Michel Maffesoli
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Michel Maffesoli (14 novembre 1944 à Graissessac, Hérault) est un sociologue français.
Ancien élève de Gilbert Durand, il est professeur à l'université Paris Descartes. Michel Maffesoli a construit une oeuvre autour de la question du lien social communautaire, de la prévalence de l'imaginaire et de la vie quotidienne dans les sociétés contemporaines. Son travail contribue à l'approche du paradigme postmoderne. Directeur de la revue Sociétés, il est également secrétaire général du Centre de recherche sur l'imaginaire et membre du comité scientifique de plusieurs revues internationales, notamment Social Movement Studies, Space and Culture et Sociologia Internationalis.
Michel Maffesoli a reçu le Grand Prix des Sciences humaines de l'Académie française en 1992 pour La transfiguration du politique. Il est vice-président de l'Institut international de Sociologie, fondé en 1893 par René Worms, et membre de l'Institut universitaire de France depuis septembre 2008, au terme d'une procédure de nomination très controversée[1]. Plus généralement, Michel Maffesoli a fait l'objet de nombreuses controverses à la fois scientifiques et professionnelles, la plus célèbre d'entre demeurant celle autour de la thèse qu'il dirigea et fit soutenir à Élizabeth Teissier.
[modifier] Activités sociologiques
En 1972, Michel Maffesoli est codirecteur de l’équipe de sociologie urbaine de Grenoble (ESU). Il y développe une réflexion sur l’espace, qu’il poursuivra dans son ouvrage sur le nomadisme (Du Nomadisme, Vagabondages initiatiques, La Table ronde, 1997). Ses travaux sont alors marqués par l’empreinte de Pierre Sansot et de Jean Duvignaud, membres de son jury de thèse de 1978. Il donne à l’espace une dimension fondatrice pour le lien social et l’expression des formes de subjectivités.
En 1978, Michel Maffesoli est choisi par Julien Freund comme maître assistant à Strasbourg, lequel lui proposa également d’animer l’Institut de Polémologie dont on peut retrouver un écho dans ses ouvrages postérieurs, sous la thématique du conflit fondateur (La violence fondatrice, 1978), la société conflictuelle (thèse d’État, 1981), de l’utilisation du mythe de Dionysos comme désordre régénérateur (L’Ombre de Dionysos, 1982).
En 1982, il a fondé, avec Georges Balandier, le Centre d'études sur l'actuel et le quotidien (CEAQ), un laboratoire de recherches en sciences humaines et sociales à l'Université Paris-Descartes, à la Sorbonne. Il en est actuellement le dirigeant.
Le CEAQ développe des recherches autour de trois thèmes centraux :
- La vie quotidienne. Après le constat d'une certaine « saturation » des cultures téléologiques fondées sur les temporalités du futur et sur le "report de jouissance" évoqué par Sigmund Freud, émergent aujourd'hui des phénomènes que Michel Maffesoli a nommé, dans Sociologie de la vie quotidienne (1979), la « Conquête du Présent ». Ce glissement se manifeste notamment dans les nouvelles formes de subversions et de contestations. Les « micro-événements », la consommation, les cultures festives et « présentéistes », le « localisme » et les territoires de proximité semblent agréger les jeunes générations, alors que les générations précédentes se sont structurées autour de l'idée du Progrès et d'une temporalité de l'après et du lointain. M. Maffesoli constate ainsi une transformation de l'idée même d'utopie qui s'inverse en ce qu'il appelle "les utopies interstitielles", plus concrètes, plus proches, et donc plus facilement et sensiblement réalisables. Ces espaces, proches en un sens des "junk spaces" de l'architecte Rem Koolhas, semblent ne pas distinguer le politique de la vie quotidienne, ou plutôt, semblent rapatrier le politique en deçà de la conception développée dans les acceptions modernes.
Cette thématique de recherche a donné lieu à plusieurs thèses et recherches, notamment à l'étranger. Souvent méconnues en France, ces pistes de réflexion rencontrent un écho plus important dans plusieurs pays émergents, tels que le Brésil ou la Corée, où la dimension ludique du lien social occupe une place plus centrale dans la réflexion académique.
