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Casques blancs (Syrie)

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Défense civile syrienne
Logo de l'organisation
Logo de la Défense civile syrienne.
Situation
Région Syrie
Création 2013
Domaine Protection civile
Organisation
Effectifs 3 000
Dirigeant Raed Saleh

La Défense civile syrienne (arabe : الدفاع المدني السوري) est une organisation humanitaire de protection civile formée pendant la guerre civile syrienne. Ses membres sont couramment désignés sous le nom de Casques blancs[1].

Historique

La Défense civile syrienne est formée en 2013 sur l'initiative de James Le Mesurier, ancien militaire britannique, fondateur de l'ONG Mayday Rescue[2],[3]. Il a reçu en juin 2016 le grade d'officier de l'Ordre de l'Empire britannique[4].

Dès 2013, la Défense civile syrienne envoie ses volontaires en Turquie pour être formés à la fouille des décombres, l'extraction des survivants et aux premiers secours avec l'aide de l'ONG turque AKUT[5],[2],[3] et des experts étrangers[6] de l'ARK (Analysis, Research and Knowledge)[7], une société privée[8] basée à Dubai[9].

Bien que présents depuis 2013, ce n'est qu'à partir de fin 2014 que la Défense civile syrienne connaîtra une médiatisation mondiale avec l'aide de l'ONG The Syria Campaign[10], laquelle introduira le surnom de « Casques Blancs »[11].

Cette organisation est dirigée par Raed Saleh[1], ancien commerçant en produits électroniques, originaire de Jisr al-Choghour[12].

Effectifs

Lors de la création de la Défense civile syrienne, les Casques blancs ne sont qu'une vingtaine. Mais, deux ans et demi plus tard, en juin 2015, leur effectif est de 2 618, de plus de 3 000 à l'été 2016[2],[3] et de 4 300 en mai 2018[13]. Ce sont des volontaires civils, des professeurs, des boulangers, des ingénieurs, des étudiants, des coiffeurs, des ouvriers ou des commerçants[1],[3]. Des femmes commencent à intégrer la Défense civile syrienne à partir du milieu de l'année 2014[3]. De 2013 à octobre 2016, les Casques blancs affirment avoir sauvé 62 000 vies, mais plus de 145 d'entre-eux ont été tués au cours de la même période[14].

Présence sur le terrain

Des casques blancs déblayant des débris dans un village au sud d'Idleb, le 21 mars 2017.

La Défense civile syrienne est exclusivement présente dans les zones tenues par les rebelles[5], car, malgré ses demandes, le régime syrien refuse de laisser entrer les Casques blancs dans les zones contrôlées par ses propres forces[15]. La Défense civile syrienne n'est pas non plus présente dans les territoires tenus par l'État islamique, à l'exception de la ville d'Al-Bab[15].

En septembre 2016, la Défense civile syrienne et 72 autres ONG annoncent qu'elles suspendent leur coopération avec l'ONU pour protester contre la « manipulation des efforts humanitaires » par le régime de Bachar el-Assad[16].

Financement

La formation et l'équipement des Casques blancs sont financés par les États-Unis, le Royaume-Uni, la France, l'Allemagne, le Danemark, les Pays-Bas, le Canada et le Japon[2],[5],[15],[17]. L'aide américaine, via l'Agence des États-Unis pour le développement international (USAID), se monte à 23 millions de dollars selon les déclarations en avril 2016 d'un porte-parole du Département d'État[5].

En mai 2018, CBS News annonce que les États-Unis suspendent le financement des Casques blancs[18].

Récompenses

Le , les Casques blancs sont récompensés par le Right Livelihood Award[16]. La même année, ils sont également nommés au prix nobel de la paix[19].

En avril 2016, Raed Saleh, le dirigeant de Défense civile syrienne, souhaite se rendre aux États-Unis pour recevoir un prix récompensant son action humanitaire. Ce prix doit être décerné par InterAction, un regroupement de 180 ONG internationales, dont le siège est à Washington[20]. Mais Raed Saleh se voit refuser l'entrée dans le pays. Les autorités américaines qui l'accueillent à l'aéroport de Washington lui signalent que son visa a été annulé[21]. Mark Toner, porte-parole du Département d'État des États-Unis, n'a fourni aucun motif à ce refoulement[22].

En 2016, le film Les Casques blancs, réalisé par Orlando von Einsiedel et diffusé par Netflix reçoit l'Oscar du meilleur court métrage documentaire[23]. Aucun des Casques blancs n'a pas pu recevoir l'Oscar, le Département de la Sécurité intérieur américain ayant refusé de leur octroyer un visa.

