Margaret W. Rossiter

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Margaret W. Rossiter (née en juillet 1944) est une historienne des sciences et professeure américaines . Elle enseigne l'histoire des sciences à l'université Cornell[1]. De 1994 à 2003, elle est l'éditrice de la revue Isis, publication officielle de l'History of Science Society (en).

Elle a inventé le terme effet Matilda pour désigner le déni et le manque de reconnaissance systématique des contributions des femmes en sciences, qui sont généralement attribuées à leur collègues masculins.

Jeunesse et formation[modifier | modifier le code]

Margaret Rossiter et son frère jumeau Charles naissent dans une famille militaire à la fin de la Seconde Guerre mondiale[2]. La famille s'installe près de Boston, d'abord à Malden, puis à Melrose.

Lors de ses études secondaires, Rossiter découvre l'histoire des sciences[2]. En 1961, elle reçoit le National Merit Scholar (en) et fréquente le Radcliffe College à partir de 1962. Elle y étudie les mathématiques, puis change de branche vers la chimie et, finalement, vers l'histoire des sciences, plus particulièrement celle des États-Unis (en), une branche qui vient tout juste de naître. Elle obtient son diplôme en 1966.

Rossiter travaille durant l'été au Smithsonian avant de commencer une maîtrise à l'université du Wisconsin à Madison[2]. Elle déménage par la suite au département d'histoire des sciences de l'université Yale, où elle poursuit ses recherches et obtient un deuxième M. Phil.[1]. Elle décroche son doctorat en 1971, sa recherche portant sur l'agronomie et les scientifiques allemands. Elle obtient par la suite une place au Charles Warren Center for Studies in American History de l'université Harvard[2].

Carrière[modifier | modifier le code]

Lors de son passage à l'université Harvard, Rossiter débute ses recherches sur la place des femmes dans l'histoire des sciences des États-Unis. Elle trouve des centaines de références aux femmes dans l'ouvrage American Men of Science (maintenant American Men and Women of Science (en))[3]. Elle en parle dans sa conférence Women scientists in America before 1920, dont elle tire un texte publié dans American Scientist après que le texte ait été rejeté par Science et Scientific American[4]. L'article connaît un certain succès et l'amène à poursuivre ses recherches dans le domaine malgré une certaine réticence du milieu scientifique et de l'histoire.

Elle devient professeur invité de l'université de Californie à Berkeley, où elle planifie la publication d'un ouvrage sur les femmes en sciences. Malgré que certaines femmes scientifiques la décourage de poursuivre ses études dans ce domaine, Rossiter persiste et trouve une panoplie d'informations qui l'amène a envisager la publication de trois livres plutôt qu'un[2]. Elle n'arrive toujours pas à décrocher un poste et continue de travailler principalement à l'aide de bourses.

Au début des années 1980, Margaret Rossiter développe deux concepts expliquant l'absence de reconnaissance du travail des femmes en sciences. Elle appelle le premier la ségrégation hiérarchique (hierarchical segregation, une notion semblable mais distincte du plafond de verre. Le second, la ségrégation territoriale (territorial segregation"), réfère au cantonnement des femmes dans certaines disciplines scientifiques spécifiques.[5]

En 1981, elle reçoit une bourse Guggenheim, qui lui permet de poursuivre ses recherches[6]. L'année suivante, elle publie son premier livre, Women Scientists in America, Struggles and Strategies to 1940. Le livre obtient une certaine visibilité et fait l'objet d'une critique positive dans le New York Times, Nature et Science[7].

Par la suite, Rossiter postule sur le remplacement d'un an (1982-1983) du directeur du programme d'histoire et de philosophie de la science de la National Science Foundation (NSF). En 1983–1984, elle est professeure invitée à Harvard, où elle travaille sur son deuxième livre. Toujours incapable de décrocher un poste, elle applique sur le programme Visiting Professorships for Women de la NSF et obtient un poste d'un an à Cornell. Elle occupera ce dernier 2 ans (1986–1988). Par la suite, Cornell accepte de renouveler son poste pour trois ans, mais ce dernier est séparé entre trois département (women's studies, agronomie et histoire[2]). À ce moment de sa vie, elle se sent comme certaines femmes dont elle a abordé l'histoire. « J'imagine que je suis un 78 [tours] dans un monde à 33[trad 1]. »[3]

En 1989, toujours à Cornell, elle reçoit le prix MacArthur. Rattachée à aucun département, l'université lui refuse un poste permanent. Ce n'est que lorsqu'elle reçoit une offre de l'université de Géorgie que Cornell décide de créer et de financer une chaire en histoire des sciences pour la garder, lançant du même coup un département qui y est consacré[2]. À partir de ce moment, Rossiter peut consacrer plus d'énergie sur son deuxième livre. En 1994, elle devient éditrice de la revue Isis, publication officielle de l'History of Science Society (en).

