Charles-Irénée Castel de Saint-Pierre

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Charles-Irénée Castel de Saint-Pierre
Description de cette image, également commentée ci-après
L’abbé de Saint-Pierre, père de la polysynodie
et inspirateur de la pensée politique de Rousseau.
Naissance
Saint-Pierre-Église (France)
Décès (à 85 ans)
Paris (France)
Nationalité Drapeau de la France France
Profession
Distinctions

Charles-Irénée Castel de Saint-Pierre, né le 18 février 1658 au château de Saint-Pierre-Église et mort le 29 avril 1743 à Paris, est un écrivain, diplomate et académicien français, précurseur de la philosophie des Lumières. Il est surtout connu pour avoir pensé qu'un monde sans guerre était possible.

Biographie[modifier | modifier le code]

L’abbé de Saint-Pierre est issu d’une famille de noblesse du Bessin par sa mère et d’une autre du Val de Saire par son père, marquis de Saint-Pierre et grand bailli du Cotentin, descendant de Lucas Acher, seigneur du Mesnil-Vitey à Airel. À ce titre, il est parent de la femme d’un autre membre de l’Académie française, Jean Regnault de Segrais, également seigneur du Mesnil-Vitey.

Il est le cadet de cinq enfants[1]. Sa nature fragile l’empêchant de faire carrière dans les armes, après ses études chez les jésuites, il entre dans les ordres. Grâce à des relations familiales, il devient premier aumônier de la duchesse d’Orléans et abbé de Tiron en 1702.

Il fréquente assidûment les salons de Mme de La Fayette, de la marquise de Lambert et de Mme de Tencin, y liant des amitiés, notamment avec Fontenelle. Fontenelle le propose à l’Académie française ; il y est élu en 1695, au 8e fauteuil, en remplacement de Bergeret, et n'ayant alors encore presque rien écrit. Votent contre son admission : Bossuet, La Bruyère et Boileau. Cette péripétie est l’un des épisodes de la querelle des Anciens et des Modernes, l’abbé de Saint-Pierre étant certainement l'un des premiers « modernes » et des premiers représentants du siècle des Lumières.

Négociateur du traité d’Utrecht (1712-1713) - mettant fin à la guerre de Succession d'Espagne, il s’inspire de ses discussions difficiles pour concevoir le Projet de paix universelle entre les nations qui le rendra célèbre.

En 1718, durant la Régence, il publie La Polysynodie ou la pluralité des conseils, ouvrage dans lequel il exalte la manière de gouverner du Régent et critique ouvertement la politique du défunt Louis XIV, qu’il juge despotique ; il propose le remplacement des ministres, nommés par le roi, par des conseils élus. Cela lui vaut d’être exclu de l’Académie française à l'unanimité, sauf pour le vote de son compatriote Fontenelle, qui proteste contre cette mesure extrême. Son fauteuil demeure toutefois vide jusqu'à sa mort, le Régent ne voulant pas qu'il soit remplacé.

Il continue de fréquenter les salons littéraires, participe à la fondation du club de l'Entresol de l’abbé Alary en 1724, et milite pour le développement de l’instruction publique.

L’abbé de Saint-Pierre porte partout l’esprit de réforme. Dans son Projet pour perfectionner l’orthographe des langues de l’Europe (1730), il propose d'écrire « diqsionnaire, fransès, enquore[2] », etc. Voici un extrait de sa conclusion:

« Ce n'a pas été sans quelque peine & mème sans quelque dégout que j'ai mis cet ouvraje en l'état où il est, quoi-que peut-être encore assez imparfait ; mais j'ai consideré que peu de gens un peu habiles se rezoudroient à travailler avec constance sur une matiere si méprizée par le gros dez Lecteurs, si dificile à bien traiter, & cependant si inportante dans le fond au bonheur des enfans & à l'honeur de la naçion ...»[3]

La langue française lui doit les mots « gloriole » et « bienfaisance[4] ».

