Cimetière des Juifs portugais de Paris

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Cimetière des Juifs portugais de Paris
Cimetière israélite de la Villette
Cimetière juif portugais de la Villette 02.jpg
Pierres tombales de l'ancien cimetière
des Juifs portugais de la Villette.
Pays
Région
Commune
Adresse
Religion(s)
Superficie
0,04 hectare
Tombes
28
Mise en service
1780
Abandon
1810
Patrimonialité
Coordonnées
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Le cimetière des Juifs portugais de Paris ou cimetière israélite de la Villette[1] est un ancien cimetière israélite, situé dans le quartier de la Villette, dans le 19e arrondissement de Paris. Il est créé à la fin du XVIIIe siècle par Jacob Rodrigue Pereire, le premier instituteur des sourds-muets en France, pour inhumer les Juifs portugais dans des conditions décentes.

Situation et accès[modifier | modifier le code]

Le cimetière se trouve 44, rue de Flandre. Lorsqu'il est créé à la fin du XVIIIe siècle, il se trouve dans l'ancienne commune de La Villette, aujourd'hui devenue quartier de la Villette, dans le 19e arrondissement de Paris.

Il est aujourd'hui inaccessible aux passants car situé dans une cour d'immeuble[2] : pour le visiter, il faut une autorisation du Consistoire israélite de Paris[3], actuel propriétaire du lieu.

Description[modifier | modifier le code]

Le terrain, qui mesure 35 × 10 mètres[4], d'une superficie de 424 mètres carrés selon le cadastre[5], compte 28 sépultures[6].

Le cimetière est aujourd'hui quelque peu délaissé[7].

Historique[modifier | modifier le code]

Panneau Histoire de Paris « Cimetière des Juifs portugais ».

On procède à des inhumations de Juifs à cet endroit avant l'achat de ce terrain par Jacob Rodrigue Pereire, mais c'est dans le jardin du bâtiment contigu, au numéro 46. Il s'agit d'une auberge, L'Étoile, tenue par un dénommé Cameau[8] ou Camot. Elle passe ensuite en 1773 aux mains d'un équarrisseur, Matard, qui mélange les corps des animaux à ceux des défunts. C'est ce qui pousse Péreire à agir. : il signe le contrat d'acquisition du numéro 44, pour 800 livres, le [9].

La création du cimetière est autorisée par ordonnance du lieutenant de police de Paris, Lenoir, en date du [10], et le premier enterrement a lieu le [11]. Pereire lui-même, mort en , y est enterré[12],[13], mais selon l'auteur antisémite Édouard Drumont, il en est exhumé par sa famille en 1878[6] (sa dépouille est en effet transférée dans le caveau familial au cimetière de Montmartre[14]).

En 1809, le cimetière devient la propriété du Consistoire israélite de Paris[15]. Il ferme le quand une section israélite ouvre au Père-Lachaise[16].

Il est inscrit aux monuments historiques depuis l'arrêté du [1]. Jusqu'au classement de l'église Saint-Jean-Baptiste de Belleville en 2015, il s'agissait du seul établissement religieux qui soit protégé dans cet arrondissement[17].

Liste de sépultures[modifier | modifier le code]

Certaines tombes sont gravées de dates dans le calendrier républicain et non le calendrier hébraïque[8].

Parmi les sépultures[18] :

Nom Ville d'origine Date de mort (calendrier hébreu) Date de mort (calendrier républicain) Date de mort (calendrier grégorien)
Salomon Perpignan
Abraham Dalpuget 27 Eloul 5544
Samuel Fernandez Patto Bayonne 28 Prairial an II
Rébecca Henrique, veuve de Isaac Henri Bordeaux 11 Ab 5556 10 Germinal an IV
Moïse Salomon 18 septembre 1796
Joseph Cavaillon 3 Ab 5557 8 Thermidor an V 1797
Anne Rachel, veuve de Mardochée Ravel Bordeaux 19 Siwan 5557 25 Prairial an V
Esther, fille de Joseph Nonez Bayonne 2 Floréal an II
Rachel, fille de Joseph Nonez Bayonne
Rébecca Itourah, épouse d'Élie Ravil 10 Heswan 5559
Élie Ravil 13 Schebat 5559

Certaines tombes ont des épitaphes :

  • Salomon Perpigan[18] :

« Ici est inhumé le corps du sieur Salomon Perpignan, l'un des fondateurs de l'école royale gratuite de dessin établie en l'an 1767 du règne glorieux de Louis XV, en la ville de Paris, pour la perfection des Arts, et nommé par Mgr Lenoir, lieutenant général de Police, Sindic des Juifs originaires d'Avignon pour la police intérieure ; lequel s'est acquitté avec honneur et a mérité dans son département l'estime du Magistrat éclairé. Décédé le . »

  • Samuel Fernandès Patto[19] :

« Le Dieu Suprême m'a appelé l'an vingt-troisième de mon âge. J'aime mieux ma situation que l'esclavage. Ô âme immortelle, cherche à vivre libre ou suis-moy comme un bon républicain. »

Postérité[modifier | modifier le code]

Un panneau Histoire de Paris rappelle l'histoire du cimetière dans l'avenue de Flandre.

