École de médecine de Salerne

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Une miniature représentant la Schola Medica Salernitana à partir d'une copie du Canon de la médecine d’Avicenne

Historiquement, l’école de médecine de Salerne (ou Schola Medica Salernitana) sur la zone côtière du Mezzogiorno, fut non seulement la première faculté de Médecine fondée en Europe au Moyen Âge, mais encore l'un des plus importantes. Elle s'illustre par :

  • l’étude des sources orientales de connaissances médicales et leur divulgation en Occident,
  • une formation pratique approfondie, rivalisant ainsi avec les universités de Montpellier et Paris,
  • sa modernité intellectuelle, du fait d'un enseignement exclusivement laïque de la médecine,
  • l'accès aux études ouverts aux esprits motivés, sans distinction de sexe[1].

Et de fait, les médecins issus de l'École de Salerne jouissaient d'une excellente réputation en Occident pour le haut niveau de leurs connaissances et de leur pratique - y compris les Mulieres Salernitanae (les « femmes de Salerne »).

Historique[modifier | modifier le code]

Si le contexte de sa création n'est que très peu documenté (emplacement exact, fondateurs…), l'influence de l'école de Salerne entre le IXe siècle et le XIVe siècle reste incontestable. Cette période correspond aux dernières décennies du pouvoir lombard jusqu'à la chute des Hohenstaufen.

Outre l'étude des ouvrages antiques, l'école proposait des études pratiques sur les malades du dispensaire dépendant du monastère attenant.

Les traités médicaux antiques, rédigés en grec et en arabe avaient été accumulés dans la bibliothèque de l'abbaye du Mont-Cassin. On y trouvait notamment les travaux d'Hippocrate (460-377 avant J.-C.) et d'Aristote (384-322 avant J.-C.), de Galien et Dioscoride ou encore du perse Avicenne (980-1037). Ces ouvrages, mais surtout les ouvrages en grec et ceux rapportés d'Orient, furent traduits en latin, entre autres par Constantin l'Africain grâce à sa connaissance de l'arabe, de l'hébreux, du syriaque et du persan[2].

Sous à l'impulsion d'Alfan, l’archevêque de Salerne qui accueillit Constantin l'Africain, l'école de Salerne reçoit le titre de « ville d’Hippocrate » (Hippocratica Civitas ou Hippocratica Urbs). Des visiteurs affluent du monde entier vers la « Schola Salerni », qu'il s'agisse de malades dans l'espoir d’une guérison ou d'étudiants pour apprendre l'art de la médecine.

La notoriété de l'école de Salerne franchit ainsi les frontières, comme le prouvent les manuscrits salernitains conservés dans les bibliothèques de nombreux pays européens, ainsi que de nombreux témoignages historiques: le poème Regimen sanitatis salernitanum attribué à Jean de Milan, donnait une origine salernitaine à l'œuvre, afin de faire bénéficier l’œuvre de la popularité de l'institution et lui conférer une plus grande valeur pratique.

L'école a gardé vivante la tradition culturelle de la Grèce antique et de la Rome antique, la fusionnant harmonieusement avec les cultures orientales. Outre l'enseignement de la médecine , on y suivait donc aussi des cours de philosophie et de droit et l'on y pratiquait couramment la disputatio, discipline encore dispensée de nos jours dans les grandes écoles. Ceci a conduit à un apprentissage de la médecine découlant de la synthèse et de la comparaison des différentes expériences d'ensemble, comme en témoigne une légende qui attribue la fondation de l'école à quatre maîtres : le juif Helinus, le grec Pontus, l’arabe Adela et le latin Salernus.

Les livres salernitains ont rendu l’école célèbre. Le premier ouvrage qui l’a fait connaître est le Liber pantegni, une traduction et une adaptation de Constantin à partir du texte arabe du Al-malaki d’Ali ibn Abbas (Haly Abas) en dix volumes de théorie médicale et dix tomes de médecine pratique. Il a également traduit un traité sur l'ophtalmologie d’Hunayn ibn Ishaq et le Viaticus d’Ibn Al Jazzar.

À partir du treizième siècle, les écoles de médecine de l'université de Naples et de l'Université de Bologne ont peu à peu éclipsé l'école de Salerne, jusqu'à sa clôture en 1811 par Joachim Murat.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Contrairement aux idées reçues, les femmes étaient également admises, non seulement comme étudiantes mais encore comme praticiennes et enseignantes, telle Trotula de Salerne
  2. Jacqueline Brossollet, « « Constantin l'Africain (1015-1087) » », Encyclopædia Universalis [en ligne],‎ (lire en ligne)

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