Stevia

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Stevia est un genre de la famille des Asteraceae. Il regroupe environ 240 espèces d'herbes aromatiques ou d'arbrisseaux dont quelques-unes contiennent des édulcorants naturels, notamment Stevia eupatoria et Stevia rebaudiana, connues sous le nom générique de stévias. Originaire d’Amérique du Sud, cette plante pousse à l'état sauvage dans des prairies ou des massifs montagneux, sous un climat semi-aride. Sa faible teneur en glucides en fait un ingrédient alimentaire alternatif au saccharose. De plus, son effet négligeable sur le taux de glucose dans le sang en fait un édulcorant compatible avec les régimes pour diabétiques et les régimes hypoglycémiques.

Liste d'espèces[modifier | modifier le code]

Quelques espèces dans le genre Stevia[réf. nécessaire] :

Histoire et origines de la plante Stevia[modifier | modifier le code]

Les origines de la stévia[modifier | modifier le code]

L'utilisation d'extraits de certaines espèces comme édulcorant trouve son origine en Amérique du Sud. Pendant des siècles, les Guaraní du Paraguay et du Brésil ont utilisé les stévias, principalement l'espèce Stevia rebaudiana qu'ils appelaient ka'a he'ê (« herbe sucrée »), comme sucre et dans des breuvages médicinaux. Les feuilles peuvent être consommées fraîches, ou infusées dans le thé et les aliments.

La découverte de la stévia par des scientifiques[modifier | modifier le code]

La stévia fut d’abord étudiée par le botaniste et médecin espagnol Petrus Jacobus Stevus (Pedro Jaime Esteve) [1], qui a donné son nom à la plante. En 1899, le botaniste suisse Moisés Santiago Bertoni[2], lors de ses recherches dans l'Est du Paraguay, a été le premier à décrire la plante dans le détail. En raison de son gout sucré, Stevia a reçu différents noms parmi lesquels : feuille de miel, feuille douce du Paraguay, feuilles douces, fines herbes douces, feuilles de bonbons et de yerba miel.

Seules des recherches limitées ont été menées sur le sujet jusqu'à ce que, en 1931, deux chimistes français M. Bridel et R. Lavielle, isolent les glycosides qui donnent à la stevia son goût sucré. Ces composés ont été nommés le stévioside et le rébaudioside, et sont de 250 à 300 fois plus sucré que le saccharose, stables à la chaleur, pH stable, et non fermentescibles. La structure exacte de l'aglycone et les glycosides ont été publiés en 1955.

Régulation et commercialisation de la stévia dans le monde[modifier | modifier le code]

L'usage de la stévia fait l'objet d'enjeux industriels. Elle est à l'origine de nombreux conflits entre les industriels des édulcorants de synthèses, les producteurs de stévia, avec un arbitrage des agences sanitaires (FDA et l'EFSA) parfois mis en cause.

Les extraits de la plante sont très utilisés au Japon. Après avoir isolé le principe actif de la stévia dans les années 1960 et mis au point le procédé industriel en 1969, des tests de sécurité concluant que la stevia ne présente aucun danger sont réalisés au Japon. La stevia est alors cultivée et commercialisée comme une alternative aux édulcorants artificiels tels que le cyclamate, saccharine et bien entendu l'aspartame. C’est la firme japonaise Morita Kagaku Kogyo Co., Ltd qui a produit le premier édulcorant Stevia commercialisé au Japon en 1971. Les Japonais ont recours à Stevia dans les produits alimentaires et les boissons non alcoolisées (y compris Coca-Cola). En effet depuis 1969, la plupart des édulcorants de synthèse sont interdits au Japon. À titre d'exception, l'aspartame a été autorisé en 1983 et l'acésulfame potassium (ou acésulfame K) en 2000. Cette décision pourrait s'expliquer par une stratégie protectionniste, les édulcorants chimiques étaient surtout importés des États-Unis, permettant notamment à l'industrie japonaise de travailler sur des variétés plus adapté aux boissons et aliments sucrés à l’abri de la concurrence (moins de stévioside, plus de Rebaudioside A). Le Japon consomme actuellement plus de stévia que tout autre pays, cela représente 40 % du marché des édulcorants[3].

En 1986, le Brésil a autorisé l'utilisation du stévioside (l'un des glycosides de stéviol) dans les aliments et les boissons, suivis par d'autres pays dans les années 1990.

