Runes anglo-saxonnes

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Runes anglo-saxonnes
Caractéristiques
Type Alphabet
Langue(s) Vieil anglais, vieux frison
Direction Gauche à droite
Historique
Époque Ve au XIe siècles
Système(s) parent(s) Alphabet phénicien

 Alphabet grec (variante de Cumae)
  Ancien alphabet italique
   Vieux Futhark
    Runes anglo-saxonnes

Système(s) apparenté(s) Runes scandinaves
Codage
Unicode U+16A0 — U+16FF
ISO 15924 Runr

Les runes anglo-saxonnes, aussi appelées futhorc, étaient un alphabet runique utilisé par les Anglo-Saxons. Composées de 28 à 33 runes, elles descendent du vieux Futhark qui comprenait lui-même 24 caractères. Probablement utilisées à partir du Ve siècle, elles permettaient d’écrire le vieil anglais et le vieux frison.

Histoire[modifier | modifier le code]

Partie gauche du panneau frontal du coffret d'Auzon datant du VIIe siècle, illustrant la légende germanique de Völund et contenant une énigme en runes anglo-saxonnes.

L’origine des runes anglo-saxonnes est disputée. Une théorie affirme qu’elles furent inventées en Frise, d’où elles se répandirent plus tard en Angleterre. Une autre soutient qu'elles furent d’abord exportées de Scandinavie vers l’Angleterre où elles furent adaptées du futhark, avant d’arriver en Frise. Ces deux théories ont chacune leurs points faibles : des preuves archéologiques supplémentaires sont donc nécessaires pour trancher.

Le futhorc ancien était identique au vieux futhark, à une exception près : la rune (ansuz) s’était partagée en trois variantes, (āc), (æsc) et (ōs), les deux premières venant se rajouter à la fin de l’alphabet, d’où l’existence de 26 caractères. Ces variantes devinrent nécessaires lorsqu’apparurent de nouveaux phonèmes, dus à la scission des a brefs et longs dans le groupe Ingvaeonique. Le ᚩ (ōs) le plus ancien se trouve sur le bractéate d’Undley, qui date du Ve siècle. ᚪ (āc) fut introduit plus tardivement, au VIe siècle. Le (hægl) doublement barré, caractéristique des inscriptions continentales, est attesté pour la première fois en 698, sur le coffre de St Cuthbert. Avant cette date, la variante classique simplement barrée (hagalaz) était utilisée.

Progressivement, en Angleterre, le futhorc fut agrandi à 28 puis 33 runes. Lors de la christianisation des Anglo-Saxons, au VIIe siècle, il coexista avec l’alphabet latin. Cependant, dès le IXe siècle, ce dernier commença à remplacer l’alphabet runique. Dans certains cas, il arrivait que des textes écrits à l’aide de l’alphabet latin comprennent quelques runes en lieu et place des mots qu’elles représentent ; par ailleurs, le þorn et le wynn furent incorporés à l’alphabet latin. Les runes devinrent très rares après la Conquête normande débutée en 1066, et disparurent rapidement. Des cinq siècles d’utilisation du futhorc, à peine 200 objets portant de telles inscriptions nous sont restés.

Lettres[modifier | modifier le code]

Le futhorc.

Le poème runique anglo-saxon (Cotton Othon B.x.165) fait figurer les runes suivantes :

# Rune Caractère
Unicode
Nom anglo-
saxon
Signification Translittération API
1 Runic letter fehu.svg Feoh richesse f /f/, /v/
2 Runic letter uruz.svg Ur aurochs u /u/
3 Runic letter thurisaz.svg Þorn épine þ, ð /θ/, /ð/
4 Runic letter os.svg Ōs dieu ō /o/
5 Runic letter raido.svg Rād voyage r /ɹ/
6 Runic letter cen.svg Cen torche c /k/
7 Runic letter gebo.svg Gyfu don ȝ, g /j/, /ɣ/
8 Runic letter wunjo.svg Wynn joie ƿ, w /w/
9 Runic letter haglaz variant.svg Hægl grêle h /h/
10 Runic letter naudiz.svg Nyd besoin n /n/
11 Runic letter isaz.svg Is glace i /i/
12 Runic letter ger.svg Gēr année j /j/
13 Runic letter iwaz.svg Ēoh if ēo /eːo/
14 Runic letter pertho.svg Peorð - p /p/
15 Runic letter algiz.svg Eolh élan x /ks/
16 Runic letter sigel.svg Siȝel soleil s /s/
17 Runic letter tiwaz.svg Tir - t /t/
18 Runic letter berkanan.svg Beorc bouleau b /b/
19 Runic letter ehwaz.svg Eh cheval e /e/
20 Runic letter mannaz.svg Man homme m /m/
21 Runic letter laukaz.svg Lagu océan l /l/
22 Runic letter ingwaz variant.svg Ing - ŋ /ŋ/
23 Runic letter othalan.svg Éðel propriété œ /ø(ː)/
24 Runic letter dagaz.svg Dæg jour d /d/
25 Runic letter ac.svg Ac chêne a /ɑ/
26 Runic letter ansuz.svg Æsc frêne æ /æ/
27 Runic letter yr.svg Yr arc y /y/
28 Runic letter ior.svg Ior anguille io /jo/
29 Runic letter ear.svg Ear tombe ea /ea/

Les 24 premières lettres proviennent directement du vieux Futhark, auquel s’ajoutent cinq runes additionnelles représentant des voyelles longues et des diphtongues, comparables aux cinq forfeda de l’écriture oghamique. Le thorn et le wynn furent ajoutés à l’alphabet latin pour représenter /θ/ et /w/ avant d’être remplacés par th et w en moyen anglais.