- Les cultures festives et dionysiaques. Si la méfiance du corps a teinté notre culture occidentale jusque très récemment, il faut constater aujourd'hui que le corps redevient une surface sociale d'importance. Sous ses différents aspects, et dans une dynamique de mise en collectif, différents phénomènes (sport, sexualité, douleur, parures, modifications, scarifications, danse, tourisme, soin et cosmétologie, gastronomie, etc.) constituent autant de lieux d'expression de la culture contemporaine. Des recherches ont notamment été menées au Ceaq sur les effervescences musicales (cultures techno, musique metal, musiques brésiliennes, etc.), sur la dimension relationnelle des pratiques corporelles personnelles dans une perspective sociologique.
- L'imaginaire. Le Ceaq aborde la thématique de l'imaginaire comme une transversalité aux différents terrains d'étude. L'imaginaire ne s'oppose pas ici au réel, mais il permet à la fois la médiation de la personne par rapport au monde existant, et favorise le lien social. C'est parce que les groupes partagent la même vision du monde, qu'ils se comprennent, et font culture. Au croisement d'une tradition de l'étude de l'imaginaire, où figure Gilbert Durand, et d'un réseau de laboratoire de recherches orientés sur cette question (le Centre de Recherches sur l'Imaginaire), le Ceaq a développé cette thématique en proposant de penser rationnellement le non rationnel qui habite l'esprit humain.
Les thématiques de ses livres et de ses séminaires comprennent l'imaginaire, la postmodernité, l'analyse du quotidien, l'analyse critique de l'individualisme en regard des résurgences tribales, nomades, communautaires.
[modifier] Thèses de Michel Maffesoli
Michel Maffesoli propose une sociologie du quotidien centrée sur les théories de l'Imaginaire et s'interroge sur le rapport que nos sociétés entretiennent avec la question de la temporalité. Dans ses ouvrages, il livre une de ces formes figures, le rapport à l'immédiat, inspiré par les travaux du réseau des Centres de Recherche sur l'Imaginaire, lequel lui semble un des marqueurs principaux d'une époque "post-moderne".
Pour Michel Maffesoli, les formes de socialité mises en œuvre au quotidien peuvent être éclairées par l'analyse de formes plus anciennes, archétypales. Cette vie quotidienne, liée à ce qu'il nomme le "Temps immobile", scèle un polythéisme des valeurs à la fois structural et récurrent face à une vie de contraintes politiques, sociales ou professionnelles.
Ceci le conduit à discerner plusieurs figures de cette socialité du présent :
- l'apparence comme creuset de la socialité, dont il identifie des images multiformes : cultes du corps, exacerbation du sensible dans tous les domaines. Il insiste particulièrement là sur la nécessité de relativiser la vie sociale, tant ce repérage de niveaux de sens et de signifiants est la marque d'une grande complexité.
- l'organicité des choses, le vitalisme, réhabilitant à ce sujet celui que Søren Kierkegaard nommait "le véritable homme ordinaire" qu'il caractérise "d'homme sans qualité", y voyant le spécialiste d'une philosophie libertaire de la vie, soulignant la coïncidence de la mort et de la vie, du corps et de l'esprit, de la nature et de la culture.
Les travaux des Centres de Recherche sur l'Imaginaire portent sur l'exaltation des lieux mythiques, la multiplication des expériences festives, les parcours initiatiques[2].
Michel Maffesoli invite ses lecteurs à redécouvrir certains textes de la sociologie, notamment Alfred Schütz, Georg Simmel et Jean-Marie Guyau. Il a accueilli dans son laboratoire des chercheurs travaillant sur les pratiques musicales, notamment le metal et la techno[3].
[modifier] Analyses et critiques de la communauté scientifique
Au sein de la communauté scientifique des sociologues français, la scientificité des travaux de Michel Maffesoli est souvent remise en question, en particulier depuis que l'affaire autour de la thèse d'Élizabeth Teissier (cf. infra) "a créé une vive polémique au sein de la communauté [des sociologues français et au-delà], et a conduit plusieurs sociologues à intervenir pour en remettre en cause la légitimité"[4]. Sur ce débat qui reste vif, Maffesoli a proposé des arguments sur ses méthodes, notamment par la réédition de son ouvrage épistémologique [5], en 2007. Au-delà de cette controverse, une opposition subsiste entre les positions maffesoliennes sur la "pensée sensible" et les tenants d'une sociologie encastrée dans des critères de scientificité systématiques et transparents. Le colloque "Raisons et Sociétés", organisé à la Sorbonne le 18 décembre 2002 dans le but d'ouvrir la question des méthodes en sciences humaines au-delà de la thèse polémique, a permis d'identifier les divergences entre les diverses traditions sociologiques au regard de l'affaire.
