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Élections générales québécoises de 1970

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Élections générales québécoises de 1970
108 sièges de l'Assemblée nationale
(Majorité absolue : 55 sièges)
Voir et modifier les données sur Wikidata
Type d’élection Élection législative
Corps électoral et résultats
Inscrits 3 478 578
Votants 2 929 999
84,23 % en augmentation 10,7
Votes exprimés 2 872 970
Votes nuls 57 029
PLQ – Robert Bourassa
Voix 1 304 341
45,4 %
en diminution 1,9
Sièges obtenus 72 en augmentation 22
UN – Jean-Jacques Bertrand
Voix 564 544
19,65 %
en diminution 21,2
Sièges obtenus 17 en diminution 39
RC – Camil Samson
Voix 321 370
11,19 %
Sièges obtenus 12 en augmentation 12
PQ – René Lévesque
Voix 662 404
23,06 %
Sièges obtenus 7 en augmentation 7
Assemblée nationale
Diagramme
Premier ministre
Sortant Élu
Jean-Jacques Bertrand
UN
Robert Bourassa
PLQ

Les élections générales québécoises de 1970 ont lieu le afin d'élire les députés de la 29e législature de l'Assemblée nationale du Québec. Il s'agit de la 29e élection générale dans cette province du Canada depuis la confédération de 1867. Le Parti libéral du Québec, dirigé par Robert Bourassa, défait l'Union nationale du premier ministre Jean-Jacques Bertrand, il forme un gouvernement majoritaire et devient le plus jeune premier ministre de l'histoire du Québec à l'âge de 36 ans.

Le parti de l'Union nationale est au pouvoir depuis les élections de 1966. Son chef, Daniel Johnson, meurt subitement le , et Jean-Jacques Bertrand devient premier ministre cinq jours plus tard. L'Union nationale subit une lourde défaite lors de cette élection, et ne réussira plus jamais à prendre le pouvoir au Québec.

Un nouveau parti politique participe à cette élection : le Parti québécois, un parti militant pour l'indépendance du Québec. En , René Lévesque avait démissionné du Parti libéral et créé, un mois plus tard, le mouvement Souveraineté-Association, marquant une nouvelle étape dans l'histoire du mouvement indépendantiste québécois. La fondation du Parti québécois en 1968 vient consolider les différents mouvements souverainistes. Le Parti québécois remporte sept sièges, même si Lévesque est défait dans sa circonscription ; le parti réussira plus tard à s'attirer bon nombre des électeurs nationalistes de l'Union nationale, contribuant au déclin rapide de ce parti.

Le , Jean Lesage démissionne comme chef du Parti libéral. Le congrès d'investiture élit le suivant Robert Bourassa comme chef.

Également en , le Ralliement créditiste du Québec est fondé comme aile provinciale du Ralliement créditiste fédéral. Le Parti fait bonne figure lors de l'élection de 1970, mais sera déchiré peu après par les dissensions internes, et déclinera rapidement.

Durant toute l'année 1969, la question linguistique est au cœur du débat politique : les émeutes de Saint-Léonard et la contestation populaire de la loi 63 font les manchettes.

Quelques mois seulement après l'élection, le Québec doit faire face à une rude épreuve avec la Crise d'Octobre, au cours de laquelle le ministre libéral Pierre Laporte est enlevé et assassiné par le Front de libération du Québec.

Déroulement

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Espérant prendre de vitesse les partis d'opposition, et surtout le Parti libéral qui vient d'élire Robert Bourassa comme chef, le premier ministre unioniste Jean-Jacques Bertrand dissout la 28e législature et convoque des élections anticipées le [1].

Dates importantes

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  •  : émission du bref d'élection.
  •  : scrutin
  •  : ouverture de la session.

Partis en présence

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L'élection oppose principalement quatre partis :

  • Deux partis établis : l'Union nationale (qui forme le gouvernement sortant) et le Parti libéral du Québec (qui forme alors l'opposition officielle) ;
  • Deux partis n'ayant jamais concouru à des élections générales : le Parti québécois et le Ralliement créditiste.

Même si les deux derniers partis vivent leur première élection générale, ils sont représentés à l'Assemblée nationale du fait des changements à la composition de la 28e législature :

Parti Sièges
à la dissolution
Union nationale 55
Libéral 43
Indépendant 4
Ralliement créditiste 1
Parti québécois 1
Sièges occupés 104
Sièges vacants 4

Le Parti libéral met souvent de l'avant son engagement de créer 100 000 nouveaux emplois en 1971 dans ses publicités écrites, qui passera à la postérité comme son slogan principal dans la campagne (même si le slogan officiellement utilisé est « Québec: au travail! »)[2],[3]. Selon Jean-Claude Rivest la paternité du slogan revient à Robert Bourassa lui-même[1].

