Élections générales québécoises de 1976

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Élections générales québécoises de 1976
Type d’élection Élection législative
Postes à élire 110 députés
Corps électoral et résultats
Inscrits 4 023 743
Votants 3 430 952
85,27 %  +4,9
Votes exprimés 3 360 506
Votes nuls 70 446
René Lévesque BAnQ P243S1D865.jpg PQ – René Lévesque
Voix 1 390 351
41,37 %
 +11,2
Sièges obtenus 71  +65
Robert-Bourassa.jpg PLQ – Robert Bourassa
Voix 1 135 056
33,78 %
 −20,9
Sièges obtenus 26  −76
Transparent flag waving on Infobox grey background.svg
UN – Rodrigue Biron
Voix 611 666
18,2 %
 +13,3
Sièges obtenus 11  +11
Transparent flag waving on Infobox grey background.svg
RC – Camil Samson
Voix 155 451
4,63 %
 −5,3
Sièges obtenus 1  −1
Transparent flag waving on Infobox grey background.svg
PNP – Jérôme Choquette
Voix 31 043
0,92 %
Sièges obtenus 1  +1
Assemblée nationale
Diagramme
Premier ministre
Sortant Élu
Robert Bourassa
PLQ
René Lévesque
PQ

L'élection générale québécoise de 1976 est tenue le afin d'élire à l'Assemblée nationale du Québec les députés de la 31e législature. Le Parti québécois, dirigé par René Lévesque, prend le pouvoir pour la première fois, défaisant le gouvernement libéral de Robert Bourassa avec la promesse de tenir un référendum sur l'indépendance du Québec.

C’est le soir de cette victoire que René Lévesque proclame au centre Paul-Sauvé de Montréal, devant ses partisans, la phrase devenue célèbre : « Je n’ai jamais pensé que je pourrais être aussi fier d’être Québécois ».

Contexte[modifier | modifier le code]

Les libéraux de Robert Bourassa sont au pouvoir depuis 1970 et ont obtenu une majorité de sièges sans précédent aux dernières élections en 1973, avec 102 sièges sur 110 à l'Assemblée nationale. Jacques-Yvan Morin est le chef de l'opposition parce que le chef du Parti québécois, René Lévesque, n'a pu obtenir de siège aux élections.

Le chef de l'Union nationale, Gabriel Loubier, démissionne en mars 1974 et l'intérim est assuré par Maurice Bellemare. Celui-ci se fait élire peu après dans une élection partielle et ainsi l'Union nationale revient à l'Assemblée nationale. Plus tard, en mai 1976, Rodrigue Biron est élu chef de l'Union Nationale.

Malgré leur confortable majorité parlementaire, les choses ne vont pas très bien pour les libéraux. Les débats sur la langue (loi 22) font rage, plusieurs grèves touchent différents secteurs de l'économie, le chantier de la baie James est saccagé lors d'un conflit inter-syndical, et le coût des Jeux olympiques de Montréal augmente en flèche.

Le Parti québécois adopte en 1974 une résolution selon laquelle la souveraineté du Québec serait décidée par référendum, et non déclarée immédiatement lors de l'arrivée au pouvoir du Parti. Cette décision a un impact important, rassurant un grand nombre d'électeurs qui s'inquiétaient des intentions du parti.

Comme en 1973, Robert Bourassa déclenche des élections anticipées, espérant prendre de court le Parti québécois.

