Philipp Bouhler

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Philipp Bouhler
Bundesarchiv Bild 146-1983-094-01, Phillip Bouhler.jpg
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Député au Reichstag (d)
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Philipp Bouhler, né le à Munich et mort par suicide le à Dachau, est un homme politique nazi, Reichsleiter du NSDAP, chef de la chancellerie du Führer et SS-Obergruppenführer. Il a également été chargé par Hitler de mettre en œuvre le programme Aktion T4.

Biographie[modifier | modifier le code]

Origines, éducation et carrière militaire[modifier | modifier le code]

Né d'un père colonel et chef de l'office de la guerre bavarois, Philipp Bouhler entre au Maximiliansgymnasium de Munich en 1909. Lorsqu'il en sort en 1912, il rejoint le corps des cadets de Bavière jusqu'en 1916. Il s'engage comme volontaire le dans le 1er régiment d'artillerie à pied comme Fahnenjunker (aspirant). Peu après son élévation au grade de lieutenant en , il est gravement blessé à Arras le . Ses blessures lui laissent un handicap moteur et il doit se faire soigner jusqu'en .

En , il passe le Notabitur (de) et devient membre du Deutschvölkischen Schutz- und Trutzbundes, une association nationaliste et antisémite. De 1919 à 1920, il étudie la philosophie et la linguistique allemande à l'université de Munich mais il interrompt ses études après quatre semestres. Il travaille par intermittence jusqu'en dans la maison d'édition de J.F. Lehmanns et dans une autre qui édite le magazine du Touring-Club allemand.

Adhésion au NSDAP[modifier | modifier le code]

En , Bouhler travaille pour Max Amann comme rédacteur des annonces dans le Völkischer Beobachter alors publié aux éditions Franz-Eher. En juillet 1922, Bouhler devient membre du NSDAP et second chef du parti. Lors du putsch du , Bouhler joue un rôle secondaire ; une enquête pour haute trahison est diligentée en 1924. Lorsque le NSDAP est dissous, Bouhler est à la tête de la de:Großdeutsche Volksgemeinschaft et parallèlement rédacteur du journal Der Nationalsozialist. Lorsque le NSDAP est fondé à nouveau, il revient au sein du parti le dont il est le douzième membre. Du au , Bouhler est Reichsgeschäftsführer du NSDAP à Munich où il a pour mission la coordination centrale du parti. Bien qu'il fasse partie du cercle restreint d'Adolf Hitler, il ne parvient pas à maintenir sa position de force : c'est à ses dépens que Rudolf Hess, en tant que secrétaire privé de Hitler, et Gregor Strasser, en tant que Reichsorganisationsleiter depuis 1926, ont pu assurer leurs positions dans l'appareil du parti. Entre 1926 et 1930, Bouhler travaille également pour le Illustrierter Beobachter.

Après la prise de pouvoir[modifier | modifier le code]

Après la prise de pouvoir, Philipp Bouhler est élu député au Reichstag le , un poste qu'il va occuper jusqu'à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Le , il intègre la SS (membre no 54 932) comme Gruppenführer. Il est promu SS-Obergruppenführer le et Reichsleiter du NSDAP le . Bouhler fait également partie d'autres organisations, secondaires cette fois. À partir de 1933, il est représentant de la brigade sportive motorisée de la SS au sein de la Oberste Nationale Sportbehörde für die Deutsche Kraftfahrt, membre de la chambre de la Culture du Reich à partir du et de la chambre de la Presse du Reich à partir du .

On suppose qu'il épouse en une femme attirante, charmante et ambitieuse qui ravive l'intérêt que Hitler porte à Bouhler[1]. Le , Bouhler est nommé président de la police de Munich mais n'entre jamais en fonction car, en , il est appelé à Berlin pour y être le chef de la nouvelle chancellerie du Führer. Il occupe le poste à partir du . C'est dans ce bureau — une chancellerie privée qui a pour but de renforcer le rôle de Führer de Hitler — que sont étudiées les demandes de grâce et les plaintes adressées à Hitler, mais également une partie de ses affaires privées.

L'intérêt de Bouhler pour la littérature et l'édition le conduit à devenir « chargé des affaires culturelles » à la Parteikanzlei en . À partir d', Bouhler devient également président de la Parteiamtliche Prüfungskommission zum Schutze des nationalsozialistischen Schrifttums, une commission chargée de la défense des écrits nationaux-socialistes. Cette commission contrôle les nouvelles publications ayant pour thème l'essence et les buts du mouvement national-socialiste ou ses dirigeants. Bouhler ne parvient cependant pas à obtenir un grand pouvoir de censure qu'exerce avant tout le ministère du Reich à l'Éducation du peuple et à la Propagande. Le , il est nommé Reichskultursenator et devient à partir du de l'année suivante chargé par le Führer de travailler à l'histoire du mouvement national-socialiste.

