Michel Maffesoli

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Michel Maffesoli (14 Novembre 1944 à Graissessac, Hérault) est un sociologue français. Ancien élève de Gilbert Durand, il est professeur à l'Université de Paris V – Sorbonne. Directeur de Sociétés, une revue internationale de sciences humaines et sociales, il est également secrétaire général du Centre de recherche sur l'imaginaire.

Sommaire

[modifier] Activités

En 1982, il a fondé avec Georges Balandier, le Centre d'études sur l'actuel et le quotidien (Ceaq), dont il est actuellement le dirigeant.

Il est aussi vice-président de l'Institut International de Sociologie (I.I.S.) fondée en 1893 par R. Worms. Les thématiques de ses livres et de ses séminaires comprennent l'imaginaire, la postmodernité, l'analyse du quotidien, l'analyse critique de l'individualisme en regard des résurgences tribales, nomades, communautaires.

Michel Maffesoli dispose au Brésil d'une chaire qui porte son nom.

[modifier] Thèses de Michel Maffesoli

Pour Maffesoli, les formes de socialité mises en oeuvre au quotidien peuvent être éclairées par l'analyse de formes plus anciennes, archétypales. Les époques seraient conduites par des courants phréatiques, sous-terrains et partagés, que Georg Simmel appelait un « Roi Clandestin ».

Il met l'accent sur les notions d'événements communautaires (contre les institutions sociétaires), du vivre au présent (contre les reports et les cultures du salut), des personnes et des personnalités plurielles (contre l'individu réduit et clos).

Ses positions relativistes sont souvent critiquées. Il les définit, lui, comme une manière non pas de considérer toutes choses comme égales, mais de voir chaque chose en relation avec les autres. Il rejoint Marcel Mauss qui estimait que les distinctions entretenues entre les disciplines universitaires avaient surtout pour but d’attribuer les chaires en faculté.

Michel Maffesoli se présente comme le fondateur d'une sociologie du quotidien centrée sur les théories de l'Imaginaire et s'interroge sur le rapport que nos sociétés entretiennent avec la question de la temporalité. Dans La conquête du présent (1979), l'Ombre de Dionysos (1982), Le Temps des tribus (1988), La Transfiguration du politique (1992), il livre une de ces formes figures, le rapport à l'immédiat inspiré par les travaux des réseaux des centres de recherche sur l'imaginaire[1], lequel lui semble un des marqueurs principaux de notre époque post moderne « dans la répétition, le rituel, le concret, en bref toutes choses qui sont la marque de la vie courante et qui s'expriment au mieux dans le calendrier des fêtes de la religion quotidienne. »

Cette vie quotidienne, liée à ce qu'il nomme le « Temps immobile », cèle un polythéisme des valeurs à la fois structural et récurrent face à une vie de contraintes politiques, sociales, professionnelles. Ceci le conduit à discerner plusieurs figures de cette socialité du présent :

  • la joie du monde, quand la vie vécue comme jeu signifie à la fois « acceptation du monde tel qu'il est » et logique du vouloir être, du vouloir vivre plus.
  • l'apparence comme creuset de la socialité dont Michel Maffesoli identifie des images multiformes : cultes du corps, exacerbation du sensible dans tous les domaines. Il insiste particulièrement là sur la nécessité de relativiser la vie sociale, tant ce repérage de niveaux de sens et de signifiants est la marque d'une grande complexité.
  • l'organicité des choses, le vitalisme, réhabilitant à ce sujet celui que Søren Kierkegaard nommait "le véritable homme ordinaire" qu'il caractérise « d'homme sans qualité », y voyant le spécialiste d'une philosophie libertaire de la vie, soulignant la coïncidence de la mort et de la vie, du corps et de l'esprit, de la nature et de la culture, pour lui, « une pensée du ventre », ou encore « sagesse démoniaque » à l'œuvre dans les divers archaïsmes post-modernes. « En homogénéisant la dimension sociale de l'humain, écrit-il, on se protège de ses excès en même temps qu'on en retire la substantifique moelle. » De là, procède la réflexion de Maffesoli sur le Tragique comme symbole de notre identité culturelle collective incarnée dans ce que l'auteur nomme « viscosité sociale ». Lui opposant le Drame, figure de la modernité, il nous montre que, ce qui émerge de nos jours, c'est l'identité de la vie en tant que bien collectif, soit « la vie pour elle-même. La vie multiple et une à la fois, la vie qui redit toujours et à nouveau l'éternité du monde », écrit-il encore dans l'Instant Eternel.

