Camp d'extermination de Bełżec

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Localisation des camps d'extermination nazis.

Le camp d'extermination de Bełżec a été le premier des trois centres de l'extermination des Juifs d'Europe[N 1] dans le cadre de l'Aktion Reinhard, avec Sobibor et Treblinka. De mars à décembre 1942, entre 450 000 et 600 000 personnes, quasiment toutes Juives, y furent gazées. Il se situe à côté de la petite ville de Bełżec en Pologne, dans le département de Lublin, au nord ouest de Lvov.

Création et organisation[modifier | modifier le code]

Origine[modifier | modifier le code]

Le , Heinrich Himmler se rend à Lublin et y rencontre le SS-Brigadeführer Odilo Globocnik afin de préparer la transformation du district de Lublin en bastion de la police et de la SS, en évacuant la population polonaise et juive ; lors de cette réunion, il donne l'ordre à Globocnik de construire un nouveau camp à Maidanek. Selon l'historien Richard Breitman, il est vraisemblable que les deux hommes ont évoqué lors de cet entretien la déportation des Juifs vers un système de camps de concentration et d'extermination[1]. En août, Himmler et Philipp Bouhler envisagent de mettre sous les ordres de Globocnik une partie du personnel spécialisé dans les gazages, inactif depuis l'arrêt de l'Aktion T4, afin de l'affecter au massacre de Juifs[2].

Le 13 octobre, Himmler, Globocnik et son supérieur l'Obergruppenführer-SS Friedrich-Wilhelm Krüger se mettent d'accord[N 2] sur la création d'un camp d'extermination à Bełżec[2]. Avec les deux autres camps d'extermination de l'Action Reinhard, Sobibor et Treblinka, ces centres de mise à mort sont destinés à l'assassinat des quelque 1 500 000 Juifs qui vivent dans le Gouvernement général[3]. Selon la chronologie établie par Édouard Husson, la décision de créer un camp d'extermination à Bełżec précède « l'ordre (ou l'autorisation ou l'indication sans ambiguïté donnée par Hitler que le moment était venu) de passer à un génocide immédiat des Juifs de toute l'Europe », qu'il date de début novembre 1941[4],[N 3].

Choix du lieu et construction[modifier | modifier le code]

Comme Sobibor et Treblinka, Bełżec est choisi en raison de son isolement, de la proximité des voies ferrées[5], à moins de 500 m de la gare existante[6], de celle d'importantes concentrations de population juives, mais aussi au voisinage des territoires occupés en Union soviétique, afin d'entretenir la conviction que les Juifs disparus auraient été déportés dans des camps de travail à l'Est[7]. Le camp est au cœur du district de Lublin, là où est situé l'un des plus grands ghettos de Pologne[8]. De plus le site du camp est choisi sur un emplacement comportant des fortifications frontalières bâties en 1940, comprenant des fossés antichars qui peuvent être utilisés pour ensevelir les corps des victimes[6].

Situé sur l'emplacement d'un camp de travail forcé pour les Juifs du ghetto de Lublin, actif durant une bonne partie de l'année 1940, Belzec est conçu comme un prototype permettant de déterminer la meilleure technique d'extermination à utiliser et d'estimer la capacité des chambres à gaz, afin d'acquérir de l'expérience pour construire d'autre camps d'extermination en fonction des résultats obtenus[7].

Courant octobre 1941, les autorités SS prennent contact avec l'administration communale de Bełżec pour que 20 travailleurs polonais réquisitionnés soient mis à leur disposition et choisissent l'emplacement précis pour la construction du camp ; les travaux débutent le [9], sous la direction Josef Oberhauser[6]. Bełżec sert de prototype pour les camps de Sobibor et Treblinka, tous trois construits selon le même modèle « où l'on peut reconnaître la patte de Christian Wirth ». Courant novembre ou début décembre, les travaux s'achèvent : 70 prisonniers de guerre soviétiques libérés de captivité pour participer aux activités du camp posent une voie ferrée à écartement étroit et une clôture ; après le renvoi des travailleurs polonais, une groupe de Juifs provenant des Ghettos avoisinants, dont des travailleurs qualifiés, charpentiers, maçons et forgerons, est affecté à la poursuite des opérations de construction[10]. En janvier et février 1942, le site est ceinturé par des miradors [9]. Fin février, les bâtiments et installations nécessaires au processus d'extermination son terminés et opérationnels[11]

