Trotula de Salerne

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Trotula de Salerne
Trotula of Salerno.jpg

Trotula de Salerne, selon un manuscrit de la fin du XIIe siècle ou du début du XIIIe siècle.

Biographie
Décès
Activités
Médecin, chirurgienne, rédactrice d'ouvrages de médecine, gynécologueVoir et modifier les données sur Wikidata
Œuvres réputées
Practica secundum Trotam (d), De curis mulierum (d), De ornatu mulierum (d), Liber de sinthomatibus mulierum (d)Voir et modifier les données sur Wikidata

Trotula de Salerne (? - 1097), ou Trotula de Ruggiero[1] (ou encore Trota, Trottula, Trocta ou Troctula), fut une femme médecin et chirurgien au Moyen Âge. Elle aurait été l'épouse de Ioannes Platearius et la mère de Matthias et Jean Platearius, auteurs de traités médicaux.

Elle étudia à l'École de médecine de Salerne, puis y fut enseignante et praticienne au dispensaire attenant où l'on soignait de riches Italiens, des Croisés de retour d'Orient, des étrangers venus de partout.

Plusieurs ouvrages traitant de médecine des femmes lui sont attribués, dont Les Maladies des femmes, Traitements pour les femmes, et Soins cosmétiques pour les femmes (désignés collectivement sous le nom de Trotula[2]). Au Moyen Âge et longtemps après encore, ces textes ont constitué une source d'information gynécologique essentielle[3]. Ces œuvres sont écrites en latin.

Biographie[modifier | modifier le code]

On sait peu de chose de sa vie. Célèbre pour sa beauté, Trotula enseigna à Salerne et y dirigea même l'école de médecine. Constantin l’Africain l'a décrite en train de pratiquer une césarienne afin de sauver la vie de la mère et de l’enfant. Trotula a décrit une intervention de réparation d'un périnée endommagé après un accouchement.

Trotula de Salerne prôna l'accouchement sans douleur grâce à l'opium[réf. nécessaire] dans son ouvrage Curandarum aegritudinum mulierorium ante et post partum[4] (Traitement des femmes malades avant et après l'accouchement) et jeta les bases de la gynécologie avec son ouvrage fondamental De passionibus mulierum curandarum ante, in et post partum (Les maladies des femmes avant, pendant et après l'accouchement).

Dans Les maladies des femmes avant, pendant et après l'accouchement, Trotula aborde tous les aspects de la féminité y compris les considérations psychologiques et esthétiques. « Puisque donc les femmes sont par nature plus faibles que les hommes, écrit-elle, par conséquent sont plus fréquentes chez elles les maladies, surtout dans les parties vouées à l'œuvre de la nature ; et comme ces parties se trouvent en des endroits secrets, les femmes par pudeur et fragilité de condition, n'osent pas révéler à un médecin les angoisses causées par ces maladies. C'est pourquoi émue de leurs malheurs et à l'instigation d'une certaine matrone, j'ai commencé à examiner avec attention ces maladies qui frappent très souvent le sexe féminin. » Elle proclamait que les femmes ne doivent pas accoucher dans la douleur et avait recours dans ce but à l'opium. Elle assurait que la stérilité d'un couple pouvait aussi être le fait de l'homme.

Entre Anciens et Modernes, Trotula n’en prescrivait pas moins des remèdes parfois basés sur la superstition : bains de sable de mer aux femmes dodues, excréments d'âne frits pour les femmes stériles, cœur farci de truie afin d'oublier la mort d'un être cher. Ces remèdes puisaient leur origine dans les traditions orales, les vieux textes arabes, et parfois les écrits de Galien ou d'Hippocrate.

On tenta souvent d'attribuer ses ouvrages à un homme, tant il semblait inconcevable qu'elle ait exercé des fonctions habituellement réservées aux hommes. Elle sentait même le soufre puisqu'elle ne voyait pas comme un destin inéluctable d'« enfanter dans la douleur », selon la condamnation de la Genèse (3:6). Dans Les Contes de Canterbury, Chaucer met son livre dans la bibliothèque de Jankyn. Le spécialiste du Moyen Âge qu'était Caspar Wolff (1734–1794) affirma que les textes de Trotula avait en réalité été écrits par un homme, un esclave romain libéré[5].