Attaques contre les Casques blancs

Les Casques blancs se revendiquent neutres lors du conflit et ils ne portent pas d'armes, déclarant « sauver toutes les vies » sans « faire de distinction sur le terrain »[5]. Mais ils sont accusés par le régime syrien et la Russie de liens avec la rébellion[5],[24] et sont ciblés par des frappes aériennes loyalistes syriennes et russes[25],[2],[26],[1],[27]. Le à Alep, trois des quatre centres de la Défense civile syrienne sont bombardés par les loyalistes ou les Russes et deux des centres sont mis hors de service, forçant les Casques blancs à « limiter leurs interventions, alors même que les besoins explosent »[2]. De 2013 à mars 2018, plus de 200 Casques blancs ont été tués en Syrie et environ 500 ont été blessés[26].

Les forces aériennes russe et syrienne pratiquent régulièrement ce qui est appelé la "double-frappe" (ou "double-tap" en anglais), et qui consiste à revenir frapper deux fois une même cible à quelques minutes d'intervalle pour viser les secouristes des Casques blancs[28],[29],[30].

En décembre 2016, un casque blanc est enlevé à Alep par des forces pro-régime[31]. Le , sept casques blancs sont assassinés par balles par des hommes armés dans leur centre de Sarmine, dans le gouvernorat d'Idleb. Des véhicules, du matériel, dont les fameux casques portés par les secouristes sont alors volés[32]. L'AFP indique également que « selon l'OSDH et des militants, l'un des Casques blancs tués était apparu dans une vidéo qui a fait le tour du monde en 2016 : on le voit éclatant en sanglots en tenant dans ses bras une fillette de quatre mois sortie des décombres après un bombardement sur la ville d'Idleb »[32],[33],[34],[25]. Le 26 mai 2018, cinq autres casques blancs sont massacrés par un commando d'hommes armés à Tal Hadya, dans le sud du gouvernorat d'Alep[35].

Dans la nuit du 21 au 22 juillet 2018, plusieurs centaines de secouristes des Casques blancs (Syrie) et membres de leurs familles, pris au piège au cours de l'offensive de Deraa et menacés par le régime, sont évacués par l'armée israélienne en direction de la Jordanie[36]. Le matin du 22 juillet, l'armée israélienne annonce avoir effectué un « geste humanitaire exceptionnel » en procédant à cette évacuation à la demande des États-Unis et de certains pays européens tandis que les médias d’État syriens évoquent un « scandale », dénonçant le rôle d’Israël dans l’évacuation comme la preuve que « les casques blancs collaborent avec les ennemis de la Syrie »[36]. La Jordanie affirme quant à elle que ces Syriens seront transférés vers le Canada, l'Allemagne et le Royaume-Uni[36]. La France annoncera plus tard accueillir une partie de ces Casques Blancs[37]. Cependant, si la radio de l'armée israélienne annonce initialement avoir évacué 800 personnes, le gouvernement jordanien affirme par la suite que seulement 422 personnes sont arrivées sur son territoire[36],[38],[39]. L'évacuation d'un groupe de Syriens s'avère avoir échoué « à cause de la situation sur le terrain » selon ce qu'a confié une source gouvernementale canadienne à l'AFP[36],[40]. La direction des Casques blancs affirme quant à elle que 98 de ses membres ont été évacués avec 324 membres de leurs familles, mais que 650 autres secouristes sont toujours bloqués dans le sud de la Syrie et demandent à être évacués[41],[42].

Propagande et complotisme

La Défense civile syrienne s'attire dès 2015 l'hostilité du régime syrien et de la Russie en raison de ses nombreuses vidéos mises en ligne sur internet témoignant des destructions et des victimes civiles causées par les bombardements syriens et russes[43],[44],[45],[46],[47],[48]. À partir de 2015, de nombreuses théories du complot sont diffusées par des médias pro-russes comme RT et Sputnik, ainsi que par des sites et des blogs conspirationnistes d'extrême-droite ou d'extrême-gauche, qui accusent les Casques blancs de liens avec al-Qaïda ou l'État islamique, ou encore de mises en scène, notamment après la publication des images sur l'attaque chimique de Khan Cheikhoun ou l'attaque chimique de Douma[43],[45],[44],[46],[49],[50],[51],[52],[13],[53]. Du côté des réactions officielles, le ministère de la Défense russe accuse à plusieurs reprises les Casques blancs d'être « proche du Front al-Nosra »[2], notamment en portant assistance aux djihadistes blessés, et d'être utilisés par les services de renseignement occidentaux qui seraient à l'origine de sa création, en justifiant ces accusations par la décision des États-Unis de refuser au chef du groupe, Raed Saleh, l'entrée sur le territoire américain en avril 2016[5]. En avril 2018, suite à l'attaque chimique de Douma, le général russe Viktor Poznikhir prétend qu'il s'agit d'une « mise en scène organisée par les Casques Blancs »[54],[55]. Ces accusations sont rejetées par les Casques blancs. « Ce dénigrement est ridicule », dit Raed Saleh. « C'est une réaction normale du régime », dit-il. « Le régime accuse des millions de Syriens d'être des terroristes et des extrémistes. Pour le régime, tout ce qui émerge du peuple de manière indépendante est classé comme une organisation extrémiste »[56]. La défense civile admet par ailleurs que ses membres se retrouvent de fait en contact avec des groupes rebelles, puisque l'organisation n'opère que dans les zones qui ne sont pas sous contrôle du régime syrien[5].