Parti Slogan utilisé[3]
Libéral Québec: au travail![note 1],[4]
Parti québécois (Le Parti québécois) OUI[4]
Union nationale Québec plus que jamais

Coup de la Brink's

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Le dimanche 26 avril, deux jours avant le scrutin, du matériel du bureau montréalais de la Royal Trust est chargé et déménagé à Toronto sous haute surveillance armée dans 9 fourgons blindés de la Brink's[5]. Le lendemain, l'événement fait la une de tous les grands journaux et soulève l'idée d'une possible fuite des capitaux advenant l'élection d'un gouvernement souverainiste.

Soutiens de la presse

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Soutiens accordés
En 1970
Le Devoir Parti libéral[6]

Le , Le Devoir publie son soutien au Parti québécois par la voix de son directeur Claude Ryan. Celui-ci pointe le bilan globalement positif du gouvernement sortant mais la faiblesse de leur campagne et de leur projet politique. Le choix de soutenir le Parti libéral s'explique par son équipe, sa crédibilité sur le plan économique, ses soutiens (jugés les plus diversifiés des grands partis en lice) et finalement sa campagne jugée réussie[6].

Libéral Union nationale Ralliement créditiste Parti québécois
72 sièges 17 sièges 12 sièges 7 sièges
^
majorité

Le Parti québécois, qui concourt dans ses premières élections générales, parvient à faire élire 7 députés mais son chef René Lévesque est défait dans Laurier par le libéral André Marchand. Il était pourtant de notoriété publique que le Parti libéral avait mis peu d'effort à remporter le comté, son chef Robert Bourassa ayant même refusé d'y présenter des candidatures prestigieuses et d'y tenir une assemblée publique[7]. Le vice-président du parti Gilles Grégoire est défait dans Jonquière tout comme Jacques Parizeau dans Ahuntsic. Malgré ces défaites, René Lévesque qualifie ces élections de « défaite qui a l'air d'une victoire » du fait des 7 députés élus et de résultats encourageants dans plusieurs circonscriptions (Chambly, Saint-Henri)[8].

Résultats par parti politique

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élections précédentes • Résultats des élections générales de 1970 [9]élections suivantes
Partis Chef Candidats Sièges Voix
1966 Élus Nb % +/-
     Libéral Robert Bourassa 108 50 72 1 304 341 45,4 % -1,89 %
     Union nationale Jean-Jacques Bertrand 108 56 17 564 544 19,7 % -21,17 %
     Ralliement créditiste Camil Samson 99
-
12 321 370 11,2 % -
     Parti québécois René Lévesque 108
-
7 662 404 23,1 % -
     NPD Québec Roland Morin 13
-
-
4 374 0,2 % -
     Parti québécois indépendant 1
-
-
2 998 0,1 % -
     Communiste Samuel Walsh 1
-
-
213 0 % -0,01 %
     Ligue socialiste 1
-
-
145 0 % -
     Crédit social uni 1
-
-
53 0 % -
     Indépendant 26 2
-
12 528 0,4 % -2,35 %
Total 466 108 108 2 872 970 100 %  
Le taux de participation lors de l'élection était de 84,2 % et 57 029 bulletins ont été rejetés.
Il y avait 3 478 578 personnes inscrites sur la liste électorale pour l'élection.

Résultats par circonscription

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Premier mandat

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  • Ronald Tétrault – Abitibi
  • Aurèle Audet - Abitibi-Ouest
  • François Cloutier – Ahuntsic
  • Jean-Gilles Massé – Arthabaska
  • Fabien Roy – Beauce
  • Normand Toupin – Champlain
  • André Harvey – Chauveau
  • Joseph-Omer Dionne – Compton
  • Jean-Paul L’Allier – Deux-Montagnes
  • Florian Guay – Dorchester
  • Alfred Bossé – Dorion
  • Paul-André Latulippe – Frontenac
  • François Gagnon – Gaspé-Nord
  • Guy Joron – Gouin
  • Raymond Garneau – Jean-Talon
  • Jean-Claude Boutin – Johnson
  • Robert Quenneville – Joliette
  • Jean-Marie Pelletier – Kamouraska
  • Roger Pilote –Lac-Saint-Jean
  • Marcel Léger – Lafontaine
  • Jean Perreault – L’Assomption
  • André Marchand – Laurier
  • Prudent Carpentier – Laviolette
  • Fernand Houde – Limoilou
  • Julien Giasson – L’Islet
  • Jean-Louis Béland – Lotbinière
  • Claude Castonguay – Louis-Hébert
  • Robert Burns – Maisonneuve
  • Bernard Dumont – Mégantic
  • Louis Vézina – Montmorency
  • Paul Berthiaume – Napierville-Laprairie
  • Mark Assad – Papineau
  • Jean-Guy Larivière – Pontiac
  • Antoine Drolet – Portneuf
  • Claude Simard – Richelieu
  • Yvon Brochu – Richmond
  • Paul Lafrance – Rivière-du-loup
  • Robert Lamontagne – Roberval
  • Marcel Ostiguy – Rouville
  • Camil Samson – Rouyn-Noranda
  • Lucien Lessard – Saguenay
  • Robert Lamontagne - Saint-Félicien
  • George Springate – Sainte-Anne
  • Charles-Henri Tremblay – Sainte-Marie
  • Gérard Shankes - Saint-Henri
  • Fernand Cornellier – Saint-Hyacinthe
  • Claude Charron – Saint-Jacques
  • Jacques Veilleux – Saint-Jean
  • Armand Bois – Saint-Sauveur
  • Jean-Paul Pépin – Sherbrooke
  • Denis Hardy – Témiscouata
  • Guy Bacon – Trois-Rivières
  • Paul Phaneuf – Vaudreuil-Soulanges
  • Guy Saint-Pierre – Verchères
  • Lucien Caron – Verdun
  • Thomas Kevin Drummond – Westmount
  • Benjamin Faucher - Yamaska

