Victor Hugues

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Hugues.
Victor Hugues
Naissance 20 juillet 1762
à Marseille
Décès 12 août 1826 (à 64 ans)
à Cayenne
Origine Français
Allégeance Drapeau français République française
Drapeau de l'Empire français Empire français
Grade Commissaire de la République,
Gouverneur de la Guadeloupe
Années de service 1793 – 1809
Conflits Guerres de la Révolution, Quasi-guerre
Faits d'armes Reprise de la Guadeloupe aux anglais en 1794
Autres fonctions Homme politique et militaire

Jean-Baptiste Victor Hugues, parfois orthographié Hughes, (né à Marseille le 20 juillet 1762[1] et mort à Cayenne le 12 août 1826[2]) est un révolutionnaire français qui gouverna la Guadeloupe de 1794 à 1798, puis la Guyane de 1799 à 1809. En tant qu'administrateur français dans les colonies, il participe à l'application de l'abolition de l'esclavage à la Guadeloupe, puis à son rétablissement en Guyane.

Enfance et jeunesse[modifier | modifier le code]

Né dans une famille de la riche bourgeoisie marseillaise, il est le fils de Jean-François Hugues 1725-1789, un marchand quincaillier, et Catherine Fodrin 1729-1822, elle-même issue d'une lignée de négociants en soieries de Saint-Étienne.

L'entrée du port de Marseille - 1754

Il s'engage comme mousse à 14 ans, poussé par le négociant Jean-Baptiste Gasquy 1754-1801, marié à sa cousine germaine Benoite Fodrin, qui possédait des intérêts dans le négoce à Saint-Domingue. Menant une vie de planteur jusqu'à la Révolution haïtienne, il devient franc-maçon, et imprime un journal aux accents révolutionnaires dès les débuts de la Révolution, puis rentre en métropole en 1791, et monte à Paris, où il s'intègre par l'intermédiaire des loges maçonniques aux milieux jacobins de la capitale.

Le Révolutionnaire[modifier | modifier le code]

Il est nommé, en 1793, accusateur public au tribunal révolutionnaire de Rochefort puis de Brest. Il est désigné par la suite Commissaire de la République à la Guadeloupe par la Convention nationale en 1794. Sa tâche n’est pas mince : Victor Hugues est officiellement chargé d’appliquer le décret du 4 février 1794 qui prononce l'abolition de l'esclavage dans tous les territoires français.

Le vainqueur des Anglais en Guadeloupe[modifier | modifier le code]

Le 19 février 1793[3],[4], le Traité de Whitehall, signé à Londres entre la Couronne britannique et les grands planteurs de l'île de la Martinique et de Saint-Domingue, leur permet d'échapper à la Révolution française.

Cliquez sur une vignette pour l’agrandir

Le 11 avril, les forces armées britanniques débarquent au Gosier.

Le 20 avril, le gouverneur Victor Collot capitule face au général britannique Thomas Dunbas qui s'empare de l'île, après l'attaque du fort Fleur-d'Épée, occupé en majeure partie par des Noirs et gens de couleur. Tous sont tués. Les émigrés rentrés avec les Britanniques lancent immédiatement des représailles contre les Républicains.

Le 7 mai marque le départ pour Pointe-à-Pitre de Victor Hugues et de ses mille hommes. Victor Hugues n’a pas été choisi au hasard : son passé en tant que marin en fait un homme tout désigné pour défendre les idées révolutionnaires dans les colonies.

Le 2 juin, Victor Hugues débarque au Gosier avec les troupes des généraux Cartier et Aubert. Il organise le soulèvement populaire contre les troupes britanniques : utilisant le décret du 4 février 1794 d’abolition de l’esclavage, il enrôle, en plus des soldats blancs, plus de trois mille hommes de couleur que l’on appellera les sans-culotte noirs[5].

Le 6 octobre, le Général Graham capitule après de nombreuses batailles sanglantes par lesquelles les Britanniques tentèrent de reprendre le contrôle des îles de Guadeloupe.

Le 11 décembre, les Britanniques ont complètement quitté la Guadeloupe, qui repasse aux mains de la France et de la Révolution. Victor Hugues y abolit l'esclavage le jour même.

Proclamation de l'abolition de l'esclavage du 11 décembre 1794.

