Viralité (média)

La viralité est le phénomène par lequel un contenu est massivement partagé en un temps réduit. La viralité existait déjà avant l'internet avec le bouche à oreille puis dans les médias traditionnels (presse, TV, radio...)[1], sous l'effet de la publicité notamment, mais elle y était bien moins rapidement explosive[2]. Elle a pris une importance bien plus grande avec les phénomène de buzz, puis de « chambres d'échos », dans le cyber-espace, dans le contexte du Web2.0 et les médias sociaux. Là, des contenus numériques, de type textes, photos, vidéos, mème internet, liens, etc. peuvent être repris et diffusés de manière bien plus rapide et à très grande échelle (mondiale parfois). Les vagues de flambées de diffusion virale, sont souvent spontanées et imprévues, portées par des relais apparemment 'gratuits', mais parfois très organisées et instrumentées par des agences et officines de marketing numérique, au service d'intérêts ou de lobbies politiques, idéologiques, industriels, religieux ou commerciaux.
Par analogie, on parle de marketing viral à propos des techniques algorithmiques de marketing. Ces dernières sont inspirées des techniques classiques de propagande, et elles utilisent la viralité pour diffuser des tendances, des modes, des idées politiques ou des produits commerciaux, faisant de la viralité et des influenceurs des leviers centraux du marketing numérique international, qui cible notamment les populations jeunes[3].
Définition, étymologie
[modifier | modifier le code]L'origine étymologique du terme « viralité » est le mot latin virus, qui renvoie à l'idée de suc, de jus, d'humeur, de venin, de poison, de mauvaise odeur, de puanteur ou d'infection[4].
Le mot virus évoque des image négatives de contagion par quelque chose d'invisible, subie, et de quelque chose s'immisce et cause du mal à l'individu et à autrui (via la contagion). L'analogie avec le virus biologique existe aussi dans le concept de virus informatique (apparu vers 1984, pour désigner des logiciels capables de se répliquer à l'intérieur d'ordinateurs cibles) ; dans les deux cas, l'internet est le milieu de propagation et l'idée de « contagion » est déterminante (et notamment au sein du marketing numérique)[5]. Les médias et le commerce se sont approprié cette analogie, avec, dès 2003 la généralisation du concept de marketing viral, puis avec l'explosion des réseaux sociaux, celui de viralité (comme diffusion soudaine et imprévisible de certains contenus, parfois sans origine précise apparente)[2]. En interagissant algorithmiquement avec la plateforme (via les like, j'aime, faire suivre, etc.) les internautes recommandent parfois involontairement des informations qui peuvent alors, s'ils sont nombreux à le faire, devenir virale. Derrière l'interaction se met en marche une chaine de réception-sélection-renvoi simple et rapide. La viralité repose ainsi en grande partie sur l'algorithmique des « recommandations ». La viralité s'apparente au principe du bouche-à-oreille, réactualisé de manière virtuelle dans le cyberespace.
Pour les sciences de l'information et de la communication, la viralité s'analyse en termes de relations entre des individus proches ou non. La viralité s'observe avec des phénomènes sans origine précise et sans qu'il y ait de raison prédéfinie pour qu'un contenu se diffuse. La diffusion du contenu est peu prévisible, pas davantage que l'échelle à laquelle elle s'opère. La viralité n'est donc constatée qu'après la diffusion.
Pour mesurer la viralité d'un contenu, on utilise la notion de « taux de viralité », un indicateur qui prend en compte le nombre de recommandations effectuées par des personnes ou bien la proportion d'individus touchés par un contenu à partir d'une recommandation[6].
Contexte
[modifier | modifier le code]La notion de viralité peut avoir des sens différents ou être nuancée selon le contexte.
La viralité est recherchée par les entreprise de marketing numérique et les influenceurs, sauf s'il s'agit d'un buzz négatif (la viralité, dans son acception numérique et communicationnelle sera dite positive ou négative selon que les retombées recherchées du contenu viral correspondent à un buzz positif ou d'un buzz négatif. Le mot et le concept ont aussi une connotation négative intrinsèque en raison de ses effets psychologiques, de la brièveté qu'elle souligne souvent, et car dans un contexte médical, le concept de contagion est négatif).