Mesurant 275 m de long sur 263 m de large[8] et comprenant un quai de chemin de fer, le camp est entouré d'une double clôture de barbelés entrelacés avec des branches d'arbres de 3 mètres de haut ; les baraquements des SS sont situés à l'entrée du camp, à l'extérieur du périmètre de celui-ci. Le camp proprement dit est divisé en deux secteurs[8].
Le camp I est affecté aux tâches annexes au processus d'extermination. Il est sudivisé en deux sections[12] : la plus petite regroupe les bâtiments administratifs et les logements des gardes ukrainien s; dans la plus grande partie on trouve le secteur de réception des déportés. S'y trouvent aussi les logements et ateliers où travaille une partie des Arbeitsjuden, des hangars pour l'entreposage des bagages et objets de valeur, les salles de déshabillage et celle où l'on rase les cheveux des femmes.
Le camp II, séparé du camp I par une clôture de barbelés, regroupe les installations d'extermination. Il comporte trois chambres à gaz en bois divisées en trois compartiments, pourvues de canalisations au sol et dont les portes d'entrée et de sortie sont munies de joints en caoutchouc[9], les fosses communes et un baraquement pour les Arbeitsjuden chargés d'extraire les corps des chambres à gaz et de les enfouir dans les fosses[13]. Pour passer du camp I au camp II, les victimes doivent emprunter un étroit couloir large d'à peine 2 mètres et ceinturé d'une enceinte de barbelés de 3 mètres de haut[N 4], dissimulée par une clôture de branchages empêchant les déportés de voir à l'extérieur : il est surnommé le boyau (Schlauch) ou l'écluse (Schleuse)[14].


Le camouflage constitue un élément essentiel et doit convaincre les Juifs qu'ils se trouvent dans un camp de transit avant d'être envoyés dans un camp de travail[12].


Entre mi-juin et mi-juillet 1942, lors d'une suspension des activités d'extermination destinée à augmenter la capacité du camp, les chambres à gaz en bois sont détruites ; à leur emplacement, est construit un bâtiment en béton, de 24 mètres de long sur 10 de large ; il contient six chambres à gaz, dont les dimensions varient selon les sources (4 mètres sur 8 ou 4 sur 5)[15], ce qui porte la capacité de gazage simultané à 1500[16] ou 2 000 personnes[15]. par jour.

Les exécuteurs[modifier | modifier le code]

Commandé par Josef Oberhauser, durant sa phase de construction le camp passe sous le commandement de Christian Wirth dans la deuxième quinzaine du mois de décembre 1941[13], et Oberhauser devient son adjoint ; Wirth dépend à la fois de Viktor Brack, l'adjoint de Philipp Bouhler à la chancellerie du Führer et d'Odilo Globocnik[17]. Il est considéré par ses subordonnés comme le « maître absolu » du camp: il donne directement des ordres détaillés à tout le personnel SS et en surveille personnellement la bonne exécution[18].
Wirth a été choisi en raison de sa double expérience dans des opérations d'extermination, tout d'abord dans le cadre de l'Aktion T4, campagne systématique d'assassinat à grande échelle des handicapés mentaux et physiques en Allemagne, puis comme commandant du camp d'extermination de Chelmno[6]. C'est sur la base de cette double expérience qu'il conçoit le processus de gazage à Belzec, en combinant les chambres à gaz fixes utilisées lors de l'Aktion T4 et l'utilisation de gaz d'échappement d'un moteur pour asphyxier les victimes mise en pratique à Chelmno. S'il expérimente brièvement l'utilisation de bouteilles de monoxyde de carbone, il y renonce rapidement notamment en raison des problèmes logistiques d'approvisionnement en préférant l'utilisation d'un moteur, qui ne nécessite qu'un approvisionnement en essence, plus facile à assurer et plus discret[19].