En 1991 la FDA reçoit une plainte anonyme[4], la stévia est interdite dans la foulée, la FDA se basant sur le manque de données, malgré les travaux japonais, et sur des rumeurs d'usages contraceptifs par certaines tribus indiennes d’Amérique du Sud. En 1993 l'élu à la chambre des représentants Jon Kyl accuse la FDA d'avoir sciemment interdit sa commercialisation pour protéger les intérêts de l'industrie des édulcorants[5].

La stévia sera interdite totalement jusqu'en 1995 où le Dietary Supplement Health and Education Act l'oblige à autoriser la stévia comme supplément diététique, tout en continuant à l’interdire comme additif alimentaire, situation dont l'absurdité n'a pas échappé aux partisans de la stévia[6].

En 1999 l'Union Européenne interdit la stévia suite aux lacunes des premières études présentées, mais en 2006 l'OMS confirme l'absence de risque[7]. La Russie autorise la stévia en 2008[8].

En 2008, la Food and Drug Administration (l’organisme américain qui décide de la commercialisation d'aliments ou de médicaments et qui fixe la Dose Journalière Admissible) autorise l’usage du rebiana dans les aliments et les boissons et lui concède la qualification de G.R.A.S. (Generally Recognized as Safe – Généralement reconnu inoffensif)[2]

En 2008, The Coca-Cola Company/Cargill et PepsiCo/Whole Earth Sweetener[9] ont reçu de la Food and Drug Administration, l'autorisation d'utiliser du rébaudioside A dans leurs produits ainsi que l'autorisation de commercialiser des extraits de stévia en poudre, respectivement le Truvia et le PureVia.

La même année, le Comité d’experts OMS/JECFA sur les additifs alimentaires (JECFA) a conclu que les édulcorants faits avec certaines formes de stévia ne présentent aucun danger pour une utilisation dans les aliments et les boissons.

Une forme purifiée en poudre extraite du stévia, le rébaudioside A (97 % minimum), a été autorisée en France en tant qu'additif alimentaire par arrêté du 11 septembre 2009, pris après avis de l’AFSSA (Agence française de sécurité sanitaire des aliments)[10]. L'arrêté interministériel du 8 janvier 2010, publié le vendredi 15 janvier 2010 au Journal officiel, l'autorise comme édulcorant de table et permet notamment son incorporation dans les produits minceurs (de type substituts de repas) et les préparations alimentaires de régime destinées à l'hôpital. L'arrêté augmente aussi sensiblement les quantités de rébaudioside A utilisables dans les préparations[11].

L'Autorité européenne de sécurité des aliments émet à son tour le 14 avril 2010 un avis favorable pour l’utilisation de différents extraits purifiés de Stevia, les glycosides de stéviol (stévioside, dulcoside A, rubusoside, steviolbioside, rébaudioside A, B, C, D, E et F), en tant qu’additifs alimentaires, et fixe une dose journalière admissible pour ces glycosides de 4 mg/kg de masse corporelle et par jour. Cela correspond à la DJA précédemment établie par le JECFA, Comité international mixte d'experts sur les additifs alimentaires FAO/OMS12. Malgré ses origines naturelles, la DJA de la stévia est donc inférieure à celle de l'aspartame d'un facteur 1013. Cependant, cet avis ne vaut pas autorisation, celle-ci étant accordée par les États membres en inscrivant les extraits concernés dans la liste des additifs autorisés (annexe du Règlement (CE) no 1333/2008 du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 sur les additifs alimentaires).

Selon Le Figaro, à fin 2010, les extraits de stévia représentaient 20 % du marché français des édulcorants[12]. Selon l’hebdomadaire allemand Die Zeit[13], en Europe, le premier aliment à la stévia a été commercialisé par l'entreprise suisse BIODRINKS Ltd. (anciennement Storms) sous forme de boissons aux extraits de stévia. L'entreprise Chocolat Villars en Suisse a lancé la première tablette de chocolat au stévia[14]. Dans le secteur des boissons, Coca-Cola a reformulé le Fanta Still (avec 30 % de sucres en moins) pour intégrer le Truvia (marque commerciale de Cargill pour un mélange de rébaudioside A et d'érythritol)[15]. La société suédoise Liv Natur a lancé son Liv Maté, thé glacé aromatisé à l'extrait de stévia. Eckes-Granini en a fait de même avec Réa et Joker. En France, Phare Ouest a décliné son Breizh-Cola, appelé à juste titre Breizh-Cola Stévia[16]. Par ailleurs, la plante est commercialisée, en France, dans différentes jardineries comme plante ornementale.

En 2011, l'UE devrait accorder l'approbation réglementaire finale pour l'utilisation des édulcorants Stevia dans les aliments et les boissons. Après le Fanta Still, le groupe The Coca-Cola Company a modifié la recettes des boissons Sprite et Nestea afin d'inclure la Stevia[17] tandis que Lipton lance une gamme d’Ice Tea Green avec cette plante[18].