D'autres "affaires" font que la position institutionnelle de Michel Maffesoli est régulièrement remise en question : la communauté scientifique a notamment protesté contre sa nomination au conseil d'administration du CNRS et contre sa nomination à l'Institut Universitaire de France. D'autre part, les thèses de Michel Maffesoli ont parfois fait l'objet de contre-enquêtes empiriques, comme l'enquête de terrain de Laurent Tessier sur les free parties en France et en Angleterre[6].
Les travaux de Michel Maffesoli connaissent toutefois un certain succès chez des auteurs comme Serge Moscovici, Edgar Morin, Patrick Tacussel ou Patrick Watier, qui les citent régulièrement. Différents laboratoires de recherche outre-atlantique ont repris le nom CEAQ, notamment à l'Université [UDLA] à [Puebla] au [Mexique], mais aussi au [Brésil], ainsi qu'en [Corée]. L'influence du travail de Michel Maffesoli se manifeste également dans différentes revues étrangères, mais c'est probablement son ouvrage "Le temps des tribus" (1988, 1991), traduit en neuf langues, qui l'a fait connaître des lecteurs étrangers. Des universités au Brésil, en Corée et en Italie le sollicitent pour des conférences. Par ailleurs, Michel Maffesoli a reçu au Brésil une chaire qui porte son nom, et un doctorat honoris causa de l'université de Bucarest.
Sa réception à l'étranger est ambivalente. Dans un article publié par la Sociological Review publié en 1997, le sociologue David Evans s'est penché sur les théories de Michel Maffesoli et en a conclu qu'elles ne constituent pas en définitive un paradigme sociologique enrichissant. Evans a jugé le travail de Michel Maffesoli "incohérent" et "biaisé"[7]. Les comptes-rendus d'ouvrages rédigés par des sociologues étrangers sont parfois moins radicaux mais soulignent toutefois que l'approche de Michel Maffesoli est subjective et qu'elle manque de réflexivité, un sociologue évoquant même la sociologie de Michel Maffesoli comme une "sociologie de salon"[8].
[modifier] Affaire autour de la thèse de l'astrologue Élizabeth Teissier
Le grand public a découvert Michel Maffesoli en avril 2001, au moment de la soutenance de thèse d'Élizabeth Teissier sur l'ambivalence de la réception sociale de l'astrologie, thèse très contestée qu'il a dirigée et dont le jury était présidé par Serge Moscovici à l'Université Paris V[9].
L'attribution à Élizabeth Teissier du titre de docteur en sociologie à l'issue de la soutenance "a créé une vive polémique au sein de la communauté [scientifique], et a conduit plusieurs sociologues à intervenir pour en remettre en cause la légitimité"[10]. La thèse a immédiatement suscité de nombreuses critiques dans le milieu de la sociologie française, notamment celle publiée par Le Monde de Christian Baudelot et Roger Establet le 17 avril 2001[11], et la pétition adressée, le 30 avril 2001, au président de l'Université Paris V, et signée par 300 sociologues[12]. De nombreuses réactions critiques ont été publiées dans la presse quotidienne nationale[13], au côté de commentaires moins radicaux[14]. Au-delà de la sociologie, quatre prix Nobel français (Claude Cohen-Tannoudji, Jean-Marie Lehn, Jean Dausset et Pierre-Gilles de Gennes) ont également protesté contre le titre de "docteur" délivré à Élizabeth Teissier par le biais d'une lettre de protestation adressée à Jack Lang, ministre de l'éducation nationale à l'époque[15].
Les aspects scientifiques, philosophiques et sociologiques de la thèse ont été étudiés par un collectif de scientifiques issus de plusieurs disciplines[16], dont des membres du Collège de France. La thèse a ainsi été analysée en détail par un groupe composés d'astrophysiciens et d'astronomes (Jean-Claude Pecker, Jean Audouze, Denis Savoie), par un groupe de sociologues (Bernard Lahire, Philippe Cibois et Dominique Desjeux), d'un philosophe (Jacques Bouveresse) et par des spécialistes des pseudo-sciences (Henri Broch et Jean-Paul Krivine)[17]. De cette analyse, il ressort que la thèse n'est valide d'aucun point de vue, ni sociologique, ni astrophysique, ni épistémologique[18].
