Charte graphique de la communication gouvernementale en France

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Le logo utilisé par les institutions du gouvernement français.

La charte graphique de la communication gouvernementale est la charte graphique utilisée en France par les services du gouvernement. Elle a été adoptée en 1999 par le gouvernement de Lionel Jospin et s'articule autour d'un logo associant Marianne, le drapeau tricolore et la devise Liberté, Égalité, Fraternité pour représenter la République française.

Histoire[modifier | modifier le code]

François Mitterrand, lorsqu'il était président de la République, s'est déjà vu proposer par Jacques Séguéla l'idée d'un logo pour les institutions de l'État. Il l'avait toutefois refusée, la jugeant trop publicitaire[1],[2].

En 1997, la Cour des comptes constate dans un rapport qu'un « kaléidoscope de symboles différents » existe dans les publications de l'administration[2]. Son auteur, Bernard Candiard, devenu ensuite directeur du Service d'information du gouvernement (SIG), lance au sein de cet organisme le projet de la création d'un logotype avec Nicole Civatte[3].

Après un appel d'offres lancé en 1998, la création du logo est confiée à l'agence Audour Soum (qui a ensuite fusionné avec l'agence Hémisphère droit, filiale du groupe de Séguéla)[4], avec Evelyn Soum comme responsable de projet[5]. Dessiné par la graphiste Isabelle Bauret, le logo répond à un cahier des charges établi « au terme d'une investigation croisant l'analyse sémiotique, des entretiens avec des hauts fonctionnaires, ainsi que des réunions avec le grand public »[6]. Il est testé par la Sofres auprès du public et d'agents de l'État avant d'être diffusé[7].

Son adoption est néanmoins délicate dans un contexte de cohabitation. Ainsi le président de la République, Jacques Chirac, consulté par le gouvernement en , hésite dans un premier temps à toucher à l'intégrité du drapeau[8].

La charte graphique est finalement introduite par la circulaire no 4.694/SG signée par le Premier ministre, Lionel Jospin, le [9].

Le logo constitue une marque graphique que le SIG a enregistrée auprès de l'Institut national de la propriété industrielle (INPI) sous le numéro 7596745 et sous le nom « Liberté-Égalité-Fraternité République française »[10] ainsi qu'une marque communautaire[11].

[modifier | modifier le code]

Le logo rappelle le drapeau du pays sous la forme d'un rectangle allongé reprenant les trois couleurs bleu, blanc, rouge, dont la partie centrale blanche dessine le profil de Marianne contournée, c'est-à-dire regardant vers la droite.

Sous le rectangle figure un socle typographique contenant :

Les deux lignes sont séparées par un filet.

Couleurs[9]
Couleur CMYK Pantone Version monochrome
Bleu 100-80-0-0 Pantone Reflex Blue N 80
Rouge 0-100-100-0 Pantone Red 032 N 50
Noir 0-0-0-100 Noir N 100

Charte graphique[modifier | modifier le code]

La charte graphique prévoit un « système de bloc marque » permettant d'associer le logo au nom d'une administration : le nom de l'administration doit alors se situer en dessous du logo, centré sur une ou deux lignes, entièrement en majuscules. La police de caractère prescrite est Times New Roman.

Les administrations de l'État qui disposent de leur propre logo peuvent l'utiliser mais doivent le combiner avec la marque commune[9].

On trouve aussi d'autres combinaisons du logo :

Usage[modifier | modifier le code]

La circulaire de 1999 précise que la charte graphique « a vocation à être utilisée dans l'ensemble des relations des ministères avec les tiers, ainsi qu'avec les autres services ou organismes relevant de l'État[9] ». On retrouve ainsi le logo sur les lettres à en-tête, les cartes de visite, les sites internet, les formulaires, les affiches etc., publiés par le gouvernement et l'administration. La charte graphique s'applique aux cabinets ministériels et aux administrations centrales ainsi qu'aux services déconcentrés dans les départements et les régions, aux préfectures et aux ambassades[9].