Bouhler écrit de son côté plusieurs livres dont une partie est publiée à très fort tirage et également traduite dans plusieurs langues. En 1932 paraît Adolf Hitler: Das Werden einer Volksbewegung, et en 1938 Kampf um Deutschland. Ein Lesebuch für die deutsche Jugend. Son livre publié en 1941 Napoleon: Kometenbahn eines Genies passe pour être le livre préféré de Hitler.

Bouhler et l'euthanasie[modifier | modifier le code]

À partir de , la chancellerie du Führer dirigée par Bouhler joue un rôle central dans l'élaboration et la préparation du programme « Aktion T4 » qui a pour objet de planifier le meurtre de masse des malades mentaux et des handicapés. C'est à la chancellerie du Führer que sont examinées les demandes d'interdiction de mariage conformément aux lois de Nuremberg et les stérilisations forcées ordonnées par la Gesetz zur Verhütung erbkranken Nachwuchses, d'autant plus que Hans Hefelmann a été chargé par la chancellerie du Führer de l'organisation de l'euthanasie des enfants. Une note de Hitler datée du , mais probablement écrite en , nomme Philipp Bouhler et le médecin de Hitler Karl Brandt « responsables de l'euthanasie[2] ».

Bouhler participe à des séances de préparation de l’Aktion T4. En , il est présent dans la vieille prison de Brandebourg lorsque l'on assassine des personnes dans une chambre à gaz ou par injection, ceci alors que sont également présents des représentants du bureau de la Santé et des hauts fonctionnaires de l’Aktion T4. En dépit du fait que l’Aktion T4 a été tenue secrète, le public a finalement connaissance des meurtres perpétrés et des actions en justice sont intentées. Lothar Kreyssig, à l'époque juge de tutelle dans la ville de Brandenbourg, porte plainte contre Bouhler à l’été 1940 pour meurtre, plainte qui va rester sans suite. Bouhler rencontre à plusieurs reprises le ministre de la justice Franz Gürtner et lui transmet le une note de la main de Hitler en date du dans laquelle Bouhler est désigné comme étant le responsable de l'application du projet[3].

Le ministre de la Propagande du Reich Joseph Goebbels note le dans son journal : « Ai parlé avec Bouhler de la question de la liquidation silencieuse des malades mentaux. 40 000 sont morts, 60 000 doivent l’être encore. C'est un travail difficile mais également nécessaire. Et il doit être fait maintenant[4] ». Cependant, Bouhler intervient peu dans l'organisation concrète de l’Aktion T4 car ce rôle serait plutôt dévolu à Viktor Brack, le représentant de Bouhler au sein de la chancellerie du Führer, ce même si Bouhler signe le et des directives que les médecins de l’Aktion T4 ont suivies pour décider de la sélection des patients à tuer dans les soi-disant « expertises[5] ».

Sur l'ordre de Hitler, l’Aktion T4 est suspendue le . En réalité, les meurtres dans les instituts de soin continuent à être perpétrés par la sous-alimentation systématique et la surdose de médicaments dans le cadre de l’Aktion Brandt (de). Probablement plus de cent membres du personnel de l’Aktion T4 sont envoyés jusqu'à l'été 1942 en Pologne dans les camps d'extermination de l'Opération Reinhard. Ce groupe de personnes se trouve militairement sous les ordres de Odilo Globocnik mais est administrativement rattaché à la chancellerie du Führer. D'après les déclarations de Viktor Brack lors du procès des médecins à Nuremberg, Bouhler et lui rendent visite à Odilo Globocnik en , puis le font à nouveau en [6].

Perte de pouvoir à partir de 1942[modifier | modifier le code]

C'est aux alentours de 1942 que Philipp Bouhler perd de son influence. La Parteikanzlei sous la direction de Martin Bormann est désormais compétente dans des domaines où la chancellerie du Führer l'était auparavant. La commission de contrôle des écrits nationaux-socialistes qu'il présidait est intégrée en dans la charge qu'exerce Alfred Rosenberg au sein du parti. Bouhler n'est donc plus directement soumis à Hitler[7].