Dans un courriel daté du 23 avril 2001 adressé à de nombreux sociologues, Michel Maffesoli a reconnu que la thèse d'Élizabeth Teissier incluait quelques "dérapages". Son courriel minimise l'importance de ces erreurs et dénonce un acharnement sur son cas et sur celui d'Élizabeth Teissier :
« En toute honnêteté, lequel d'entre nous, directeur de thèse n'a pas laissé passer de tels "dérapages" ? (…) Il ne faudrait pas que cette thèse serve de prétexte à un nouveau règlement de compte contre une des diverses manières d’envisager la sociologie. (…) Est ce que cette thèse n'est pas un simple prétexte pour marginaliser un courant sociologique, et disons le crûment, pour faire une chasse à l'homme, en la matière contre moi-même ?[19] »
Suite à cette affaire, deux colloques ont été organisés pour discuter du contenu et de la validité de la thèse :
- Une rencontre-débat intitulée "La thèse de sociologie, questions épistémologiques et usages après l'affaire Teissier" a été organisé à la Sorbonne le 12 mai 2001. par l'Association des sociologues enseignants du supérieur (ASES)[20]. Michel Maffesoli fut présent à cette rencontre[21] et assista aux contre-exposés de Christian Baudelot et par Lucien Karpik[22].
- Un colloque intitulé "Raisons et sociétés" a été organisé à la Sorbonne le 18 décembre 2002 afin d'ouvrir une discussion sur le fond et de proposer une réponse théorique aux critiques. Un certain nombre d'intellectuels et de scientifiques se sont joints à cet événement, afin de porter le débat sur les enjeux scientifiques soulevés par la polémique. Edgar Morin, le physicien Jean-Marc Lévy-Leblond, Mary Douglas, Paolo Fabbri, Franco Ferrarotti entre autres étaient présents à cette rencontre.
Cette controverse a parfois été caricaturée sous les traits d'une opposition entre positivisme et phénoménologie, or les critiques de Michel Maffesoli proviennent de ces deux programmes de recherche, bien que les critiques positivistes aient bénéficié d'une plus grande publicité[23].
[modifier] Affaire autour de sa nomination au conseil d'administration du CNRS
La nomination de Michel Maffesoli au conseil d'administration du Centre National de la Recherche Scientifique a provoqué un tollé dans la communauté scientifique[24]. Le décret du 5 octobre 2005 par laquelle cette nomination a pris lieu précisait que la nomination se justifiait "en raison de [sa] compétence scientifique et technologique"[25].
Une pétition intitulée "Un conseil d’administration du CNRS doublement inacceptable !" a été lancée suite à cette nomination[26]. Les pétitionnaires protestaient à la fois contre le non-respect de la parité homme/femme et contre la nomination de Michel Maffesoli, jugée irrespectueuse de "la nécessité de la crédibilité scientifique du conseil d’administration". La pétition remarquait ainsi :
- … il est pour le moins étonnant de voir nommer comme représentant des disciplines « Homme et Société » Michel Maffesoli, un universitaire bien connu pour ses prises de position anti-rationalistes et anti-scientifiques. Pourquoi nommer quelqu’un qui a suscité, il y a peu, la réprobation de l’ensemble de la communauté scientifique en commettant une grave faute : l’attribution du titre de docteur en sociologie à une astrologue, Elizabeth Teissier, dont la thèse faisait l’apologie de l’astrologie ?[27]
La pétition a recueilli, d'octobre 2005 à février 2007, plus de 3000 signatures. Parmi les premiers signataires figurent Christian Baudelot, Stéphane Beaud, François de Singly, Jean-Louis Fabiani, Bernard Lahire, Louis Pinto, Alain Trautmann, Loïc Wacquant et Florence Weber.
[modifier] Affaire autour de sa nomination au Conseil National des Universités
Fin 2007, à l'occasion de l'accession de Michel Maffesoli au Conseil National des Universités (CNU), section 19 (Sociologie, Démographie), l'Association des Sociologues Enseignants du Supérieur (ASES) et l'Association Française de Sociologie (AFS) ont protesté contre cette décision en publiant le communiqué suivant :
- La communauté des sociologues par le biais de ses institutions représentatives (AFS, ASES) déplore qu'un tiers des nominations effectuées par le Ministère à la 19e section du CNU (sociologie, démographie) ait été employé au profit d'une seule école de pensée ; elle demande au CNU d'être particulièrement vigilant pour les qualifications et de s'assurer que les candidats aient fait la démonstration d'une maitrise du lien entre problématisation théorique et mise en oeuvre d'un corpus systématisé de données empiriques.[28].
