Mohamed Mediène

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Mohamed Lamine Mediène, aussi appelé « Toufik », né en 1939 dans la région de Guenzet de la wilaya de Sétif (Petite Kabylie), est un général de l'armée algérienne et responsable du département du Renseignement et de la Sécurité, le service de renseignements algérien, depuis novembre 1990.

Mohamed Lamine Mediène, plus connu sous le pseudonyme de Toufik, est le patron incontesté du puissant Département du Renseignement et de la Sécurité, (DRS, ex "sécurité militaire") depuis 1990. C'est le gradé qui est resté le plus grand nombre d'années à ce poste et probablement, jusqu'à l'affaiblissement de cette structure lors des réformes de 2013[1], l'homme le plus puissant d'Algérie.

Ses débuts[modifier | modifier le code]

Il passe toute son enfance à Bologhine sur les hauteur d'Alger. Après l'Indépendance en 1962, il étudie à l'école du KGB. Il fait partie de ce qu'on appelle la promotion « tapis rouge ». Après son retour de formation en URSS[Quand ?], il est nommé chef d'antenne de la sécurité militaire de la 2e Région militaire, alors sous le commandement de Chadli Bendjedid. Au début des années 80 il est attaché militaire auprès de l'ambassade d'Algérie en Libye. En 1986, il devient le chef du département Défense et Sécurité d'El Mouradia puis, en 1989, chef de la Sécurité de l'Armée alors que les services de renseignements sont sous la direction du général Mohamed Betchine.

L'arrêt du processus électoral de 1992[modifier | modifier le code]

En 1990, il prend la tête du Département du Renseignement et de la Sécurité, nouvelle dénomination des services spéciaux, avec le grade de général. En 1992, bien que discret, il fait partie des influents généraux « janviéristes » et le clan des « éradicateurs » qui prônent une interruption du processus électoral qui est en passe d'être remporté par le Front islamique du salut (FIS) de Abassi Madani et Ali Belhadj.

À partir du coup d'État de janvier 1992 , c'est lui qui va organiser, en lien avec les généraux Khaled Nezzar, général Smain Lamari, patron de la DCE (Direction du Contre Espionnage), Kamel Abderrahmane, patron de la DCSA (Direction Centrale de la sécurité de l'Armée) et Mohamed Lamari, chef d'État major de l'armée, la répression des opposants islamistes et de tous ceux qui refusent le coup d'État. Arrestations arbitraires, tortures, l'armée déporte massivement plus de 13 000 islamistes dans des camps de concentration au Sahara. Les "forces de sécurité" procèdent également à des milliers d'exécutions extra-judiciaires[2].

Tout au long de la Guerre civile algérienne, le DRS de Mohamed Mediene va également exercer un chantage permanent sur les présidents algériens. Le plus souvent désignés par le haut commandement militaire, ils recevaient pour mission d'incarner une façade civile du régime, mais pas d'exercer réellement le pouvoir. Tous ceux qui tentèrent de s'opposer aux généraux "éradicateurs" le payèrent de leur vie, ou durent quitter la présidence, c'était notamment le cas du général Saidi Fodil, proche de Zeroual qui fut assassiné à Ouargla quelques jours avant son officialisation à la tête du DRS[3]. L'assassinat de Kasdi Merbah le 21 Aout 1993, lui est aussi attribué.

Assassinat de Boudiaf[modifier | modifier le code]

En juin 1992, c’est un des hommes de Mohamed Mediene, le sous lieutenant Lambarek Boumaarafi, qui assassine le président Mohamed Boudiaf. Selon le Mouvement Algérien des Officiers Libres (MAOL), Boumaarafi avait agi sur ordre de Smain Lamari, l'adjoint de Mediene, missionné par le haut commandement militaire pour éliminer Boudiaf, car celui ci menaçait leurs privilèges[4].

