Prosilva

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Pro Silva France est une association de forestiers réunis pour promouvoir une gestion des forêts (sylviculture) dite "irrégulière, continue et proche de la nature" (SICPN).

Cette approche est basée sur la gestion de la qualité et se veut respectueuse des processus naturels des écosystèmes forestiers, tout en étant économiquement viable.

Cette « sylviculture » permet d’obtenir des revenus soutenus tout en ayant des forêts multifonctionnelles, continues et stables.

Pro Silva France est une association nationale qui se décline en 13 groupes régionaux, dont la base de fonctionnement s’articule autour de tournées forestières.

Elle est intégrée au niveau européen au réseau Pro Silva (Internatinal), qui regroupe 25 pays et plus de 7 000 forestiers ayant les mêmes conceptions sylvicoles.

Depuis mars 2013, Pro Silva France est reconnue d’Utilité Publique.

Principes de la SICPN[modifier | modifier le code]

La sylviculture PRO SILVA est basée sur la gestion de la qualité et sur le principe du rendement soutenu.

La gestion des forêts selon les principes de PRO SILVA est une stratégie tendant à optimiser le traitement des écosystèmes forestiers, afin qu'ils remplissent d'une manière durable et rentable leurs multiples fonctions socio-économiques.

Dans le but de minimiser les risques écologiques et économiques, la sylviculture PRO SILVA s'appuie très largement sur les processus naturels.

Elle respecte les lois de la dynamique des forêts naturelles, en ménageant leurs forces, en se servant de leur diversité, en conduisant leurs évolutions souvent imprévisibles en vue de la réalisation des objectifs fixés et en y minimisant les introductions d'énergie et de matières.

Une sylviculture proche de la nature correspond à un traitement des écosystèmes forestiers basé sur la continuité du couvert et le respect le plus élevé possible des processus naturels de croissance et de renouvellement de la forêt. Elle peut être mise en oeuvre pour un très grand nombre d'essences et de stations et repose sur deux principes majeurs : la gestion de la fonctionnalité et la gestion du sous-étage.

La gestion de la fonctionnalité consiste à gérer au mieux l'état existant d'une forêt. La sylviculture pratiquée est une sylviculture à l'échelle de l'individu et non du peuplement : c'est une sylviculture d'arbre. Le diamètre d'exploitation est une notion qui dépend de l'essence, de la qualité et de la station : un arbre sera maintenu aussi longtemps que sa valeur commerciale augmente. Cette règle conduit à concentrer la production sur les sujets de gros diamètre et de la meilleure qualité.

La gestion du sous-étage sous-entend la gestion de la lumière et des conditions microclimatiques. Elle doit permettre de provoquer la régénération et de maîtriser sa composition en essences. Elle cherche également la diminution des frais de production par utilisation des mécanismes naturels par l'automation biologique. Dans ces conditions, la régénération n'est pas perçue comme un but en soi mais comme un moyen. Cette gestion du sous-étage est justifiée par une volonté de cumuler la production de jeunes et de vieux arbres, de réduire la concurrence de la végétation adventice, de favoriser la qualité des jeunes plants grâce à l'éducation en demi-ombre et leur protection contre la sécheresse, la chaleur et le gel. Une telle sylviculture donne une plus grande place à l'observation et les travaux sont limités autant que possible.

PRO SILVA affirme que l'application des principes d'une gestion forestière proche de la nature est possible dans presque toutes les situations. Elle vulgarise ses conceptions dans ses forêts de démonstration.

L'étude des forêts naturelles est riche en enseignements, mais la question n'est pas d'arrêter la gestion, c'est de s'inspirer des processus naturels que l‘écosystème forestier offre gratuitement et d'en tirer parti pour obtenir des arbres de qualité en minimisant les dépenses. Il est ainsi possible d'obtenir une sylviculture alliant rentabilité économique et respect écologique.

Elle respecte les lois de la dynamique des forêts naturelles, en ménageant leurs forces, en se servant de leur diversité, en conduisant leurs évolutions souvent imprévisibles en vue de la réalisation des objectifs fixés et en y minimisant les introductions d'énergie et de matières.

Devant la longueur du cycle de production en forêt (souvent supérieure au siècle), la notion de stabilité est fondamentale : il s'agit d'aider la forêt à mieux résister aux agressions possibles (maladies, vent, etc.). Cet état est recherché en diversifiant à tous les niveaux (essences, grosseurs et hauteurs), en favorisant le développement de la biodiversité et en permettant aux couronnes des plus beaux arbres de se développer sans contrainte.

La flexibilité des peuplements doit également être recherchée : il s'agit de leur capacité à se reconstituer rapidement et sans interventions artificielles après catastrophes (résilience). Cette flexibilité est conditionnée par une grande dispersion des diamètres des arbres et par la présence de régénération naturelle diffuse.

Ainsi, en sylviculture proche de la nature, un arbre remplit plusieurs fonctions à la fois : - production de bois - structuration du peuplement - régénération - éducation des jeunes arbres - biodiversité.

Pendant le martelage (opération décisive qui consiste à sélectionner les arbres à abattre), le forestier doit prendre en compte chacun des points suivants : - prélèvement des arbres parce qu'ils ont atteint leur diamètre objectif, qu'ils gênent des arbres de meilleur potentiel, qu'ils sont dépérissants ; - maintien de quelques très gros arbres pour des raisons patrimoniales, biologiques et d'éducation des jeunes arbres ; - respect des essences minoritaires (développement de la biodiversité) ; - conservation d'arbres morts ou à cavités qui sont le biotope d'une faune et d'une flore nombreuses comme les pics, certains insectes, certains chiroptères et autres communautés animales et végétales.

