Réjean Ducharme

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Réjean Ducharme

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Extrait de L'avalée des avalés

Activités romancier, dramaturge, scénariste, parolier
Naissance 12 août 1941 (72 ans)
Montréal, Drapeau : Québec Québec, Canada
Langue d'écriture Français
Genres Roman, théâtre, scénario, chanson

Œuvres principales

L'Avalée des avalés (1966)
Le Nez qui voque (1967)
Inès Pérée et Inat Tendu (1968)
L'Océantume (1968)
Meine Einsamkeit.jpg

Réjean Ducharme, né à Saint-Félix-de-Valois, dans Lanaudière, au Québec, le 12 août 1941, est un écrivain, dramaturge, scénariste et sculpteur québécois.

Réjean Ducharme refuse toujours toute demande d'entrevue et ne fait aucune apparition publique. À peine deux photos de lui existent, et seules quelques rarissimes lettres aux quotidiens ont été publiées, au début de sa carrière. Il habiterait toujours Montréal. Tout comme l'écrivain américain Thomas Pynchon, il vit dans l'anonymat.

Son premier roman publié en 1966, L'Avalée des avalés, le consacre instantanément comme un des grands écrivains québécois de sa génération.

Auto-présentation de l'auteur (à 24 ans)[modifier | modifier le code]

« Je ne suis né qu'une fois. Cela s'est fait à Saint-Félix-de-Valois, dans la province de Québec. La prochaine fois que je mourrai, ce sera la première fois. Je veux mourir verticalement, la tête en bas et les pieds en haut.

À l'école, j'étais toujours le premier à partir. Je n'y allais pas souvent et j'y restais le moins longtemps possible. J'ai complété mes études secondaires à Joliette, avec les Clercs de Saint-Viateur.

J'ai souffert six mois à l'École polytechnique de Montréal. Enfin délivré, je me suis pris pour un commis de bureau et me prends encore aujourd'hui pour tel. Mais ceux qui embauchent des commis de bureau ne veulent pas me prendre pour un commis de bureau. Je ne travaille pas toujours et ne travaille pas toujours comme commis de bureau. Un mois sur deux, je suis en chômage.

J'ai été dans l'Arctique avec l'Aviation canadienne, en 1962. Personne ne veut me croire. Je ne sais pas pourquoi. Je dis : « J'ai été dans l'Arctique. » Ils répondent : « Pas vrai. » En 1963, 1964 (l'année de travail sur L'avalée des avalés) et 1965, j'ai fait de l'auto-stop au Canada, aux États-Unis et au Mexique. C'est fatigant.

J'ai vingt-quatre ans. Je n'ai plus toutes mes dents. Et cela m'écœure.

Je ne me suis pas marié une seule fois encore. Les femmes ne veulent pas se marier avec moi. Si elles avaient voulu, je me serais marié tous les jours et, aujourd'hui, j'aurais à peu près 5 768 enfants. S'il n'y avait pas d'enfants sur la Terre, il n'y aurait rien de beau[1]. »

Débuts[modifier | modifier le code]

Réjean Ducharme connaît un succès immédiat, dès la parution en 1966 de son roman L'Avalée des avalés, qui le consacre instantanément comme un des grands écrivains québécois de sa génération. Malgré le jeune âge de son auteur, le roman sera mis en nomination pour le prix Goncourt. Beaucoup plus tard, Jean-Claude Lauzon réalise Léolo, un film québécois qui sort en 1992 et s'inspire de l'esprit du roman de Réjean Ducharme. Le personnage principal du film lit L'Avalée des avalés. En 2005, le magazine Time déclare Léolo « un des 100 meilleurs films de tous les temps ».

Le Nez qui voque et L'Océantume, manuscrits antérieurs apparemment soumis à Gallimard en même temps que celui de L'Avalée des avalés, sont subséquemment publiés par ce même éditeur.

La publication de la première œuvre d'un écrivain de ce calibre par un éditeur français sème la controverse en ces années où le nationalisme québécois connaît une effervescence rarement égalée. Le Cercle du livre de France, maison d'édition de Pierre Tisseyre, avait refusé un manuscrit de Ducharme, et ce rejet incita l'écrivain à se tourner plutôt vers Gallimard.