Les autres institutions de la République (présidence de la République, Assemblée nationale, Sénat, Conseil constitutionnel, Cour de cassation, Conseil d'État, etc.) ainsi que les autorités administratives indépendantes et les collectivités territoriales disposent généralement de leur propre charte graphique et n'utilisent pas le logo du gouvernement.

Ce logo constitue d'ailleurs une marque et non pas un emblème officiel : en effet l'article 2 de la Constitution de la Cinquième République ne reconnaît officiellement que le drapeau tricolore, l'hymne La Marseillaise, et la devise Liberté, Égalité, Fraternité[12].

Critique[modifier | modifier le code]

Pour Bernard Candiard, qui dirigeait le SIG au moment de la création du logo, il s'agit d'un symbole national qui dote le pays « d'une bannière modeste qui permet de nous rassembler »[2].

Le logo rassemble trois symboles de la France puisant leurs origines dans la Révolution française (drapeau, Marianne, devise)[13]. Néanmoins, ayant été adopté dans le cadre de la cohabitation, il se veut consensuel, et relève donc davantage de la communication que de l'emblème empreint de passion[14]. Pour le journaliste Philippe-Jean Catinchi, le logo est si consensuel qu'il s'est imposé « dans une indifférence sereine »[15]. Selon Bernard Richard, il est trop associé dans l'esprit des Français à des documents comme ceux de l'administration fiscale (comme l'a fait remarquer Pierre Bonte) ou aux avis de contraventions routières, ce qui empêche de déclencher la ferveur populaire qui accompagne d'autres emblèmes de la France[16] ; il souligne néanmoins qu'il a été adopté et reconnu par le public, comme en témoigne le succès viral du détournement réalisé au lendemain des attentats du 13 novembre 2015[16].

Selon l'historien Maurice Agulhon, il s'agit « plutôt d'une esthétique de timbre-poste que de logo »[17]. Il existe en effet une similitude avec les timbres représentant Marianne[18].

Détournements[modifier | modifier le code]

Détournement du logo par le « ministère de la Crise du logement » (2007).

Le , des militants de plusieurs associations dénonçant l'inaction des pouvoirs publics dans la crise du logement, notamment Droit au logement, Jeudi noir et Macaq, ont inauguré un faux « ministère de la Crise du logement » dans le 2e arrondissement de Paris, à l'angle de la place de la Bourse et de la rue de la Banque. Sur la façade de cet immeuble de bureaux « réquisitionné », a été déployée une affiche détournant le logo du gouvernement, en y ajoutant un pied-de-biche et un trousseau de clés[19],[20],[21].

Après les attentats du 13 novembre 2015, des graphistes du collectif Les Cartons ont détourné le logo du gouvernement en ajoutant une larme au coin de l'œil de Marianne, en hommage aux victimes. Le visuel a été largement partagé sur les réseaux sociaux[22], et a été affiché à Bordeaux sur la façade du conseil régional d'Aquitaine[23],[24].

Références[modifier | modifier le code]