En 2012, la multinationale PepsiCo lance le Pepsi Next qui, dans certains pays comme l'Australie, est sucré avec de l'extrait de Stevia.

En 2013, Coca-Cola lance le " Coca Cola Life", à la stévia. Testé sur le marché argentin à compter de Juin, il doit être commercialisé en Europe en 2014,

Aujourd'hui, la stevia est cultivée et utilisée dans les aliments en Asie orientale, notamment en Chine (depuis 1984), la Corée, Taïwan, la Thaïlande et la Malaisie. Elle peut également être trouvée à Saint-Christophe-et-Niévès, dans certaines parties de l'Amérique du Sud (Brésil, Colombie, Pérou, Bolivie, Paraguay et Uruguay), en Israël et en Ukraine (Crimée)[19]. La Chine est le premier exportateur mondial de stévioside. Les édulcorants à base de Stevia sont autorisés pour une utilisation associée aux aliments et aux boissons dans de nombreux pays à travers le monde, y compris l'Argentine, Australie, Belgique, Brésil, Canada (Alberta), Chine, Colombie, France, Japon, Corée, Malaisie, Mexique, Nouvelle-Zélande, Pérou, Russie, Taïwan, le Paraguay, la Suisse, les États-Unis, l'Uruguay, le Ghana, la Turquie, le Maroc et le Nigeria. L’approbation de l'Union Européenne est actuellement en cours.

La commission européenne a autorisé son utilisation UE (no 1333/2011) extrait de stévia (glucocides de stéviol) en tant que nouvel édulcorant (publication 11/11/2011).

Propriétés de la stevia[modifier | modifier le code]

Propriétés diététiques[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Stevia rebaudiana.

Les feuilles de cette espèce ont un pouvoir sucrant en moyenne 300 fois supérieur à celui du saccharose[20], le sucre ordinaire, ou sucre de table. Le coût de production est dix fois supérieur à celui de l'aspartame et l'arrière-goût de réglisse incite à utiliser aussi du sucre pour le masquer, ce qui défavorise son utilisation[21].

Les extraits de la feuille ayant un pouvoir sucrant très supérieur au sucre, cette plante a attiré l’attention des chercheurs, tels ceux d'Evolva Holding (en) qui se sont associés à Cargill pour manipuler génétiquement cette plante afin de diminuer son amertume et son arrière-goût de réglisse[22]. La plante a montré un potentiel pour traiter l’obésité[23] et l’hypertension[24],[25]. De plus, elle a un effet négligeable sur l’augmentation de glucose dans le sang et a même démontré une capacité à diminuer l'intolérance au glucose[26]. La plante peut donc fournir un édulcorant compatible avec les régimes pour diabétiques et les régimes hypoglycémiques[27].

Recherche scientifique[modifier | modifier le code]

La recherche actuelle a évalué les effets de la stevia sur l'obésité et l'hypertension. Les études démontrent que les personnes buvant des boissons sucrées à base d’édulcorants à faible ou nulle teneur en calories ont la même sensation de faim qu’une personne ayant bu de l’eau. Autrement dit, ces boissons à faible ou nulle teneur en calories ne stimulent pas l’appétit ni ne font gagner du poids. Les résultats des études toxicologiques montrent que la stevia est sans danger pour tous les segments de la population, y compris les femmes enceintes et allaitantes ainsi que les enfants. Les données ont été publiées dans 12 publications de la revue Food and Chemical Toxicology.

En 2006, l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) a effectué une évaluation approfondie des études expérimentales récentes du stévioside et du steviol menées sur les animaux et les humains, et a conclu « le stévioside et le rébaudioside A ne sont pas génotoxiques in vitro ou in vivo et la génotoxicité de stéviol et de certains de ses dérivés oxydatif in vitro n'est pas exprimée in vivo ». [59] Le rapport n’a trouvé aucune preuve d'activité cancérigène. Par ailleurs, le rapport a noté que « le stévioside a montré des effets pharmacologiques chez les patients atteints d'hypertension ou de diabète de type 2 », [59], mais a conclu qu’une étude plus approfondie était nécessaire pour déterminer le dosage adéquat.

La stevia contient certains nutriments, dont la vitamine A, vitamine C, zinc, protéines, potassium, magnésium, phosphore, fer et calcium. Elle est également une excellente source de fibres[28].

