Croix de Ruthwell

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Croix de Ruthwell
Image illustrative de l'article Croix de Ruthwell
La croix de Ruthwell
Présentation
Culte Christianisme
Type Croix
Début de la construction VIIIe siècle
Géographie
Pays Drapeau : Royaume-Uni Royaume-Uni
Nation Écosse Écosse
District Dumfries and Galloway
Ville Ruthwell
Coordonnées 55° 00′ 01″ N 3° 24′ 27″ O / 55.00036, -3.4075 ()55° 00′ 01″ Nord 3° 24′ 27″ Ouest / 55.00036, -3.4075 ()  

Géolocalisation sur la carte : Écosse

(Voir situation sur carte : Écosse)
Croix de Ruthwell

La croix de Ruthwell est un monument d’« art insulaire » élevé par les Anglo-Saxons à Ruthwell, ville écossaise faisant alors partie du royaume de Northumbrie. L’érection du monument date vraisemblablement du VIIIe siècle[Note 1]. Présenté aujourd’hui comme une haute croix, il pourrait s’être agi en fait d’une colonne, avant sa restauration en 1818 par Henry Duncan. Il se dresse depuis 1887 dans l’abside de l’église de Ruthwell.

La croix mesure 5,5 mètres de haut, et possède l’un des plus grands bas-reliefs anglo-saxons préservés. Elle présente, outre des textes latins, des inscriptions en alphabet runique proches de vers extraits du poème The Dream of the Rood (vers 29–64), parfois décrit comme l’un des plus vieux poèmes en vieil anglais[Note 2] ; il s’agit peut-être d’un ajout postérieur à la réalisation du monument.

Histoire[modifier | modifier le code]

La croix, telle qu’elle était entre 1823 et 1887[1]

La croix de Ruthwell est dressée dans l’église de Ruthwell, qui a été bâtie autour d’elle. On ne sait si elle se dressait dans un cimetière ou de manière indépendante auparavant. Elle échappe à la destruction lors de la Réforme écossaise au XVIe siècle, mais l’Assemblée générale de l’Église d’Écosse (en) ordonne en 1662 que de nombreux monuments d’adoration religieuse soient « abattus, démolis et détruits ». Il faut deux années cependant après la promulgation de la loi pour que le « monument d’idolâtrie de Ruthwell[Trad. 1] » soit abattu[Note 3]. La croix a été brisée, et certaines des figures gravées ont presque été effacées, et la croix est laissée là où elle est tombée, dans l’église sans autel, et utilisée semble-t-il comme banc. Plus tard, elle est déplacée dans le cimetière.

En 1818, Henry Duncan récupère les pièces présentes, et les rassemble, ajoutant deux traverses (les originales étant perdues) et bouchant les trous avec de petites pierres. Il est convaincu de reconstruire un monument « papiste » (Popish, donc catholique romain), et a basé son travail sur « des dessins de reliques papistes similaires[Trad. 2] » ; il laisse de côté le motif vieux-médiéval de Paul et Antoine rompant le pain dans le désert, qu’il considère « fondé sur une tradition papiste[Trad. 3].

Figures nord–sud[modifier | modifier le code]

Les deux principales faces de la croix (nord et sud) présentes des bas-reliefs chrétiens, accompagnés d’inscriptions latines ; il s’agit probablement d’une composition unique. Les interprétations de certaines figures restent débattues.

La face principale (au nord) représente soit un Christ marchant sur les bêtes, sujet populaire de l’iconographie anglo-saxonne, soit une de ses rares variantes pacifique : un Christ reconnu par les bêtes dans le désert, comme suggéré par l’inscription latine qui flanque la figure : IHS XPS iudex aequitatis; bestiae et dracones cognoverunt in deserto salvatorem mundi (« Jésus-Christ : le juge de l’équité ; les bêtes et les dragons reconnaissent dans le désert le sauveur du monde »). La représentation est en tout cas proche de celle de la face principale de la croix de Bewcastle, possiblement réalisée par les mêmes artistes. Plus bas se trouve premier lieu un Saints Paul et Antoine tous deux ermites rompant le pain dans le désert, comme l’indique l’inscription qui l’accompagne : Sanctus Paulus et Antonius duo eremitae fregerunt panem in deserto, puis soit une Fuite en Égypte, soit un Retour en Égypte, puis enfin en bas une scène trop usée pour être identifiée avec certitude, probablement une Naissance du Christ[2],[3].