Lorsque Wirth est nommé inspecteur des trois camps d'extermination de l'Opération Reinhard en août 1942[13], Gottlieb Hering lui succède comme commandant du camp d'extermination.

La garnison SS comporte une trentaine d'anciens participants à l'Aktion T4[20] affectés à différentes tâches administratives liées au fonctionnement du camp. De ce fait, ces hommes contrôlent directement les opérations d'extermination, de l'arrivée des convois au gazage et à l'assassinat par balle des déportés incapables de se déplacer[21]. Ils sont logés dans trois maisons à proximité de la gare, à environ 500 m du camp, au voisinage immédiat de quelques maisons de Polonais habitant le village[21].


Le reste du personnel du camp, environ 120 gardes[8], est constitué de prisonniers de guerre ukrainiens libérés, « ayant conquis leurs galons au camp d’entraînement de Trawniki »[22]. Les chefs de peloton et de section sont généralement des Volksdeutsche[23].

Les Arbeitsjuden[modifier | modifier le code]

À l'arrivée des convois, des groupes d'hommes jeunes et vigoureux sont séparés des autres déportés et affectés aux Arbeitsjuden[N 5] ; certains sont chargés de couper les cheveux des femmes avant leur assassinat, d'autres d'évacuer les cadavres des chambres à gaz, d'arracher les dents en or ou d'enterrer les corps dans des fosses communes. Ils sont assassinés à intervalles réguliers[13].

Après la dissolution du camp, les survivants du Sonderkommando sont conduits, en avril 1943, à Sobibor où ils sont gazés[13].

Les opérations de tuerie[modifier | modifier le code]

L'arrivée des convois[modifier | modifier le code]

À partir du début des exterminations à grande échelle, le , les victimes sont amenées au camp par des trains, qui comptent 40 à 50 wagons qui s'arrêtent à la gare ferroviaire de Belzec[24]. Ces convois sont ensuite divisés en deux ou en trois sections, la rampe à l'intérieur du camp de pouvant absorber que 20 wagons en une seule fois ; dès que les wagons de la première section ont été évacués, ils retournent à la gare pour être suivis par la section suivante[24]. Ni les gardes qui ont escorté le convoi, ni les cheminots polonais ne sont autorisés à introduire les wagons dans l'enceinte du camp, cette tâche étant réservée à une équipe de cheminots allemands spécialement habilités et « dignes de confiance », afin de limiter le nombre de témoins oculaires[24].

Lors du débarquement des convois, les déportés ne peuvent apercevoir ni les fosses communes, ni les chambres à gaz, afin d'éviter tout mouvement de panique ou de résistance ; l'enceinte de barbelés et la présence de garde armés contribuent également à ce que les victimes restent passives[24]. Si dans un premier temps les wagons sont ouverts et évacuées de force par des gardiens[25], cette tâche est ensuite assurée par des Arbeitsjuden,qui sont également chargés de rassurer les déportés[26], la descente des wagons étant accélérée par les gardiens à coups de fouet[25]. Après leur descente du train, un des responsables du camp adresse aux arrivants un discours rassurant, traduit en polonais et en Yiddish per un des Arbeitsjuden[25], selon lequel Belzec est un camp de transit où après s'être déshabillés, ils recevront une douche et un traitement désinfectant, puis des vêtements propres avant d'être envoyés vers un camp de travail. Dès cette première étape, ils sont forcés de courir et frappés pour ne leur donner aucune possibilité de réflexion ou de réaction[24].