On considère aujourd'hui qu'elle a réellement existé, l'attribution de ses œuvres à des hommes relevant d'un effet Matilda[6]. À l'inverse, il est également possible que ces écrits aient pu être attribués à une femme, pour leur donner plus d'autorité et d'authenticité, ou simplement pour détourner l'accusation d'avoir ignoré le tabou de l'observation des organes féminins[7].

Le statut des femmes médecins du temps de Trotula[modifier | modifier le code]

Les femmes comme les hommes pouvaient pratiquer la médecine comme la chirurgie ; comme au temps de l'empire Romain, la pratique féminine ne se limitait pas aux accouchements ou au soins des femmes. Par exemple, on connait les noms de 24 femmes chirurgiennes exerçant à Naples entre 1273 et 1410, et de 15 femmes médecins à Francfort entre 1387 et 1497, la plupart sont juives et aucune n'est mentionnée comme sage-femme[8]. Dans quelques cas, des femmes se distinguent comme des auteurs et enseignantes, écrivant en latin à partir de sources grecques et arabes. La plus connue d'entre elles est Trotula de Salerne.

Cependant de tels cas restent inhabituels. Avec l'établissement des premières Universités, à partir du XIIIe siècle, les femmes sont exclues de l'enseignement supérieur, et par conséquent des pratiques médico-chirurgicales les plus prestigieuses, en haut de l'échelle sociale. Des femmes médecins continuent d'exister dans plusieurs régions d'Europe, en très faible proportion, autour de 1,5 % en France et de 1,2 % en Angleterre. Il est probable que beaucoup plus d'autres femmes pratiquaient comme accoucheuses ou soignantes, mais elles n'ont laissé aucune trace écrite de leurs activités[8].

A partir du XVe siècle, plusieurs villes emploient des sages-femmes (France du nord, Bourgogne, Lorraine, Alsace) [9].

Ouvrages[modifier | modifier le code]

Le Trotula[modifier | modifier le code]

Depuis la fin du XIIIe siècle, on regroupe trois textes sous ce titre.

Maladies des femmes[modifier | modifier le code]

Illustration du De passionibus mulierum curandarum

Le titre latin est De passionibus mulierum curandarum (« Le soin des maladies de femmes »). Le livre constitue à lui seul la « Trotula Major », la partie la plus importante de son œuvre.

Composé de 27 sections, il décrit toute une série de problèmes de santé concernant les femmes, tels que ceux liés aux règles et à l'accouchement. À la différence de Traitements pour les femmes, ce texte propose des explications théoriques des différentes affections. Ces explications proviennent des théories gynécologiques de Galien. Celui-ci affirme que les femmes sont plus froides que les hommes et sont donc incapables de « cuire » leurs aliments ; aussi ont-elles recours aux règles pour éliminer le surplus. Dans la gynécologie selon Galien, la menstruation est considérée comme un phénomène important et sain. L'auteur de Maladies des femmes décrit en détail différentes manières de réguler la menstruation.

La question du mouvement de la matrice féminine, autre point important de la gynécologie selon Galien, est également abordée en détail. Le mouvement vers le haut, appelé « suffocation » de la matrice, provoque un certain nombre de problèmes. L'auteur explique que cette « suffocation » provient d'un excès de la « semence » de la femme (de nouveau une idée de Galien), et propose plusieurs remèdes possibles.

D'autres problèmes sont traités en détail, comme le traitement de la fistule vaginale, et le régime à faire suivre à un nouveau-né. L'auteur du texte a probablement été initiée à la gynécologie de Galien au travers de textes médicaux arabes, tels que le Viatique d'Ibn Al Jazzar[10].