Par ailleurs, en juin 2002 et dans le prolongement de "l'affaire Teissier", Michel Maffesoli avait lui-même proposé de supprimer le CNU, qu'il jugeait "superfétatoire"[29]. Ce jugement ne l'a pas empêché de participer aux travaux de la section 19 du CNU, et notamment à l'auto-promotion controversée de ses propres membres en juin 2009.
[modifier] Affaire autour de sa nomination à l'Institut Universitaire de France
Michel Maffesoli fait partie des personnes nommées à l'Institut Universitaire de France par un arrêté pris par la ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, Valérie Pécresse, en août 2008. Cet arrêté fut au centre d'une controverse sur la nomination de personnes non retenues par les jurys de l'Institut, dont Michel Maffesoli. Selon l'économiste Élie Cohen, président du jury, Michel Maffesoli "n’aurait jamais été retenu par le jury même s’il y avait eu plus de places"[30].
[modifier] Affaire autour de son auto-promotion par le Conseil National des Universités
Suivant sa nomination controversée à la section 19 du Conseil National des Universités (CNU), la promotion de Michel Maffesoli au rang de Professeur de Classe Exceptionnelle 2 par les membres de cette même section en juin 2009 a été également vivement contestée par la communauté scientifique française, au même titre que celles de Gilles Ferréol et Patrick Tacussel, également membres de la section 19 du Conseil National des Universités et promus au rang de Professeurs de Classe Exceptionnelle 1. La promotion des membres du CNU par cette même instance avait été rendue possible dans les textes quelques semaines avant[31] ; il existe toutefois une règle informelle au sein de la sociologie interdisant à la section 19 du CNU de s'autoriser ces pratiques d'auto-promotion[32].
À l'annonce de ces nominations, certains membres du CNU ont protesté, par un courrier au président la section 19 du CNU, Jan Spurk, contre la "très nette tendance à l'auto-promotion" exprimée par les promotions de Michel Maffesoli, Gilles Ferréol et Patrick Tacussel[33]. Un ancien membre de la section 19, Alain Quemin, avait par ailleurs démissionné de son poste pour marquer son désaccord avec les décisions prises par sa présidence et par ses membres[34]. Il est toutefois observable qu'au sein de la section 19 du CNU, les maîtres de conférence furent plus nombreux à protester que les professeurs des universités[35].
Réagissant à ces nominations, l'Association Française de Sociologie (AFS) et l'Association des sociologues enseignants du supérieur (ASES) ont fait observer, dans leur communiqué commun du 22 juin 2009[36], que contrairement aux règles de déontologie appliquées par la communauté des sociologues français, "un certain nombre de membres de la section 19 du Conseil national des universités (CNU) ont obtenu leur promotion du conseil même dans lequel ils siègent, monopolisant par ailleurs les possibilités de promotion aux échelons les plus hauts du corps des Professeurs". Ces deux associations ont également observé que les membres du CNU responsables de cette campagne d'auto-promotion "ont perdu de ce fait la crédibilité nécessaire pour assumer leur mission avec impartialité" : leur communiqué appelait ainsi à la démission du Président du CNU et de son Vice-Président de rang A.[37] Un débat plus large s'est ouvert sur les listes de diffusion de la communauté sociologique française[38].
L'opération d'auto-promotion de la section 19 du CNU lui a valu de perdre "une grande part de sa légitimité dans la communauté scientifique", selon son deuxième vice-président[39], a soulevé d'autres questions sur la composition de cette section, au sein de laquelle le courant "maffesolien" de la sociologie française se trouve en nette sur-représentation[40]. Ironiquement, en juin 2002, suite à l'affaire "Elizabeth Teissier", Michel Maffesoli avait lui-même proposé de supprimer le CNU, en dénonçant le pouvoir de contrôle "du petit clan de ceux qui 'sont dans toutes les commissions' sur tous les autres"[41].
[modifier] Bibliographie
- Logique de la domination, Paris, PUF. (1976)
- avec Pessin A. La violence fondatrice . Paris, Ed. Champ Urbain. (1978).
- La Violence totalitaire, Paris. PUF. (1979) Réed. (1994) La Violence totalitaire. Essai d’anthropologie politique. Paris, Méridiens/Klincksieck.