La viralité ne concerne pas que la circulation de vidéos ou d'éléments participant à un buzz ; elle est aussi au coeur de la publicité (pour un produit, une marque, une entreprise, une tendance...), d'où l'expression de marketing viral (quand la viralité a un objectif sous-jacent qui est économique). Ce marketing viral remplace peu à peu, depuis les années 2000, le marketing de bouche-à-oreille ou porté par les médias traditionnels. À la différence du buzz, le marketing viral repose sur des campagnes réfléchies et pensée avec la création d'un vrai message, psychologiquement marquant, avec comme objectif que le client lui même véhicule le message.
Le marketing récent, à la fois suscite et instrumentalise la diffusion virale ; il cible une diffusion entre les consommateurs fidèles, qui augmente les ventes et/ou une diffusion entre des consommateurs ordinaires (qui augmente la notoriété d'une marque, d'un évènement, d'une idée, d'un artiste, éventuellement dans un cadre idéologique ou politique visant à promouvoir un candidat ou un programme. Le journalisme cherche aussi à l'utiliser pour diffuser une information importante).
Les émergences conjointes du web 2.0 et des réseaux sociaux ont aidé le marketing à amplifier la viralité du de bouche-à-oreille qui pré-existait à l'invention du web ; qui n'attendait qu'un média à sa taille pour pouvoir être créée, testée, mesurée, partagée à échelle parfois planétaire.
Focus
[modifier | modifier le code]La théorie de la communication à double étage de Paul Lazarsfeld et Elihu Katz est à placer au cœur de la question de la viralité[7]. En effet, leurs travaux tendent à nuancer l'influence des médias sur les individus. Mettant en avant le rôle de relais d'opinion, aussi appelés leaders d'opinions, ces derniers seraient, en nombre restreint, réceptifs aux messages des médias. Ils les sélectionnent selon leurs intérêts propres et les retransmettent ensuite à leur entourage. Ainsi, l'influence majeure est celle de ces leaders d'opinions qui ont plus de force dans l'influence de la diffusion d'un contenu que les médias eux-mêmes[8].
Watts et Dodds modélisent le phénomène, et montrent que la constitution du réseau contraint la diffusion des messages en son sein. Pour que s'opère la viralité, le réseau doit être dense et les leaders d'opinions doivent être eux-mêmes très influençables pour mieux recevoir un contenu et ensuite le transmettre. Or, la complexité de ce phénomène réside dans le fait que deux cas de figures sont les plus fréquents :
- un réseau dense influence de façon à peu près égale tous ses membres car les leaders, difficilement identifiables, sont touchés de manière beaucoup moins prononcée ;
- un réseau peu dense permet de toucher plus facilement les leaders qui eux-mêmes retransmettent facilement les contenus. Cependant, les cascades sont alors très courtes. Les leaders ne sont alors pas suffisamment influents.
Watts et Dodds illustrent leur propos avec la métaphore de la forêt. Une forêt peut posséder de nombreux foyers propices aux incendies, ce n'est pas que de ce fait qu'il y aura le feu. Il faut également prendre en compte la sécheresse ou l'humidité, le vent … Leurs travaux tentent de prouver que la viralité d'un contenu réside dans un système complexe à savoir la mixité de facteurs nuancés[9].
Le contenu lui-même (vrai ou faux) a une grande importance pour la vérité, car c'est l'émotion qu'il suscite (émotion positive qui explique le succès des figures de chats ou d'enfants sur les réseaux, émotion esthétique ou sexuelle, empathie ou envie, ou a contraire émotion négative ou clivante) est un des facteurs majeurs de viralité. Pour ceux qui recherchent la viralité, la véracité et la qualité du contenu importent souvent moins que le nombre d'individus qu'il touchera psychologiquement. Le contenu émotionnel du message compte. Jonah Berger, chercheur anglo-saxon, s'attache à redonner à l'usager une part active dans la réception du message. De ce point de vue, la viralité ne fait pas exactement de l'usager un être passif, car il doit s'approprier le contenu et le diffuser. Sans cet acteur, il n'y a pas de viralité[10], mais des agences spécialisées, au moyen de bots, créent des faux comptes et de faux messages pour simuler des usagers et susciter l'engagement de vrais usagers ainsi trompés et manipulés.