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Sur la face sud, la plus grande scène représente Marie-Madeleine essuyant les pieds du Christ avec l’inscription Attulit alabastrum unguenti et stans retro secus pedes eius lacrimis coepit rigare pedes eius et capillis capitas sui tergebat (voir Luc 7:37-38 et Jean 12:3)[2],[4]. En dessous, une Guérison de l’homme né aveugle avec l’inscription Et praeteriens vidit hominem caecum a natibitate et sanavit eum ab infirmitate (Jean 9:1), une Annonciation marquée Et ingressus angelus ad eam dixit ave gratia plena dominus tecum benedicta tu in mulieribus (Luc 1:28) et enfin une Crucifixion qui semble d’après son style largement postérieure.

Wikimedia Commons possède d’autres illustrations sur la croix de Ruthwell.
Sommet de la croix, face sud, avec les Évangélistes[1]

Le monument a été brisé au-dessus des plus grandes scènes. Deux sections ne sont peut-être pas restaurées dans le bon sens. Restauré au-dessus de la grande scène du côté nord, se trouve soit Jean le Baptiste tenant un agneau, soit Dieu le père tenant l’agneau de Dieu et ouvrant un livre (Apocalypse 5:1-10)[2]. Au dessus (et après une autre pause) se trouvent deux nouvelles figures des quatre Évangélistes (que l’on repère par leurs symboles), qui étaient à l’origine sur les quatre bras de la tête de la croix[Quoi ?] : Matthieu sur la partie basse, et Jean sur le bras haut ; les côtés et la cocarde centrale sont des remplacements, et leur dessin original est inconnu[2].

Sur les côté sud, Marthe et Marie (avec l’inscription) est suivi d’un archer, sujet à controverses[Note 4], sur le petit bras de la croix, et d’un aigle sur son bras supérieur[2].

Polémique sur la croix[modifier | modifier le code]

Dans un essai de 1998 intitulé Rethinking the Ruthwell Monument: Fragments and Critique; Tradition and History; Tongues and Sockets, Fred Orton étudie une note écrite par Reginald Bainbrigg à William Camden en 1600 dans le cadre de sa nouvelle édition de 1586 de la Britannia : « Bainbrigg a vu une “colonne” à laquelle il fait référence comme “une croix” »[Trad. 4],[5]. Orton est également convaincu que la pièce est faite de deux types de pierre : « … on dirait qu’il fait plus sens de voir le monument de Ruthwell comme originellement une colonne […] transformée avec l’addition d’une scène de la Crucifixion, puis […] transformée en une croix de différents types de pierre[Trad. 5],[5]. » Dans un article de journal en 2007, Patrick W. Conner a approuvé[réf. nécessaire] cette idée : « Fred Orton a affirmé de façon convaincante que la partie basse de la pierre sur laquelle se trouve le poème runique peut, effectivement, ne jamais avoir appartenu à une croix dressée, ou si ce fut le cas, que cela ne peut être affirmé avec confiance maintenant. Pour cette raison, je préfère faire référence au monument de Ruthwell plutôt qu’à la croix de Ruthwell[Trad. 6]. »

Inscriptions runiques[modifier | modifier le code]

Inscriptions sur la face ouest de la croix. Inscriptions sur la face ouest de la croix.
Inscriptions sur la face ouest de la croix.

De chaque côté des entrelacs de vigne sont sculptées des inscriptions runiques. Elles ont été décrites pour la première fois autour de 1600, et Reginald Bainbrigg (1545 † 1606)[Note 5]d’Appleby a retranscrit l’inscription pour la Britannia de William Camden. Autour de 1832, les runes ont été reconnues comme différentes des runes scandinaves (catégorisées alors comme runes anglo-saxonnes) par Thorleif Repp, à la suite d’une étude comparative d’avec le Livre d’Exeter. Sa transcription fait référence un lieu appelé la vallée de Ashlafr, à la réparation des dommages, une source et un monastère à Therfuse.[précision nécessaire]

Traduction de l’inscription de la croix de Ruthwell[6]

John Mitchell Kemble avance en 1840 une lecture faisant référence à Marie-Madeleine. Il réalise la transcription la plus connue de Dream of the Rood en 1842.