- La Conquête du présent. Pour une sociologie de la vie quotidienne. Paris, PUF. (1979)
- La Dynamique sociale. La société conflictuelle . Thèse d'Etat, Lille, Service des publications des thèses.(1981)
- L'Ombre de Dionysos (1982), Le Livre de Poche, rééd. 1991
- Essai sur la violence banale et fondatrice, (1984) Paris, Librairie Méridiens/Klincksieck.
- La Connaissance ordinaire. Précis de sociologie compréhensive. (1985), Paris, Librairie des Méridiens. Réédition Paris, Klincksieck, 2007.
- La société est plusieurs, in : Une anthropologie des turbulences. Maffesoli M. (sous la direction de) (1985), Berg International Editeurs, 175-180..
- Le Temps des tribus (1988), Le Livre de Poche, 1991.
- Au creux des apparences. Pour une éthique de l'esthétique.(1990), Paris, Plon. Réed. (1993) Le Livre de Poche,
- La Transfiguration du politique (La Table Ronde, 1992), Le Livre de Poche, 1995.
- La Contemplation du monde (1993), Le Livre de Poche, 1996.
- Eloge de la raison sensible. Paris, Grasset.(1996)
- Du nomadisme. Vagabondages initiatiques. Paris, Le Livre de Poche, Biblio-Essais,(1997)
- La part du diable précis de subversion postmoderne, Flammarion (2002)
- L'instant éternel. Le retour du tragique dans les sociétés postmodernes. Paris, La Table Ronde, (2003)
- Le rythme de vie - Variation sur l'imaginaire post-moderne, Paris, Ed. Table Ronde, Collection Contretemps, 2004, 260 pages.
- Pouvoir des hauts lieux (14p.) dans Pierre Delorme (dir.) La ville autrement, Ste-Foy, Ed. Presse de l'Université du Québec, 2005, 300 pages.
- Le réenchantement du monde - Morales, éthiques, déontologies, Paris, Ed. Table Ronde, 2007.
- Iconologies. Nos idol@tries postmodernes, Paris, Albin Michel, 2008.
- Après la modernité ? - La conquête du présent, La violence totalitaire, La logique de la domination, Paris, Editions du CNRS, coll. Compendium, 2008.
- La République des bons sentiments, Editions du Rocher, 2008.
- Apocalypse, CNRS Éditions, 2009.
[modifier] Ouvrages sur Michel Maffesoli
- Dérive autour de l’œuvre de Michel Maffesoli, Ceaq (Introduction de Gilbert Durand), Paris, L’Harmattan, 2004.
- T.Keller, Ein französischer Lebenssoziologe : Michel Maffesoli, in S Moebius et L.Peter. : Französische Soziologie der Gegenwart EVK verlag . Konstanz, 2004.
- R.Keller: Michel Maffesoli: eine Einführung, Uvk Verlags GmbH Konstanz 2006.
- S.Curti et L.F.Clemente, Michel Maffesoli. Reliance. Itinerari tra modernità e postmodernità. Mimesis, Milano, 2007.
- S.Curti, Le zone d'ombra. Vita quotidiana e disordine in Michel Maffesoli. Ombre Corte, Verona, 2007.
- F. Antonelli, Caos e postmodernità. Un'analisi a partire dalla sociologia di Michel Maffesoli. Philos, Roma, 2007.
- P. Le Quéau, L'homme en clair-obscur. Lecture de Michel Maffesoli. Les Presses de l'Université de Laval, 2007.
[modifier] Voir aussi
[modifier] Liens internes
- CEAQ - Centre d'études sur l'actuel et le quotidien
- Élizabeth Teissier : Une thèse de sociologie controversée
[modifier] Liens externes
- Curriculum vitae de Michel Maffesoli
- Entretien avec Michel Maffesoli sur Apocalypse (CNRS éditions, 2009)
[modifier] Par Michel Maffesoli
- "Quelques considérations sur la grippe aviaire", m@gma@, 2002 (en réaction à l'affaire Teissier).
- "Sur la postmodernité", site Internet de la Milivudes, 2003.
- Un entretien avec Michel Maffesoli, Sens Public, 2006.
- "Imaginaire et plurialité", Esprit Critique, 2003.