Lors de l'arrivée des convois, une double sélection est effectuée : les personnes âgées, faibles ou malades, sont séparées des autres déportés et immédiatement conduites aux fosses communes du camp II où elles sont abattues ; un groupe d'hommes en bonne santé, de dimension variable selon les besoins, est provisoirement épargné pour rejoindre les Arbeitsjuden. Après un discours rassurant, les hommes, puis dans un second temps, les femmes et les enfants, sont forcés de se déshabiller et de remettre leurs vêtements et objets de valeur aux Arbeitsjuden[27]. Cette opération se déroule en plein air au début des activités du camp, puis dans des baraques construites à cet effet ; afin de maintenir la fiction du camp de transit, ces baraques disposent d'un comptoir pour que les déportés y déposent leurs objets de valeur, avec la garantie qu'ils leurs seront rendus après la douche[26].

L'extermination[modifier | modifier le code]

Avant que ne commencent, le , les opérations d'extermination à grande échelle pour liquider les ghettos de Lublin et de Lwow, Wirth, d'initiative, utilise Belzec comme un « centre d'euthanasie sauvage » ; il fait construire un camion à gaz par un atelier de mécanique polonais en veillant à ce que les ouvriers ne connaissent pas la finalité du dispositif dont ils construisent les pièces[28]. Il se fait remettre les malades mentaux et les invalides des villages avoisinant Belzec et Tomaszów Lubelski par les autorités locales, en prétendant qu'elle vont être envoyées vers un centre de soin ; il opère de la même manière avec des prisonniers politiques polonais détenus par la Gestapo de Zamosc. Les cadavres des victimes sont jetés de nuit dans des fossés le long des routes menant à Belzec[28].
Les premières victimes des chambres à gaz fixes proviennent de trois convois de 100 à 520 juifs, arrivés par camions[11], et de la cinquantaine de Juifs, essentiellement issus de Lubycza Królewska, qui avaient été affectés à l'achèvement de la construction du camp[28].
Wirth met cette première vague d'extermination à profit pour définir la méthode la plus efficace pour gérer l'ensemble du processus, de l'arrivée des convois à l'incinération des cadavres. La structure du camp et les différentes actions imposées aux victimes doivent éviter qu'elles n'anticipent leur sort et maintenir la fiction de leur arrivée dans un camp de travail ou de transit jusqu'à leur entrée dans les chambres à gaz[29]. Toute l'opération doit être menée le plus rapidement possible : les victimes doivent être sans cesse pressée, obligées de courir afin qu'elles ne disposent d'aucun moment pour observer, réfléchir ou comprendre ce qu'il leur arrive ; elles doivent être choquées, leurs réactions paralysées par la vitesse du processus afin d'éviter toute tentative de fuite ou de résistance mais aussi pour accélérer le processus d'extermination et augmenter sa capacité[29]. Enfin, une partie des déportés doit être chargée des travaux physiques liés au gazage, comme l'extraction des corps des chambres à gaz, leur transport et leur enfouissement dans des fosses communes puis à leur incinération, mais aussi la récupération des bien des victimes[29].


Les chambres à gaz ont l'apparence de salles de douche, avec des pommeaux factices : ce subterfuge permet de faire croire aux victimes qu'elles sont simplement destinées à une opération de lavage et de désinfection[6].

Les premiers gazages sont effectués avec du gaz en bouteille, sans doute du monoxyde de carbone, déjà utilisé lors de l'Aktion T4[N 6] ; courant février 1942, Christian Wirth alterne ce procédé avec l'utilisation des gaz d'échappement d'un moteur de char russe T 34. Cette dernière méthode est finalement retenue et est également utilisée à Sobibor et Treblinka[13]. Les gazages à grande échelle débutent le avec les Juifs de Galicie[30] suivis le lendemain le , avec l'arrivée de convois provenant du ghetto de Lublin et du district de Lublin et de Lemberg ; fin mai, 80 000 Juifs ont été exterminés dans les trois chambres à gaz du camp, au rythme de 150 à 200 victimes par chambre à gaz et par séance[13].
Fin mai, deux petits transports d'un total de 1 350 Juifs arrivent au camp en provenance des petits ghettos de la région de Cracovie ; courant juin, d'importants convois partis du district de Cracovie amènent au camp 16 600 victimes supplémentaires[15]. Cet afflux dépasse les capacités de gazage du camps et l'extermination est suspendue vers la mi-juin 1942, afin de moderniser le camp et d'accroître ses capacités de tuerie : au cours de cette première phase de quatre mois d'activité, 93 000 victimes ont été assassinées[15].
Après la construction de nouvelles chambres à gaz qui permettent de gazer 2 000 personnes par jour, l'extermination reprend mi-juillet[15].


