Dacie romaine

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Dacie (homonymie).

La Dacie romaine, Dacie Trajane ou Dacia felix (« Dacie heureuse ») est une partie de la Dacie, riche en or, sel et bois, colonisée et devenue province de l'Empire romain durant 150 ans, de 106 à 256.

Intégration dans l'Empire[modifier | modifier le code]

Des Daces sont présents à Rome, avec d'autres populations de la région connue de nos jours comme les Balkans, tels les Thraces ou les Illyriens par exemple, dès la période entre 44 avant notre ère (mort de Jules César) et 31 avant notre ère, (principat d'Auguste). Ils ont de nombreuses occupations : charpentiers, foulons mais surtout gladiateurs, notamment dans les « ludi » (casernes-arènes) nommés Dacicus, Gallicus, Magnus, Matutinus. Certains étaient libres, d'autres esclaves capturés lors des guerres entre Daces et Romains. Le nom du « ludus » Dacicus suggère un nombre important de Daces gladiateurs. Dès cette époque, mais plus encore après que la Dacie soit devenue province romaine, des Daces sont intégrés dans les légions romaines, devenant membres de la garde impériale (prétoriens et garde à cheval : equites singulares, comme en témoignent les inscriptions des pierres funèbres des soldats appartenant à la garde impériale). Un bon exemple est celle de Lucius Avilius Dacus, sur marbre, de l'année 70 avant notre ère, deux siècles avant la conquête de la Dacie. Une autre inscription, découverte Via Flaminia, est dédiée à la mémoire de la reine Zia, veuve du roi des Costoboces, Dieporus, par ses petits-enfants Natoporus et Driglisa. Il semble que Via Flaminia étaient inhumés les personnages d'origine royale et noble. La présence dace à Rome, dans la garde impériale, se remarque dans de nombreuses inscriptions en marbre, dédiées aux empereurs : s'y trouvent également les noms des soldats, avec le lieu d'origine : Aurelius Valerius Drubeta, Antonius Bassinass Sarmizégétuse, Titus Lempronius Augustus Apulum. Sur un total de 120 noms daces, 15 sont originaires de Sarmizégétuse. Parmi ceux-ci, Claudiano, centurion de la VIe cohorte. Mais aussi Iulius Secondinus, natione Dacus, prétorien appelé de nouveau au service, ayant atteint l'âge de 85 ans dans des conditions ou à cette époque on dépasse rarement l'âge de 50 ans[note 1].

Les tribus (et royautés) daces ont toujours été très indépendantes, chacune menant sa propre politique, même s'il est arrivé que certains rois, tels Burebista ou Décébale, parviennent à en fédérer la plupart (le premier finissant assassiné, le second contraint au suicide).

Article détaillé : Guerres daciques.

Sous Domitien comme sous Trajan, dont les règnes sont concomitants à celui de Décébale, la plupart des tribus daces fédérées ont attaqué l'Empire romain (Décébale obtenant de Domitien le versement d'un tribut) mais celles vivant le long du Danube et commerçant intensément avec les Romains ont toujours préféré s'allier à ces derniers. C'est ce qui permit à l'architecte Apollodore de Damas de construire pour Trajan, en toute sécurité, un pont en pierre sur le Danube, élément-clé de la conquête romaine commencée en 101 et achevée en 106, conclue par la prise du trésor de Décébale, le suicide de ce dernier, et l'intégration du sud-ouest de la Dacie à l'Empire romain, qui exploita dès lors, durant 165 ans, les mines d'or, d'argent et de sel de cette nouvelle province[1].

Administration de la province[modifier | modifier le code]

carte du pourtour méditerranéen montrant la province romaine et la Dacie
Province romaine en rose, avec la Dacie en bordeaux
Carte approximative pour illustrer la situation de la Dacie après la conquête romaine. Le territoire de la Dacie romaine est en bleu, le territoire des Daces libres en rouge. Selon les périodes, d'autres territoires ont pu être temporairement sous contrôle des Romains, notamment dans le sud.
Les routes construites par les Romains en Dacie.

La province était bordée par la Transylvanie et l’Olténie d'aujourd'hui. selon les époques, entre 15 % et 50 % du territoire de la Dacie auraient été sous contrôle romain. Certaines cartes l'attestent.

Elle était sous l'autorité d'un Légat d'Auguste propréteur. La legio XIII Gemina, avec de nombreuses troupes auxiliaires, avait ses quartiers dans la province.

En 129, sous Hadrien, la Dacie fut partagée en Dacie supérieure et Dacie inférieure, la première comprenant la région actuelle de Transylvanie, la seconde les régions actuelles du Banat et de l'Olténie. Peu de temps après, une troisième province fut intégrée : la Dacie Porolissense", d'après la ville de Porolissum (près du village de Moigrad, commune de Mirşid, Judeţ de Sălaj). Seule la Dacie supérieure possédait une légion, elle était donc dirigée par un sénateur avec le rang de Légat d'Auguste propréteur. La Dacie inférieure et la Dacie porolissense étaient gouvernées chacune par un chevalier portant le titre de procurateur, leur garnison ne comptait que des troupes auxiliaires.

