Cimetière des Innocents

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Cimetière des Innocents
Saints Innocents 1550 Hoffbauer.jpg

L'église et le cimetière des Saints-Innocents vers 1550 (gravure de Hoffbauer, fin XIXe siècle).

Pays
Commune
Abandon
décembre 1780
Coordonnées
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Le cimetière des Innocents, ou cimetière des Saints-Innocents, était un cimetière situé dans le quartier des Halles de Paris, à l'emplacement de l'actuelle place Joachim-du-Bellay au centre de laquelle se tient la fontaine des Innocents.

Il tient son nom de l'église des Saints-Innocents qui se trouvait à l'angle nord-est de la place et qui a aujourd'hui disparu. Celle-ci était dédiée aux « saints Innocents », enfants de Judée massacrés sur l'ordre du roi Hérode.

Le cimetière posséda jusqu'à deux reclusoirs, qui étaient les plus célèbres de tous ceux de Paris.

Situation, présentation[modifier | modifier le code]

Au XVe siècle, le cimetière et l'église des Innocents formaient un rectangle bordé par les rues Saint-Denis, aux Fers, de la Lingerie et de la Ferronnerie. On y accédait au moyen de plusieurs portes, spécialement par celle de la rue Saint-Denis ouverte sous la maison où pendait pour enseigne le Miroir en face de la rue Trousse-Vache[1].
Guillebert de Metz parle de ce lieu lugubre dans sa description de Paris sous Charles VI :

« Là, dit-il, est un cimetière moult grant, enclos de maisons appelées charniers là où les os des morts sont entassés. Illec sont paintures notables de la dance macabre et autres avec escriptures pour esmouvoir les gens à dévotion »

La représentation de la danse macabre conduite par le pape, l'empereur, le cardinal, le roi, le légat, le duc et autres personnages, obligés de suivre les morts « rongés de vers, pourris, puans », ainsi que les charniers regorgeant de crânes, tibias, fémurs, vertèbres, misérables épaves humaines montées du cimetière, devaient être de « très belles et bonnes glasses à représenter la grandeur et impertinence de notre vanité humaine »[1].
Cependant les marchandes de modes et les écrivains publics finirent par envahir les charniers. Dans les derniers siècles, c'était sous les galetas remplis de débris vermoulus de vingt ou trente générations, au milieu d'une odeur fétide et cadavéreuse, qu'on venait se parer et dicter des lettres amoureuses. D'après un plan du cimetière des Innocents de 1733, 1756, les charniers longeant les rues aux Fers et de la Lingerie portaient le nom de Charniers des écrivains, celui qui se trouvait du côté de la Ferronnerie, se nommait charnier des Lingères et celui de la rue Saint-Denis, charnier de la chapelle de la Vierge[1].
Les riches bourgeois avaient contribué à la construction de ces ossuaires lesquels, au rapport des historiens parisiens, s'élevaient sur plus de quatre-vingts arcades.
On peut citer au XVe siècle, le charnier du côté de la rue de la Ferronnerie « où est l'image de la sainte Trinité », les charniers où se voyaient les images saint Leu, saint Jean, de la remembrance de Notre-Seigneur en Croix, le charnier du côté de rue de la Lingerie près de la chapelle d'Orgemont, le charnier du côté de la rue Saint-Denis près de l'église et celui de la rue de la Charonnerie, fondés par Guillaume Tireverge[2], bouteiller du roi, Guillaume d'Orchies[3], clerc de notaire du roi au Châtelet, Guillaume Le Roy et Arnoul Estable dit le Charpentier[4].

Au milieu de cette ceinture funèbre, dans le cimetière même, se dressait un beau fanal gothique, bâti, s'il faut ajouter foi à certaine légende, sur la tombe d'un homme qui s'était vanté en son vivant que les chiens ne « pisseroient point sur son sépulcre ». La nuit, cette lanterne des morts éclairait de sa flamme vacillante les alchimistes les sorciers de l'époque que l'imagination populaire voyait se promener avec les trépassés, visitant la danse macabre.

Le cimetière des Saints-Innocents posséda jusqu'à deux reclusoirs à la fois, le premier entre l'église et la fontaine et le second du côté opposé.

Histoire[modifier | modifier le code]

L'emplacement servait de cimetière depuis les Mérovingiens (des sarcophages ont été trouvés lors de fouilles en 1973-1974), époque à laquelle le site était hors des murs, à côté de la route menant de Paris à Saint-Denis. Une petite chapelle consacrée à saint Michel fut érigée au Xe siècle. Vers 1130, le roi Louis VI le Gros fit remplacer la chapelle par une église plus vaste (au nord-est, donnant sur la rue Saint-Denis), qui fut dédiée aux saints Innocents.

Le cimetière prit de l'importance quand le marché central de Paris fut installé aux Champeaux en 1137, sur l'emplacement des Halles.