Traitement pour les femmes[modifier | modifier le code]

Ce texte dresse la liste des traitements pour les différentes affections féminines (ainsi que quelques problèmes de santé masculins). On y trouve peu d'explications sur les causes du problème de santé ; ce sont les soins à donner qui sont d'abord et avant tout décrits. Les problèmes abordés sont variés, allant du coup de soleil à la stérilité. Les remèdes font souvent appel à des mélanges d'herbes et d'épices. Les traitements recensés dans ce texte trouvent leur source dans la tradition orale des régions méditerranéennes, plutôt que dans des textes arabes ou autres venant de la médecine de Galien[11].

Soins cosmétiques pour les femmes[modifier | modifier le code]

Le De Ornatu Mulierum (L'Ornement des dames), de Trotula

Le titre latin est De ornatu mulierum, L'ornement des dames.

On y voit décrites des techniques pour blanchir les dents, purifier la peau, s'épiler, et colorer les lèvres. On peut voir dans ce texte, plus court que les deux autres, le premier traité de cosmétique. Beaucoup des soins qui y sont décrits sont d'origine arabe[12].

Traductions du Trotula[modifier | modifier le code]

* Sir John Harington (1560-1612) a fait une traduction en anglais, The School of Salernum[13].[travail inédit ?][réf. insuffisante] En italien on a :

  • Sulle malattie delle donne, Pina Boggi Cavallo (dir.), trad. Matilde Nubiè et Adriana Tocco, Turin, 1979 ; La Luna, 1994 (ISBN 887823043X et 9788878230439)
  • Trotula : un compendio medievale di medicina delle donne, Monica H. Green (dir.), trad. Valentina Brancone, Florence, Sismel - Edizioni del Galluzzo, 2009

Autres ouvrages[modifier | modifier le code]

On attribue à Trotula le manuscrit Practica secundum Trotam, retrouvé à Madrid à l'université Complutense[14]. Il contient 66 articles de gynécologie et d'obstétrique.

Œuvres en ligne[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  • La première version de cet article était une traduction de l'article correspondant de la Wikipédia en anglais.
  1. Ferruccio Bertini, Trotula, il medico, p. 99, Medioevo al femminile, 4ª ed., Laterza [1989], 2005, (ISBN 88-420-4972-7).
  2. Le premier étant la Trotula major (grande Trotula), les deux autres la Trotula minor (petite Trotula).
  3. Green 2001, p. xi.
  4. En ligne, l'édition de 1778 à Leipzig.
  5. Beryl Rowland, Medieval Woman’s Guide to Health, pp. 3-4 Kent State, 1981.
  6. (en) Margaret W. Rossiter, « The Matthew Matilda Effect in Science », dans Social Studies of Science, Sage Publ., Londres, 1993 (ISSN 0306-3127), p. 325-341.
  7. Claudie Duhamel-Amado et Guy Lobrichon, Georges Duby, p. 370 sur Google Livres (ISBN 280412049X et 9782804120498).
  8. a et b Nancy G. Siraisi, Medieval & early Renaissance Medicine, University of Chicago Press, (ISBN 0-226-76129-0), p. 27.
  9. Jacques Gélis, La sage-femme ou le médecin, Fayard, (ISBN 2-213-01918-5), p. 24-25.
  10. Green 2001, p. 17-25, 65-87.
  11. Green 2001, p. 89-112.
  12. Green 2001, p. 113-124.
  13. (en) « The School of Salernum »,‎ (consulté le 23 février 2017).
  14. Monica H. Green, Making Women's Medicine Masculine sur Google Livres.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Monica H. Green, The Trotula: a medieval compendium of women's medicine, Philadelphie, University of Pennsylvania, (ISBN 0-8122-3589-4)Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Josette Dall'Ava Santucci, Des sorcières aux mandarines : Histoire des femmes médecins, Calmann-Lévy, , 272 p. (ISBN 2702134998)
  • Marc Nagro, Sous l'œil d'Hippocrate

Liens externes[modifier | modifier le code]