Il semble difficile d'expliquer pourquoi un contenu est viral, c'est-à-dire qu'il se propage de manière épidémique. En d'autres termes, le viral nous conduit quelque part entre une analyse du réseau, et l'étude des nouvelles techniques de matraquage informationnel employées par un nombre croissant de secteurs.
Cela soulève ainsi la question de l'intentionnalité ou non de la diffusion virale d'un contenu dans la mesure ou un contenu est toujours émis par un acteur du cyberespace. A-t-il pour objectif de fournir un contenu qui va se propager sur la toile ou cela se fait-il à son insu ? Si des chercheurs proposent différentes théories sur les causes et les conséquences de la viralité, elles sont constamment remises en question. Ainsi, la viralité ne fait pas l'objet d'un consensus dans le domaine des sciences de l'information et de la communication[11].
Illustrations
[modifier | modifier le code]La vidéo “la plus virale de l'histoire”, habile agit-prop américain (2012)
[modifier | modifier le code]En apparait une vidéo qualifiée de la « plus virale de l'histoire » par le cabinet Visible Measures[12], avec plus de 100 millions de vues en six jours et plus de 500 000 commentaires. Il s'agit du film Kony 2012, un documentaire de 30 minutes sur Joseph Kony, chef de guerre ougandais, fondateur de l'Armée de résistance du Seigneur, auteur de nombreux crimes et viols, et connu pour l'enlèvement de 30 000 enfants, réduits à l'état de soldats ou d'esclaves sexuels. Une ONG américaine Invisible Children[13] est derrière la réalisation et la diffusion de cette vidéo, déterminée à dénoncer les crimes de Kony et à le faire arrêter. La vidéo publiée sur YouTube est relayée par des millions d'internautes grâce à Facebook et Twitter. La vidéo est partagée par des célébrités très suivies sur Twitter, telle que Rihanna. Des voix se sont élevées depuis pour critiquer l'interventionnisme américain au moment où des champs pétroliers sont découverts dans la région et suspectant une vaste de campagne de presse proche du lobbying[14].
Une chanson virale à plus d'un milliard de vues
[modifier | modifier le code]À la fin d'année 2012, un buzz autour du titre « Gangnam Style »[15] du chanteur coréen Psy permet à la vidéo d'être visionnée en moins de 5 mois plus d'un milliard de fois, un record dans l'histoire d'Internet et de Youtube. La « chorégraphie du cheval » du chanteur est reprise partout, y compris par des célébrités telles Britney Spears, Madonna, Antoine de Caunes… Des versions parodiques apparaissent aussi : « Mitt Romney Style », « Obama Style », « Hitler Style », et bien d'autres. À Paris, l'animateur Sébastien Cauet organise un flash mob géant sur le Trocadéro[16] qui réunit 20 000 personnes.
La viralité sur Twitter : le « Re-tweet »
[modifier | modifier le code]Que veut dire retweeter ? C'est l'action de re-publier le message d'une personne, il sera indiqué par l'abréviation RT et @le nom de la personne. Et lorsque le tweet est populaire, on retrouve plusieurs fois l'abréviation RT à l'intérieur du message. Le "re-tweet" est donc du ressort de la viralité, dans le sens où l'usager peut partager avec ses followers, un tweet qu'il a trouvé intéressant, il fait donc le geste de recommander à ses contacts l'information qu'il vient de lire. Et ses followers peuvent par la suite retweeter ce message, et ainsi de suite.[style à revoir]
Viralité, addiction et temps de cerveau disponible
[modifier | modifier le code]Les mécanismes socio-psycho-cognitifs et algorithmiques par lesquels les réseaux sociaux attirent et fidélisent leurs utilisateurs, sont de plus en plus sophistiqués. Et ils ont été facilités par l'hyperconnectivité liée à la généralisation des smartphones, ainsi que par des applications conçues pour psychologiquement (par des systèmes de nudges) imposer et maximiser l’« engagement » de l'utilisateur[17].