En 1796, la Convention Nationale est remplacée par le Directoire. Victor Hugues et Lebas, son adjoint, gardent leurs fonctions mais prennent le titre d'Agents du Directoire. La paix approximative permet à Victor Hugues de se marier à Basse-Terre, cette même année, à Angélique Jacquin (1773-1806), une fille de planteur. De cette union naît à Basse-terre, en 1798, une fille, Amélie Hugues. Marie Jacquin, sa belle soeur, épousera en 1797 par son entremise le général, futur comte de l'Empire, Auguste Paris.

Libérateur et tyran[modifier | modifier le code]

La Guadeloupe libérée, Victor Hugues étend progressivement son action aux îles voisines, parmi lesquelles La Désirade le 17 juillet 1794, Marie-Galante le 27 octobre suivant.

Les colonies reprises aux Anglais, il organise la Quasi-guerre contre les États-Unis en autorisant les corsaires français à attaquer la flotte américaine.

Un épisode de la quasi-guerre : la bataille entre le USS Constellation et L'Insurgente

Quelques mois d'une paix relative règnent, acquise au prix de l'application de la Terreur et du travail forcé des anciens esclaves, période au cours de laquelle les royalistes sont pourchassés, des centaines de Blancs créoles guillotinés et leurs habitations réquisitionnées[6].

Par la suite, Victor Hugues met la Guadeloupe en état de siège le 6 janvier 1798, car l'ordre public n'y est plus assuré. La Métropole, en manque de sucre et de tabac, exige que l'économie de plantation se maintienne, mais les Békés envisagent une nouvelle fois de livrer les îles aux Britanniques. Pour augmenter la gravité de la situation, la Soufrière entre en éruption le 22 avril. En mai, le commissaire Lebas doit rentrer en France pour des raisons de santé.

Le 5 juin, le Général Desfourneaux est nommé Agent du Directoire en remplacement de Victor Hugues. Ce remplacement fait suite aux pressions des émigrés de Guadeloupe rentrés en France, et aux excès de l'administration mise en place par Hugues.

Le 22 novembre 1798, les généraux Pélardy et Desfourneaux arrivent en Guadeloupe. Le remplacement de Victor Hugues suscita un vif émoi dans la population insulaire.

Le 2 janvier 1799, Victor Hugues redevenu simple citoyen, réside à Basse-Terre. Sa présence dans l'île gêne les nouveaux dirigeants qui parviennent par un subterfuge à le retenir sur un navire en rade de Basse-Terre et à le rapatrier en France contre son gré.

Le rappel pour Cayenne[modifier | modifier le code]

Rentré à Marseille, avec sa femme et sa fille, il ne tarde pas à être rappelé par le Consulat.

La Convention nationale avait misé sur Victor Hugues en 1794 pour rétablir l’ordre à la Guadeloupe. Le Consulat fait de même pour la Guyane. Ainsi, Victor Hugues est nommé en 1799 Gouverneur de la Guyane. En effet, comme à la Martinique, les planteurs de Guyane ont cherché à se soustraire à l’abolition de l’esclavage en recherchant l’alliance de l’Angleterre, mais la Guyane reste française.

Le 6 janvier 1800, il fait son arrivée à Cayenne à bord de « La Sirène ». Usant des mêmes techniques qu'à la Guadeloupe, il remet en marche les industries locales et tient les planteurs sous sa coupe. Il établit le travail forcé (comme le fait Toussaint Louverture à Saint-Domingue avec son règlement de travail du 12 octobre 1800, confirmé dans sa constitution autonome du 12 juillet 1801)[7].

Le 15 septembre 1801, naît à Cayenne la seconde fille du couple : Hersilie Hugues, suivie de Cornélie en 1803 et d'Adèle en 1806.

Hôtel préfectoral de la Guyane, ancien palais des Gouverneurs

L’arrêté du 7 décembre 1802 (16 frimaire an XI), présumé du consul Cambacérès, rétablit de fait l’esclavage à la Guyane sous le nom de « conscription de quartier » pour les personnes non encore affranchies[8]. Victor Hugues est chargé de l’application. Le 18 janvier 1804 il monte une expédition pour rétablir la liaison de la Guyane avec le comptoir de traite des esclaves de Gorée[9]

En 1809, n'ayant pu contenir l'invasion de la Guyane par les Portugais venus du Brésil, il quitte précipitamment Cayenne et rentre à Bordeaux. Accusé de trahison et d'incapacité, il est assigné à résidence jusqu'en 1814 et, finalement, acquitté. Reparti pour Cayenne, il s'y établit comme planteur et y meurt le 12 août 1826.