Le prélèvement est léger (15-25%) et les passages en martelage fréquents (tous les 6 à 12 ans), afin d'assurer un suivi le plus régulier possible des peuplements forestiers.

Une forêt gérée en futaie continue doit permettre d'arriver à obtenir des peuplements structurés, stratifiés, présentant un mélange pied à pied d'individus aux fonctions bien différenciées : - Un peuplement adulte constitué :

  • d'individus producteurs de grande qualité,
  • d'individus de forte valeur écologique,
  • d'individus remarquables à valeur patrimoniale.

- Un jeune peuplement constitué de perches éduquées à l'ombre des grands arbres, près à prendre la relève le moment venu. - Une régénération naturelle diffuse, profitant de l'ambiance forestière engendrée par le couvert du peuplement adulte.

Un peuplement irrégulier et mélangé, c'est aussi : - Une structuration du peuplement en catégorie de diamètre. - Une stratification verticale. - La présence de bois mort sur pied et au sol.

Pro Silva se fixe en résumé les grands objectifs suivants : - Economiques :

  • Production continue optimale de biens et de services
  • Récolte de gros bois de qualité et de grande valeur
  • Réduction des frais sans perte de revenu
  • Amélioration de la stabilité des peuplements

- Ecologiques :

  • Conservation durable de la biodiversité naturelle et de la santé des arbres
  • Amélioration de la flexibilité des peuplements
  • Protection des sols et de l'eau
  • Maintien des habitats remarquables

- Culturels et paysagers :

  • Evolution lente de l'environnement et des paysages
  • Conservation du patrimoine
  • Maintien des arbres remarquables

Une forêt PRO SILVA réalise simultanément et en harmonie avec la nature l'ensemble de ces objectifs.


Historique[modifier | modifier le code]

Ce mode de gestion s'est d'abord développé en Allemagne après la Seconde Guerre mondiale afin de faire face aux séquelles de guerre et au manque de moyens dans le contexte de reconstruction de l'Allemagne. En effet, les plants des pépinières allemandes étaient mobilisés afin de reboiser en France, au titre des dommages de guerre, les forêts dévastées par le conflit. Afin de reconstituer ces forêts en respectant l'environnement, et avec un minimum de moyens techniques et financiers, certains forestiers allemands se sont inspirés des processus naturels de résilience écologique de l'écosystème forestier. Ceci explique pourquoi cette sylviculture est encore qualifiée de « proche de la nature ».

Cette approche s'est aussi développée sur les bases technique du "jardinage", méthode culturale de gestion des forêts développée dans le Jura Suisse et français à la fin du XXe siècle, notamment par les forestiers Gurnaud et Biolley.

Pro Silva fait partie d'un mouvement appelé "Continous Cover Forestry" par les Anglosaxons.

Europe[modifier | modifier le code]

Le mouvement PRO SILVA a été créé en 1989 en Slovénie. Il s'est ensuite étendu en association nationale dans les différentes régions forestières d'Europe. Aujourd'hui Pro Silva International rassemble 25 pays et plus de 7 000 forestiers partageant les mêmes conceptions sylvicoles. Site Internet : www.prosilvaeurope.org

De 2005 à 2007, un projet européen Interreg « Coopération pour un Renouveau Sylvicole » (CooRenSy) a regroupé des organismes et des administrations belges, luxembourgeoises et françaises qui veulent partager leurs connaissances ou expériences en matière de gestion de futaies irrégulières et d'application des principes de Pro Silva, pour fournir aux gestionnaires et propriétaires une bonne alternative, éprouvée, tant sur le plan économique qu’écologique. Site : www.coorensy.eu

Cette initiative a été suivi par un second projet de coopération intitulé "CoForko. www.coforko.eu

Critiques ou limites[modifier | modifier le code]

Les critiques fondées sur des arguments économiques ont déjà été battues en brèche par les évaluations de rentabilité économiques (cf bibliographie AFI 2009), qui à moyen et long terme semblent en faveur des méthodes de gestion proche de la nature. Et les modifications climatiques attendues pourraient encore augmenter l'intérêt de ce type de gestion, plus résiliente.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (fr) Turckheim (Brice de), Bruchiamacchie (M.) - La futaie irrégulière; Théorie et pratique de la sylviculture irrégulière, continue et proche de la nature. - Avignon : Edisud, 2005. - 282 p
  • (fr) Susse (R.), Allegrini (C.), Bruchiamacchie (M.), Burrus (R.) [2009] – De l'avènement de l'association Pro Silva France à la reconnaissance de la futaie irrégulière ; Le traitement des futaies irrégulières. Valoriser les fonctions multiples de la forêt. Association Futaie Irrégulière (AFI), 144
  • (fr) Broque, Claire (2004). De l'avènement de l'association Pro Silva France à la reconnaissance de la futaie irrégulière : stratégie d'acteurs," gestion durable" et dépossession ; Mémoire de DESS, 2004, Bordeaux 4 (Environnement et développement sylvicoles. Gestion de la forêt cultivée ).
  • (fr) Pro Silva (1993), Actes du 1er congrès européen. pour une forêt belle et productive ; Besançon
  • (fr) Benoît Boutefeu et Paul Arnould () Le métier de forestier, entre rationalité et sensibilité ; Revue Forestière, LVIII-1-2006, PDF, 12 pages

Liens externes[modifier | modifier le code]

Pour plus d'informations :