L'ONG a également été décriée pour des actes contestables impliquant certains volontaires et mettant en doute leur impartialité par rapport à des groupes rebelles et djihadistes, comme la célébration par des Casques blancs aux côtés des rebelles de la prise d'Idleb le 28 mars 2015[13] ; la participation à l'enlèvement du corps et à l'enterrement d'un condamné à mort d'un tribunal rebelle à Haritan, près d'Alep, le 5 mai 2015[13],[57],[58] ; l'enlèvement des corps de soldats du régime syrien[43],[59] ; ou le port d'armes à feu sur des photographies[43]. Dans chaque cas, l'organisation déclare que ces faits étaient isolés et que la direction n'en avait pas connaissance, ayant par la suite procédé à l'exclusion des volontaires impliqués, dans « une politique de tolérance zéro concernant les manquements au Code de Conduite et la Déclaration des Principes des volontaires de la Défense Civile Syrienne »[59]. Selon The Guardian, l'implication de volontaires de la Défense civile syrienne dans des incidents isolés est largement montée en épingle à des fins politiques afin de discréditer l'ensemble de l'organisation[43].

En novembre 2016, le service Désintox de Libération dénonce une intox contre les Casques blancs : « En cause, une fillette syrienne, sauvée des décombres d’un bombardement à Alep, qui apparaît sur trois photos différentes, chaque fois portée par un homme différent. Il n’en faut pas plus pour qu’un site internet russe, puis des sites francophones de « réinformation » comme Réseau international, Antipresse ou Arrêt sur info, en déduisent qu’il s’agit d’une « manipulation ». Selon eux, la jeune fille a été prise en photo à plusieurs endroits et différents moments, pour « promouvoir l’image des "casques blancs" – ces sauveteurs de jour qui deviennent rebelles islamistes la nuit ». [...] Contacté par Désintox, l’auteur des clichés de l’AFP mis en cause confirme qu’il ne s’agit pas d’une mise en scène. Extraite de l’immeuble effondré par un « casque blanc », la fillette est tout simplement passée de bras en bras. Une méthode très commune lors des opérations de secours à Alep, explique le photographe, surtout lorsqu’il s’agit d’enfants »[46]. Ces photos ont également été mêlées avec celles d'autres fillettes par Eva Bartlett, désinformation analysée et mise en évidence par plusieurs médias[60],[61]. Une vidéo de Casques blancs réalisant un « Mannequin Challenge » en novembre 2016 a créé une certaine émotion chez des commentateurs pour sa mise en scène d'événements tragiques, et a également été détournée par les pro-régime comme « preuve » de la mise en scène des vidéos de sauvetage de la Défense civile syrienne. L'ONG a rétracté la vidéo après s'être excusée et avoir reconnu une « erreur de jugement »[43],[62]. Les Observateurs de France 24 ont choisi le sujet des Casques Blancs pour illustrer leur nouvelle rubrique de lutte contre les intox[63] et ont également publié une étude en trois parties de toutes les images et vidéos qu'ils avaient été en mesure de vérifier car ils estiment que de nombreux internautes les relayent pour tenter de ternir l’image positive de l'ONG, avec des théories d’ordre conspirationniste[64]. Ces campagnes de désinformation ont été dénoncées par le rapport "Killing the truth" ("Tuer la vérité"), établi par l'organisation « The Syria Campaign », proche des Casques Blancs[65], et repris par le Spiegel[66], soulignant le rôle de blogueurs comme Vanessa Beeley[28] et Eva Bartlett comme acteurs et vecteurs importants de ces campagnes[49].