Depuis le milieu des années 2010, ces mécanismes sont renforcés voire pilotés par l'intelligence artificielle. S. Rajeshwari et S. Meenakshi en 2023, parmi d'autres, alertent sur le fait qu'ils se montrent si « performants » que, chez les étudiants par exemple, ils induisent des comportements d'addiction pathologique, c'est-à-dire source de troubles physiques ou affectant la santé mentale (distraction cognitive, dégradation des interactions sociales et de la vie sentimentale, de la libido ; sentiments d'envie ; solitude ; trouble obsessionnel‑compulsif concernant l'alimentation, la mode, les achats ; dégradation de l'estime de soi, anxiété, dépression voire suicide)[18]. Les étudiants sont un public facile à étudier par les chercheurs, mais ils ne sont pas seuls concernés, puisque vers 2020, plus d’un milliard de personnes passaient au moins trois heures par jour sur les réseaux sociaux, souvent dans un défilement automatique et sans but précis de leur fil d'actualité, de manière de plus en plus addictive et procrastinante[17].
Les réseaux sociaux ont des effets positifs documentés, et l'Internet donne accès à une quantité croissante d'information, en partie utile, mais face à la viralité de l'information, l'utilisateur tend à perdre ses capacités de recul, de liberté de choix et d'autocontrôle. Ses interactions sont médiées par l'écran et par les algorithmes d'applications invisibles et incontrôlables, qui se substituent à ses ressources cognitives et à ses schémas de curiosité personnelles. Des algorithmes sont conçus pour qu'il ait une difficulté croissante à se détacher des dispositifs numériques d'information, ce qui notamment peut nuire au processus éducatif ; ces auteurs préconisent donc de limiter le temps passés sur les réseaux sociaux, de suivre de près les résultats scolaires et de traiter rapidement les difficultés pour en réduire l'impact sur l'éducation et l'apprentissage[18]. La viralité découle en partie des mécanismes addictifs mis en place par les concepteurs de plateformes (notamment décrits par le Hook Model (Eyal, 2014), avec un cycle en quatre phases — déclencheur, action, investissement, récompense variable — qui entretient la fréquentation et rend le désengagement difficile). Des expériences de « nudge » numérique ont réussi à contrer cela en rendant les utilisateurs plus attentifs à leurs usages ; par exemple avec une chute de 20,58 % la consommation hebdomadaire, mais leur durée d'efficacité peut être limitée[17].
Dans le cadre de l'étude par les sciences humaines des effets de l'économie de l'attention dans le cyber-espace, des auteurs comme Thomas Beauvisage, Jean-Samuel Beuscart, Thomas Couronné et Kevin Mellet, dès les années 2010, notent que la viralité peut aussi être définie, « de façon large, comme un phénomène de concentration temporelle de l'attention collective des internautes sur certains contenus », sous l'effet combiné de deux dynamiques opposées[19] :
- l'effet d'accumulation et/ou de renforcement : plus un contenu a déjà attiré l'attention chez d'autres personnes (notamment chez des pairs), plus il a de chances d'en attirer encore. L'audience tend alors à se concentrer sur ce qui est déjà populaire, créant un effet boule de neige (cet effet est très renforcé et fortement biaisé par les systèmes algorithmiques de « recommandations » basées sur les « likes ») ;
- l'attrait pour la nouveauté, et la peur de rater une information : à l'inverse du principe décrit ci-dessus, les internautes sont aussi attirés par les contenus récents ou inédits, ce qui déplace rapidement leur attention vers de nouveaux objets ou sujets.
La combinaison de ces deux forces tend à consolider l'attention autour de contenus déjà visibles, et la migration de l'attention vers des contenus nouveaux, ce qui crée typiquement des cycles de viralité (montée rapide puis pic d'attention, suivi d'un déclin au profit d'un autre contenu)[19]. S'ajoutent des effets de notoriété en ligne qui peuvent renforcer l'addictivité des réseaux sociaux[20] et une addition au défilement particulièrement entretenue par le système de TikTok qui crée une puissante addiction, mesurable chez les utilisateur (par exemple par l'échelle « Bergen Social Media Addiction Scale »), ainsi qu'un effet de procrastination (mesurable par la « Procrastination Assessment Scale for Students »). Ces mesures montrent, chez les étudiants notamment, une association positive et significative entre l'addiction au défilement sur TikTok et la « procrastination scolaire », ainsi qu'un effet significatif de la première sur la seconde, sans différence statistiquement significative observée entre hommes et femmes, bien que les scores moyens masculins soient plus élevés)[21].