Marketing politique[modifier | modifier le code]

Parti libéral du Québec[modifier | modifier le code]

En 1976, le Parti libéral du Québec est aux prises avec de nombreux problèmes sur les bras au niveau de l’éthique et sur la question linguistique. L’adoption par le gouvernement Bourassa de la loi 22, visant à instaurer le français comme langue officielle du Québec, a créé beaucoup de remous dans les communautés ethniques et la communauté anglophone traditionnellement acquise par ce parti. Bien que les communautés juives et anglophones restent majoritairement au Parti libéral, les Italiens menacent de voter pour l’Union nationale et certains anglophones pensent suivre le Parti québécois[1]. En début de campagne, l’objectif des libéraux est de contenir cette grogne en se positionnant comme les champions de l’économie ainsi que comme la seule formation politique capable de contenir la menace séparatiste. Les libéraux sont quand même confiants puisque depuis 1970, ils ont une « machine électorale » très redoutable qui leur a permis de gagner les deux dernières élections. Leur organisation politique ressemble à celle d’une armée, puisque toutes les décisions de la campagne électorale sont centralisées vers un comité de campagne qui transmet des ordres partout au Québec afin que les employés du parti fassent la promotion de celui-ci. Directement inspirés des campagnes américaines, les libéraux utilisent abondamment les sondages afin de définir leurs angles d’attaque et l’image du chef[2]. Affaibli par la grogne populaire et les commentaires de Pierre Elliott Trudeau[3], Robert Bourassa se lancent donc dans une vaste campagne de publicité pour redorer son image de chef. Les stratèges libéraux lancent des campagnes publicitaires afin de faire paraître Robert Bourassa comme un chef décidé et menaçant envers ses adversaires. Ils organisent même une émission question-réponse sur les ondes de Télé-métropole (aujourd’hui TVA) pour rapprocher le chef de la population. L’autre objectif des libéraux était de rendre l’option indépendantiste répulsive et d’exploiter cette peur afin de se maintenir au pouvoir. C’est dans cette veine qu’ils lancent une chanson de campagne anti-indépendantiste, chantée par Jean Lapointe. Mille exemplaires seront vendus et des milliers d’autres distribués gratuitement aux stations de radio et dans le métro[4] de Montréal. Malgré une utilisation importante des médias, combinées à une multiplication des annonces gouvernementales précédant l’élection, dû à la centralisation des communications gouvernementales au Ministère du Conseil exécutif[5], le Parti Libéral a été incapable de fédérer le vote en sa faveur.

Parti québécois[modifier | modifier le code]

En 1976, le Parti québécois est sur le terrain pour préparer son élection depuis déjà trois ans. Les stratèges ont acheté du temps à Télé-métropole afin de réaliser deux séries d’émissions d’affaires publiques sous le thème « J’ai le goût du Québec ». L’émission ressemblait beaucoup à Point de mire le succès télévisuel ayant fait connaître René Lévesque auprès des Québécois, avant son entrée en politique. On voulait montrer l’image d’un chef très informé qui voulait partager son savoir avec le peuple et ainsi lui démontrer le bien-fondé de l’émancipation du Québec. L’autre objectif était de vendre l’indépendance auprès des femmes à la maison et aux personnes âgées qui étaient l’électorat le moins favorable au projet d’indépendance. Pour ce faire, des vedettes comme Pierre Nadeau, Lise Payette, Doris Lussier et bien d’autres furent appelés en renfort pour les convaincre. On lança aussi des campagnes radios dans des stations nationales et locales pour faire connaître le chef et les candidats locaux. La location d’un panneau publicitaire permis, en plein Jeux Olympiques de Montréal, au Parti québécois de faire connaître le « combat » du Québec aux visiteurs étrangers[6]. Lorsque l’élection fut déclenchée, le Parti québécois diffusa des publicités qui montraient Robert Bourassa comme un Premier ministre faible et qui utilisaient le balai comme logo pour illustrer la volonté de se débarrasser du gouvernement libéral. Le PQ misait sur la proposition de tenir un référendum avant toute déclaration d’indépendance[7] ainsi que sur le fait qu’il se réclamait comme le seul parti possédant une caisse électorale « propre ». Le parti distribua lui aussi une chanson de campagne électorale écrite par Stéphane Venne qui devint un vrai succès[8]. Le Parti québécois a, depuis 1973, commencé à fonctionner comme une organisation syndicale avec un comité national de direction qui produisait des guides d’éducation à ses organisateurs locaux, mais aussi en misant grandement sur les associations locales ainsi que sur son grand nombre de membres afin de gagner les élections. Le PQ n’ayant pas autant d’argent que les libéraux, il fallait trouver des techniques plus compétitives que celles du Parti libéral et c’est en misant sur la grande force d’attraction de bénévoles que la formation souverainiste réussit à monter sa « machine électorale » durant la campagne[9]. Le contexte politique et la préparation du Parti québécois lui permit de déloger le Parti libéral et ainsi prendre le pouvoir. Le point négatif de sa campagne fut l’incapacité du parti à rallier les communautés ethniques qui étaient pourtant en grogne contre le PLQ.