Dernier mandat

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  • Ronald Tétrault – Abitibi
  • Aurèle Audet - Abitibi-Ouest
  • Aurèle Courcy –
  • Gabriel Loubier – Bellechasse
  • Guy Gauthier – Berthier
  • Georges-Emery Tremblay – Bourassa
  • Pierre Laporte - Chambly
  • Jean-Noël Tremblay – Chicoutimi
  • Florian Guay - Dorchester
  • Bernard Pinard – Drummond
  • Roch Boivin – Dubuc
  • Henri-Laurier Coiteux – Duplessis
  • Paul-André Latulippe - Frontenac
  • Roy Fournier - Gatineau
  • Florian Guay – Dorchester
  • Paul-André Latulippe – Frontenac
  • François Gagnon – Gaspé-Nord
  • Roy Fournier - Hull
  • Alfred Croisetière – Iberville
  • Jean-Claude Boutin – Johnson
  • Fernand-Joseph Lafontaine - Labelle
  • Fernand-Joseph Lapointe- Laurentides
  • Joseph-Aurélien Roy – Lévis
  • Jean-Louis Béland - Lotbinière
  • Claude Castonguay – Louis-Hébert
  • Marie-Claire Kirkland – Marguerite-Bourgeois
  • Rémi Paul – Maskinongé
  • Bernard Dumont – Mégantic
  • Jean-Jacques Bertrand – Missisquoi
  • Marcel Masse – Montcalm
  • Jean-Paul Cloutier – Montmagny
  • Louis Vézina – Montmorency
  • Clément Vincent – Nicolet
  • Antoine Drolet - Portneuf
  • Maurice Tessier – Rimouski
  • Arthur-Ewen Séguin – Robert-Baldwin
  • Marcel Ostiguy – Rouville
  • Charles-Henri Tremblay – Sainte-Marie
  • Léo Pearson – Saint-Laurent
  • Philippe Demers – Saint-Maurice
  • Armand Bois – Saint-Sauveur
  • Armand Russell – Shefford
  • Gilbert-Roland Théberge – Témiscamingue
  • Montcalm Simard – Témiscouata
  • Guy Saint-Pierre - Verchères
  • René Lavoie - Wolfe

Notes et références

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  1. Utilise aussi les slogans « Non au séparatisme! » et surtout « 100 000 emplois ».

Références

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  1. a et b Épisode Le député de Mercier devient premier ministre, deuxième épisode de la série Robert Bourassa, le premier ministre, d'une durée de 53 mn. Diffusé pour la première fois le 3 mars 2015 sur la chaîne ICI Radio-Canada Première. Visionner l'épisode en ligne
  2. « Le Devoir », Le Devoir, Montréal, , p. 3
  3. a et b François Cardinal, « La guerre des slogans », La Presse, Montréal,‎ , B6 (lire en ligne, consulté le ).
  4. a et b « Le Devoir », Le Devoir, Montréal, , p. 7
  5. Bilan du siècle, « Transfert vers l'Ontario de milliers de certificats en valeurs mobilières par des camions de la Brinks », sur bilan.usherbrooke.ca, Université de Sherbrooke.
  6. a et b Claude Ryan, « 3. Le meilleur choix : Le Devoir et l'élection du 29 avril », Le Devoir,‎ , p. 4 (lire en ligne)
  7. Gilles Gariepy, « La défaite de Lévesque dans Laurier consterne les leaders du parti libéral », La Presse,‎ , A2 (lire en ligne)
  8. Hervé Duff, « Une défaite qui a l'air d'une victoire – René Lévesque », La Presse,‎ , A8 (lire en ligne)
  9. Président général des élections., Élections 1970. Résultats officiels. Élections générales, 29 avril 1970. Élections partielles 28e législature., Québec, Le Président, , 505 p.

Liens externes

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