Ainsi, Leskovec et al. (2009), en étudiant ces cycle de vie de sujets d'actualité diffusés par 1,6 million de sites média et de blogs sur 3 mois, ont montré qu'existent des cycles de news, qui se succèdent en vagues successives de thèmes qui se comportent comme s'ils étaient en compétition pour recueillir de l'attention, souvent sur des échelles temporelles de quelques jours. Des phénomènes similaires sont constatés avec les conversations sur les grands réseaux sociaux (twitter typiquement)[22],[23].
Dans les années 2000, les journalistes et médias d'information sont confrontés à un nombre grandissant de sources gratuites, facilement accessibles y compris aux journalistes, voire intrusives. Des chercheurs, à partir de l'étude de 1,6 million de sites et blogs, en 2009 constataient une aggravation de la polarisation de l'attention sur des « big stories » rassemblant fortement, mais temporairement une audience de millions d'internautes, avec des informations relayées et/ou répétées et faisant chambre d'échos. Ils relèvent néanmoins des différences marquées — selon le type de médias — dans la vitesse de propagation, et l'aspect plus ou moins éphémère de l'information. Ainsi, une analyse du cycle de vie publiée par Szabo et Huberman, en 2008 sur les liens sur Digg, et sur les vidéos de YouTube, montrait (en 2008) un effet de buzz (popularité) rapide mais saturant plus vite sur Digg, alors que sur YouTube, il se construisait plus progressivement en durant un peu plus longtemps[24]. Ces chercheurs ont aussi confirmé l'effet de vagues successives de thèmes d'actualités en concurrence pour capter l'attention de l'internaute, avec une polarisation croissante autour de « big stories » capables de rassembler temporairement une audience fragmentée (Leskovec et al., 2009)[22]. Dans le même temps, les internautes sont exposés à des publicités qui financent tout ou partie de ces sites, et parfois à de faux sites exclusivement financés et conçus pour faire diffuser de fausses informations, propager le déni de la science ou du réchauffement climatique, ou des informations biaisées visant à influencer les votes lors d'élections ou de référendums, dans le cadre d'un marketing politique, idéologique et/ou religieux). L'astroturfing (stratégie de communication visant à simuler un mouvement d’opinion spontané et populaire, alors qu’il est en réalité orchestré par un petit nombre d'acteurs politiques, économiques et/ou industriels (souvent via des moyens automatisés ou rémunérés. L'astroturfing utilise aujourd'hui les réseaux sociaux en exploitant leurs mécanismes de viralité, par exemple via une multiplication de faux comptes, de messages émis par des robots ou des fermes de trolls, souvent via des comptes coordonnés, et avec des techniques d'amplification artificielle de messages (likes, partages, commentaires, fermes de troll), en recourant à des hashtags ou à des contenus visuels attractifs pour produire un effet boule de neige. Pour simuler et produire une viralité, l'astroturfing peut aussi saturer l’espace numérique/médiatique de signaux convergents pour donner l'illusion d’un consensus ou d’une mobilisation massive (ceci accroit la probabilité que des algorithmes de recommandation déclenchent alors une viralité). Cette dynamique, qui repose sur la confusion entre popularité réelle et popularité fabriquée, permet à des campagnes d'influences, commanditées, de bénéficier des mêmes effets d’amplification que des phénomènes viraux authentiques, tout en masquant leurs commanditaires et en influençant le débat public, des élections ou un grand référendum comme le référendum qui a conduit au Brexit (2016), comme l'a par exemple montré le Scandale Facebook-Cambridge Analytica / AggregateIQ.
D'autres études (sur Twitter notamment) ont porté sur les indicateur et facteurs de viralité (ex. : Asur et Huberman, 2010)[25], et modélisé statistiquement la trajectoire d'un contenu à partir de son « bouche‑à‑oreille » initial, souvent sans pouvoir distinguer les effets respectifs des recommandations algorithmiques, des compteurs de popularité ou des dynamiques sociales ou socio-commerciales (influenceurs...).