Michel Maffesoli présente la socialité comme vécue en termes de relations, tandis que resurgissent les figures féminines - il cite le complexe d'Ophélie chez Bachelard - car « le féminin, l'éternel féminin est en osmose naturelle avec un tel flux vital ». Ceci permet d'intégrer les deux aspects de l'humaine nature, car « la féminisation est toujours synonyme de polythéisme, de valeurs plurielles et antinomiques ».

Si Progrès, Histoire, Raison, Politique furent les maîtres mots de la Modernité, il semble pour Maffesoli que nous vivions aujourd'hui une participation mythique ou magique à la Nature et aux Arts, une fusion dans le tout naturel et social comme expression de ce tragique diffus dont Dionysos, la figure première de la sociologie maffesolienne, est l'emblème. Selon lui, nous vivons ainsi un monde tragique et la vie comme un bien collectif.

Les travaux des centres du Cri se portent sur l'exaltation des lieux mythiques, la multiplication des expériences festives, les parcours initiatiques. Nous renouons avec les terroirs tandis que les politiques se préoccupent des territoires, « tous lieux frontières où s'élabore une culture alternative, car le territoire permet de communier avec l'autre non plus en fonction d'un idéal lointain mais en référence à des valeurs vécues, au présent dans ces lieux où s'adoucit la charge tragique liée au présentéisme. Si la modernité renvoyait la question sociale aux lendemains qui devaient chanter, la sensibilité tragique s'emploie à vivre au jour le jour ces mêmes problèmes dans la dimension d'une divinisation de l'existence collective, d'une fusion naturelle et matricielle corrélative du tragique ».

Une pétition a été lancée, qui invitait à dénoncer d'une même main le non-respect de la parité homme/femme au conseil d'administration du CNRS et sa nomination. [2].

[modifier] Critiques scientifiques

[modifier] Critiques de David Evans

Dans un article publié par la Sociological Review publié en 1997, le sociologue David Evans s'est penché sur les théories de Michel Maffesoli et en a conclu qu'elles ne constituent pas en définitive un paradigme sociologique enrichissant. Evans a jugé le travail de Michel Maffesoli "incohérent" et "biaisé".[3]

[modifier] Critiques d'autres sociologues étrangers

Les comptes-rendus d'ouvrages rédigés par des sociologues étrangers et publiés dans les revues Acta Sociologica ou Sociological Forum sont moins radicaux mais remarquent tous que l'approche de Michel Maffesoli est "biaisée".

[modifier] Affaire autour de la thèse de l'astrologue Élizabeth Teissier

Le grand public a découvert Michel Mafesoli au moment de la soutenance de thèse d'Élizabeth Teissier sur la réception ambivalente de l'astrologie, thèse très contestée qu'il a dirigée et dont le jury était présidé par Serge Moscovici.

[modifier] Réactions individuelles de sociologues français

La thèse a attiré des critiques individuelles virulentes de la part de sociologues français, et en particulier :

  • Bernard Lahire, qui a déclaré : "Je considère personnellement que c'est un coup bas porté à notre discipline et une insulte adressée à tous ceux qui font correctement leur métier, et tout particulièrement à tous les entrants en sociologie qui font l'effort de répondre à des critères de rigueur scientifique."
  • Christian Baudelot et Roger Establet, qui jugent que la thèse est une "mascarade mondaine" destinée à alimenter l'agitement médiatique.

Ces réactions et d'autres ont été publiées dans la presse quotidienne nationale, notamment dans Le Monde. Elles sont disponibles à la lecture en ligne sur le sous-site "Docteur Teissier?"au côté de critiques moins radicales et dénonçant un acharnement de la sociologie sur un cas individuel.

[modifier] Réactions des associations professionnelles de la sociologie française

À l'occasion de cette thèse, les associations professionnelles représentatives de la sociologie française ont produit un historique de l'affaire et une contre-expertise de la thèse. La réaction des associations professionnelles a pris la forme d'un texte commun des représentants suivants :

  • Claude Dubar, président de la Société française de sociologie
  • Daniel Filatre, président de l'ASES, Association des Sociologues Enseignants du Supérieur
  • Jean-Yves Trepos, président de la section 19 (Sociologie, Démographie) du Conseil National des Universités (CNU)

Ce texte commun conclut :

Première question : les procédures [d'attribution de doctorat] ont-elles été respectées ? La réponse est oui. (…)
Seconde question : le document déposé par Madame Teissier constitue-t-il une thèse de sociologie ? Pour la grande majorité des collègues sociologues qui l'ont lue, la réponse est non. Ce n'est pas un texte qui apporte quelque connaissance que ce soit à l'étude sociologique des conceptions, croyances ou pratiques astrologiques. Même si c'est ce qui est annoncé ou ce que l'on peut espérer en lisant le début de la thèse, ce n'est pas ce qui est fait ou dit, dans le corps du texte. (…)
Troisième question : la soutenance de Madame Hanselmann-Teissier, et son issue, le grade de docteur en sociologie, impliquent-ils une “entrée de l'astrologie à l'université” ? Evidemment non.