Projet pour rendre la paix perpétuelle en Europe[modifier | modifier le code]

L'Abbé de saint-Pierre était novateur sur plus d'un point, mais c'est particulièrement le cas de son Projet pour rendre la paix perpétuelle en Europe, qu'il écrit en 1712. Il accompagne un négociateur au traité d'Utrecht et se rend compte que la signature du traité (ce qu'il généralise à tous les traités de paix) « se rédui[t] à se faire des promesses mutuelles [...] tant que l'on se contentera de pareils moyens, on n'aura jamais de sûreté suffisante, de l’exécution du traité, ni de moyens suffisant pour terminer équitablement, et surtout sans Guerre, les différents »[5].

Il brise alors l'idée populaire que l'équilibre des puissances en Europe est le meilleur moyen de maintenir la paix. Et montre qu'au contraire cet équilibre mène à une course aux armements des nations puissantes qui veulent s'assurer l'ascendant en cas de rupture de la paix : « qui ne voit que dans le système de l'équilibre on ne trouve de sûreté que les armes à la main ?»[6]

Il propose alors une sorte de traité alternatif, encré dans la pratique, dans lequel il imagine la constitution d'une Diète générale d'Europe, qui fonctionnerait à la manière des diètes que connaissent les sept souverainetés de Hollande ou les treize de Suisse. Il conçoit un conseil permanent en Europe, auquel siégeraient des délégués des dix-huis principales souverainetés : France, Espagne, Angleterre, Hollande, Portugal, Suisse&associé, Florence&associé, Gênes&associé, États pontificaux, Venise, Savoie, Lorraine, Danemark, Courlande (nord de la Lituanie)&Dantzig&ect, L'empereur & le Saint Empire, Pologne, Suède et finalement Moscovie.

Encore une fois, il faut préciser que pour Charles-Irénée Castel, ce projet n'était pas un simple discours théorique, il pensait que celui-ci était « à la portée et au pouvoir des souverains d'aujourd'hui »[5]. Il s'attelle à prouver sa faisabilité et à résoudre les problèmes diplomatiques que son idée pourrait engendrer.

L'ouvrage connut un retentissement certain. Il influença Jean-Jacques Rousseau qui le reprendra en 1761 pour le critiquer voyant dans la vision de Saint-Pierre un système allant dans l'intérêt des rois mais contraire à celui des peuples. Kant fait son éloge en 1750 et s'inspirera de ses idées dans son essai Vers la paix perpétuelle (1795). Les idées de Saint-Pierre se trouveront ainsi à la base de la politique diplomatique instaurée en 1814-1815 et habituellement dénommée « concert européen »[7].

Œuvres[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Listes d'ouvrages[modifier | modifier le code]

  • Subha Sree Pasupathy a établi une liste d'ouvrages de l’abbé de Saint-Pierre[8].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. L'aîné avait priorité ; pour les puînés, le choix était limité et s'énonçait souvent de la façon suivante : l'Église ou les armes.
  2. Brunet, Manuel du libraire, t. IV, p. 193
  3. Charles-Irénée Castel de Saint-Pierre, Projet pour perfectionner l'orthographe des langues d'Europe, par M. l'abbé de Saint-Pierre, (lire en ligne)
  4. D'après J. Dubois, G. Jouannon et R. Laganne, Grammaire française, Larousse, (réimpr. mars 1993), p. 166.
  5. a et b Charles-Irénée Castel de Saint-Pierre, Projet pour rendre la paix perpétuelle en Europe, [s.n.][s.n.], (lire en ligne)
  6. B. Bernardi, « L'idée d'équilibre européen dans le jus gentium des modernes », sur www.perspectivia.net, (consulté le 23 mai 2018)
  7. Jacques-Alain de Sédouy, Le Concert européen. Aux origines de l’Europe 1814-1914, Fayard, 2010, p.30 et suiv
  8. Cf. Subha Sree Pasupathy, « Liste chronologique des éditions posthumes des ouvrages de l'abbé Castel de Saint-Pierre », .

Sources[modifier | modifier le code]

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Carole Dornier et Claudine Poulouin (dir.), Les projets de l'abbé Castel de Saint-Pierre (1658-1743) : Pour le plus grand bonheur du plus grand nombre, Caen, Presses universitaires de Caen, 2011, 296 p.
  • Jean-Pierre Bois, L’abbé de Saint-Pierre : Entre classicisme et Lumières, Champ Vallon, 2017, 376 p. (ISBN 979-10-267-0511-6) [présentation en ligne]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]