Loi renforçant la sécurité et protégeant la liberté des personnes

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Loi sécurité et liberté

Présentation
Titre Loi renforçant la sécurité et protégeant la liberté des personnes
Pays Drapeau de la France France
Langue(s) officielle(s) Français
Type Loi
Adoption et entrée en vigueur
Gouvernement Gouvernement Raymond Barre (3)
Promulgation 2 février 1981

La loi no 81-82 du 2 février 1981 renforçant la sécurité et protégeant la liberté des personnes, appelée en abrégé Loi sécurité et liberté, est une loi promulguée à la fin du septennat de Valéry Giscard d'Estaing.

Contexte politique[modifier | modifier le code]

Un des éléments pesant sur l'équilibre à trouver entre Liberté et Sécurité est la multiplication d'actes terroristes en France dans la deuxième partie des années 1970, amenant le ministre de la Justice, Alain Peyrefitte, à travailler sur un nouveau projet législatif[1]. Cette loi, discutée au Parlement fin 1980, à la fin du septennat de Valery Giscard d'Estaing, est débattue dans un climat politique passionné, où la droite accuse la gauche de laxisme, et où la gauche accuse la droite de porter atteinte aux libertés fondamentales[2],[3],[4],[5],[6],[7].

Pendant la campagne des élections présidentielles de 1981, le candidat François Mitterrand, dans ses 110 propositions pour la France, promet d'ailleurs d'abroger cette « loi liberticide » s'il est élu[8].

Principales dispositions législatives[modifier | modifier le code]

La loi Waldeck-Rousseau sur la relégation est restée appliquée jusqu’en 1970, date à laquelle la loi du 17 juillet 1970 substitue à la relégation la tutelle pénale qui est à son tour abrogée par la loi du 2 février 1981[9].

Préparée par le Garde des sceaux Alain Peyrefitte et par son conseiller personnel Vincent Lamanda au cours du premier semestre 1980, la loi Sécurité et Liberté, votée fin 1980 et promulguée en février 1981[10] (les derniers décrets d'application étant émis en mai 1981[11]), possède un volet répressif et un volet concernant l'aide aux victimes[10].

Par décision no 80-127 DC des 19 et 20 janvier 1981, le Conseil constitutionnel valide 96 articles sur les 100 que comporte la loi, et en censure quatre (les articles 66, 92, 94 et 100)[12].

Aspects répressifs[modifier | modifier le code]

La nouvelle loi a notamment pour objet :

Aide aux victimes[modifier | modifier le code]

Le système d’indemnisation des victimes d’infractions graves est, par cette loi, élargi à toute victime qui avait subi un préjudice physique, moral ou matériel du fait d’une infraction pénale[16].

Comparution immédiate et garde à vue[modifier | modifier le code]

La loi substitue, à la procédure des « flagrants délits », une procédure mieux encadrée de « saisine directe du tribunal correctionnel » (articles 48 à 52 de la loi). En effet, la loi du 20 mai 1863 sur le flagrant délit prévoyait que les prévenus arrêtés en flagrant délit étaient immédiatement conduits devant le procureur qui les interrogeait, les traduisait sur le champ devant le tribunal correctionnel ou les plaçait lui-même sous mandat de dépôt dans l'attente de leur jugement à l’audience du lendemain. Cette loi, formellement abrogée à la suite de la promulgation du code de procédure pénale en 1958, était alors reprise dans les articles 393 à 397 du nouveau code. Le fond du droit ne changeait pas : la procédure était rapide et sommaire ; les droits du prévenu étaient très réduits. La Loi sécurité et liberté réforme la procédure en instituant la procédure de saisine directe de la juridiction : la présence obligatoire de l'avocat est désormais prévue (ce qui n'était pas le cas auparavant) et il y a allongement du délai laissé au prévenu pour préparer sa défense (auparavant, le délai était de 3 jours au maximum)[17].

Abrogation de certaines de ses dispositions[modifier | modifier le code]

Deux ans après l'accession de François Mitterrand à la présidence, et à la suite du rapport du Comité Léauté[18], une partie des dispositions de la loi Sécurité et Liberté est abrogée par la loi du 10 juin 1983[1]. Ainsi ne sont pas abrogées certaines dispositions relatives aux délais de prescription et aux droits des victimes ; de même la procédure de saisine directe est conservée sous le terme, toujours en vigueur, de comparution immédiate, tout en prévoyant un élargissement des droits des prévenus[15].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a b et c « Liberté vs Sécurité. Quand la France a fait le choix de la sécurité (1976-1982) », France Info,‎ (lire en ligne)
  2. Philippe Boucher, « M. Giscard d'Estaing souhaite l'adoption d'un projet de loi sur la protection des libertés individuelles. Liberté, sécurité, écran de fumée », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  3. « Le projet de loi " sécurité et liberté " continue de susciter des réactions hostiles », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  4. « M. Georges Marchais pour le retrait », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  5. « M. Serge July : " Les manichéismes de feu la loi sécurité et liberté " », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  6. Gilles Bresson, « Mort d'Alain Peyrefitte, le censeur gaulliste. Il avait été ministre sous de Gaulle, Pompidou et Giscard », Libération,‎ (lire en ligne)
  7. Andréa Fradin, « "La sécurité est la première des libertés. " Ou l’inverse ? », L'Obs,‎ (lire en ligne)
  8. La proposition no 52 affirmait l'« abrogation des procédures d’exception (cour de sûreté, tribunaux militaires en temps de paix), de la loi anti-casseurs et de la loi Peyrefitte. Le principe fondamental de présomption d’innocence sera réaffirmé. »
  9. Marc Ancel, Revue de science criminelle et de droit pénal comparé, Éditions Sirey, , p. 323
  10. a et b Bertrand Le Gendre, « La loi " Sécurité et Liberté " entre en application », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  11. Bertrand Le Gendre, « Sécurité et Liberté (fin) », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  12. Voir la décision intégrale du Conseil constitutionnel, qui a longuement et précisément motivé son arrêt de déclaration de conformité.
  13. Bertrand Le Gendre, « Le changement d'orientation de la politique pénale, M. Léauté : la société a des devoirs à l'égard des délinquants », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  14. J.-Y. L., « La commission des lois prend du retard », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  15. a et b « La prise d'empreintes digitales ou de photographies est autorisée dans certains cas de vérification d'identité. L'Assemblée nationale a adopté, mardi 19 avril, en deuxième lecture, le projet de loi abrogeant ou révisant certaines dispositions de la loi du 2 février 1981, dite loi " sécurité et liberté " », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  16. Bertrand Le Gendre, « La solitude de la victime », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  17. Bertrand Le Gendre, « L'application de la loi " Sécurité et Liberté " Les nouveaux " flags " », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  18. « Douze personnalités pour réviser " Sécurité et Liberté " », Le Monde,‎ (lire en ligne)

Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]