L’ordre des lettres, et même leur nombre, n’est pas définitivement fixé. En comparaison des lettres données ci-dessus,

f u þ o r c ȝ w h n i j eo p x s t b e m l ŋ œ d a æ y io ea

le scramasaxe de la Tamise comporte 28 lettres dans un ordre légèrement différent où manque l’edhel :

f u þ o r c ȝ w h n i io eo p x s t b e ŋ d l m j a æ y ea.

Le Codex Vindobonensis 795 mentionne 28 lettres, la croix de Ruthwell 31, Walafrid Strabon 42 ; le Domitian A.ix (XIe siècle) de la bibliothèque Cotton mentionne quatre lettres supplémentaires :

# Rune Caractère
Unicode
Nom anglo-
saxon
Signification Translittération API
30 Runic letter cweord.svg Cweorð - kw /kw/
31 Runic letter calc.svg Calc calice k /k/
Runic letter calc doubled.svg kk
32 Runic letter stan.svg Stan pierre st /st/
33 Runic letter gar.svg Gar lance g /ɡ/

Dans ce manuscrit, les runes sont classées en trois lignes, avec leurs noms (au-dessus) et leur translittération (en dessous). On peut observer des traces de corrections datant du XVIe siècle, intervertissant le m et le d. La lettre eolh est faussement qualifiée de sigel ; à la place du sigel se trouve une lettre ressemblant au Kaun vieux norrois ᚴ, corrigé par le vrai sigel ᛋ. Eh (ᛖ) est faussement appelé eþel. À l’exception de ing et ear, tous les noms de runes proviennent de l’écriture la plus récente, attribuée à Robert Talbot (mort en 1558)[1].

feoh ur þorn os rað cen gifu wen hegel neað inc geu{a}r sigel peorð ᛋ sig
f u ð o r c g uu h n i ge eo p x s
tir berc eþel deg lagu mann ᛙ pro ac ælc yr
t b e m{d} l ing ð{m} œ a æ y ear
{orent.}
io
{cur.}
q
{iolx}
k
{z}
sc{st}
{&}
g
ior cweorð calc stan ear

Corpus d’inscriptions[modifier | modifier le code]

Futhorc inscrit sur un scramasaxe trouvé dans la Tamise.

Le projet de base de données d’inscriptions runiques en vieil anglais de l’Université Catholique d’Eichstätt-Ingolstadt vise à créer un vrai corpus d’inscriptions contenant plus de deux runes dans sa version papier, et plus d’une rune (certfiée ou douteuse) dans sa version électronique. Le corpus de l’édition papier comprend une centaine d’objets : blocs et croix de pierre, os, anneaux, broches, armes, urnes, tablette, brucelles, cadran solaire, peignes, bractéates, bénitier, plats, graffiti. La base de données comprend de plus seize inscriptions d’une seule rune, plusieurs pièces gravées de runes, et huit cas douteux (simili-runes, possibles caractères latins, lettres abîmées). Comportant moins de 200 inscriptions, le corpus est un peu plus grand que celui du vieux Futharc continental (environ 80 inscriptions, aux alentours de 400-700), mais un peu plus petit que celui du vieux Futharc scandinave (environ 260 inscriptions, vers 200-800).

Les trouvailles de runes en Angleterre se concentrent le long de la côte est, auxquelles il faut ajouter quelques découvertes à l’intérieur des terres, dans le sud de l’Angleterre. Celles de Frise se situent essentiellement en Frise occidentale.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Inscriptions runiques présentées par Derolez dans Runica Manuscripta

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Alfred Bammesberger, « Old English Runes and their Continental Background », Anglistische Forschungen, Heidelberg, vol. 217,‎ 1991
  • (de) Alfred Bammesberger, Gabriele Waxenberger et Gaby Waxenberger, Das Fuþark und seine einzelsprachlichen Weiterentwicklungen : Akten der Tagung in Eichstätt vom 20. Bis 24. Juli 2003, Walter de Gruyter,‎ 2006, 465 p. (ISBN 3-11-019008-7), « Das Fuþark und seine Weiterentwicklung in der anglo-friesischen Überlieferung », p. 171-187
  • (en) Jantina Helena Looijenga, Runes around the North Sea and on the Continent AD 150-700 : texts & contexts, Groningen, Rijksuniversiteit Groningen,‎ 27 novembre 1997, 232 p. (ISBN 90-6781-014-2, lire en ligne)
  • (en) Bengt Odenstedt, On the origin and early history of the runic script: typology and graphic variation in the older futhark, Gustav Adolfs akademien,‎ 1990, 181 p. (ISBN 9185352209), chap. 20 (« The position of continental and Anglo-Frisian runic forms in the history of the older futhark »)
  • (en) R. I. Page, An Introduction to English Runes, Woodbridge, The Boydell Press, Woodbridge,‎ 1999, 2e éd. (ISBN 978-0-85115-768-9)
  • (en) Orrin W. Robinson, Old English and its Closest Relatives: A Survey of the Earliest Germanic Languages, Stanford, Stanford University Press,‎ 1992 (ISBN 978-0-8047-1454-9, LCCN 90024700)
  • Frisian runes and neighbouring traditions, Amsterdamer Beiträge zur älteren Germanistik 45 (1996).
  • (de) Hertha Marquardt et Wolfgang Krause, Bibliographie der Runeninschriften nach Fundorten : Die Runeninschriften der Britischen Inseln, t. 1, Göttingen,‎ 1961, 168 p., p. 10-16

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]