Thèmes abordés[modifier | modifier le code]

L'enfance et le rejet du monde des adultes sont parmi les thèmes qui reviennent fréquemment dans l'œuvre de Ducharme. L'héroïne de L'Avalée des avalés est une enfant, Bérénice; les personnages principaux de Le Nez qui voque sont des adolescents coupés du monde. Les références à ces sujets en particulier, doublés du secret qui entoure la vie intime de l'auteur, ont exacerbé plusieurs comparaisons entre Réjean Ducharme et l'écrivain américain J. D. Salinger. Ce dernier vécut toutefois en réclusion totale et ne publia rien pendant des décennies, contrairement à Ducharme.

Dans son œuvre, Réjean Ducharme se distingue par le recours fréquent aux jeux de mots, aux néologismes et aux inventions de langage, ce qui rend son style particulièrement vivant et unique. Contrairement à plusieurs de ses contemporains des années 1960 et 1970, il n'écrit pas en joual, bien que des expressions locales ou des jurons québécois apparaissent parfois dans son travail.

Chanson, cinéma et arts visuels[modifier | modifier le code]

Réjean Ducharme a écrit quelques chansons importantes du répertoire de Robert Charlebois, tel Mon pays (ce n'est pas un pays c'est une job), Heureux en amour, Le Violent seul (chu tanné) et J'veux de l'amour. Il en a aussi composé quelques-unes pour Pauline Julien.

Au cinéma, il a collaboré aux scénarios de deux films de Francis Mankiewicz : Les Bons Débarras en 1980 et Les Beaux Souvenirs en 1981.

Il est également sculpteur. Ses œuvres, qu'il appelle trophoux, sont signées du nom de Roch Plante. Il les compose à partir des déchets et des débris qu'il ramasse lors de ses promenades dans les rues de Montréal. Il ne fait pas davantage d'intervention publique lors du dévoilement de ses sculptures[2].

Citations de L'Avalée des avalés[modifier | modifier le code]

  • « La vie ne se passe pas sur la terre, mais dans ma tête. La vie est dans ma tête et ma tête est dans la vie. Je suis englobante et englobée. Je suis l'avalée de l'avalé[3]. »
  • « Tout m'avale. Quand j'ai les yeux fermés, c'est par mon ventre que je suis avalée, c'est dans mon ventre que j'étouffe. Quand j'ai les yeux ouverts, c'est par ce que je vois que je suis avalée, c'est dans le ventre de ce que je vois que je suffoque. Je suis avalée par le fleuve trop grand, par le ciel trop haut, par les fleurs trop fragiles, par les papillons trop craintifs, par le visage trop beau de ma mère. Le visage de ma mère est beau pour rien. S'il était laid, il serait laid pour rien. Les visages, beaux ou laids, ne servent à rien. On regarde un visage, un papillon, une fleur, et ça nous travaille, puis ça nous irrite. Si on se laisse faire, ça nous désespère. Il ne devrait pas y avoir de visages, de papillons, de fleurs. Que j'aie les yeux ouverts ou fermés, je suis englobée : il n'y a plus assez d'air tout à coup, mon cœur se serre, la peur me saisit[4]. »
  • « Je suis une alchimiste rendue folle par des vapeurs de mercure. J’aimerai sans amour, sans souffrir, comme si j’étais quartz. Je vivrai sans que mon cœur batte, sans avoir de cœur[5]. »
  • « Les sociétés qui condamnent l'opium devraient aussi, si elles étaient logiques, condamner l'orgasme, les religions et autres voyages vers le haut. Je crois que si les êtres humains s'habituaient à vivre sans rêves, sans leurres, sans faux-fuyants, se décidaient à prendre leur angoisse à bras-le-corps, ils finiraient par produire des individus capables de les guérir[6]. »
  • « On aimerait avoir aussi soif qu'il y a d'eau dans le fleuve. Mais on boit un verre d'eau et on n'a plus soif[7]. »
  • « Je suis seule. Je n'ai qu'à me fermer les yeux pour m'en apercevoir. Quand on veut savoir où on est, on se ferme les yeux. On est là où on est quand on a les yeux fermés: on est dans le noir et dans le vide[8]. »
  • « Je dis qu’elle ne pleure souvent que parce qu’elle aime pleurer souvent, que parce que ça lui convient, que parce qu’elle aime se voir et s’entendre pleurer, que parce qu’elle trouve ses larmes belles, que parce qu’elle le veut. Quelqu’un qui ne veut pas pleurer ne pleure pas[9]. »
  • « Un livre est un monde, un monde fait, un monde avec un commencement et une fin. Chaque page d'un livre est une ville. Chaque ligne est une rue. Chaque mot est une demeure. Mes yeux parcourent la rue, ouvrant chaque porte, pénétrant dans chaque demeure. Dans la maison dont la forme est : chameau, il y a un chameau. Dans la cabane : oie, une oie m'attend. Derrière les multiples fenêtres des manoirs : indissolubilité et incorruptibilité, se devinent l'indissolubilité du mariage et l'incorruptibilité de Robespierre. (...) Ce matin, en sortant de mon livre, j'éprouvais une délicieuse sensation d'ébriété et d'espace, une grande impatience, un magnifique désir. Tout ce que je demande à un livre, c'est de m'inspirer ainsi de l'énergie et du courage, de me dire ainsi qu'il y a plus de vie que je ne peux en prendre, de me rappeler ainsi l'urgence d'agir[10]. »