La thèse est disponible en ligne et a été éditée par une grande maison d'édition française.

[modifier] Suites de l'affaire

À l'occasion de l'accession de Michel Maffesoli au Conseil National des Universités (CNU), section 19 (Sociologie, Démographie), l'Association des Sociologues Enseignants du Supérieur (ASES) et l'Association Française de Sociologie (AFS) ont publié le communiqué suivant :

La communauté des sociologues par le biais de ses institutions représentatives (AFS, ASES) déplore qu'un tiers des nominations effectuées par le Ministère à la 19e section du CNU (sociologie, démographie) ait été employé au profit d'une seule école de pensée ; elle demande au CNU d'être particulièrement vigilant pour les qualifications et de s'assurer que les candidats aient fait la démonstration d'une maîtrise du lien entre problématisation théorique et mise en oeuvre d'un corpus systématisé de données empiriques.[4].

[modifier] Bibliographie

  • Logique de la domination, Paris, PUF. (1976)
  • avec Pessin A. La violence fondatrice . Paris, Ed. Champ Urbain. (1978).
  • La Violence totalitaire, Paris. PUF. (1979) Réed. (1994) La Violence totalitaire. Essai d’anthropologie politique. Paris, Méridiens/Klincksieck.
  • La Conquête du présent. Pour une sociologie de la vie quotidienne. Paris, PUF. (1979)
  • La Dynamique sociale. La société conflictuelle . Thèse d'Etat, Lille, Service des publications des thèses.(1981)
  • L'Ombre de Dionysos (1982), Le Livre de Poche, rééd. 1991
  • Essai sur la violence banale et fondatrice, (1984) Paris, Librairie Méridiens/Klincksieck.
  • La Connaissance ordinaire. Précis de sociologie compréhensive. (1985), Paris, Librairie des Méridiens.
  • La société est plusieurs, in : Une anthropologie des turbulences. Maffesoli M. (sous la direction de) (1985), Berg International Editeurs, 175-180..
  • Le Temps des tribus (1988), Le Livre de Poche, 1991.
  • Au creux des apparences. Pour une éthique de l'esthétique.(1990), Paris, Plon. Réed. (1993) Le Livre de Poche,
  • La Transfiguration du politique (1992), Le Livre de Poche, 1995.
  • La Contemplation du monde (1993), Le Livre de Poche, 1996.
  • Eloge de la raison sensible. Paris, Grasset.(1996)
  • Du nomadisme. Vagabondages initiatiques. Paris, Le Livre de Poche, Biblio-Essais,(1997)
  • La part du diable précis de subversion postmoderne, Flammarion (2002)
  • Le rythme de vie - Variation sur l'imaginaire post-moderne, Paris, Ed. Table Ronde, Collection Contretemps, 2004, 260 pages.
  • Pouvoir des hauts lieux (14p.) dans Pierre Delorme (dir.) La ville autrement, Ste-Foy, Ed. Presse de l'Université du Québec, 2005, 300 pages.
  • Le réenchantement du monde - Morales, éthiques, déontologies, Paris, Ed. Table Ronde, 2007.

[modifier] Voir aussi

[modifier] Liens internes

  • CeaqCentre d'Etude sur l'Actuel et le Quotidien

[modifier] Liens externes

[modifier] Par Michel Maffesoli

[modifier] Notes

  1. Temps des rites de J.F. Gomez DdB 1999, au Brésil, pays du présent de Machado da Silva, DdB, 1999, aux Apparitions, disparitions de Bertin et al, DdB 1999
  2. Michel Maffesoli, analyste de la socialité émergente, Yves Le Pogam (Corps et Culture 1998Source [1]
  3. Source : D.Evans, "Michel Maffesoli's Sociology of Modernity and Postmodernity: An Introduction and Critical Assessment", Sociological Review, 1997.
  4. Source : AFS, Feuille d'Info Rapide, 3 décembre 2007