Dates importantes[modifier | modifier le code]

  • 18 octobre 1976 : émission du bref d'élection.
  • 15 novembre 1976 : scrutin
  • 14 décembre 1976 : ouverture de la session.

Résultats[modifier | modifier le code]

Parti québécois Libéral Union nationale RC PNP
71 sièges 26 sièges 11 sièges 1 siège 1 siège
^
majorité

Résultats par parti politique[modifier | modifier le code]

élections précédentes • Résultats des élections générales de 1976 • élections suivantes
Partis Chef Candidats Sièges Voix
1973 diss. Élus +/- Nb % +/-
     Parti québécois René Lévesque 110 6
-
71 +65 1 390 351 41,4 % +11,15 %
     Libéral Robert Bourassa 110 102
-
26 -76 1 135 056 33,8 % -20,87 %
     Union nationale Rodrigue Biron 108
-
-
11 +11 611 666 18,2 % +13,28 %
     Ralliement créditiste Camil Samson 109 2
-
1 -1 155 451 4,6 % -5,29 %
     Parti national populaire Jérôme Choquette 36
-
-
1 +1 31 043 0,9 % -
     Alliance démocratique 13
-
-
-
-
17 762 0,5 % -
     Militants syndicaux 21
-
-
-
-
3 080 0,1 % -
     Communiste Samuel Walsh 14
-
-
-
-
1 776 0,1 % +0,04 %
     Travailleurs 12
-
-
-
-
1 249 0 % -
     Indépendant 23
-
-
-
-
13 072 0,4 % +0,16 %
Total 556 110 110   3 360 506 100 %  
Le taux de participation lors de l'élection était de 85,3 % et 70 446 bulletins ont été rejetés.
Il y avait 4 023 743 personnes inscrites sur la liste électorale pour l'élection.

Résultats par circonscription[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

  1. Jack Jedwab, « Le comportement électoral des minorités au Québec lors des élections de 1976 », Bulletin d'histoire politique,‎ , p. 5 à 15 (lire en ligne)
  2. Alain Lavigne, Bourassa et Lévesque: Marketing de raison contre marketing de passion, Québec, Septentrion, , p. 29-32
  3. ICI Radio-Canada, « Sixième épisode: Le premier ministre s'en va une première fois », sur Archive de Radio-Canada
  4. Denis Monière, Votez pour moi: Une histoire politique du Québec moderne à travers la publicité électorale, Québec, Fides, , p. 75-83
  5. Robert Bernier, Le Marketing gouvernemental au Québec: 1929-1985, Montréal, Gaétan Morin,
  6. Denis Monière, Votez pour moi: Une histoire politique du Québec moderne à travers la publicité électorale, Québec, Fides,
  7. Raymond Hudon, « Un aboutissement précoce. Le Parti québécois prend le pouvoir », Cap-aux-Diamants,‎ , p. 44 (lire en ligne)
  8. « Demain Nous Appartient - Stéphane Venne » (consulté le 13 décembre 2019)
  9. Alain Lavigne, Bourassa et Lévesque: Marketing de raison contre marketing de passion, Québec, Septentrion,