Pour Patrick Hilsman, journaliste indépendant qui a couvert le conflit syrien sur le terrain jusqu'en 2015, ces blogueurs qui ont activement participé à des campagnes de dénigrement des Casques Blancs peuvent donner une impression de légitimité parce qu'ils se sont rendus en Syrie pour y faire des « reportages », alors qu'en réalité ils ont été escortés par des gardiens d'un régime avec lequel ils sont trop complaisants. Évoquant le cas de Marie Colvin, il rappelle que les vrais journalistes étrangers qui couvrent le conflit s'exposent à des risques considérables, quand « les bloggueuses Vanessa Beeley et Eva Bartlett ont été reçues luxueusement par le gouvernement syrien pour ensuite embrasser sa propagande sans se poser de questions ». Il souligne également que « les discours de Vanessa Beeley et Eva Bartlett ne subsistent qu'en raison de l'impression erronée qui prévaut chez leur audience peu informée qu'aucun autre journaliste n'aurait été sur le terrain en Syrie »[67],[68].

En 2017, une conférence du Club Suisse de la Presse nommée « They don’t care about us », a priori critiquant l'ONG et organisée par Guy Mettan a fait l'objet de vives critiques, dont celle de Reporters sans frontières qui a demandé son annulation, sous peine de quitter elle-même le Club[69]. RSF accuse Guy Mettan d'être « reconnu comme un apologiste du gouvernement de Vladimir Poutine »[70] et qualifie Vanessa Beeley, principale oratrice de l'évènement, de « soi-disant journaliste »[71].

En avril 2018 la fact-checking de l'AFP note que des extraits d'un film de propagande intitulé « Revolution Man » sont recyclés par des sites conspirationnistes de façon à faire croire que les Casques blancs mettraient en scène de toutes pièces des massacres de civils : « Plusieurs sites affirment, photos de tournage à l’appui, que les Casques blancs syriens mettraient en scène des attaques du régime. C’est faux : ces images, qui circulent beaucoup depuis l’attaque chimique présumée sur Douma, proviennent du plateau d’un film dont la réalisation a été soutenue par le régime de Bachar al-Assad »[72].

En mai 2018, le service de communication des Casques blancs déclare à France 24, que tous ces reportages « sont le résultat d'une campagne de désinformation intense dans laquelle, tous les jours, de nouvelles allégations sont publiées. L’objectif est de discréditer notre documentation des crimes de guerre russes en Syrie, ce que nous faisons en sauvant les vies de nos compatriotes. L’objectif est aussi de permettre au régime d’Assad et à ses alliés de qualifier nos volontaires de terroristes et les viser mortellement en violation de toutes les conventions internationales. Nous reconnaissons qu’il y a eu de rares incidents isolés pendant nos cinq ans d’activité, concernant un pourcentage négligeable de nos 4 300 volontaires, concernant des violations de notre Code de conduite et de nos valeurs. Nous avons toujours pris des mesures rapides et appropriées pour gérer ces incidents, incluant l’expulsion de volontaires et la coopération avec des institutions judiciaires crédibles en Syrie »[13].

En mai 2018, l'universitaire Thomas Pierret, chargé de recherche CNRS et à l'Institut de recherches et d’études sur le monde arabe et musulman d'Aix-en-Provence déclare également : « Il existe chez les casques blancs des sympathies générales pour l’opposition […] et des accords pratiques avec les groupes armés. Mais c’est stupide de le leur reprocher […] : on ne peut pas opérer dans ces zones sans accord avec eux […]. Ces quelques cas sont en nombre très faible par rapport à l’ampleur de leurs activités. Ce n’est pas du tout comme si on montrait des casques blancs en train de tuer des enfants, on ne les accuse pas d’atrocités, de transporter des armes pour eux. Ces allégations et ces vidéos sont des bêtises, les Russes ont empoisonné le débat. […] c’est une diversion, une opération de propagande »[13].

Scott Lucas, journaliste et professeur au Political Science and International Studies de l'Université de Birmingham, affirme que cela a un double effet : légitimer les attaques contre eux tout en faisant disparaître les preuves des attaques du régime syrien et de la Russie[28]. Selon lui, attaquer les installations médicales et les premiers secours en les accusant ensuite de terrorisme est une tactique de propagande russe, parce que les premiers intervenants sur les lieux des attaques en Syrie - où il est extrêmement difficile et dangereux pour les journalistes étrangers d'entrer - sont souvent les reporters d'atrocités : "Les forces russes viseraient les hôpitaux et les premiers secours, et la propagande dirait qu'il ne faut pas croire les informations des Casques blancs ou des médecins parce qu'ils sont alignés avec les terroristes. Ils ont alors délibérément bombardé la zone, mais disent que vous ne pouvez pas faire confiance à qui que ce soit"[67].

Pour Eliot Higgins, fondateur de Bellingcat (en) ; « l'effort pour discréditer les Casques blancs » fait partie d'une stratégie clé qui consiste à diaboliser les organisations les mieux placées pour collecter des informations sur les attaques chimiques et autres crimes de guerre[73].

Documentaires

Liens externes

Voir aussi

Références

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