Dès la fin du processus de déshabillage, les déportés, d'abord les hommes puis les femmes et les enfants[31], son dirigés, après un dernier message rassurant délivré par le SS responsable de cette phase des opérations[32], vers les chambres à gaz en empruntant le « boyau » et sous un déluge de violence ; les portes et les parois des chambres à gaz ont été construites afin de résister à la poussée des victimes qui, une fois à l'intérieur, comprennent souvent ce qui les attend et essaient de forcer les portes[31].

Une fois les déportés enfermés dans les chambres à gaz, Lorenz Hackenholt démarre le moteur qui fournit la gaz mortel et les lumières ont éteintes. Après une phase de silence, les victimes se mettent à frapper contre les portes et à appeler à l'aide[33] ; après une douzaine de minutes, le silence revient[33] et l'un des gardiens regarde l'intérieur à travers un hublot, afin de vérifier que les victimes sont bien mortes[34]. Durant cette première phase d'extermination, les trois chambres à gaz sont rarement opérationnelles simultanément, en raison de problèmes techniques ou de pannes[34].
L'opération de gazage ne se déroule pas toujours comme prévu : lors d'un visite destinée à résoudre les problèmes de désinfection des vêtements des victimes et à procéder à un essai de gazage en utilisant du Zyklon B[35], Wilhelm Pfannenstiel et Kurt Gerstein assistent à un gazage qui tourne au fiasco[36]. Le moteur ne démarre qu'après près de trois heures durant lesquelles 3 000 victimes restent enfermés dans les 4 chambres à gaz[36] . Arrivé sur les lieux dès le déclenchement de l'incident, Gottlieb Hering, écumant de rage, ordonne que l'on répare l'installation et que l'on maintienne les victimes dans les chambres à gaz en attendant le remise en route du moteur ; en hurlant il déclare « qu'ils étouffent et agonisent pendant quelques heures[36]! »


Les opérations d'extermination s'arrêtent à Bełżec fin ou début , soit avant la visite qu'y effectue Heinrich Himmler, fin [37].

Le sort des cadavres[modifier | modifier le code]

Vestiges d'un bûcher de Bełżec

Les cadavres sont enterrés dans des fosses communes pouvant contenir plusieurs milliers de corps, dont la vision horrifie Franz Stangl qui se rend à Bełżec début avril 1942 avant son affectation à Sobibor[38].

Fin du camp[modifier | modifier le code]

Le premier commandant du camp, Christian Wirth, a été tué en Italie par des partisans près de Trieste à la fin . Son successeur Gottlieb Hering a servi après la guerre pendant une courte période en tant que chef de police criminelle de Heilbronn et est mort en automne 1945 dans un hôpital. Lorenz Hackenholt a survécu à la guerre, mais n'a jamais été retrouvé.

Sept anciens membres des Einsatzgruppen de Bełżec ont été accusés à Munich (Allemagne), mais seulement un, Josef Oberhauser, a été déféré aux autorités judiciaires en 1965 et condamné à quatre ans et demi de prison. L'ancien gardien Samuel Kunz, qui devait être jugé en 2011, est décédé le [39],[40].

Survivants[modifier | modifier le code]

Le camp de Belzec étant un camp d'extermination, il n'y eut que quelques survivants parmi les centaines de milliers de déportés[41]. Parmi ceux-ci, Haïm Hirszman et Rudolf Reder déposèrent devant la Commission centrale d'investigation des crimes allemands en Pologne en 1946[41]. Haïm Hirszman fut assassiné à Lublin le 20 mars 1946, le lendemain de son premier jour de déposition devant la Commission[42].