Sous Philippe Auguste le cimetière fut agrandi et clos d'un mur de trois mètres de haut. Se retrouvant intra-muros, le cimetière reçut du Moyen Âge jusqu'au XVIIIe siècle les corps de 22 paroisses parisiennes, plus ceux de l'Hôtel-Dieu, ceux des pestiférés de 1348 et des inconnus de la morgue (les noyés de la Seine et les personnes trouvées mortes sur la voie publique) : soit un total estimé à deux millions de Parisiens.

Pour faire face aux épidémies, la ville de Paris achète alors le cimetière et une partie de l'enclos de l'hôpital de la Trinité.

Le cimetière était pour tous les paroissiens, mais il s'établit encore une distinction entre ceux qui étaient déposés au milieu du cimetière, et ceux que l'on inhumait dans des charniers ou galeries dont le cimetière fut environné plus tard[5].

Pour les riches bourgeois, l'inhumation se faisait dans un cercueil de bois. Pour les pauvres les inhumations se faisaient dans de vastes fosses communes pouvant contenir 1 500 corps superposés ; lorsqu'une était pleine, on en creusait une autre à côté. On disait que la terre du cimetière des Innocents mangeait son cadavre en neuf jours. Les ossements retirés finissaient dans les charniers construits aux XIVe et XVe siècles tout autour du cimetière, au-dessus d'arcades, entre la voûte et la toiture (celui côté ouest, donnant sur la rue de la Lingerie, a été financé par Nicolas Flamel ; celui côté sud était décoré d'une fresque représentant une danse macabre). C'était un privilège réservé à certaines personnes que d'être inhumées dans l'église.

En septembre 1571, la Croix de Gastine fut transférée par pièces aux Saint-Innocents[6]. Le déplacement provoqua des émeutes.

En 1669, le charnier se trouvant côté sud fut détruit et remplacé par un long immeuble (120 mètres de long) toujours debout, séparant les Innocents de la rue de la Ferronnerie[7]. Un nouveau charnier y fut aménagé entre les arcades et l'entresol.

Le 7 mai 1780, les murs de la cave d'un restaurateur situé près du cimetière des Innocents s'effondrèrent. Ce ne fut pas une carrière souterraine parisienne, mais des ossements et des cadavres qui, par leur poids et leur volume (le niveau du sol dépassant de deux mètres cinquante celui des rues), firent céder la cloison. À la suite de cet incident, le Parlement décréta, le 4 septembre, la fermeture du cimetière. Décision qui resta sans effet, les corps continuant à être entassés dans un charnier déjà très excessivement rempli. Conformément à la déclaration royale du , il fut fermé en décembre 1780, puis vidé en 1786 pour des raisons sanitaires, tandis que l’église des Saints-Innocents fut rasée en 1785. Le 9 novembre 1785, sur la suggestion de l'inspecteur général des carrières, Charles-Axel Guillaumot décida de transférer les restes secs (c'est-à-dire les ossements qui se trouvaient dans les charniers et sur une profondeur d'un mètre cinquante) dans les anciennes carrières transformées en catacombes situées sous le lieu-dit de la Tombe-Issoire, ce transfert se faisant pendant quinze mois selon des processions quotidiennes de tombereaux en présence de prêtres. L'espace ainsi dégagé devint un marché baptisé à l'époque « place du marché des Innocents »[8]. Charles-Louis Bernier fit de nombreux dessins du lieu avant sa destruction.

En 1856, le projet de construction des Halles de Baltard rendit le marché inutile. Il fut remplacé par un square aux dimensions plus restreintes, similaires à celles d'aujourd'hui.

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Épitaphes[modifier | modifier le code]

  • « Cy gist Yolande Bailly, qui trépassa l'an 1514, le 88e an de son age, le 42e de son veuvage, laquelle a vu ou pu voir devant son trépas deux cents quatre vingt quinze enfants issus d'elle »[9],[10].

Accès[modifier | modifier le code]

Dans la fiction[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notes, sources et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c La recluse Renée de Vendomois par la Revue historique et archéologique du Maine 1892 (T1) pages 207 à 209 à lire en ligne sur gallica.bnf.fr
  2. Mort le 15 septembre 1439
  3. Mort le 11 novembre 1402
  4. Mort le 26 novembre 1409
  5. Paris Illustrations 1839
  6. Charles Lefeuve : Histoire de Paris, rue par rue, maison par maison Tome III
  7. Adolphe Alphand (dir.), Adrien Deville et Émile Hochereau, Ville de Paris : Recueil des lettres patentes, ordonnances royales, décrets et arrêtés préfectoraux concernant les voies publiques, Paris, Imprimerie nouvelle (association ouvrière), (lire en ligne), p. 6.
  8. Gilles Thomas et Alain Clément, Atlas du Paris souterrain, Parigramme, , 193 p. (ISBN 2840961911)
  9. Church-yard gleanings and epigrammatic scraps, a collection of epitaphs par William Pulleyn
  10. Gilles Corrozet : Les Antiquités Chroniques et Singularités de Paris page 173