Poèmes runiques

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Les poèmes runiques sont trois poèmes rédigés dans autant de langues et décrivant des alphabets runiques. Ils sont tous trois structurés de manière identique : à chaque rune est dédiée une strophe qui la décrit. Les poèmes runiques sont nommés d’après leur origine : poème runique anglo-saxon (rédigé en vieil anglais), poème runique norvégien (vieux norvégien) et poème runique islandais (vieux norrois).

Les poèmes islandais et norvégien listent les seize runes du Fuþark récent, alors que le poème anglo-saxon décrit 26 runes anglo-saxonnes. Leurs contenus ne sont pas identiques, mais on peut trouver de nombreux parallèles d’un poème à l’autre. De plus, ils contiennent plusieurs références à des personnages des paganismes norrois et anglo-saxon, ces derniers étant accompagnés de références chrétiennes. On trouve également une liste de noms de runes dans un manuscrit du IXe siècle, l’Abecedarium Nordmannicum, mais son caractère poétique est sujet à débat.

On suppose que les poèmes runiques constituaient un moyen mnémotechnique permettant de mémoriser l’ordre et le nom de chaque rune. Ils constituaient également un important catalogue d’informations culturelles comparables aux dictons anglo-saxons et aux poésies gnomique et norroise de sagesse et d’enseignement[1].

Poèmes runiques[modifier | modifier le code]

Anglo-saxon[modifier | modifier le code]

Le poème runique anglo-saxon que nous connaissons fut probablement écrit au VIIIe ou IXe siècle[2]. Il nous est parvenu grâce au manuscrit du Xe siècle de la bibliothèque Cotton (Otho B.x, fol. 165a - 165b) qui fut perdu en 1731 lors d’un incendie[3]. Toutefois, un érudit du nom de George Hickes en avait réalisé une copie en 1705, permettant au poème de survivre[3].

Il est possible que la copie de George Hickes présente des différences avec l’original[3]. La copie est en prose, divisée en 29 paragraphes, et une gravure de chaque rune dans la marge de gauche du paragraphe correspondant[3]. Cinq des runes (wen, hægl, nyd, eoh et ing) sont accompagnées de graphies variantes et deux runes supplémentaires figurent en bas de la marge : cweorð et calc (non nommée), dont le poème en lui-même ne fait pas mention[3]. D’autres gravures apparaissent dans le pied de la page et font apparaître deux autres runes : stan et gar[3].

D’après Van Kirk Dobbie, le texte original n’était pas arrangé de cette manière et il est possible que le poème runique anglo-saxon original ressemblait davantage aux poèmes norvégien et islandais[3].

À titre d’exemple, voici le contenu de la première strophe du poème en anglo-saxon et sa traduction en français :

Feoh byþ frofur fira gehwylcum; La richesse est pour tous un réconfort
sceal ðeah manna gehwylc miclun hyt dælan   cependant chaque homme doit la dispenser grandement
gif he wile for drihtne domes hleotan. s’il veut obtenir la gloire du Seigneur.

Norvégien[modifier | modifier le code]

Le poème runique norvégien nous est parvenu par l’intermédiaire d’une copie du XVIIe siècle d’un manuscrit du XIIIe siècle, depuis détruit[4]. Il est d’inspiration scaldique ; chaque strophe est composé de deux vers, le premier décrivant la rune et son sens, le deuxième fournissant une information plus générale plus ou moins liée à la rune[5].

vældr frænda róge;   La richesse est source de discorde parmi les parents ;
føðesk ulfr í skóge. le loup vit dans la forêt.

Islandais[modifier | modifier le code]

Le poème runique islandais figure dans quatre manuscrits de la collection Arnamagnæ, le plus récent datant de la fin du XVe siècle[4]. Il est considéré comme le plus organisé des poèmes runiques (l’Abecedarium Nordmannicum compris) et sa forme est comparable au ljóðaháttr[5].

er frænda róg Richesse — Source de discorde entre parents
ok flæðar viti et feu de la mer
ok grafseiðs gata   et voie du serpent.
aurum fylkir. or — roi

Abecedarium Nordmannicum[modifier | modifier le code]

Avec une présence attestée dès le IXe siècle, l’Abecedarium Nordmannicum est le plus ancien catalogue de runes nordiques connu, bien qu’il ne contienne pas de définitions, qu’il soit en partie en germanique continental et qu’il fasse figurer plusieurs runes anglo-saxonnes de type distinct[6]. Ce texte fait partie du Codex Sangallensis 878[5] conservé dans l’abbaye de Saint-Gall. Il est peut-être originaire de Fulda, en Allemagne.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Lapidge (2007:25-26)
  2. Van Kirk Dobbie (1965:XLIX)
  3. a, b, c, d, e, f et g Van Kirk Dobbie (1965:XLVI)
  4. a et b Lapidge (2007:25)
  5. a, b et c Acker (1998:52-53)
  6. Page (1999:660)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Raymond Ian Page, An Introduction to English Runes, Woodbridge, Boydell & Brewer,‎ 1999, 2e éd., poche (ISBN 978-0-85115-946-1)
  • (en) T.A. Shippey, Poems of Wisdom and Learning in Old English, Cambridge, Rowman and Littlefield,‎ 1976, 1e éd., 152 p. (ISBN 978-0-87471-789-1, LCCN 76001824)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]