Bilan[modifier | modifier le code]

Le télégramme Höfle

Un premier bilan est établi Selon par le SS-Sturmbannführer Hermann Höfle dans un télégramme adressé à Franz Heim, membre de l'état-major de Globocnik le  : selon ce document le nombre des Juifs exterminés à Bełżec s'élève à 434 508[43]. C'est ce chiffre qui est repris par Hilberg[44]. L'historien allemand Uwe Dietrich Adam estime le nombre total des victimes à 600 000 personnes[37], chiffre mentionné dans un article d'un juge polonais en 1947 et repris par le tribunal de Munich lors du procès de Josef Oberhauser. Pour Robert Kuwalek, l'historiographie récente débouche sur un total oscillant entre moins de 450 000 et maximum 500 000 victimes[45].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Ses activités débutent en mars 1942, celles de Sobibor en avril et de Treblinka en juillet
  2. Selon Browning, c'est Globocnik qui soumet à Himmler un projet de construction d'un camp avec des chambres à gaz à Bełżec, plan approuvé par Himmler, Browning, p. 763
  3. Selon Raul Hilberg la décision d'Hitler sur la solution finale date de la fin de l'été 1941 Hilberg, p. 345, Browning, Hitler situant la décision en septembre 1941, Browning, p. 788
  4. Sa longueur est inconnueKuwalek, p. 36
  5. Le terme de Sonderkommando recouvre plusieurs acceptions ; sous la dénomination SS-Sonderkommando, il désigne l'équipe des exécuteurs ; il désigne également des unités faisant partie des Einsatzgruppen. Dans un sens antinomique, il est aussi utilisé dans la littérature consacrée à la Shoah, pour désigner les déportés juifs forcés de participer à certaines étapes du processus d'extermination, également connus sous l'appellation d'Arbeitsjuden, notamment utilisé par Sila Cehreli. Afin d'éviter toute ambiguïté dans le présent article, le terme Sonderkommando ou kommando sera utilisé pour qualifier les bourreaux et celui d'Arbeitsjuden pour les déportés forcés de participer aux opérations annexes au processus d'extermination, suivant Cehreli sur ce point.
  6. Raoul Hilberg n'exclut pas l'emploi, lors des premiers gazages, d'acide cyanhydrique, Hilberg, p. 1620, hypothèse contestée par Uwe Dietrich Adam, Adam, p. 259

Références[modifier | modifier le code]

  1. Breitman, p. 227-229.
  2. a et b E. Husson, Heydrich, p. 424
  3. A. J. Mayer, La solution finale, p. 423 et 436
  4. Ian Kershaw, pref., E. Husson, Heydrich, p. 11
  5. Hilberg, p. 1613.
  6. a, b, c, d et e Arad, p. 24.
  7. a et b Arad, p. 23.
  8. a, b, c et d Dictionnaire de la Shoah, p. 131.
  9. a, b et c Hilberg, p. 1614.
  10. Arad, p. 25.
  11. a et b Arad, p. 26.
  12. a et b Dictionnaire de la Shoah, p. 132.
  13. a, b, c, d, e, f et g Adam, p. 246-247.
  14. Juwalek 2013, p. 36.
  15. a, b, c, d et e Arad, p. 73.
  16. Hilberg, p. 1621.
  17. Hilberg, p. 1658-1659.
  18. Arad, p. 28.
  19. Arad, p. 24-25.
  20. Hilberg, p. 1660.
  21. a et b Arad, p. 28-29.
  22. Hilberg, p. 1664.
  23. Arad, p. 29.
  24. a, b, c, d et e Arad, p. 68-69.
  25. a, b et c Kuwalek, p. 102.
  26. a et b Arad, p. 70.
  27. Adam, p. 246-247.
  28. a, b et c Kuwalek, p. 99-100.
  29. a, b et c Arad, p. 26-27.
  30. Browning, p. 887.
  31. a et b Arad, p. 69.
  32. Arad, p. 70.
  33. a et b Kuwalek, p. 108.
  34. a et b Arad, p. 71.
  35. Hilberg, p. 1656
  36. a, b et c Kuwalek, p. 109.
  37. a et b Adam, p. 249.
  38. Sereny, p. 118-119.
  39. Décès d'un ancien garde de camp, criminel nazi présumé - Monde - MYTF1News
  40. Le vieil homme muré en son passé, Le Monde, 6 octobre 2010
  41. a et b Remember Me! Honoring those who died in Belzec. Holocaust Roll of Remembrance Us www.HolocaustResearchProject.org
  42. http://wnlibrary.org/Portabel%20Documents/H/Holocaust/Holocaust%20Sites%20Of%20Europe.pdf
  43. Friedländer, p. 593-594.
  44. Hilberg, p. 2272.
  45. Kuwalek, p. 141.