Le règne de Marc Aurèle amena une importante réforme administrative. Les trois provinces furent réunies sous la direction d'un légat de rang consulaire, cette nouvelle province étant nommée province des Trois Dacies (tres Daciæ). Les trois anciennes provinces subsistèrent cependant comme des subdivisions du nouvel ensemble, mais certaines changèrent de nom. La Dacie supérieure devint Dacie Apulensis d'après Apulum et la Dacie inférieure devint Malvensis d'après Malva, site longtemps inconnu et controversé, mais désormais fixé avec certitude à Romula. C'est à cette époque aussi que la Dacie Porolissense reçut une légion en garnison, la V Macedonica. Le gouverneur des Trois Dacies avait donc sous ses ordres deux légats (Apulensis et Porolissensis) et un procurateur (Malvensis). Pertinax fut un des premiers gouverneurs des Trois Dacies en 179.

Des forts furent construits pour résister aux révoltes de la population, aux attaques des tribus Carpes et plus tard contre les populations barbares. Trois grandes routes militaires furent construites pour unir les principales villes, tandis qu'une quatrième, nommée en hommage à Trajan, traversait les Carpates et pénétrait en Transylvanie par le col Alutensis.

Les tres Daciæ avaient une capitale commune, Sarmizégétuse ou Ulpia Traiana Sarmizegetusa, et une assemblée commune, qui discutait des affaires provinciales, formulait des réclamations et répartissait le fardeau des taxes ; mais sous d'autres aspects elles étaient des provinces pratiquement indépendantes les unes des autres, chacune commandée par un Légat d'Auguste propréteur ou un procurateur ordinaire, subordonné au gouverneur de rang consulaire.

Les « Daces libres », qui se donnaient eux-mêmes le nom de Carpes (signifiant "rocailleux", d'où le nom de Carpates) vivaient en dehors de la province romaine, sur les territoires au nord et à l'est de l'actuelle Moldavie, mais aussi au nord des Carpates, où ils avaient le nom de Costoboces, et dans l'ouest de la Transylvanie, sous le nom de « grands Daces ».

Bien qu'ils ne se soient pas privés d'attaquer les fortifications romaines, les Carpes entretenaient de nombreux liens avec l'Empire romain. Les Romains déportèrent des Carpes partout en Europe : ceux-ci assimilèrent la culture romaine et la langue romaine. Pendant l'occupation, ils avaient des relations étroites à la fois avec les Daces de la province et les populations dites barbares ; cette configuration leur permettait de nouer des alliances complexes.

Carte des Balkans au VIe siècle, à la veille de l'arrivée des Slaves, montrant les provinces du "Diocèse de Dacie".

Après la retraite romaine sous Aurélien, ils reconquirent la Dacie, alliés aux Goths. On les appela alors les « Carpodaces ». L'historien grec Zosime mentionne pour la dernière fois en 381 ces Carpodaces, c'est-à-dire les Daces appelés Carpes.

Transfert de la province[modifier | modifier le code]

Selon Eutrope (livre IX, 15), l'empereur Aurélien aurait retiré de Dacie non seulement les garnisons et l'administration, mais aussi la population romaine. Par "population romaine", faut-il entendre uniquement les citoyens et citadins romains, comme l'affirment les historiens roumains, ou bien cela inclut-il aussi les Daces romanisés, comme l'affirment les historiens hongrois et allemands tels Robert Rössler. Aurélien crée pour les Romains de Dacie, au sud du Danube, la province de Dacie aurélienne. Celle-ci est divisée par Dioclétien en deux provinces : la Dacie ripuaire (Dacia ripense ), province présidiale le long du Danube, et la Dacie méditerranéenne (Dacia mediterranea ) : province consulaire. Plus tard, le Diocèse de Dacie (Diocesis Daciae ), diocèse de la préfecture d'Illyrie, est administré par un vicaire et comprend les deux provinces précitées, plus les cinq provinces présidiales de Dardanie (Dardania ), de Mésie première (Moesia prima ) et de Prévalitaine ou Prévalitane (Praevalitana ) ainsi qu'une partie de la province présidiale de Macédoine Salutaire.

Quoi qu'il en soit, la circulation des monnaies et des objets, ainsi que la toponymie et la structure des langues romanes orientales montrent que durant l'Antiquité tardive, les échanges et la transhumance d'une économie devenant de plus en plus pastorale sous la pression des invasions barbares, ont continué à relier les deux rives du Danube, celle de l'ancienne Dacie trajane et des nouvelles Dacies aurélienne, dioclétienne et finalement justinienne (Δακία Παραποτάμια - Dacie parafluviale).