En 1995, elle publie le livre Women Scientists in America: Before Affirmative Action, 1940-1972. Elle y présente les barrières empêchant les femmes de travailler comme scientifiques entières lors de la période allant de la Seconde Guerre mondiale jusqu'à 1972. L'une de ces barrières était la règle anti-népotisme de plusieurs institutions, empêchant les couples mariés d'avoir tous les deux un poste au sein d'une même institution. Citant plusieurs exemple, Rossiter aborde celui de Josephine Mitchell. Alors que cette dernière obtient un poste de professeur associé à l'université de l'Illinois dans les années 1950, elle se marie avec un membre non-permanent du département de mathématiques. On lui demanda donc de quitter son poste afin que son mari puisse garder le sien[8]. Le livre reçoit le History of Women in Science Prize (1997) ainsi que le Pfizer Prize[9],[10]. Par la suite, le History of Women in Science Prize a été renommé Margaret W. Rossiter History of Women in Science Prize (en) en son honneur[9].

En 2012, Rossiter complète sa trilogie sur la place des femmes dans les sciences aux États-Unis en publiant Women Scientists in American Volume 3: Forging a New World Since 1972, ressençant des dizaines de cas de femmes ayant milité pour la reconnaissance des femmes en sciences après le passage du Equal Employment Opportunity Act (en) de 1972[11].

Héritage[modifier | modifier le code]

Le travail de Rossiter sert de base à plusieurs autres travaux de recherche, dont celui de Carmen Magallón (en)[2], [12].

Publications[modifier | modifier le code]

  • (en) Margaret W. Rossiter, Philanthropy, Structure and Personality : Science at Harvard University: historical perspectives, Clark A. Elliott et Margaret W. Rossiter, Lehigh University Press,‎ 1992 (ISBN 978-0-934223-12-6, lire en ligne)
  • (en) Writing Women into Science : Writing and revising the disciplines, Jonathan Monroe, Cornell University Press,‎ 2002 (ISBN 978-0-8014-8751-4, lire en ligne)
  • (en) Women Scientists in America: Struggles and Strategies to 1940, JHU Press,‎ 1982 (ISBN 978-0-8018-2443-5, lire en ligne)
  • (en) Women Scientists in America : Before Affirmative Action, 1940-1972, JHU Press,‎ 1998 (ISBN 978-0-8018-5711-9, lire en ligne)
  • (en) Women Scientists in America: Forging a New World Since 1972, JHU Press,‎ 2012 (ISBN 978-1-4214-0363-2, lire en ligne)
  • (en) The emergence of agricultural science : Justus Liebig and the Americans, 1840-1880, Yale University Press,‎ 1975 (ISBN 978-0-300-01721-2)
  • (en) « The Matthew Matilda Effect in Science. », Social Studies of Science., Londres, Sage Publ., vol. 23,‎ 1993 (ISSN 0306-3127)

Notes et références[modifier | modifier le code]

(en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Margaret W. Rossiter » (voir la liste des auteurs)

  1. (en) « I guess I am like a 78 [rpm] record in a 33 world. »
  1. a et b (en) « Margaret W.Rossiter », Cornell University
  2. a, b, c, d, e, f, g et h (en) Writing Women into Science : Writing and revising the disciplines, Jonathan Monroe, Cornell University Press,‎ 2002 (ISBN 978-0-8014-8751-4, lire en ligne)
  3. a et b (en) Elizabeth Pennisi, « A Rough, Long Struggle in Science History », The Scientist,‎ 15 octobre 1990 (lire en ligne)
  4. (en) « Worldcat entry for ''Women scientists in America before 1920'' », Worldcat.org (consulté en 2013-10-17)
  5. (en) Londa Schiebinger, Has Feminism Changed Science, Harvard University Press,‎ 1999 (ISBN 0-674-38113-0), p. 33–34
  6. (en) « Margaret W. Rossiter », John Simon Guggenheim Memorial Foundation
  7. (en) « Women Scientists in America: Struggles and Strategies to 1940 », Amazon.com
  8. (en) Margaret Murray, « Women Scientists in America: Before Affirmative Action, 1940-1972 », Association of Women in Mathematics Newsletter,‎ 1996 (lire en ligne)
  9. a et b (en) « The Society: Margaret W. Rossiter History of Women in Science Prize », History of Science Society
  10. (en) « The Society: Pfizer Award », History of Science Society
  11. (en) Georgina M. Montgomery, « Women in Science: A Classic Continued Up to the Present », Science, vol. 338, no 6109,‎ 16 novembre 2012, p. 884–885 (lire en ligne)
  12. (es) « Pioneras españolas en las ciencias », Madrid, CSIC,‎ 2004

Voir aussi[modifier | modifier le code]