Citations de L'Hiver de force[modifier | modifier le code]

  • « Regarde-moi ça, chère, Denis Héroux qui sort un autre film de cul, c'est le cas de dire que c'est de la diarrhée [11]... »
  • « Laïnou nous téléphone, délirante. Elle triomphe au Concours international de Québec. "Je triomphe!" Triomphe toujours[12]. »
  • « Il l'a poussée dans les toilettes des femmes du hall d'exposition, il l'a déculottée, il lui a fait son affaire, ça a été le cul de foudre[13]. »
  • « Le bon, le meilleur et le mieux c'est rien. Reste assis là et nie tout : le cigare entre tes dents, le jour dans tes yeux, la peau sous tes vêtements. Nie, nie, nie, et recueille-toi comme une bombe dans chacun de tes non, et ne t'arrête jamais d'être sur le point d'éclater, et n'éclate jamais[14]. »
  • « Nos yeux écoutent trop le téléphone pour voir ce qu'ils regardent[15]. »

Citations de Va savoir[modifier | modifier le code]

  • « Tu l'as dit Mamie, la vie il n'y a pas d'avenir là-dedans, il faut investir ailleurs[16]. »

Œuvre[modifier | modifier le code]

Romans[modifier | modifier le code]

Théâtre[modifier | modifier le code]

À l'automne 2001, le Théâtre du Nouveau Monde présente une adaptation théâtrale de L'Hiver de force mise en scène par Lorraine Pintal.

Du 15 novembre au 10 décembre 2011, le Théâtre du Nouveau Monde présente une nouvelle production de la pièce HA ha! dans une mise en scène par Dominic Champagne.

Autre publication[modifier | modifier le code]

  • Trophoux (Lanctôt, 2004) : catalogue des œuvres plastiques de Roch Plante.

Filmographie[modifier | modifier le code]

Comme scénariste[modifier | modifier le code]

Adaptation[modifier | modifier le code]

Honneurs[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Cette autoreprésentation fantaisiste figure dans la première édition canadienne en livre de poche, publiée en 1967 par les Éditions du Bélier, à Montréal, dans la collection «Ariès» (numéro 127). Elle disparaît par la suite et cette édition est considérée non autorisée, « pirate ».
  2. Pour plus d'information, consulter le catalogue des Trophoux publié chez Lanctôt Éditeur en 2004.
  3. L'Avalée des avalés, Gallimard, Collection Folio, p. 45
  4. L'Avalée des avalés, Gallimard, Collection Folio, p. 9 (première page)
  5. L'Avalée des avalés, Gallimard, Collection Folio, p. 41
  6. L'Avalée des avalés, Gallimard, Collection Folio, p. 311
  7. L'Avalée des avalés, Gallimard, Collection Folio, p. 10
  8. L'Avalée des avalés, Gallimard, Collection Folio, p. 11
  9. L'Avalée des avalés, Gallimard, Collection Folio, p. 90
  10. L'Avalée des avalés, Gallimard, Collection Folio, p. 107
  11. L'Hiver de force, Gallimard, Collection Folio, p. 16
  12. L'Hiver de force, Gallimard, Collection Folio, p. 19
  13. L'Hiver de force, Gallimard, Collection Folio, p. 20
  14. L'Hiver de force, Gallimard, Collection Folio, p. 30
  15. L'Hiver de force, Gallimard, Collection Folio, p. 46
  16. Va savoir, Gallimard, Collection Blanche, p. 9

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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