  1. Catherine Pégard, « Les carnets de Catherine Pégard », Le Point,‎ , p. 7 (lire en ligne).
  2. a, b et c Florence Amalou, « Marianne fondue dans le tricolore, la marque France de Lionel Jospin », Le Monde, no 16836,‎ , p. 1 (lire en ligne).
  3. Jean-Marc Benoit et Jessica Scale, Bleu, blanc, pub : Trente ans de communication gouvernementale en France, Paris, Le Cherche midi, , 221 p. (ISBN 978-2-7491-1117-9), « L'État se dote d'un logo : Marianne, 2000. Service d'information du gouvernement. Agence Hémisphère droit. », p. 152–155.
  4. Marie-Pierre Guiard, « L'État n'en fait qu'à sa tête », Étapes, no 51,‎ , p. 36–39 (lire en ligne).
  5. Frédéric Lambert, « Les avatars de la liberté : Ouvertures sémiologiques », dans Andrea Semprini (dir.), Analyser la communication, vol. 2 : Regards sociosémiotiques, L'Harmattan, coll. « Champs visuels », , 368 p. (ISBN 978-2-296-02289-8), p. 72–73.
  6. François-Gabriel Roussel, « Identité française et Identité de la France », séminaire du Centre d'études comparées en communication politique et publique (CECCOPOP), .
  7. « Hémisphère droit signe l'identité des pouvoirs publics », Stratégies,‎ (lire en ligne).
  8. Bernard Candiard, « Une histoire de la naissance du logo de la République », Parole publique, no 12,‎ , p. 37–39 (lire en ligne).
  9. a, b, c, d et e Circulaire.
  10. « Consultations : Demande d'utilisation et de reproduction du logotype de la République française par un particulier, lettre DAJ A1 no 2010-078 du 25 mars 2010 », Lettre d'information juridique, Direction des affaires juridiques des ministères de l'Éducation nationale et de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, no 146,‎ , p. 28 (lire en ligne).
  11. « Informations de dossier de MC : Liberté · Égalité · Fraternité RÉPUBLIQUE FRANÇAISE 007596745 », sur eSearch Plus, Office de l'Union européenne de la propriété intellectuelle (EUIPO).
  12. « Art. 2 de la Constitution de 1958 », sur Légifrance.
  13. (en) Murray Pratt et Alistair Rolls, « Variations on the Hexagon: Getting the Measure of Culture Change in Contemporary France », dans Jo McCormack (dir.), Murray Pratt (dir.) et Alistair Rolls (dir.), Hexagonal Variations : Diversity, Plurality and Reinvention in Contemporary France, Amsterdam et New York, Rodopi B.V., coll. « Faux titre », , 469 p. (ISBN 978-90-420-3245-3 et 978-90-420-3246-0), p. 21–22.
  14. Bernard Richard (préf. Alain Corbin), Les emblèmes de la République, Paris, CNRS Éditions, , 426 p. (ISBN 978-2-271-07299-3).
  15. Philippe-Jean Catinchi, « Les Emblèmes de la République, de Bernard Richard : Marianne telle qu'elle se montre », Le Monde,‎ (lire en ligne).
  16. a et b Bernard Richard, Petite histoire du drapeau français, Paris, CNRS Éditions, , 156 p. (ISBN 978-2-271-09445-2).
  17. Maurice Agulhon, Les Métamorphoses de Marianne : L'imagerie symbolique républicaine de 1914 à nos jours, Paris, Flammarion, , 320 p. (ISBN 2-08-210011-1), p. 304.
  18. Benoît Heilbrunn, « Le logo est-il timbré ? : Petite comparaison sémiotique du logo et du timbre », Protée, vol. 30, no 2,‎ , p. 23-31 (27) (DOI 10.7202/006728ar).
  19. « Un "ministère de la Crise du logement" à Paris », Le Nouvel Observateur,‎ (lire en ligne).
  20. Guillaume Doizy et Jacky Houdré, Marianne dans tous ses états : La République en caricature de Daumier à Plantu, Paris, Alternatives, , 143 p. (ISBN 978-2-86227-567-3).
  21. Sébastien Porte (photogr. Cyril Cavalié), Un nouvel art de militer : Happenings, luttes festives et actions directes, Paris, Alternatives, , 139 p. (ISBN 978-2-86227-615-1), p. 88.
  22. « Les dessinateurs illustrent la tragédie », La Nouvelle République,‎ (lire en ligne).
  23. Pauline Pennanec'h, « Attentats de Paris : Marianne pleure sur la façade de l'Hôtel de Région Aquitaine », France Bleu, .
  24. Delphine Vialanet, « Aquitaine : les larmes de Marianne sur la façade de l'hôtel de Région », France 3 Aquitaine, .

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]