Le GIA[modifier | modifier le code]

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Le DRS du général Mediene joua également un rôle clé dans l’infiltration et la manipulation du terrorisme islamiste. Entre 1994 et 1996, son adjoint Smain Lamari se vantait ainsi de contrôler Djamel Zitouni, “chef du GIA (Groupe Islamique Armé)” qui assuma médiatiquement de nombreux crimes et attentats contre les Algériens, mais aussi contre la France, comme l’assassinat de cinq français à Alger en aout 1994, le détournement d’un Airbus d’Air France en décembre 1994, les attentats de Paris à l’été 1995 (10 morts, 200 blessés) et l’enlèvement et l’assassinat des moines de Tibhirine.

Entre 1994 et 1998, à chaque tentative du président Liamine Zéroual d'amorcer un dialogue politique avec les dirigeants du FIS, le DRS du général Mediene multiplia, via le "GIA", les provocations de nature à discréditer toute idée de compromis avec les islamistes.

En 1997, alors que le président Zéroual fait libérer de prison Abassi Madani et Ali Belhadj dans l'espoir de les réintégrer sur la scène politique algérienne, de mystérieux massacres de civils surviennent dans la banlieue islamiste d'Alger, notamment à Beni Messous (80 morts), Rais (26 aout, 300 morts) et Bentalha (22 septembre, 400 morts). Survenue aux portes des casernes sans que l'armée n'intervienne pour sauver les habitants, cette vague de massacres soulève bien des questions. Dès novembre 1997, Le DRS de Mohamed Mediene est accusé par des officiers dissidents de les avoir organisé, pour discréditer toute idée de compromis avec les islamistes, et déstabiliser le président Zeroual[2].

À la même période, l'adjoint de Mediene, Smain Lamari, joue un rôle important dans les négociations entre l’armée algérienne et l’Armée islamique du Salut, bras armé du FIS, qui vont déboucher sur la reddition des maquisards de l'AIS (alors dirigés par Madani Merzag) et la politique de concorde civile du président Liamine Zéroual.

En 1998, un ultime attentat, l'assassinat du chanteur et activiste Lounès Matoub, déclenchera des émeutes en Kabylie. Selon Le Mouvement Algerien des Officiers Libres l'assassinat de Matoub fut supervisé par le chef de milice éradicteur Nordine Aït-Hamouda, sur l'instigation des patrons du DRS.

Un homme secret[modifier | modifier le code]

Homme de l'ombre, particulièrement secret (la seule photo connue de lui, non vérifiée, n'a jamais été publiée dans la presse algérienne), dont on ne connaît aucune déclaration officielle, le général Mohamed Mediene est accusé d'être l'un des principaux responsables des crimes commis par les services de sécurité dans la décennie 1990.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Mohamed Samraoui, Chronique des années de sang, comment les services secrets ont manipulé les groupes islamistes, Denoel, Septembre 2003
  • Mohamed Sifaoui, Histoire secrète de l'Algérie indépendante - l'État-DRS, Édition : Nouveau Monde, 2012, (ISBN 978-2-84736-642-6)
  • Lounis Aggoun, Jean-Baptiste Rivoire, Crimes et mensonges d'Etats, La Découverte, Paris, mai 2004
  • Jean-Baptiste Rivoire, Le crime de Tibhirine, La Découverte, Paris, septembre 2011.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Mélanie Matarese,« Bouteflika s'attaque aux services secrets algériens », in Le Figaro, jeudi 12 septembre 2013, page 8.
  2. a et b « Le Général Toufik ou le « Dieu de l’Algérie »: Le scandale de la Sonatrach était l'arbre qui cachait la forêt - KhalhilGouna sur LePost.fr (15:13) », Archives-lepost.huffingtonpost.fr (consulté le 2014-03-18)
  3. « L'enquête sur la mort du général Saïdi Fodil crée une tension au sommet de l'Etat | Actualité », Lematindz.net (consulté le 2014-03-18)
  4. « ARMEE NATIONALE POPULAIRE ANP: Les Generaux Et Le GIA 9 », Anp.org (consulté le 2014-03-18)

Source[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]