Lambert.

Il mourut à quatre-vingt-douze ans et trois mois, d’un rhume qui se changea en fluxion de poitrine. « Le jour fatal, raconte Melchior Grimm, où il devait dîner au Temple chez M. le prince de Conti, il eut pitié de ses porteurs ; il ne voulut pas qu’ils fissent par un temps aussi rigoureux une course aussi considérable que celle du Louvre au Temple. Il se mit dans un fiacre, qui ne put le mener qu’à la porte du Temple ; il fallut traverser les cours à pied ; il prit du froid, et rentra chez lui pour n’en plus sortir. »

Caractère[modifier | modifier le code]

Comme Fontenelle, à qui il ressembla par les agréments de l’esprit, le calme du caractère et la longue vie, Mairan fut un philosophe discret et un écrivain spirituel. Aux recherches pour les savants, il sut allier l’art de plaire pour le public. « Mais il n’était pas seulement l’interprète élégant des sciences, dit Abel-François Villemain, il en avait le génie. On le vit tour à tour appliquer la science à des objets d’utilité pratique ou l’étendre par de belles et neuves expériences. Géomètre, physicien, astronome, il découvrit là où Fontenelle avait agréablement parlé… Son esprit, non moins étendu que pénétrant, s’était porté sur toutes choses. Enfin Mairan est partout un délicat observateur, un philosophe ingénieux, un écrivain précis, élégant et de bon goût. Voltaire, qui, dans la ferveur de ses études mathématiques, avait souvent consulté ce maître habile, lui porta toujours grande estime, sans oser pourtant le préférer à Fontenelle, dont Mairan n’a pas les défauts, mais dont il a le piquant et la grâce. »

Homme doux, honnête et obligeant, à la politesse aimable, à la gaieté ingénieuse, d'un commerce sûr, Mairan se fit beaucoup d’amis. On l’a accusé d’égoïsme, et il faut dire qu’il rapportait tout à lui-même, et que son bien-être lui était presque aussi cher que le soin de sa réputation. Le Régent, qui l’avait eu pour secrétaire, lui légua sa montre comme une preuve particulière d’estime[4] ; le prince de Conti et d’autres grands seigneurs le comblèrent de bienfaits. La douceur de ses manières le fit regarder dans le monde comme un modèle de vertus sociales.

« M. de Mairan possède en profondeur ce que M. de Fontenelle avait en superficie. Faites-moi l'amitié de me chercher son feu central. »

— Voltaire, Lettre du à Thiériot[5]

Travaux[modifier | modifier le code]

Les nombreux écrits que publia Mairan sur différentes parties d’astronomie, de géométrie, de physique et d’histoire naturelle témoignent de la variété et de l’étendue de ses connaissances. Tous les savants du siècle dernier[pas clair] adoptèrent son baromètre d’épreuve pour expérimenter le vide. Lorsqu’il voulut déterminer la longueur du pendule à secondes, il se servit d’une toise en fer, vérifiée avec les précautions les plus minutieuses ; les savants des États pontificaux l'employèrent ensuite comme étalon pour la mesure du méridien[6].

Il possédait à fond la théorie de la musique, et jouait également bien de plusieurs instruments. Il était versé dans la chronologie et l’Antiquité, et parlait des beaux-arts en homme de goût, ainsi que le prouve son mémoire sur la balance des peintres de Roger de Piles, c’est-à-dire sur la façon d’apprécier leur mérite respectif.

En 1729, il réalisa une expérience sur la sensitive[7] démontrant l’existence du rythme circadien chez les plantes ; ce rythme provenait vraisemblablement d’une horloge endogène[8].

En 1731, il observa une nébulosité, nommée plus tard M43, autour d’une étoile près de la nébuleuse d'Orion.

Principales publications[modifier | modifier le code]

Correspondance[modifier | modifier le code]

Avec Malebranche[modifier | modifier le code]

Avec Mme du Châtelet[modifier | modifier le code]

Avec le père Dominique Parrenin[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Plaque sur la mairie de Maureilhan

Compléments[modifier | modifier le code]

Honneurs[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. On trouve « D'Ortous de Mairan », par exemple sur la page de titre de la Dissertation sur les variations du baromètre.
  2. Selon Raymond Ros (Pages d'histoire biterroise), Mairan est plutôt né au domaine de la Trésorière dans la commune de Maureilhan.
  3. Moreau, p. 1.
  4. Michaud.
  5. Lettre de Voltaire.
  6. L'une des grandes entreprises scientifiques du siècle.
  7. Mimosa pudica.
  8. Émile Biémont (membre de l'Académie royale des sciences, des lettres et des beaux-arts de Belgique), Le règne du temps, Bebooks, , 368 p. (ISBN 978-2-8031-0505-2), p. 98
  9. Ou : sur Gallica.
  10. Selon Moreau (p. viii), le premier manuscrit autographe n'est pas de Malebranche et le second est de l'abbé Lanion ; Malebranche écrit lui-même : « L’auteur des Méditations Métaphysiques est monsieur l’abbé de Lanion » (Briefwechsel zwischen Leibniz und Malebranche, p. 339).
  11. « C’est la première controverse scientifique d’envergure entre un homme et une femme. » Texte sur le site de Gallica.
  12. On a aussi, aux archives Bernoulli à Bâle, la correspondance entre Mairan et Jean II Bernoulli : Élisabeth Badinter, Les passions intellectuelles : exigence de dignité (1751-1762), p. 215.

Liens externes[modifier | modifier le code]

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