Effet Matilda

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L'effet Matilda : attribution des découvertes scientifiques à un collègue masculin.

L’effet Matilda désigne le déni ou la minimisation récurrente sinon systémique de la contribution des femmes scientifiques à la recherche, dont le travail est souvent attribué à leurs collègues masculins.

Découverte et prévalence[modifier | modifier le code]

Margaret W. Rossiter, historienne des sciences, étudie l'effet Matthieu, théorie développée par le sociologie américain Robert King Merton. Dans les années 1960, celui-ci avait remarqué que certains personnages sont reconnus au détriment de leurs collaborateurs, qui sont souvent à l’origine de cette renommée.

En 1993, Margaret W. Rossiter observe que ce phénomène est décuplé lorsqu'il s'agit de femmes scientifiques. Elle nomme cette théorie l'effet Matilda en référence à la militante féministe américaine du XIXe siècle Matilda Joslyn Gage[1]. Celle-ci avait remarqué que des hommes s'attribuaient les pensées intellectuelles des femmes[2].

Exemple au Moyen Âge[modifier | modifier le code]

Margaret W. Rossiter trouve un exemple au Moyen Âge avec Trotula de Salerne, femme médecin italienne (XIe – XIIe siècles). Chirurgienne et enseignante à l'école de médecine de Salerne, elle écrit Le Soin des maladies des femmes, un ouvrage de référence sur la gynécologie. Pourtant ce traité a été par la suite attribué à des hommes[2].

Exemples du XXe siècle[modifier | modifier le code]

Plusieurs cas d'effet Matilda sont recensés pour le XXe siècle.

Rosalind Franklin
Lise Meitner à l'Université de Washington
  • Esther Lederberg (1922-2006), microbiologiste américaine, qui travailla aux côtés de son mari Joshua Lederberg et l'aida à déterminer comment les bactéries échangent des gènes, mais lui seul reçut le prix Nobel de médecine en 1958[4]
  • Lise Meitner (1878-1968), physicienne autrichienne injustement ignorée au Prix Nobel pour ses découvertes sur la fission nucléaire alors que son collègue Otto Hahn le reçut en 1944[5],
  • Marietta Blau (1894-1970)[6], physicienne autrichienne célèbre pour ses méthodes photographiques de détection de particules chargées.
  • Jocelyn Bell (1943-), astrophysicienne britannique dont le directeur de thèse Antony Hewish reçut le prix Nobel à sa place pour la découverte du premier pulsar[7].
  • Mary Whiton Calkins (1863–1930), de la Harvard University, avait découvert que des stimuli associés à d'autres stimuli vifs sont rappelés plus facilement, ainsi qu'une durée d'exposition accrue en améliore le rappel. Ces découvertes ainsi que la méthode associée sont utilisées plus tard par Georg Elias Müller (en) et Edward B. Titchener (en), sans en donner le crédit à Mary Whiton Calkins.

L'apport très discuté et non avéré[8], du travail de Mileva Einstein (1875-1948) à celui de son époux Albert Einstein fait l'objet de débats. Selon France Culture, il s'agirait d'un Matilda ou plus certainement d'un effet Matthieu[9].

Références[modifier | modifier le code]

  1. Camille Froidevaux-Metterie, La Révolution du féminin, Éditions Gallimard, coll. « Bibliothèque des Sciences humaines », , 384 p. (ISBN 9782072573446, lire en ligne)
  2. a et b « L'effet Matilda, ou les découvertes oubliées des femmes scientifiques », France Culture,‎ (lire en ligne)
  3. a et b « L'effet Matilda ou le fait de zapper les découvertes des femmes scientifiques », L'Obs,‎ (lire en ligne)
  4. « 8 génies dont vous n’avez probablement jamais entendu parler », sur National Geographic
  5. (en) « No Nobel Prize for Whining », sur New York Times,
  6. (en) Leopold Halpern & Maurice Shapiro, Out of the Shadows: Contributions of Twentieth-Century Women to Physics, Nina Byers and Gary Williams, (ISBN 978-0-521-82197-1), p. Marietta Blau
  7. (en) « Female physicist "snubbed" for Nobel Prize recognized as "Woman of the year" »,
  8. (en) « Handling evidence in history: the case of Einstein’s wife », School Science Review,‎ (lire en ligne)
  9. « Mileva Einstein, l'oubliée de la relativité ? », France Culture,‎ (lire en ligne)

Sources[modifier | modifier le code]

Traduction française : Margaret W. Rossiter (trad. Irène Jami), « L’effet Matthieu Mathilda en sciences », Les cahiers du CEDREF. Centre d’enseignement, d’études et de recherches pour les études féministes, no 11,‎ (ISSN 1146-6472, lire en ligne)

Annexes[modifier | modifier le code]

Liens internes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]