Gotthard Heinrici

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Gotthard Heinrici
Hans Günther von Kluge avec Gotthard Heinrici en 1943
Hans Günther von Kluge avec Gotthard Heinrici en 1943

Naissance
Gumbinnen, Allemagne
Décès (à 84 ans)
Waiblingen
Origine Drapeau de l'Allemagne Allemagne
Allégeance Flag of the German Empire.svg Empire allemand (jusqu'en 1918),
Flag of Germany (3-2 aspect ratio).svg République de Weimar (jusqu'en 1933),
Flag of the German Reich (1935–1945).svg Troisième Reich
Grade Generaloberst
Années de service 1905-1945
Conflits Première Guerre mondiale,
Seconde Guerre mondiale
Faits d'armes Bataille de Tannenberg,
Opération Barbarossa,
Bataille de Berlin
Distinctions Croix de chevalier de la croix de fer avec feuilles de chêne et glaives

Gotthard Heinrici, né le et mort le à Waiblingen, est un général de la Wehrmacht pendant la Seconde Guerre mondiale. Il a tenu, durant tout le conflit, un journal dans lequel il relate de façon vivante ce dont il est témoin[1].

Vie personnelle[modifier | modifier le code]

Il y a peu de détails au sujet de la vie personnelle de Heinrici : né à Gumbinnen, en Allemagne, le jour de Noël 1886, il est cousin de Gerd von Rundstedt et marié à Gertrud Heinrici, à moitié juive, bien que sa famille ait reçu un certificat de sang allemand d'Adolf Hitler lui-même.

Les Heinrici ont eu deux enfants : une fille et un garçon. Fils d'un ministre protestant, Heinrici est un protestant pratiquant régulier. Son rapport à la religion l'a rendu impopulaire parmi la hiérarchie nazie et il était mal vu par Hermann Göring et Hitler, très probablement à cause de son refus de rejoindre le parti nazi.

Militaire de carrière, il fréquente essentiellement ses collègues militaires, aussi bien de façon professionnelle que personnelle[1]. Ses hommes le surnomment « le nain empoisonnés », en raison de ses capacités aux opérations défensives[2].

Carrière militaire[modifier | modifier le code]

La famille de Heinrici compte des soldats depuis le XIIe siècle et Gotthard Heinrici a continué la tradition en rejoignant le 95e régiment d'infanterie le à l'âge de dix-neuf ans. Il voit les combats de près sur les fronts orientaux et occidentaux durant Première Guerre mondiale et y gagne de nombreuses récompenses, y compris la Verwundetenabzeichen in Schwarz pour avoir été blessé au combat et la deuxième et première classes de la croix de fer respectivement en 1914 et 1915. Dans la grande guerre, Heinrici participe notamment à la bataille de Tannenberg.

Parfait exemple de « l'officier prussien traditionnel », il se présente en 1945 comme le « vieux combattant » et porte toujours une pelisse en peau de mouton[N 1]. Décrivant son chef Heinrici lors d'une réunion dans le bunker de Hitler en 1945, le colonel Eismann écrit : "Tous [Martin Borman, Keitel, Jodl, Dönitz, Burgdorf] nous accueillirent à grands cris. En les voyant, je me sentis très fier de mon chef. Avec sa froideur coutumière, son air sérieux, son ton mesuré, il était, de la tête aux pieds, un soldat perdu au milieu de bouffons de cour."[3].

L'entre deux guerres[modifier | modifier le code]

Il s'engage dans la Reichswehr dès 1919 où il est rapidement muté dans une école de guerre; il y enseigne la tactique d'infanterie[2]

Il est un adversaire déclaré de la République de Weimar avant de soutenir le putsch de Kapp mené par Wolfgang Kapp. Dès février 1933 peu de temps après l'arrivée au pouvoir d'Adolf Hitler il nourrit l'espoir « que l'on parviendra enfin à sortir de la cochonnerie marxiste juive » [4] et approuve l'expulsion des Juifs de la fonction publique.

La Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Heinrici sert durant toute la Seconde Guerre mondiale sur les deux fronts. Il y gagne la réputation d'un des meilleurs tacticiens défensifs de la Wehrmacht et est renommé pour sa ténacité. Pour cette raison, ses officiers et hommes l'ont surnommé Unser Giftzwerg (« notre petit tenace »).

Campagne de France[modifier | modifier le code]

Pendant le blitzkrieg en France, Heinrici commande le 12e corps. Le 12 mai, il attaque les 82e (général Armingeat) et 11e (général Arlabosse) divisions d'infanterie, entre Sarreguemines et Merlebach[5]. Il réussit à traverser la ligne Maginot le 14 juin 1940.

Atteignant Lyon le 19 juin, il est nommé gouverneur militaire de la ville, avant de se replier au-delà de la ligne de démarcation selon les termes de la convention d'armistice[6].