Depuis , Bouhler s'était efforcé d'obtenir de Hitler une mission dans la politique coloniale. À partir de , il dirige l'équipe d'intervention d'Afrique de l'Est dans l'Organisation Sisal. Bouhler ambitionnait sans doute la charge de gouverneur d'Afrique de l'Est et par la suite celle d'un ministre des colonies du Reich qui était encore à créer. Il entre cependant en conflit avec l'organisation du parti qui s'occupe de l'étranger et que dirige Ernst Wilhelm Bohle, laquelle organisation se gardait le privilège du leadership dans les colonies[8]. En fonction du déroulement de la Seconde Guerre mondiale, les plans coloniaux sont restés dans le domaine de la fiction.

Sur ordre de Werner Best, Bouhler et Brack se rendent en au Danemark pour recruter dans les troupes d'occupation allemande des soldats capables de rejoindre le front[9]. Dans les derniers jours de la guerre, Bouhler rejoint l'entourage de Hermann Göring qu'il suit lorsqu'il quitte Berlin en . Le , il est arrêté sur ordre de Hitler à Berchtesgaden par la SS et déchu de toutes ses fonctions, puis relâché après le suicide du Führer. Les troupes américaines l'arrêtent le avec tout l'entourage de Göring dans le château Fischhorn. Bouhler est incarcéré le . Lors de son transfert vers le camp d'internement qui a entretemps été construit sur le terrain du camp de Dachau, Bouhler se suicide en ingérant une capsule de cyanure.

Décorations[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Hans-Walter Schmuhl, p. 44
  2. Facsimilé de la note de Hitler.
  3. Bouhler écrit au ministre une lettre citée dans Euthanasie vor Gericht. Die Anklageschrift des Generalstaatsanwalts beim OLG Frankfurt/M. gegen Dr. Werner Heyde u. a. vom 22. Mai 1962., Thomas Vormbaum (Hrsg), Berlin 2005, (Heyde-Anklage) p. 305.
  4. Mit Bouhler Frage der stillschweigenden Liquidierung von Geisteskranken besprochen. 40 000 sind weg, 60 000 müssen noch weg. Das ist eine harte, aber auch eine notwendige Arbeit. Und sie muß jetzt getan werden., in : Elke Fröhlich (Hrsg.): Die Tagebücher von Joseph Goebbels. Teil 1, Band 9. K.G. Sauer, München, 1998. (ISBN 3-598-23739-1) p. 119. Par contre, on peut préciser que dans : Ernst Klee: Personenlexikon zum Dritten Reich. Wer war was vor und nach 1945. Fischer Taschenbuch, Frankfurt am Main, 2003. (ISBN 3-596-16048-0) p. 68 et dans la chronologie de l'Holocauste qu'un chiffre de 80 000 assassinats est avancé. D'après les statistiques de Hartheimer, statistiques internes à l’Aktion T4, 9 276 personnes ont été tuées jusqu'à la fin du mois de . Les statistiques de Hartheimer sont reproduites dans : Ernst Klee (Hrsg.): Dokumente zur Euthanasie. 5. Auflage. Fischer Taschenbuch, Frankfurt am Main, 2001. (ISBN 3-596-24327-0). Document 88.
  5. Les directives sont citées dans : Ernst Klee: Euthanasie im NS-Staat. 11. Auflage. Frankfurt/M. 2004, (ISBN 3-596-24326-2), p. 323 et 328.
  6. Henry Friedlander: Zur Entwicklung der Mordtechnik. Von der Euthanasie zu den Vernichtungslagern der Endlösung. Ulrich Herbert u.a. (Hrsg.): Die nationalsozialistischen Konzentrationslager - Entwicklung und Struktur. (Band I) Wallstein Verlag, Göttingen, 1998. (ISBN 3-89244-289-4) p. 499 et 506.
  7. Voir ce que dit Gottlob Berger à Heinrich Himmler le dans : Helmut Heiber (Hrsg.): Reichsführer!... Briefe von und an Himmler. Deutsche Verlagsanstalt, Stuttgart, 1968, Document 198.
  8. Voir ce que Otto Ohlendorf écrit à Heinrich Himmler le , dans : Helmut Heiber, Document 116.
  9. Déclaration tenant lieu de serment (en anglais) de Werner Best.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Source et bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (de) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en allemand intitulé « Philipp Bouhler » (voir la liste des auteurs).
  • Hans-Walter Schmuhl: Philipp Bouhler - Ein Vorreiter des Massenmords. in: Ronald Smelser, Enrico Syring et Rainer Zitelmann: Die braune Elite. Band 2. Darmstadt, 1993.
  • (de) Joachim Lilla, Statisten in Uniform : die Mitglieder des Reichstags 1933-1945 : ein biographisches Handbuch : unter Einbeziehung der völkischen und nationalsozialistischen Reichstagsabgeordneten ab Mai 1924, Düsseldorf, Droste, (ISBN 3-770-05254-4)

Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]