Sur des réseaux comme TikTok, les jeunes publics (adolescents, jeunes adultes), réputés plus influençables, notamment sous l'effet de l'IA générative qui peut rendre convaincantes et addictive de fausses informations, sont surexposés à cette logique de viralité et à des cycles rapides de focalisation intense, se succédant à l'infini, accentuée par l'addiction au scrolling, accroît le risque de consacrer une part importante de leur « temps de cerveau disponible » à des contenus faux, trompeurs, invérifiables ou inintéressants et éphémères.
Viralité et infox
[modifier | modifier le code]La diffusion virale d'informations non vérifiées favorise le phénomène des rumeurs et des infox (fake news). Par exemple, en 2017, une photo virale est largement diffusée sur les réseaux sociaux (partagée plus de 24 000 fois sur twitter). Elle montre un groupe d'adolescents concentrés sur leurs écrans de téléphone et tournant le dos au chef-d'œuvre La Ronde de nuit de Rembrandt au Rijksmuseum. L'image est aussitôt interprétée et largement commentée comme l'illustration du désintérêt profond de la jeunesse pour le patrimoine culturel, métaphore de la décadence d'une époque. Par la suite, on sut que les étudiants réalisaient précisément des recherches sur le chef-d'œuvre, pour un travail scolaire, via l'application proposée par le musée[26] ! L'anecdote est régulièrement prise en exemple sur des blogs[27],[28],[29] et dans la presse internationale[30],[31],[32],[33] pour illustrer les mésinterprétations de lecture d'image et la transmission virale de fausses informations et de rumeurs.
Voir aussi
[modifier | modifier le code]Articles connexes
[modifier | modifier le code]Liens externes
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Notes et références
[modifier | modifier le code]- ↑ Pinker, R. (2020). Fake news et viralité avant Internet. Les lapins du Père-Lachaise etautres légendes médiatiques. CNRS éditions.
- Février 2013, « La viralité, un parcours hybride », sur ZDNet France, (consulté le )
- ↑ Justin Kirby, Paul Madersen (2005), Connected Marketing, the viral, buzz and word of mouth revolution, Butterworth-Heinemann
- ↑ « VIRUS : Etymologie de VIRUS », sur www.cnrtl.fr (consulté le )
- ↑ Beauvisage, T., Beuscart, J. S., Couronné, T., & Mellet, K. (2011). Le succès sur Internet repose-t-il sur la contagion? Une analyse des recherches sur la viralité. Tracés. Revue de sciences humaines, (21), 151-166.
- ↑ « Définition Taux de viralité. Qu'est ce que ce terme signifie? », sur Definitions Webmarketing, (consulté le )
- ↑ Katz, E., Lazarsfeld, P. {2008 (1955)}, Influence personnelle. Ce que les gens font des médias. Paris, Armand Colin, 416 p.
- ↑ Mellet, K., Aux sources du marketing viral, Réseaux, 2009, n°157-158, p. 267-292 - également en ligne
- ↑ Thomas Beauvisage, Jean-Samuel Beuscart, Thomas Couronné et Kevin Mellet, « Le succès sur Internet repose-t-il sur la contagion ? Une analyse des recherches sur la viralité », Tracés. Revue de Sciences humaines, no 21, , p. 151–166 (ISSN 1763-0061, DOI 10.4000/traces.5194, lire en ligne)
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- ↑ « Ronde de nuit et smartphones », sur blog : mais qui est arbon ? des mots d'amour et des chansons… c'est bien là tout le nécessaire (consulté le )
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- ↑ (de) Von Guido Kleinhubbert, « Das Volkslaster », der Spiegel, vol. 13, (lire en ligne)
- ↑ Eric Decouty et Joseph Macé-Scaron, « Le massacre des innocents », Marianne, (lire en ligne)
- ↑ (es) « La generación de las 'cabezas bajadas': el uso compulsivo de móviles y tablets cambia las reglas sociales », el Economista, (lire en ligne)
- ↑ « L'Obs et #MeToo : "Chacun voit ce qu'il veut dans une image" (54e minutes) », sur @rrêt sur images (consulté le )
Bibliographie
[modifier | modifier le code]- Schafer Valérie et Pailler Fred, 2022, « Viralité », Dictionnaire encyclopédique et critique des publics. Accès : http://publictionnaire.huma-num.fr/notice/viralite/