Annexes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Uwe Dietrich Adam, « Les chambres à gaz », dans L'Allemagne nazie et le génocide juif, Paris, Gallimard, Le Seuil,‎ , 600 p. (ISBN 2-020-08985-8), p. 236-261
  • (en) Yitzhak Arad, Belzec, Sobibor, Treblinka. The Operation Reinhard Death Camps, Bloomington, Indiana University Press,‎ , 437 p. (ISBN 978-0-253-21305-1)
  • Georges Bensoussan (dir.), Jean-Marc Dreyfus (dir.), Édouard Husson (dir.), Joël Kotek (dir.) et al., Dictionnaire de la Shoah, Paris, Larousse, coll. « À présent »,‎ , 638 p. (ISBN 978-2-035-83781-3)
  • Richard Breitman, Himmler et la Solution finale. L'architecte du génocide, Paris, Calmann-Lévy, Mémorial de la Shoah,‎ 2009 (éd. or. (en)1991), 410 p. (ISBN 978-2-702-14020-8)
  • Christopher Browning, Les origines de la solution finale. L'évolution de la politique antijuive des nazis, septembre 1939-mars 1942, Paris, Les Belles Lettres Ed. du Seuil, coll. « Points/Histoire »,‎ (ISBN 978-2-757-80970-9).
  • Cila Cehreli, Témoignages du Khurbn. La résistance juive dans les centres de mise à mort - Chelmno, Belzec, Sobibor, Treblinka., Bruxelles, Éditions Kimé, coll. « Entre Histoire et Mémoire, Fondation Auschwitz »,‎ , 354 p. (ISBN 978-2-84174-638-5)
  • Saul Friedländer, Les Années d'extermination. L’Allemagne nazie et les Juifs. 1939-1945, Paris, Seuil,‎ , 1028 p. (ISBN 978-2-020-20282-4)
  • Raul Hilberg, La destruction des Juifs d'Europe, Paris, Gallimard, coll. « Folio Histoire »,‎ , 2400 p. (ISBN 2-070-30985-1)
  • Édouard Husson, Heydrich et la Solution finale, Paris, Perrin,‎ , 484 p. (ISBN 978-2-262-01784-2)
  • Eugen Kogon, Hermann Langbein et Adalbert Ruckerl, Les chambres à gaz, secret d'État, Paris, Éditions de Minuit, coll. « Arguments »,‎ , 300 p. (ISBN 2-707-30691-6, présentation en ligne)
  • Robert Kuwalek, Belzec, Premier centre de mise à mort, Paris, Calmann-Levy,‎ , 360 p. (ISBN 978-2-702-14431-2)
  • Arno J. Mayer, La « Solution finale » dans l'histoire, Paris, La Découverte, coll. « Poche »,‎ , 566 p. (ISBN 978-2-707-13680-0 et 2-707-13680-8)
  • Gitta Sereny, Au fond des ténèbres : de l'euthanasie à l'assassinat de masse, un examen de conscience, Paris, Denoël,‎ , 406 p. (OCLC 34433125)
  • Annette Wieviorka, Eichmann. De la traque au procès, Paris, André Versaille éditeur,‎ , 287 p. (ISBN 978-2-874-95139-8)

Filmographie[modifier | modifier le code]

Documentaire : Guillaume Moscovitz, "Belzec", VLR Production, 2005.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]