Portrait[modifier | modifier le code]

Ange Pitou, déporté à la Guyane après le coup d'État de fructidor, a rencontré Victor Hugues à Cayenne. Il en a laissé un portrait :

Victor Hugues, originaire de Marseille, est entre deux âges, d'une taille ordinaire et trapue ; tout son ensemble est si expressif, que le meilleur de ses amis n'ose l'aborder sans effroi ; sa figure laide et plombée exprime son âme, sa tête ronde est couverte de cheveux noirs et plats qui se hérissent comme les serpents des Euménides dans la colère qui est sa fièvre habituelle : ses grosses lèvres, siège de la mauvaise humeur, le dispensent de parler, son front sillonné de rides élève ou abaisse ses sourcils bronzés sur ses yeux noirs, creux et tourbillonnants comme deux gouffres... Son caractère est un mélange incompréhensible de bien et de mal ; il est brave et menteur à l'excès, cruel et sensible, politique, inconséquent et indiscret, téméraire et pusillanime, despote et rampant, ambitieux et fourbe, parfois loyal et simple; son cœur ne mûrit aucune affection ; il porte tout à l'excès : quoi que les impressions passent dans son âme avec la rapidité de la foudre, elles y laissent toute une empreinte marquée et terrible ; il reconnaît le mérite lors même qu'il l'opprime : il dévore un esprit faible ; il respecte, il craint un adversaire dangereux dont il triomphe. La vengeance lui fait bien des ennemis. Il se prévient facilement pour et contre, et revient de même. L'ambition, l'avarice, la soif du pouvoir ternissent ses vertus, dirigent ses penchants, s'identifient à son âme ; il n'aime que l'or, veut de l'or, travaille pour et par l'or ; (...) Ces grandes passions sont soutenues par une ardeur infatigable, une activité sans relâche, par des vues éclairées, par des moyens toujours sûrs, quels qu'ils soient. Le crime et la vertu ne lui répugnent pas plus à employer l'un que l'autre, quoi qu'il en sache bien faire la différence. Crainte de lenteurs, il prend toujours avec connaissance de cause le premier moyen sûr que lui présente la fortune. Il s'honore de l'athéisme, qu'il ne professe qu'extérieurement. Au reste, il a un jugement sain, une mémoire sûre, un tact affiné par l'expérience : il est (...) administrateur sévère, juge équitable et éclairé quand il n'écoute que sa conscience et ses lumières. C'est un excellent homme dans les crises difficiles où il n'y a rien à ménager. Autant les Guadeloupéens et les Rochefortains lui reprochent d'abus de pouvoir et d'excès révolutionnaire que la bienséance et l'humanité répugnent retracer, autant les Anglais (j'en suis témoin) donnent d'éloges à sa tactique et à sa bravoure[10].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Archives départementales des Bouches-du-Rhône, état-civil numérisé de la ville de Marseille, paroisse St-Martin, image 128, baptême du 21 juillet 1762.
  2. CAOM, état-civil numérisé, tables décennales de Cayenne répertoriées avec l'année 1825, image 37.
  3. Henri Joucla, Le conseil supérieur des colonies et ses antécédents : avec de nombreux documents inédits et notamment les procès-verbaux du comité colonial de l'assemblée constituante, Paris, du monde moderne,‎ 1927, p. 130 avec contenu de la lettre de Henry Dundas
  4. Henry Lémery, Martinique, terre française, G.P. Maisonneuve,‎ 1962, p. 32
  5. Victor Hugues, du corsaire libérateur à l’instigateur de la Terreur
  6. A la découverte de nos blancs péyi
  7. Victor Schœlcher, Vie de Toussaint Louverture (1982), Ed. Karthala, ISBN 2-86537-043-7, p. 308
  8. Henri Ternaux-Compans, Notice historique sur la Guyane française (2001), Ed. Elibron Classics, : ISBN 1-4212-4358-X, p. 125-126
  9. Benjamin Donzac, Le Proconsulat de Victor Hugues 1800-1809, collège Auguste-Dédé, Rémire-Montjoly d’après Jean-Pierre Ho Choung Ten (document non daté postérieur à 1982)
  10. Les déporté de Fructidor. Journal d'Ange Pitou annoté d'après les documents d'archives et les mémoires, d'Albert Savine, éditions Louis-Michaud, Paris 1909

Références externes[modifier | modifier le code]