[modifier] Notes
- ↑ Mauvais thème astral à l’université", Libération, 6 octobre 2008 ; Sylvestre Huet, "Affaire Maffesoli et Institut universitaire de France, l'astrologie à l'origine", 6 octobre 2008 ; "Michel Maffesoli à l’Institut universitaire de France : une nomination controversée", liens-socio, 9 o"ctobre 2008 ; Denis Colombi, "Le vrai problème de Michel M.", 9 octobre 2008 ; Baptiste Coulmont, "Le noyautage", 12 octobre 2008 ; cf. la section "Controverse autour des nominations de septembre 2008" sur la page de l'Institut Universitaire de France.
- ↑ Source : Y. Pogam, Michel Maffesoli, analyste de la socialité émergente, Corps et Culture, 1998.
- ↑ Alexis Mombelet, "Les « éclats de religion » de la musique metal. Pour une compréhension sociologique du fait social metal", 10 mai 2006 ; Anne Petiau, "Une "communication musicale". Une étude de la pratique collective de la musique techno, à partir d'Alfred Schütz", 24 mars 2007.
- ↑ Serge Paugam, La pratique de la sociologie, Paris, PUF, 2008, p. 117 ; cf. également Gérald Houdeville, Le métier de sociologue en France depuis 1945. Renaissance d'une discipline, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2007, p. 261-302 (ch. 7, "La sociologie mise en cause"), et Bernard Lahire, "Une astrologue sur la planète des sociologues ou comment devenir docteur en sociologie sans posséder le métier de sociologue ?", in L'esprit sociologique, Paris, La Découverte, 2007, p. 351-387.
- ↑ La connaissance ordinaire
- ↑ L. Tessier, Musiques et fêtes techno : l’exception franco-britannique des free parties", Revue française de sociologie, vol. 44, n°1, pp. 63-91, 2003.
- ↑ Source : David Evans, "Michel Maffesoli's Sociology of Modernity and Postmodernity: An Introduction and Critical Assessment", Sociological Review, vol. 45, n°2, pp. 220-243, 1997.
- ↑ Cf. le compte-rendu de Jason Ryan MacLean dans la revue Critical Sociology, vol. 26, n°12, p. 166-170 : "Maffesoli attempts to hide behind a thin veneer of scholarly objectivity, but his own political predilections shine through nonetheless. But more problematic than this patent inconsistency is Maffesoli’s failure to be self-reflexive in a manner that might have helped him better understand how his own social and political position informs his reading of the “signs of the times" (…) Of course, the idea that one can, from the lofty perch afforded by the Sorbonne, capture and capitulate our “epoch” is on its face absurd. (Armchair sociology is not an unfair characterization of MaVesoli’s approach to social analysis.)”.
- ↑ Pour un historique complet, cf. Daniel Filâtre, "Affaire Teissier : historique", Lettre de l'ASES, 30 décembre 2001.
- ↑ Serge Paugam, La pratique de la sociologie, Paris, PUF, 2008, p. 117 ; cf. également Gérald Houdeville, Le métier de sociologue en France depuis 1945. Renaissance d'une discipline, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2007, p. 261-302 (ch. 7, "La sociologie mise en cause"), et Bernard Lahire, "Une astrologue sur la planète des sociologues ou comment devenir docteur en sociologie sans posséder le métier de sociologue ?", in L'esprit sociologique, Paris, La Découverte, 2007, p. 351-387.
- ↑ Cf. Christian Baudelot, Roger Establet, "La sociologie sous une mauvaise étoile", Le Monde, 17 avril 2001.
- ↑ Cf. le texte et la liste des signatures de la pétition, ainsi que Daniel Filâtre, "Affaire Teissier : historique", op. cit.. L'auteur précise que le texte final a recueilli plus de 400 signatures.
- ↑ Cf. par exemple Alain Bourdin, "La sociologie, l'antithèse de Teissier", Libération, 19 avril 2001, et les articles reproduits dans la revue de presse de l'AFIS : partie 1, partie 2, partie 3, partie 4.
- ↑ Cf. par exemple Alain Touraine, "De quoi Élizabeth Teissier est-elle coupable ?", Le Monde, 22 mai 2001.
- ↑ Hervé Morin, La thèse d'Elizabeth Teissier ravive la fracture au sein de la sociologie., Le Monde, 4 mai 2001.
- ↑ Bernard Lahire, Philippe Cibois, Dominique Desjeux, Jean Audouze, Henri Broch, Jean-Paul Krivine, Jean-Claude Pecker et Jacques Bouveresse, "Analyse de la thèse de Madame Elizabeth Teissier", avril 2001.