Campagne contre l'Union soviétique[modifier | modifier le code]

Pendant l'opération Barbarossa en 1941, Heinrici sert dans la 2e armée de Panzers sous les ordres d'Heinz Guderian et en tant que général commandant du 43e corps d'armée, il reçoit la croix de chevalier de la croix de fer.

Le 22 décembre 1941 après la contre-offensive soviétique il note dans son journal: « la retraite dans la neige et la glace est tout à fait napoléonien; [...] l'état de la troupe est lamentable » [7].

Le 26 janvier 1942, Heinrici exerce le commandement de la 4e, faisant directement face à Moscou. Il tient 10 semaines, ses forces largement dépassées en nombre (parfois à 12 contre 1). Là, il développe une de ses tactiques les plus célèbres : quand il savait qu'une attaque soviétique était imminente, il retirait ses troupes de la ligne de front jusqu'à ce que le barrage soviétique d'artillerie soit terminé puis les redéployait indemnes immédiatement.

Il exerce le commandement de la 4e armée jusqu'au mois de juillet 1944, puis est appelé à la rescousse de la 1re armée Panzer, alors malmenée en Slovaquie. À ce poste, il contient sans difficulté le 4e front ukrainien[2].

Groupe d'armées Vistule[modifier | modifier le code]

Le 20 mars 1945, à la demande de Guderian[2], Heinrici remplace Himmler au commandement du groupe d'armée de la Vistule, chargé de défendre le grand Berlin contre l'offensive soviétique lancés à partir de la rive occidentale de l'Oder. Rapidement, sa clairvoyance lui permet de localiser l'axe principal de la poussée soviétique en direction de Berlin et alloue la majeure partie des effectifs à sa disposition à la 9e armée, chargée d'arrêter les pointes soviétiques[8].

Convoqué par Hitler le 6 avril pour exposer précisément ses préparatifs défensifs[N 2] , [9], il doit non seulement voir ses exigences (des renforts et le changement de statut de la forteresse de Francfort, ce qui aurait permis le redéploiement des troupes qui la défendent) refusées par Hitler, mais aussi affronter les objections de Hitler et de ses proches sur les remarques qu'il risque sur les capacités réelles de son groupe d'armées[10].

Rapidement cependant, le nouveau commandant obtient la fin des attaques meurtrières contre des positions soviétiques sans cesse renforcées au fil des jours[11]. Dans le même temps, il réorganise le dispositif défensif du groupe d'armées, octroyant 74 000 soldats à la IX armée[8], afin d'obliger les Soviétiques à une guerre d'usure meurtrière pour les attaquants[12].

Approché par Speer pour participer à une tentative d'assassinat contre Hitler[13], il décline la proposition: il a prêté un serment d'allégeance à Hitler, commandant en chef dont l’assassinat peut être apparenté à un coup de poignard dans le dos[N 3]; en tant que chrétien, il doit de plus se conformer à l'interdit de tuer son prochain[14].

Le 16 avril, 1,5 million de soldats soviétiques attaquent les troupes d'Heinrici sur les fleuves Oder et Neisse. Sans illusion sur ses chances de succès[15], Heinrici met en pratique sa tactique de retrait dans les collines puis de retour aux positions après le bombardement, mais les troupes soviétiques sont trop nombreuses et trop puissantes. En trois jours, malgré une vive résistance sur les hauteurs de Seelow, les lignes d'Heinrici sont enfoncées. Il décide la retraite, allant à l'encontre des ordres d'Hitler.

Le 28 avril, alors que les Anglo-Américains s'étaient arrêtés à l'Elbe, Heinrici était en train de faire passer un maximum de soldats et de civils vers l'ouest, pour échapper aux Soviétiques. Mais il allait contre les ordres d'Hitler, ce dont s'était rendu compte le maréchal Wilhelm Keitel, commandant des forces armées allemandes.

Disgrâce[modifier | modifier le code]

Les deux hommes se sont verbalement affrontés au bord de la route, alors que Heinrici était accompagné de son adjoint le général Hasso von Manteuffel, commandant de la 3e armée blindée (Panzer). Au cours de cet entretien, Keitel évoque la poursuite de la guerre par le groupe d'armées Vistule dans le Nord du Reich, jugée totalement impensable par Heinrici, pour des motifs politiques, militaires et économiques[16]. Keitel a crié, reproché sa "désertion" à Heinrici, lui a dit qu'il aurait dû fusiller des déserteurs, etc. Keitel lui ordonne alors de se rendre dans une caserne et d'y être mis aux arrêts. Dans les bois, des officiers de Manteuffel attendaient l'arme au poing, prêts à intervenir pour protéger leur général et Heinrici au cas où ceux-ci auraient été menacés.

Il est limogé par Hitler dans la nuit du 28 au 29 avril, pour s'être opposé aux ordres de Keitel[16].

Manteuffel s'est vu remettre le commandement du groupe d'armée de la Vistule, mais a décliné l'offre. Heinrici est reparti, mais a reçu les avertissements d'un jeune officier, aide de camp de Rommel, qui lui a raconté le dernier jour de son chef, lorsque les généraux Burghof et Maisel sont venus lui demander de se suicider (octobre 1944), lui demandant de ne pas se rendre au lieu désigné pour être mis aux arrêts.