Suites[modifier | modifier le code]

Même si elle dure moins de deux siècles, l’intégration de la Dacie dans l’Empire, après celle de la Mésie (qui, elle a duré six siècles), marque durablement la région, puisque la romanisation des autochtones a perduré au cours des siècles, malgré l’isolement de la région, peuplée successivement de slaves et de magyars, par rapport au reste des langues romanes. Les romanophones ont continué à s’auto-désigner comme « romains »[2] et c’est sans surprise que l’État moderne qui occupe l’ancienne province de Dacie porte le nom de Roumanie.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Mircea Babeş, Cosmin Bărbulescu et Cătălin Gruia, « Qui étaient les Daces ? » dans National Geographic, édition roumaine de novembre 2004, p. 24-53.
  2. Si « Roumain » (Român) est attesté en tant endonyme au XVIe siècle, c'est qu'il existait évidemment bien avant :
    • Tranquillo Andronico écrit en 1534 que les roumains ("Valachi") "s’appellent eux-mêmes romains" ("nunc se Romanos vocant" in: A. Verress, Acta et Epistolae, I, p. 243).
    • En 1532 Francesco della Valle accompagnant le gouverneur Aloisio Gritti note que les roumains ont préservé leur nom de romains et qu' "ils s’appellent eux-mêmes roumains (Romei) dans leur langue". Il cite même une phrase : "Sti rominest ?" ("sais-tu roumain ?", roum. :"știi românește ?"): "...si dimandano in lingua loro Romei...se alcuno dimanda se sano parlare in la lingua valacca, dicono a questo in questo modo: Sti Rominest ? Che vol dire: Sai tu Romano..." (in: Cl. Isopescu, Notizie intorno ai romeni nella letteratura geografica italiana del Cinquecento, in Bulletin de la Section Historique, XVI, 1929, p. 1-90.
    • Ferrante Capeci écrit vers 1575 que les habitants des "provinces valaques de Transsylvanie, Moldavie, Hongro-valaquie et Mésie" s’appellent eux-mêmes roumains (romanesci) (“Anzi essi si chiamano romanesci, e vogliono molti che erano mandati quì quei che erano dannati a cavar metalli...” in Maria Holban, Călători străini despre Țările Române, vol. II, p. 158-161.
    • Pierre Lescalopier remarque en 1574 que "Tout ce pays la Wallachie et Moldavie et la plus part de la Transilvanie a esté peuplé des colonies romaines du temps de Trajan l’empereur…Ceux du pays se disent vrais successeurs des Romains et nomment leur parler romanechte, c'est-à-dire romain…" (Voyage fait par moy, Pierre Lescalopier l’an 1574 de Venise a Constantinople, fol 48 in Paul Cernovodeanu, Studii și materiale de istorie medievală, IV, 1960, p. 444).
    • Le saxon transylvain Johann Lebel note en 1542 que les Valaques se désignent eux-mêmes sous le nom de « Romuini“: "Ex Vlachi Valachi, Romanenses Italiani, /Quorum reliquae Romanensi lingua utuntur.../Solo Romanos nomine, sine re, repraesentantes./Ideirco vulgariter Romuini sunt appelanti" (Ioannes Lebelius, De opido Thalmus, Carmen Istoricum, Cibinii, 1779, p. 11-12.
    • Le chroniqueur polonais Orichovius (Stanislaw Orzechowski) observe en 1554 qu’ «en leur langue ils s’appellent romin, selon les romains et valaques en polonais, d’après les italiens» ("qui eorum lingua Romini ab Romanis, nostra Walachi, ab Italis appellantur" in: St. Orichovius, Annales polonici ab excessu Sigismundi, in I. Dlugossus, Historiae polonicae libri XII, col 1555).
    • Le croate Anton Verancsics remarque vers 1570 que les Valaques se nomment eux-mêmes romains (roumains): „...Valacchi, qui se Romanos nominant...„ “Gens quae ear terras (Transsylvaniam, Moldaviam et Transalpinam) nostra aetate incolit, Valacchi sunt, eaque a Romania ducit originem, tametsi nomine longe alieno...“ (in: De situ Transsylvaniae, Moldaviae et Transaplinae, in Monumenta Hungariae Historica, Scriptores; II, Pesta, 1857, p. 120).
    • Le hongrois transylvain Martinus Szent-Ivany cite en 1699 les expressions : "Sie noi sentem Rumeni" ("nous aussi, nous sommes roumains", pour le roum. : "Și noi suntem români") et "Noi sentem di sange Rumena" ("nous sommes de sang roumain", pour le roum.: "Noi suntem de sânge român"): Martinus Szent-Ivany, Dissertatio Paralimpomenica rerum memorabilium Hungariae, Tyrnaviae, 1699, p. 39.
    • À la même époque, Grigore Ureche (Letopisețul Țării Moldovei, p. 133-134) écrit : "În Țara Ardealului nu lăcuiesc numai unguri, ce și sași peste seamă de mulți și români peste tot locul...".
    • Enfin, dans son testament littéraire, Ienăchiță Văcărescu écrit: "Urmașilor mei Văcărești!/Las vouă moștenire:/Creșterea limbei românești/Ș-a patriei cinstire." Enfin dans une "Istoria faptelor lui Mavroghene-Vodă și a răzmeriței din timpul lui pe la 1790" un Pitar Hristache versifie: "Încep după-a mea ideie/Cu vreo câteva condeie/Povestea mavroghenească/Dela Țara Românească".

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]