- ↑ Cf. également l'analyse d'Henri Broch, 2001 ; Analyse de la thèse de Madame Elizabeth Teissier, 6 août 2001.
- ↑ Bernard Lahire, Philippe Cibois, Dominique Desjeux, Jean Audouze, Henri Broch, Jean-Paul Krivine, Jean-Claude Pecker et Jacques Bouveresse, « Analyse de la thèse de Madame Elizabeth Teissier », 6 août 2001. Consulté le 6 janvier 2008
- ↑ Bernard Lahire, "Comment devenir docteur en sociologie sans posséder le métier de sociologue ?", Revue Européenne de Sciences Sociales, vol. XL, n°122, pp.42-65, 2002.
- ↑ Hervé Morin, "La sociologie au miroir de la thèse d'Elizabeth Teissier, Le Monde, 15 mai 2001.
- ↑ Michel Maffesoli apparaît en bas à droite d'une photographie disponible sur le site de Philippe Cibois.
- ↑ D. Filâtre, "Affaire Teissier : historique", op. cit..
- ↑ À titre d'exemple de critique du côté de la phénoménologie, celle de Pierre Tripier, intitulée "Le hasard, la publicité et la sociologie ou Pitié pour Husserl !" (4 mai 2001), observe ironiquement : "J'admire le courage de M. Maffesoli car je suppose qu'il est suffisamment bon tacticien pour savoir que ce qui lui ouvrirait les portes de la renommée médiatique lui sculpterait en même temps l'image sublime du bouc émissaire. Et, s'il est dans la disposition d'esprit que je suppose, c'est au volume de vente de ses livres (c'est pas cher, c'est nouveau, mais c'est abondant) qu'il mesurera les résultats de son action.".
- ↑ Association Française pour l'Information Scientifique, Le directeur de thèse d’Elizabeth Teissier nommé administrateur du CNRS, 9 novembre 2005
- ↑ Décret du 5 octobre 2005 portant nomination au conseil d'administration du Centre national de la recherche scientifique.
- ↑ "Un conseil d’administration du CNRS doublement inacceptable !", liens-socio, 19 octobre 2005.
- ↑ "Un conseil d’administration du CNRS doublement inacceptable !", op. cit.
- ↑ Source : AFS, Feuille d'Info Rapide, 3 décembre 2007.
- ↑ Michel Maffesoli, "Quelques considérations sur la grippe aviaire", m@gm@, avril-juin 2002.
- ↑ Sylvestre Huet, "L’économiste Elie Cohen « scandalisé »", Libération, 27 octobre 2008.
- ↑ Décret n° 2009-461 du 23 avril 2009 modifiant le décret n° 92-70 du 16 janvier 1992 relatif au Conseil national des universités.
- ↑ ASES, "Une charte pour le CNU", 16 juin 2009 ; Pierre Dubois, "Promus au CNU", 17 juin 2009.
- ↑ "Lettre au président et au bureau de la 19ème section du CNU", 22 juin 2009 ; certains membres du CNU auraient refusé de signer le courrier parce que celui-ci n'allait pas assez loin dans la dénonciation de cette pratique. Sur ces deux points, voir Pierre Mercklé, Promotion des enseignants-chercheurs en sociologie : on n’est jamais si bien servi que par soi-même…, 22 juin 2009.
- ↑ Commentaire d'Alain Quemin du 23 juin 2009, également communiqué par email sur plusieurs mailing-lists universitaires. Voir également son intervention à ce sujet sur la mailing-list de l'ASES.
- ↑ Pierre Mercklé, "Promotion des enseignants-chercheurs en sociologie", op. cit.
- ↑ AFS/ASES, "Après les promotions récentes au CNU, des démissions s’imposent", 22 juin 2009.
- ↑ Ibid.
- ↑ Parmi les discussions disponibles via la mailing-list de l'ASES, voir notamment le vif échange entre Pierre Tripier et Patrick Tacussel, le 30 juin 2009, précédée par un autre vif échange entre Frédéric Neyrat et Patrick Tacussel le 24 juin 2009.
- ↑ Email de Jérôme Deauvieau, repris sur la mailing-list de l'ASES le 8 juillet 2009.
- ↑ Voir notamment Sylvestre Huet, Sociologie : une nouvelle affaire Maffesoli ?, 23 juin 2009, et la composition de la section 19 du CNU.
- ↑ Michel Maffesoli, "Quelques considérations sur la grippe aviaire", m@gm@, avril-juin 2002.