ᛣᚱᛁᛋᛏ ᚹᚫᛋ ᚩᚾ ᚱᚩᛞᛁ ᚻᚹᛖᚦᚱᚨ / ᚦᛖᚱ ᚠᚢᛋᚨ ᚠᛠᚱᚱᚪᚾ ᛣᚹᚩᛗᚢ / ᚨᚦᚦᛁᛚᚨ ᛏᛁᛚ ᚪᚾᚢᛗ
Krist wæs on rodi. Hweþræ'/ þer fusæ fearran kwomu / æþþilæ til anum. (vieil anglais)
Christ was on rood. Yet / the brave came there from afar / to their lord. (anglais contemporain)
Le Christ était sur la croix. Pourtant / les braves étaient venus de loin / à leurs seigneurs.

Sa lecture revisitée se base sur le poème présent dans le Livre de Verceil, où il va puiser les mots manquants. O'Neill critique cependant en 2005[réf. nécessaire] cette révision, en se basant sur le fait que Kemble avait une « aversion presque pathologique de l’interférence scandinave dans ce qu’il considérait reveler du domaine britannique[Trad. 7]. »

Beaucoup de chercheurs[réf. nécessaire] considèrent que les runes, à l’inverse de l’inscription latine, sont des ajouts postérieurs, possiblement après le Xe siècle. Paul Meyvaert conclut que[réf. souhaitée] les runes ont été sculptées alors que la croix avait déjà été dressée. Patrick W. Conner[7] se dit d’accord avec cette interprétation, et ajoute que l’inscription runique n’est pas une formule commémorative habituelle ; au contraire, il assimile le contenu de l’ajout runique en relation avec les prières utilisées dans l’adoration de la croix au Xe siècle, et date en conséquence le poème de cette période, largement postérieure à la création du monument[8].

Informations externes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Lectures en rapport[modifier | modifier le code]

  • (en) Brendan Cassidy, The Ruthwell Cross, Princeton University Press (par l’auteur),‎ 1992
  • (en) Richard J. Kelly, Stone, Skin and Silver, Midleton, Litho Press / Sheed & Ward (par l’auteur),‎ 1999 (ISBN 978-1-871121-35-3, LCCN 00362724)
  • (en) Jane Hawkes et Susan Mills, Northumbria's Golden Age, Sutton Publishing Ltd. (par les auteures),‎ 1999
  • (en) Fritz Saxl, « The Ruthwell Cross », Journal of the Warburg and Courtauld Institutes, The Warburg Institute, vol. 6,‎ 1943, p. 1-19
  • (en) Carol A. Farr, « Woman as sign in Early Anglo-Saxon Monasticism », dans Catherine E. Karkov, Michael Ryan, Robert T. Farrell, The Insular Tradition, New York, SUNY Press, coll. « Medieval studies »,‎ 1997, 45–62 p. (ISBN 0-7914-3455-9 et 9780791434550, lire en ligne)
  • (en) Kristine Edmonson Haney, « The Christ and the Beasts Panel on the Ruthwell Cross », dans Peter Clemoes, Simon Keynes, Michael Lapidge, Anglo-Saxon England, vol. 14, Cambridge, Cambridge University Press,‎ 2007, 215–232 p. (ISBN 0521038383 et 978-0-521-03838-6, lire en ligne)
  • (en) Michael W. Herren et Shirley Ann Brown, Christ in Celtic Christianity : Britain and Ireland from the Fifth to the Tenth Century, Woodbridge, Boydell Press, coll. « Studies in Celtic history » (no 20),‎ 2002, 1e éd., 319 p. (ISBN 978-0-85115-889-1, LCCN 2002018579, lire en ligne)
  • (en) Maidie Hilmo, Medieval Images, Icons, and Illustrated English Literary Texts : From Ruthwell Cross to the Ellesmere Chaucer, Ashgate Publishing Ltd.,‎ 2004, 236 p. (ISBN 978-0-7546-3178-1 et 9780754631781, lire en ligne)
  • (en) Éamonn Ó Carragaáin, « Christian Inculturation in Eighth-Century Northumbria: The Bewcastle and Ruthwell Crosses », Colloquium, Yale Institute of Sacred Music, vol. 4,‎ automne 2007 (lire en ligne)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) G. F. Browne, Alcuin of York, Londres, Society for Promoting Christian Knowledge,‎ 1908, 297 p. (lire en ligne)
  • (en) Fred Orton, « Rethinking the Ruthwell Monument : Fragments and critique; tradition and history; tongues and sockets », Art History, vol. 21, no 1,‎ 1998, p. 65–106
  • (en) Éamonn Ó Carragaáin, Ritual and the Rood : Liturgical Images and the Old English Poems of the Dream of the Rood Tradition, Londres, University of Toronto Press Incorporated,‎ 2005, 1e éd., 427 p. (ISBN 978-0-8020-9008-9, LCCN 2005296605)
  • (en) Barbara Raw, « Ruthwell Cross: Description », université d’Oxford,‎ juin 1994 (consulté le 22 septembre 2010)
  • (en) Meyer Schapiro, Selected Papers, vol. 3 : Late Antique, Early Christian and Mediaeval Art, Londres, Chatto & Windus,‎ 1980 (ISBN 978-0-7011-2514-1)
  • (en) David M. Wilson, Anglo-Saxon Art : From The Seventh Century To The Norman Conquest, Thames and Hudson,‎ 1984
  • (en) Patrick W. Conner, « The Ruthwell Monument Runic Poem in a Tenth-Century Context », Review of English Studies Advance Access, Oxford, Oxford University Press, vol. 59, no 238,‎ 2008, p. 25–51 (ISSN 1471-6968)