Laurent Roth y fait référence en 2021 dans son film L'Emmuré de Paris[20] :

« Je suis mort depuis longtemps. J'ai construit ce cimetière. À peine achevé, j'y ai enterré mon fils premier né puis je l'ai suivi le . Je m’appelle Jacob Rodrigue Pereire. »

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Notice no PA00086764, base Mérimée, ministère français de la Culture.
  2. « Cimetière juif portugais du XVIIIe siècle dans une cour d'immeuble de l'avenue de Flandre », sur Visites de Paris à vélo ou à vélib.
  3. Fierro 1987, p. 76.
  4. « L'Histoire : Pas d'abonné au cimetière du Calvaire », Libération,‎ (lire en ligne).
  5. Parcelle no AP 14.
  6. a et b Édouard Drumont, La France juive : Essai d'histoire contemporaine, vol. 1, Paris, C. Marpon et E. Flammarion, , 43e éd., p. 253 [lire en ligne].
  7. Albert Mousset, « Un site parisien délaissé, le cimetière des Juifs Portugais », Le Monde,‎ .
  8. a et b G. Lenotre, Paris et ses fantômes, Paris, Grasset, coll. « La Petite histoire », , 318 p..
  9. Berg 1997.
  10. Paul Hildenfinger, Société d'histoire de Paris, Documents sur les Juifs à Paris au XVIIIe siècle : Actes d'inhumation et scellés, Paris, Honoré Champion, , p. 4 [lire en ligne] et p. 13 [lire en ligne].
  11. Louis Cardozo de Bethencourt, « Le trésor des Juifs sephardim, notes sur les familles françaises israélites du rit portugais : IV. État-civil des israélites français avant la Révolution », Revue des études juives, vol. 26,‎ , p. 243 (lire en ligne).
  12. Félix de Rochegude, Promenades dans toutes les rues de Paris par arrondissement : XIXe arrondissement, Paris, Librairie Hachette, , 40 p., p. 7 [lire en ligne] : « là fut enterré en 1780 Jacob-Rodriguez Pereire, le premier instituteur des sourds-muets en France ».
  13. Ferdinand Berthier, L'abbée de l'Épee, sa vie, son apostolat, ses travaux, sa lutte et ses succès, Paris, Michel Lévy frères, , 413 p., p. 63 [lire en ligne].
  14. Renée Neher-Bernheim, « Un pionnier dans l'art de faire parler les sourds-muets : Jacob Rodrigue Péreire », Dix-Huitième Siècle, no 13,‎ , p. 47-61 [48–49] (DOI 10.3406/dhs.1981.1317).
  15. « Cimetière israélite de la rue de Flandre, dans la cour d'un lavoir », IM/1471.02, Musée d'Art et d'Histoire du judaïsme, citant Jarrassé 2004.
  16. Maxime Du Camp, « La bienfaisance israélite à Paris : I. La Communauté, l'hôpital et les hospices », Revue des Deux Mondes, vol. 82,‎ , p. 721–753 (752) (lire en ligne).
  17. « « Paris XIXe arrondissement : Architecture sacrée »(Archive.orgWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?) », sur quid.fr.
  18. a et b Moïse Schwab, « Rapport sur les inscriptions hébraïques de la France », Nouvelles archives des missions scientifiques et littéraires, vol. 12, no 3,‎ , p. 381–382 = 239–240 (lire en ligne).
  19. Léon Kahn, Les Juifs de Paris pendant la Révolution, Paris, Ollendorff, , p. 170, cité par Philippe-Efraïm Landau, « À l'origine de la tradition séfarade à Paris : Les Juifs de rite portugais aux XVIIIe et XIXe siècles », Archives juives, no 42,‎ , p. 25–40 (DOI 10.3917/aj.422.0025.).
  20. Julie Savelli, « Une archive au présent : Le principe de renaissance », Entrelacs, no 18,‎ (DOI 10.4000/entrelacs.6188).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Prosper Lunel, « Un cimetière israélite abandonné : Ordonnance de Lenoir en 1780 — Rodrigues Péreire — arrêté de messidor, an IV », L'Univers israélite, no 11,‎ , p. 509–512 (lire en ligne).
  • Alfred Fierro, « Le cimetière des Juifs Portugais », dans Vie et histoire du XIXe arrondissement, Villette, Pont de Flandre, Amérique, Combat : Histoire, anecdotes, curiosités, monuments, musées, jardins, promenades, dictionnaire des rues, vie pratique, Paris, Hervas, coll. « Paris » (no 19), , 154 p. (ISBN 2-903118-29-9), p. 76.
  • Michel Fleury, « Le cimetière juif de la rue de Flandre », dans Béatrice de Andia (dir.) et Simon Texier (dir.), Les canaux de Paris (publ. à l'occasion de l'exposition présentée à la mairie du 10e arrondissement en 1994), Paris, Délégation à l'action artistique de la Ville de Paris, coll. « Paris et son patrimoine », , 221 p. (BNF 40583930), p. 63–66.
  • Roger Berg (préf. Alain Goldmann, postface David Messas), « Création d'un cimetière pour les Portugais », dans Histoire des Juifs à Paris : De Chilpéric à Jacques Chirac, Paris, Cerf, coll. « L'histoire à vif », , 392 p. (ISBN 2-204-05507-7), p. 97–98.
  • Agnès Pellerin, Anne Lima (collab.) et Xavier Castro (collab.) (ill. Irène Bonacina), « Rue de Flandre, no 44 : Le cimetière des Juifs Portugais », dans Les Portugais à Paris : Au fil des siècles & des arrondissements, Paris, Chandeigne, , 254 p. (ISBN 978-2-915540-35-2), p. 185–188 [lire en ligne].
  • Dominique Jarrassé (photogr. Sylvain Ageorges), « Cimetière portugais, 44, rue de Flandre, 19e », dans Guide du patrimoine juif parisien, Paris, Parigramme, , 239 p. (ISBN 2-84096-247-0), p. 143.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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Liens externes[modifier | modifier le code]

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