Cependant, des controverses politiques et médicales (certaines populations sud-américaines lui conféraient des vertus abortives[29] ont limité sa disponibilité dans de nombreux pays, dont les États-Unis qui l’ont d’abord interdite dans les années 1990, jusqu’à ce qu’elle soit présentée comme complément alimentaire. Ces doutes ont cependant été contredits par le chercheur Shiotsu en 1996[30]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Présentation de le Stevia
  2. a et b Histoire d'une herbe sucrée
  3. http://www.vedratrade.com/images/documents/dossiermktsteviafrvdef.pdf
  4. http://www.webcitation.org/query?url=http%3A%2F%2Fwww.whale.to%2Fb%2Fhawke.html&date=2010-12-20
  5. http://www.stevia.net/safety.htm
  6. http://herbs.org/greenpapers/controv.html#stevia
  7. http://whqlibdoc.who.int/publications/2006/9241660546_eng.pdf
  8. http://ec.europa.eu/food/international/trade/docs/allfood_05_en.pdf
  9. (en) Whole Earth Sweetener
  10. (fr)[PDF]Le projet d'arrêté sur le site de l'AFSSA
  11. Journal officiel de la République française du 15 janvier 2010, Arrêté du 8 janvier 2010 relatif à l'emploi du rébaudioside A (extrait de Stevia rebaudiana) comme additif alimentaire NOR: ECEC0929660A.
  12. (fr) La stévia fait grossir le marché des sucrettes
  13. Die Zeit: http://www.zeit.de/wissen/gesundheit/2010-04/stevia-zucker
  14. Le Figaro, Ruée des industriels sur le nouveau sans-sucre, Florentin Collomb, 7 décembre 2009
  15. Process Alimentaire, Stevia Coca-Cola ouvre le bal, Pierre Christen, janvier 2010
  16. (fr) Le magazine des boissons en grande distribution, « Boissons sans alcool : l’Efsa approuve les différents extraits de stevia en tant qu’additifs alimentaires »
  17. Ivan Letessier, « Sprite et Nestea mélangent le sucre et la stevia », sur Le Figaro,‎ 07 mars 2012 (consulté le 10 mars 2012)
  18. « Un nouvel Ice Tea Green avec un tout petit peu de Stevia », sur weekend.levif.be,‎ 6 mars 2012 (consulté le 10 mars 2012)
  19. (ru) Un exemple de commercialisation de la stévia cultivée en Crimée (Ukraine)
  20. (en)[PDF] Opinion on Stevia Rebaudiana plants and leaves European Commission Scientific Committee on Food 1999, mais selon l'origine de la culture le pouvoir sucrant généralement observé est de 100 à 300 plus sucré que le saccharose tiré de la canne à sucre.
  21. « Une plante face à l'aspartame », revue Que Choisir, no 484, septembre 2010.
  22. (en)Caroline Scott-Thomas, « Stevia extracts – without agriculture ? Evolva and Cargill join forces on fermentation-derived extracts », sur www.foodnavigator.com,‎ 6 mars 2013
  23. PubMed research articles related to treatments of obesity
  24. (en) PubMed research articles on stevia's effects on blood pressure
  25. (en) PubMed articles on stevia's use in treating hypertension
  26. Curi R, Alvarez M, Bazotte RB, Botion LM, Godoy JL, Bracht Effect of Stevia rebaudiana on glucose tolerance in normal adult humans Braz. J. Med. Biol. Res. volume=19 issue=6 pages=771–4 1986
  27. (en) Gregersen S, Jeppesen PB, Holst JJ, Hermansen K Antihyperglycemic effects of stevioside in type 2 diabetic subjects Metab. Clin. Exp. volume=53 issue=1 pages=73–6 2004
  28. Bienfaits pour la santé de Stevia (le 29 mai 2013) Récupérée de http://steviapoint.com/what-is-stevia/3-basic-things-you-need-to-know-about-stevia/
  29. On lit dans l'article « Cytological effects of some medicinal plants used in the control of fertility » de PubMed (Mai 1977) dû à Jorge B. Schvartzman et al. : « The effects of infusions of Aristolochia triangularis and Stevia rebaudiana, plants used by rural and indigenous populations of Paraguay for the control of fertility, on the cell cycle of Allium cepa L. meristems were investigated. Mitotic phase indices after 2, 4, 6, and 24 hours of treatment with infusions of A. triangularis showed a typical c-mitotic action, and recovery was normal in all cases. In contrast, S. rebaudiana had no specific toxicological effects on the cell cycle, which suggests that its contraceptive properties may not be connected with chromosome cycle. »
  30. (fr) FAQ de Stevialis - Fournisseur de Stevia

Liens externes[modifier | modifier le code]