Sources[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e, f, g et h (en) Albert S. Cook, The Date of the Ruthwell and Bewcastle Crosses, Yale University Press,‎ 1912
  2. a, b, c, d et e Raw 1994
  3. Wilson 1984, p. 72
  4. Schapiro 1980, p. 163
  5. a et b Orton 1998, p. 83
  6. Browne 1908, p. 297
  7. Conner 2008, p. 34
  8. Conner 2008, p. 43–51

Compléments[modifier | modifier le code]

Traductions[modifier | modifier le code]

(en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Ruthwell Cross » (voir la liste des auteurs)

  1. « anent the Idolatrous Monuments in Ruthwell »
  2. « drawings of similar Popish relics »
  3. « founded on some Popish tradition »
  4. « Bainbrigg saw a ‘column’ which he referred to as a ‘cross’ »
  5. « … it seems to make more sense to see the Ruthwell monument as originally a column … amended with the addition of a Crucifixion scene, and then … further amended with the addition of a cross made of a different kind of stone. »
  6. « Fred Orton has argued persuasively that the lower stone on which the runic poem is found may, indeed, never have belonged to a standing cross, or if it did, that cannot be asserted with confidence now. For that reason, I shall refer throughout to the Ruthwell Monument in preference to the Ruthwell cross. »
  7. « almost pathological dislike of Scandinavian interference in what he sees as the English domain. »

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Wilson 1984, p. 72 : La plupart des autres datations la situe avant plutôt qu’après cette période.
  2. Cela dépend des datations de la croix elle-même, et des inscriptions runiques qui ont peut-être été réalisées ensuite (voir le développement). Les plus anciens manuscrits anglo-saxons de poésies sont probablement deux manuscrits de Bède le Vénérable qui contiennent l’Hymne de Cædmon, et sont datées du VIIIe siècle : le Bède de Moore et le Bède de Saint-Pétersbourg.
  3. On suppose qu’il s’agit de la croix de Ruthwell, même si cela n’est pas établi avec certitude. Voyez Ó Carragaáin 2005, p. 15.
  4. Schapiro 1980, p. 177–186, lui donne une explication purement décorative.
  5. Voyez la biographie de Reginald Bainbrigg par Sidney Lee (1859 † 1926) dans l’ouvrage Dictionary of National Biography, 1885–1900, 2e volume sur 63, sur wikisource.