Opposant à la politique de terre brûlée[modifier | modifier le code]

Heinrici avait été victime des gaz de combat pendant la Première Guerre mondiale et, vers la fin de 1943, Hermann Göring le place dans une maison de convalescence à Karlovy Vary pour cause de « mauvaise santé ». C'est en fait une punition pour avoir refusé de mettre le feu à Smolensk selon la politique nazie de la « terre brûlée » lors de l'évacuation de la ville. À l'été 1944, après 8 mois de repos imposé, il est placé aux commandes du 1er corps de Panzers et de la 1re armée hongroise en Hongrie. Il se retire en Tchécoslovaquie mais combat avec tellement de ténacité qu'on lui attribue les glaives de sa croix de chevalier le 3 mars 1945.

Tout au long de la guerre, Heinrici a été opposé à la politique de la « terre brûlée » de Hitler selon laquelle tout devait être détruit pour ne pas tomber dans les mains de l'ennemi. Il soutient le ministre de l'armement Albert Speer pour sauvegarder Berlin de la destruction totale. Quand il est brièvement nommé responsable de la défense de Berlin, le premier ordre de Heinrici est que « rien ne soit volontairement détruit ».

L'après guerre[modifier | modifier le code]

Heinrici est capturé par les forces britanniques le 28 mai 1945 et détenu à Island Farm où il est resté, mis à part un transfert de trois semaines dans un camp aux États-Unis en octobre 1947, jusqu'à sa libération au 19 mai 1948[I 1].

Durant cette période, il expose aux Britanniques sa vision de la stratégie allemande en mars et en avril 1945, « tenir à l'Est, ouvrir à l'Ouest » [17].

Après la guerre, les écrits et les lettres du journal intime de Heinrici ont été rassemblées dans un livre intitulé Morals and behaviour here are like those in the Thirty Years’ War[18].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Antony Beevor, La chute de Berlin, Livre de poche, 2002, p. 246-247 ; Cornelius Ryan La dernière bataille: la chute de Berlin, Robert Laffont, 1966, photos pp. 113s.
  2. Hitler se fait expliquer, quatre heures durant, le dispositif de Heinrici, kilomètre par kilomètre.
  3. rapporté par Ian Kershaw, La Fin, p.399.

Liens internet[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Evans 2009, p. 579.
  2. a, b, c et d Lopez 2010, p. 450.
  3. Ryan, 1966, p. 210.
  4. Baechler 2012, p. 199.
  5. Bruge, 1973, p. 186.
  6. veyret 2008, p. 13.
  7. Baechler 2012, p. 213.
  8. a et b Lopez 2010, p. 451.
  9. Lopez 2010, p. 458.
  10. Kershaw 2012, p. 396.
  11. Lopez 2010, p. 449.
  12. Lopez 2010, p. 457.
  13. Kershaw 2012, p. 590, note 32.
  14. Kershaw 2012, p. 398.
  15. Lopez 2010, p. 454.
  16. a et b Kershaw 2012, p. 432.
  17. Lopez 2010, p. 456.
  18. Hürter 2000, p. 329-403.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Décorations et commandements[modifier | modifier le code]

Décorations[modifier | modifier le code]

  • Croix de chevalier de la croix de fer avec feuilles de chêne et glaives: 3 mars 1945
  • Croix de chevalier avec épées, dans l’ordre de la maison royale de Hohenzollern: 9 août 1918.
  • Croix de fer de 1re classe (1914): 24 juillet 1915.
  • Croix de fer de 2e classe (1914): 27 septembre 1914.
  • Barrette de 1939 pour la croix de fer prussienne (1914): 16 mai 1940.
  • Barrette de 1939 pour la croix de fer prussienne de 2e classe (1914):13 mai 1940.
  • Croix de guerre de Charles-Édouard de Saxe-Cobourg-Gotha
  • Médaille de Charles-Édouard de Saxe-Cobourg-Gotha de 2e classe avec Épées et Date
  • Chevalier de 2e classe avec épées de l’ordre de la Vigilance de la maison de Saxe-Weimar-Eisenach, ou ordre du Faucon blanc
  • Chevalier de 2e classe avec épées de l’ordre de la Maison ernestine de Saxe (en)
  • Croix d’honneur Reuß, 3e classe avec épées
  • Croix d’honneur de Schwarzburg, 3e classe avec épées
  • Croix hanséatique de Hambourg
  • Croix d’honneur des combattants de 1914-1918
  • Médaille du service de longue durée dans les forces armées, 1re classe (croix des 25 ans de service)
  • Médaille du service de longue durée dans les forces armées, 2e classe (médaille des 12 ans de service)
  • Croix du mérite militaire autrichien, 3e classe avec décorations de guerre
  • Médaille pour la campagne d’hiver en Russie, 1941/1942

Rangs militaires occupés[modifier | modifier le code]